OBSERVATION IV
lluguct avec végétaux ( Oiclium albicans).
(Hôpital de Bon-Secours, salle Sainte-Anne. n° \ k bis , service de
M. Béhier. )
B...., Marguerite, 17 mois , entrée le 21 août 1851, morte le 29 août à midi. — Petite enfant venue à terme, d’une constitution chétive, de formes grêles, allaitée par sa mère dont la santé est excellente; pas d’accidents de dentition difficile, de gourme ou de maux d’veux. Elle a eu la rougeole il y a un mois, et depuis cette époque elle a toussé et elle a eu, en outre, de la diarrhée pendant laquelle elle a rendu des matières verdâtres. Cette diarrhée a cessé depuis une semaine.
21 août, visite du soir. — Peau chaude, figure petite, traits réguliers; quelques boutons d’herpès sur les lèvres paraissant dater de deux ou trois jours (plus récents au dire de la mère qui ne paraît pas les avoir observés au début).
SUR LES AFFECTIONS PSEUDO-MEMBRANEUSES. -lo/
Pouls à 104, régulier. Cavité buccale, rouge, chaude, soif vive, car outre son lait, la mère donne à l’enfant de l’eau sucrée qu’elle boit avec avidité. Pas la moindre trace de fausse membrane buccale, après un examen prolongé. Abdomen non douloureux à la pression, point d’érvthème des fesses, malléoles parfaitement intactes. Pas de diarrhée actuelle ; poitrine n’offrant rien d’anormal à l’auscultation ou à la percussion. Respiration puérile très-pure dans toute l’étendue des deux poumons.
22 août. — 100 pulsations. Respiration libre. Constatation de l’état noté hier ; soif toujours vive, pas de diarrhée.
Gomme sucrée ; 2 potages au lait ; 2 portions de lait.
23 août. — L’enfant a crié pendant la nuit, à tel point qu’elle a empêché sa mère de dormir. On n’a pu la calmer qu’en lui donnant le sein ou en lui faisant boire très-fréquemment de l’eau ; la cavité buccale est tiès-rouge, ainsi que la langue et l’arrière-bouche. La langue est lisse et je m’assure qu’un papier bleu de tournesol, appliqué sur la muqueuse buccale, est fortement rougi.
108 pulsations. Rien d anormal dans la poitrine, un peu de toux qui paraît provenir de l’état du pharynx et de la bouche. Pas de vomissements, pas de selles.
Guimauve sucrée ; deux huitièmes de lavement émollient.
24 août, visite du soir. — Abattement, deux selles veidàtres, nuit assez calme, mais depuis trois heuies du matin cris continuels pour boire ou teter. Cavité buccale toujours rouge. En regardant attentivement, je constate quelques points blancs, isolés sur la région dorsale de la [langue (cinq environ), et d’autres plus nombreux et plus
étalés à la voûte palatine, surtout du coté droit. Amygdales légèrement tuméfiées, mais sans productions blanchâtres et laissant entre elles un libre passage à l’air. Langes salis pendant la nuit à deux reprises différentes par des matières verdâtres renfermant des grumeaux semblables à des pois et blanchâtres.
Prescription: Guimauve sucrée; demi-julep gommeux; vin de quinquina 15 grammes; collutoire boraté.
Examen à midi des taches de muguet enlevées avec assez de difficulté, mais ne laissant la muqueuse ni excoriée ni saignante. Examinées immédiatement, j’y trouve à peine quelques végétaux parmi beaucoup de cellules épithéliales. Le collutoire au borate de soude et au miel rosat, appliqué immédiatement après l’examen, jaunit les points blanchâtres. Il est recommandé à la mère de faire souvent boire l’enfant avec de l’eau pure afin qu’elle ait la bouche constamment humectée, et de lui donner le sein le moins possible pour éviter l’action du lait acidifié dans la bouche.
A la 'visite du soir, même état général. La mère a fait téter souvent son enfant et on observe beaucoup de lait coagulé dans la bouche. Les grumeaux étant enlevés par un lavage avec la tisane, les points de muguet apparaissent jaunes, un peu rabougris; les gencives sont assez sèches et lisses.
25 août. — Nuit mauvaise. Pouls à 112, respiration facile. Bouche toujours chaude et douloureuse, car l’enfant crie quand on y introduit le doigt. Les taches de muguet ont considérablement augmenté, elles occupent une partie de la face supérieure de la langue; on en observe sur
les bords à droite et à gauche. Elles forment là un piqueté blanc, plusieurs sont réunies et leurs bords ne sont pas nettement limités. Sur la voûte palatine, surtout a droite, on trouve de larges plaques blanchâtres trèsminces et à la face interne des joues, de gros grumeaux blanchâtres. Sur le bord libre des gencives, le muguet a la forme de lisérés blanchâtres, mais de peu d épaisseur. Diarrhée, toux.
P. ut supra. Collutoire avec miel rosat et borate de soude.
Les applications sont faites très-exactement avec un pinceau. Les fausses membranes jaunissent immédiatement après et deviennent rabougries.
26 août. — 120 pulsations. Gris pendant toute la nuit, même état de la cavité buccale, à peu de chose piès. Les fausses membranes n’ont pas augmenté sur la langue et la voûte palatine, mais la face interne de la joue gauche en a beaucoup plus. Diarrhée, léger érythème des fesses, point d’érythème des jambes ou de la face interne des
pieds.
Examen des fausses membranes du muguet fait à deux heures de l’après-midi. Les végétaux sont extrêmement abondants sur la face interne de la joue gauche, dans les fausses membranes épaisses, de nouvelle formation. Celles qui ont été touchées par le collutoire présentent encore des spores et des mycélium de végétaux; il y a aussi une très-grande quantité de cellules épithéliales.
Le soir, même état. L’application du collutoire est faite
soigneusement.
27 août. - Même état qu’hier. Les fausses membranes ont gagné en étendue ; on en trouve sur la face inférieure
de la langue, sur le filet, à la face interne des fiords
alvéolaires et même en avant sur le repli alvéolaire ut labial.
A la visite du soir , je constate l’affaissement de la petite malade ; 120 pulsations, poitrine présentant à l’auscultation quelques gros râles à la base du poumon droit.
28 août. — Alternatives de calme et d’agitation pendant toute la nuit; à la visite, pleurs, cris enroués. L’cnlant se débat beaucoup pendant qu’on l’examine. Les fausses membranes du muguet se sont encore étendues et forment de larges plaques occupant presque toute la cavité buccale; arrière-bouche libre. Pouls incalculable.
P. ut supra. Sinapismes aux jambes.
Le soir, l’affaiblissement est extrême. 120 pulsations au moins intermittentes et irrégulières; bouche remplie de concrétions blanchâtres et jaunâtres, d’autres sont brunâtres, quelques-unes flottent avec de la salive le longdès arcades alvéolaires. (La mère s’est refusée obstinément a laisser examiner les fausses membranes.)
29 août. — Pouls incalculable, filiforme ; face grippée, assoupissement, quelques contractions des muscles des avant-bras. Bouche entr’ouverte, odeur fétide , fausses membranes noirâtres sur les bords de la langue et sur la pointe ainsi que sur les commissures labiales.
Mort à midi. (J’enlève immédiatement de fausses membranes en raclant la langue; j’y trouve les éléments déjà indiqués, l’épithélium et les végétaux.)
Autopsie, 19 heures après la mort; temps chaud. — Rigidité cadavérique nulle, parois abdominales verdâtres
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ainsi que la partie postérieure tlu dos. Orbites enfoncés, cavité buccale entr’ouverte et desséchée.
Poumons avec de la congestion hypostalique au bord postérieur. Ils sont insufflés et l’insufflation en est facile. Rate diffluente; reins et foie à l’état normal.
Arrière-bouche avec plusieurs taches affaissées, blanchâtres, s’enlevant av’ec facilité; œsophage rougeâtie, couvert de mucosités, sans plaques de muguet adhérent.
Estomac. Il est le siège d’un ramollissement cadavérique; je constate une perforation du grand cul-de-sac quand je projette de l’eau sur l’estomac divisé.
Intestins offrant dans la portion iléale une arborisation assez vive; pas d’hypertrophie des plaques de Peyer. Gros intestin avec une légère saillie des follicules solitaires.
Rien d’appréciable dans le cerveau qui est diffluent.