OH
mation limitée des cellules ou des lamelles épithéliales est fréquente chez les enfants mal nourris, ou atteints d’affections gastro-intestinales ou de diarrhée rebelle; elle est fréquente encore chez les adultes débilités 1 ou bien arrivés à la période ultime de la phthisie du cancer.
Je crois aussi qu’un enfant dans de bonnes conditions de santé, et qu’une nourrice bien portante, peuvent offrir les productions du muguet dans la cavité buccale ou bien sur le mamelon. L’enfant qui a dans la bouche une simple érosion revêtue d’une exsudation légère pourra fixer le végétal dont les sporules arriveront transportés par l’air ou lui seront communiqués par un jouet, une cuiller ayant déjà servi à un enfant malade. En étudiant la transplantation artificielle de YOidium albicans, M. le professeur Natalis Guillot a trouvé que le muguet et son végétal s’étaient, quoique très-rarement, développés dans la bouche saine d’un enfant. M. Gubler 2 a prouvé que dans un liquide légèrement acide et dans un liquide sucré, le végétal du muguet hâtait l’acidification et tendait à préparer les meilleures conditions de son développement ultérieur. Une nourrice dont le mamelon offrira une excoriation ou une desquamation épithéliale pourra avoir en cet endroit le végétal du muguet. Dans ces conditions, M.Gublera noté que la couche
1 M. Gubler a trouvé des productions de muguet dans un grand nombre de maladies aiguës générales, dans les fièw’es éruptives, 1 érysipèle, etc.
s Je me plais à dire que M. Gubler a soigneusement étudié les conditions de développement et de transplantation de 1 Oïdium albicans (loc. cit p. 410 et 443).
blanche membraniforme offrait une réaction acide. Il n’est pas jusqu’au mucus acide de la bouche de 1 enfant allaité qui ne favorise en ce cas le développement du muguet sur le mamelon, en fournissant à la. fois l’acidité du sol et le végétal qui peut y croître. Mais dans ces deux cas, le végétal du muguet n’aura point ses meilleures conditions d’existence; il s’épuisera vite sur place, et l’économie saine refusera bientôt un sol convenable au parasite qui disparaîtra.
Bien que le végétal du muguet puisse cioîtie facilement dès qu’il passe d’un individu malade à un autre malade prédisposé, il ne résulte point de là que le muguet et que son végétal soient contagieux, car le muguet n’est point une maladie. Il en résulte seulement que Y Oïdium albicans peut être transporté et transplanté d’un lieu à un autre par son mycélium ou par ses spores, et qu’il se développe avec facilité dans de certaines conditions.
LES VÉGÉTAUX FORMENT-ILS A EUX SEULS LE MUGUET OU NE SONT-ILS QU'UN DE SES ÉLÉMENTS?
Je crois avoir des preuves suffisantes pour prouver que les végétaux du muguet ne le constituent pas à eux seuls. Ces végétaux se développent, comme un élément surajouté, dans l’épithélium desquamé de la membrane muqueuse buccale.
Il m’a toujours paru extraordinaire qu’on ait voulu adopter l’opinion exclusive du muguet composé uniquement
de végétaux à la manière de certaines moisissures. Envisager le muguet de la sorte, c’est rejeter absolument ou du moins ne pas tenir compte du stratum épithélial ou de la fausse membrane épithéliale dans laquelle les végétaux du muguet prennent naissance. Quand les observateurs les plus attentifs, quand les yeux les plus exercés trouvent seulement quelques filaments de mycélium dans un amas de cellules desquamées, on ne peut dire que ces productions cryptogamiques soient l’élément le plus important dans le muguet. Il y a exagération à regarder les spores et le mycélium de Y Oïdium comme donnant la majeure partie de la coloration blanche; le mycélium même abondant est d’une teinte pâle et les cellules desquamées en si grande quantité donnent bien plutôt à elles seules cette coloration. Les enduits blancs ordinaires de la langue renferment presque exclusivement de l’épithélium. Il y a d’ailleurs le plus souvent,' dans le muguet, de la matière grasse et opaque, parfois une exsudation légère. Mes observations sur ce sujet concordent avec celles qu’a publiées mon savant maître M. Monneret1.
Voici d’ailleurs mes preuves : deux enfants, l’un assez bien portant ( Obs . V), l’autre déjà débilité ( Obs . VII), offrent presque en même temps des productions buccales ayant un aspect identique et reconnues pour du muguet. Ces productions sont examinées très-soigneusement et à diverses reprises. Toutes les deux renferment des éléments pareils, mais à cette différence près que les unes montrent nettement des végétaux, spores et mycélium ,
1 E. Monneret, Gaz. mcd. de Paris, 1852, p. 589.
SUR LES AFFECTIONS PSEUDO-MEMBRANEUSES. 'à 11
et que les autres n’en offrent point. Ne suis-je pas en droit de conclure que le muguet peut exister sans végétaux ?
L’enfant dont l’observation est rapportée sous le numéro V est examiné une première fois le 30 septembre 1850, à midi :
1° Le muguet de la face interne des lèvres n’offre pas, après un long examen, un seul corps reproducteur, point
de spore, point de filament végétal ;
2° Le muguet de la langue offre à peine quelques
spores et quelques tubes du mycélium,
3° Le muguet recueilli plus en arrière dans la cavité
buccale ne présente que quelques rares spores.
Le lendemain, 1er octobre, les végétaux s’étaient développés; le 2 octobre, on trouve jusque sur le bord alvéolaire des tubes ramifiés, dans les plaques blanches et punctiformes où la veille ces végétaux n’existaient pas.
Mais, je le demande à tout observateur jugeant sans idée arrêtée, si on appelle, avec tous les médecins, muguet, productions du muguet , les taches blanches et caséeuses, examinées en premier lieu et dans lesquelles les végétaux n’ont paru que tardivement, on est forcé logiquement de conclure que le muguet, à son début et parfois pendant sa durée, peut ne pas renfermer les filaments de V Oïdium albicans. On est forcé d’admettre que la desquamation et l’accumulation de l’épithélium préexistent , et que, par conséquent, les végétaux ne constituent pas a eux
seuls r élément essentiel du muguet.
Ces faits avaient été constatés minutieusement par mon regretté maître Legendre, et ils avaient entraîné sa conviction, quoiqu’il fût à priori d’un avis contraire. Le
résultat avait été décisif pour lui , à cause de l’examen fait sur l’enfant de l’observation VII, qui, débilité par une longue maladie, n’avait jamais offert des végétaux sur les fausses membranes buccales.
Je rappellerai encore l’enfant qui a été le sujet de l’observation IV et chez lequel les fausses membranes du muguet, fausses membranes typiques à l’œil nu et développées sur une muqueuse à réaction franchement acide, n’ont offert que des végétaux relativement peu abondants. J’ajouterai encore le fait observé par M. Potain et par moi sur un malade du service de M. Andral à la Charité (j Èxpér.X). A peine avons-nous vu d’abord quelques mycélium d 'Oïdium albicans, il a fallu les chercher avec un soin tout particulier; le premier jour, on aurait pu croire qu’ils ne s’y trouvaient point. Plus tard, ils se sont développés en quantité notable et leur présence était facile à mettre en évidence. Je suis très-porté à penser que la malade de l’observation IX du mémoire précité 1 de M. Gubler, malade qui offrit très-peu de végétaux dans des prbductions buccales, membraniformes et blanches, avait du muguet véritable, mais avec peu de végétaux. M. Gubler, admettant que les végétaux sont l’élément essentiel du muguet, explique par une sorte de psoriasis cette production blanchâtre.
Si je voulais appeler à mon aide les faits d’anatomie pathologique observés chez les animaux et les végétaux, je montrerais facilement des exsudations morbides sur lesquelles se développent des végétaux parasites, et il me
Voy. A. Gubler, loc. cil., p. 456.
serait facile de prouver que les végétaux ne constituent pas essentiellement ces productions morbides. J aurais pu en outre rappeler l’opinion de plusieurs médecins 'l’un grand mérite qui, dans la discussion du mémoire Je M. Gubler1, ont affirmé que pour eux les végétaux m’étaient qu’un élément surajouté aux productions membraniformes du muguet; mais désireux d’avoir une opinion basée sur des faits observés par moi-même, j’ai cherché des preuves cliniques; je crois les avoir trouvées et i je les avance avec confiance.
les végétaux peuvent-ils se produire dans d- autres fausses