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OBSERVATION III

Croup sans angine couenneusc; trachéotomie ; mort; examen de la fausse membrane.

( Hôpital de Bon-Secours, salle Sainte- Anne, n° 18 bis, service de

M. Béhier. )

Leni...., Narcisse, demeurant rue de Charonne, 119, entré le 16 octobre 1851, mort le même jour cl 10 heures du soir. — Bel enfant, bien constitué et d’une très-bonne santé depuis sa naissance; allaité par sa mère. Il a été reçu d’urgence le matin pendant la visite parce qu’il présente plusieurs signes de croup.

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La mère nous dit que depuis deux ou trois jours son enfant, habituellement très-gai, était devenu taciturne et toussait. Il prenait le sein et puis se retirait sans téter. Parfois aussi il portait la main à sa gorge et dans la bouche, comme si quelque chose le gênait. Pendant la nuit, il toussait plus fort; mais ce qui a le plus frappé la mère, c’est que la toux, d’abord forte et résonnante, s’était éteinte depuis la nuit dernière et ne ressemblait plus à ce qu’elle était précédemment.

Etat actuel Visage plein, arrondi, un peu congestionné, respiration haletante et costale. Pouls difficile à compter, donnant cent quarante pulsations au moins à la minute; un accès de toux arrive et l’on constate que celle-ci est rauque, éteinte et basse. Le petit malade s’agite et porte les mains à la gorge, pendant que sa tête se renverse, que son visage bleuit et que les yeux deviennent saillants.

Après un instant de repos, on l’ausculte soigneusement. On ne trouve dans la poitrine qu’un affaiblissement ou une absence presque complète de murmure respiratoire. Rien d’anormal n’existe sur le visage, ni sur les lèvres ; l’intérieur de la cavité buccale est un peu rouge, mais la base de la langue, abaissée aussi fortement qu’il est possible, ne laisse voir aucune fausse membrane, aucune production couenneuse ; il n’existe qu’un peu plus de rougeur que d’habitude; pas de fausses membranes pharvngienncs ou buccales.

P. Tartre stibié 0,05 en 3 doses; sinapismes.

L’enfant ne vomit qu’une fois et les matières rendues

ne présentent aucune trace de fausses membranes. Une

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nouvelle dose est administrée et provoque deux nouveaux vomissements, mais sans fausses membranes.

Vers onze heures, les menaces d’asphyxie se multiplient,‘la toux est basse, creuse et tout est préparé pour la trachéotomie.

Vers une heure, on envoie un exprès au Chef de service; mais un quart d’heure après le départ, la mort devient imminente et je pratique la trachéotomie.

Opération. L’enfant est couché sur une table, un coussin sous les épaules pour tendre le cou. Incisions successives de la peau et de l’interstice musculaire. Le sang coule abondamment, pas de ligature. La trachée se présente, elle est fixée entre deux doigts, ponction et légère incision. L’air sort en sifflant; un bistouri boutonné est introduit et j’incise net jusqu’au cartilage cricoïde. Une canule double est introduite sans difficulté à l’aide du dilatateur ; un peu d’eau tiède (une cuillerée environ) est versée par la canule. Pas d’écouvillonement. Quoique la canule ne soit pas obstruée, je retire l’interne qui est d’un calibre extrêmement petit; il ne s’est présenté à la plaie aucune fausse membrane.

L’enfant est transporté dans une pièce à part et sa mère est placée près de lui. On pose sur son cou une cravate très-lâche. M. le Chef de service arrive et s’assure que l’opération a bien réussi.

Je vais voir l’opéré d’heure en heure; le petit malade va très-bien ; vers dix heures du soir, la canule s’engoue très-fortement, elle est retirée; le dilatateur permet de constater l’existence d’une fausse membrane qui obstrue complètement l’ouverture de la trachée et qui fait

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en quelque sorte l’office d’up bouchon. On essaye de la retirer rapidement avec des pinces sans en pouvoir venir complètement à bout. Le petit malade succombe.

Autopsie. 3o heures après la mort. Rigidité cadavérique faible; embonpoint, membres arrondis et potelés. Le larynx est enlevé avec précaution; je constate que l’incision a divisé la ligne médiane de la trachée; le larynx, fendu à la partie postérieure, montre une fausse membrane croupale obstruant la glotte et s’étendant jusqu’aux cordes vocales supérieures. Au-dessous de l’incision de la trachée , on trouve une autre fausse membrane croupale qui a dû remplir le rôle d’un bouchon et causer la mort en fermant l’ouverture de la canule ; elle remplit la trachée (voy. pl. I, fig. 2). Muqueuse trachéenne d’un rouge violacé ainsi que celle des bronches, mais sans aucun dépôt plastique.

Poumons fortement congestionnés. Les autres viscères à 1 état normal.

Description de la fausse membrane croupale (pl. I, fig. 2 et 3). Eile est d’un blanc grisâtre, à bords épais, occupant la glotte elle-même et s’étendant jusqu’aux cordes vocales supérieures, en obstruant les ventricules du larynx. Elle est très-épaisse, peu adhérente, mais engagée fortement dans les replis laryngés et elle ne peut ni monter ni descendre.

La muqueuse sous-jacente est d’une couleur rouge, trèsfoncée et arborisée; vers le cinquième arceau de la trachée se trouve une autre fausse membrane molle, épaisse de 3 à 4 millimètres, à bords amincis, déchiquetés, teinte de mucosités rougeâtres; elle a bouché la division faite à

la trachée, en remontant cl en s’appliquant contre elle. Celte fausse membrane remplissait la trachée dans un assez grand espace.

Examen microscopique. 1° Fibrine parfaitement reconnaissable à ses fibrilles entre-croisées ; 2° lamelles épithéliales cylindriques en petite quantité; trois d’entre elles présentent des cils vibratiles; 3° granulations moléculaires; 4° globules de pus; 5° globules rouges du sang ; pas de grandes cellules fibro-plastiques, point de végétaux. (PI. I, fig. 3.)

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