OBSERVATION VII
Aluguct sans végétaux.
(Hôpital de Bon-Secours, salle Sainte-Anne, n° \ bis, service de M. Béhier, suppléé par M, Legendre.)
D..,., François, âge de 5 semaines , né à Paris, entré le 27 septembre 1851, mort le 28 octobre. — Enfant d’une bonne santé, bien développé et tétant bien. Il n’est pas vacciné. Sa mère nous dit qu’il a souvent de la diarrhée, mais il n’est pas survenu de l’amaigrissement. Erythème des feSses qui existerait depuis la naissance.
Pouls a 108. Respiration puérile normale. Pas de maux d yeux, pas d éruption cutanée. Plaques d 1 eczema impetigenodes sur le cuir chevelu.
Je le vaccine le 8 octobre. Trois piqûres sont faites à chaque bras. Pas d’agitation ce jour-là et le lendemain. Un peu de fièvre le 10 au soir.
11 octobre, 4 c jour de la vaccination, 1er de l’éruption. — Les six piqûres vaccinales sont rouges; le soir, elles présentent une induration papuleuse notable.
12 octobre, 2 0 jour de l'éruption. — 120 pulsations; un
SUR LES AFFECTIONS PSEUDO-MEMRRANEUSES. Uhl
peu cl agitation. Les boutons de vaccine sont mieux dessinés, ils sont petits, vési cul eux, avec une faible aréole rouge.
13 octobre, 3e jour. — Une petite vésicule se dessine
nettement sur toutes les piqûres.
14 octobre, 4e jour. — La vésicule s’est peu étendue, elle a environ une demi-ligne de diamètre. L’aréole rouge a deux lignes.
15 octobre, 5 e jour. — Vésicule aplatie, d une ligne* de diamètre. Pas de réaction générale sensible.
16, 17 octobre, T jour. — La vésicule a crû lentement et s’est ombiliquée ; elle a, le 17 octobre au matin, une ligne et demie au plus de diamètre pour chaque bouton. L’aréole est de près d’un pouce. La peau est rouge, luisante, élevée. On voit sur ellel’orifice des vaisseaux sudoripares. Les boutons vaccinaux ont du reste l’aspect nacré, brillant et habituel.
18 octobre, 8e jour. — Les boutons de vaccine sont, choisis à la visite par le Chef de service pour vacciner les autres enfants nouvellement arrivés. La mère fait remarquer que son enfant a vomi et qu il s est beaucoup agité pendant la nuit. Un examen attentif ne fait rien remarquer sur la peau. Pouls à 132 (mais l’enfant a crié beaucoup).
Visite du soir. Agitation, fièvre, 140 pulsations au moins. Respiration fréquente, vomissements. Rien d’anormal qui soit saisissable à l’auscultation, quatre ou cinq taches punctiformes rouges sur le visage, disparaissant sous la pression du doigt et une autre sur l’avant-bras gauche, près du poignet.
RECI1EBCHKS CLINIQUES ET ANATOMIQUES
19 octobre, 9e jour. — Insomnie, cris pendant la nuit, pas de vomissements, toux. Les taches notées hier se sont agrandies et multipliées. Le soir, elles présentent un point saillant, dur et élevé. Les boutons de vaccine sont toujours très-beaux.
20 octobre, 10" jour. — Variole évidente. Petites vésicules élevées au centre des taches déjà décrites, ne disparaissant pas sous la pression du doigt ; elles sont nombreuses sur la face et les membres supérieurs.
1*28 pulsations. Toux, cavité buccale chaude, pas de fausses membranes, arrière-gorge rouge. Les boutons de vaccine commencent à se dessécher à leur centre, l’aréole n’a pas sensiblement pâli.
21 octobre, 11e jour. — Les boutons de variole sont de plus en plus marqués; il s’élargissent et se dépriment.
La dessiccation des pustules vaccinales marche lentement; elles sont encore purulentes à leur circonférence qui est bombée.
22 octobre, 12e jour. — Fièvre modérée, l’enfant telle bien. Les pustules varioliques se dessinent de plus en plus.
La dessiccation des vésico-pustules vaccinales gagne la circonférence, et les boutons sont d’un brun jaunâtre.
23 octobre. — Les pustules varioliques présentent un ombilic ; on les remarque surtout sur le visage, les membres supérieurs et le tronc. Les yeux en ont six sur les paupières. Dessiccation complète des boutons de vaccine.
24 octobre. — L’enfant prend bien le sein. L’éruption varioleuse a fait peu de progrès, fièvre légère.
SUR LES AFFECTIONS PSEUDO-MEMBRANEUSES. khO
23 octobre. — Les pustules sont partout ombiliquées et celles- du visage commencent à se dessécher. Toux, raies dans le côté droit de la poitrine.
P. Demi-julep gommeux; huile d’amandes douces sur le visage. Visite à 6 heures du soir. 120 pulsations, 44 respirations. Les râles persistent dans le côté droit de la poitrine en arrière ; peau chaude.
26 octobre. — 124 pulsations, 64 respirations. Même état et de plus langue lisse ne présentant pas de traces de pustules varioliques, mais quelques points et taches de muguet.
Examen du muguet. Muqueuse buccale, lisse, rouge. On observe sur la voûte palatine dix ou douze taches blanches semblables à des grains de mil, distantes les unes des autres. Deux autres taches sur le bord de la langue à gauche, rien sur la face dorsale de cet organe. Une petite plaque sur le filet.
Collutoire avec borax et miel rosat.
L 'examen microscopique de presque tous ces points montre : des lamelles d’épithélium; une substance grasse sous forme de granulations et de gouttes arrondies; quelques rares filaments fibrineux; pas de végétaux ; pas de spores. Cet examen a été fait avec le plus grand soin devant le Chef de service (voy. pi. III, fig . 6).
27 octobre. — 128 pulsations. Nuit mauvaise, toux, respiration anhélente. Le visage est moins tuméfié ainsi que les membres. La dessiccation des pustules varioliques se fait partout. Quelques croûtes du visage se sont crevassées et laissent suinter du sang. Yeux intacts.
Visite à 4 heures du soir. 132 pulsations. Bouche
chaude, parois buccales jaunies par le collutoire borate, taches membraniformes du muguet rabougries cl d’un jaune sale. Un peu de matité du côté droit du thorax, raies assez gros, secs, dans toute la hauteur en arrière. Pas de vomissements.
Julep avec tartre stibié 0,05 ccntig.
Examen microscopique . Les fausses membranes sont constituées absolument comme hier. Pas despores, pas de végétaux.
28 octobre. — Mort à 5 heures. Je vais racler la langue de l’enfant avant la visite et j’enlève deux fausses faiembranes buccales.
Examen immédiat. Pas de spores, pas de végétaux, aspect ordinaire du muguet moins les ‘productions végétales.
Autopsie à 10 heures du matin, le 29 octobre, 29 heures après la mort; température assez douce, nuit fraîche.
Rigidité cadavérique presque nulle. Corps couvert de croûtes varioliques desséchées, d’une couleur jaunâtre foncé et d’un brun rougeâtre au centre de plusieurs de ces mêmes croûtes.
Le visage, les membres supérieurs et la partie antérieure du tronc ont été surtout le siège de l’éruption varioleuse. Les boutons vaccinaux des bras sont couverts d’une croûte noirâtre, épaisse et cornée, qui tranche avec les croûtes varioliques qui les entourent. Les membres inférieurs et le dos n’ont eu que de rares boutons isolés pour la plupart et recouverts de croûtes épaisses et desséchées. Les malléoles sont un peu excoriées, ainsi que les fesses. La teinte rouge qui existait pendant la vie s’est dissipée en grande partie.
SUR jLES AFFECTIONS PSEUDO-MEMBRANEUSES. tl5l
Cavité buccale . Langue sèche, quelques traces de muguet ratatiné sur les parois buccales, le bord alvéolaire inférieur, le voile du palais et sur les côtés de la langue, à gauche. Arrière-bouche piquetée sur un fond jaunâtre ; amygdales plus grosses que dans l’état normal, mais sans productions de muguet. Œsophage n’offrant rien de particulier. Intestins pleins de gaz, muqueuse saine.
Les poumons, soumis à l’examen de M. le docteur Legendre, présentent une pneumonie catarrhale évidente ; la plèvre est saine des deux côtés.
Poumon droit ne revenant pas entièrement sur luimême comme le poumon gauche, après l’ouverture de la cavité pectorale. On trouve qu’il offre quelques taches opalines situées dans le tissu pulmonaire au-dessous de la plèvre (car elles ne disparaissent pas après l’enlèvement de cette dernière membrane). Lobe inférieur plus rosé que le supérieur. Bord postérieur rouge, il est le siège d’une congestion hypostatique. Tissu pulmonaire résistant et crépitant. Poumon gauche paraissant entièrement sain, un peu congestionné dans son bord postérieur.
L’insufflation, pratiquée successivement dans les deux poumons, prouve que l’air remplit toutes les vésicules pulmonaires. Le poumon droit reste toujours plus rosé que le gauche. Les petites4aches opalines sont un instant réfractaires à l’insufflation, mais elles finissent par disparaître et se remplissent d’air. A la coupe, le poumon est partout crépitant , rempli d’air et de spume qui, en beaucoup d’endroits correspondant aux tuyaux bronchiques de tout calibre, est mêlée de mucosités purulentes. A la
partie postérieure du poumon, la sérosité qui s’écoule est sanguinolente. L’incision faite sur les endroits où se trouvaient les taches opalines laisse suinter un peu de mucopus aéré. (Ces altérations sont rapportées par M. Legendre au 1er degré de la pneumonie catarrhale. — Bronchite capillaire de l’enfance de MM. Béhier et Hardy.)
Cœur et viscères abdominaux à l’état normal; foie et rate congestionnés.
Cerveau de consistance assez ferme, membranes à peine injectées; ventricules latéraux ne contenant pas une quantité anormale de sérosité.