OBSERVATION IX
Muguet aiec végétaux; tubercules pulmonaires; coagulum sanguin dans la veine crurale droite.
(Hôpital Sainte-Marguerite, salle Sainte-Geneviève, n° i, service de
M. Marrotte.)
C — , Clémentine, 30 ans, brassière , née à Vil tiers (Seineet-Marne ), entrée le 20 mai, morte le 18 juillet 1852. — Fille
d’une constitution
chétive, amaigrie, se plaignant de ne
pouvoir rien prendre sans le vomir aussitôt. Elle a ient de quitter l’hôpital de la Pitié où elle était entrée il y a un
mois.
Elle nous apprend qu’elle a toujours eu une santé délicate, mais néanmoins jamais elle n’a été atteinte de maladies graves. Dans son enfance, elle a eu plusieurs fièvres éruptives, la scarlatine, la rougeole; elle a été vaccinée. Réglée depuis l’âge de 15 ans, très-périodiquement, mais pendant deux jours à peine. Pas d’enfants.
Il y a deux ans, elle est tombée du haut d une échelle, elle a éprouvé une vive douleur dans le côté droit, près des fausses côtes (contusion dans la région hépatique). Ses maîtres l’ont envoyée à la campagne, où elle s’est rétablie. Enfin le 10 avril dernier, époque de ses règles, après une constipation qui durait depuis huit jours , elle a eu des vomissements violents et elle a rendu des ma-
tières très-fétides; depuis lors, elle a toujours souffert et vomi ; elle s’est décidée a entrer à la Pitié, où elle a été soumise à un régime doux (gomme sucrée, une portion); elle a plusieurs fois vomi des matières verdâtres, amères et bilieuses.
21 mai. État actuel. Figure allongée, amaigrie, yeux sans expression, mouvements lents, parole difficile. Anorexie, pas de soif vive, langue peu humide, lisse, rouge, oppression épigastrique, constipation durant depuis trois jours, du reste, alternatives de constipation et de dévoiement. Jamais d’hémoptysie, parfois des sueurs nocturnes, pas de toux actuellement, mais elle s’enrhume facilement l’hiver. Poitrine sonore, présentant à peine quelques
râles bulleux à la base du poumon gauche, murmure vésiculaire assez faible, mais s’entendant partout.
76 pulsations régulières. Peau jaunâtre sans chaleur anormale; rien d’appréciable au cœur, très-léger souffle dans les vaisseaux du cou (côté droit). Abdomen un peu douloureux à la pression, flueurs blanches; douleurs vagues dans les lombes et les aînés ; col utérin, long, virginal, paroi postérieure de l’utérus un peu saillante.
P. Gomme sucrée; poudre de Colombo I gramme en 2 paquets; julep avec eau de chaux 30 grammes, et sirop de gentiane 30 grammes; eau de Seltz; 2 bouillons; 2 potages.
Visite du soir. Pendant la journée, diarrhée séreuse; au deuxième paquet de poudre de Colombo, les vomissements se sont produits.
22 mai. — Nuit assez calme; bouche acide, sèche, dents sèches, agacées, langue toujours lisse et rouge.
Julep avec laudanum de Sydenham 8 gouttes.
Visite d u soir. Elle a vomi la poudre de Colombo.
23 mai. — Un peu de sommeil ; elle se trouve assez bien, te dévoiement n’a pas reparu depuis minuit, peau moins sèche, langue moins rouge.
24 mai. — Il a fait de l’orage hier au soir et la malade s’est trouvée fatiguée pendant toute la nuit. Pas de vomissements, langue rouge, assez humide.
25 mai. — Elle a été descendue au jardin ; elle a toujours les dents agacées, mais néanmoins elle dit ellemême qu’elle se sent mieux.
Ut supra ; une portion d’aliments.
26 mai. — Sommeil. Le ventre est moins douloureux à la pression.
27 mai. — 72 pulsations. Bien, pas de dévoiement.
Vin de quinquina 60 grammes.
28 mai. — Dévoiement très-fort pendant toute la nuit. Sous-nitrate de bismuth 4 0 grammes en 5 paquets ; deux 4/4 de
lavement amidonné.
30 mai. — Le dévoiement persiste toujours, les matières sont noires, fétides ; peau chaude, langue plus sèche.
Diascordium 4 grammes en 4 doses.
31 mai. — Le dévoiement est arrêté depuis hier dans la nuit ; sommeil.
Une portion.
1er juin. —76 pulsations régulières, pas de dévoiement.
2 juin. — La malade va assez bien.
Eau de Seltz.
5 juin. — L’état est satisfaisant.
Potion avec sirop d’écorces d’oranges amères 30 grammes;
— eau de menthe 1 5
7 juin. — Le malade a pris un bain alcalin.
8 juin. • — Le dévoiement est revenu.
Diascordium 4 grammes ; eau de Seltz ; sous-nitrate de bismuth \ 5 grammes; 2 potages maigres.
10 juin. — Mieux, langue humide.
Centaurée; une portion.
14 et 17 juin. — Très-bien.
Centaurée ; eau de Spa ; bain alcalin.
18 juin. — J’ai noté de la chaleur de ]a peau et de la fièvre à toutes les visites du soir depuis quelques jours. La malade est auscultée de nouveau très-soigneusement.
40U recherches cliniques et anatomiques
On constate que le poumon gauche respire bien plus l'a iblement que le droit. Pas de matité appréciable.
L2ü juin. La malade se plaint de ce que sa langue, qui est très-rouge, « semble vouloir se peler. »
23 juin. — Depuis trois jours, affaiblissement considérable; le dévoiement n’est pas revenu, mais il y a des coliques, des efforts de vomissements et toujours des maux d’estomac.
I isite du soir. Je remarque sur la langue des papilles saillantes, on dirait un prolongement de la muqueuse très-marqué en deux endroits. La langue est rouge, lisse et sèche, mais sans muguet.
24 juin. — Le dévoiement est revenu tous les quarts d heure, selles séreuses; un peu de toux; quelques crachats aérés. 112 pulsations. Sur le prolongement papillaire noté hier, il y a un point blanchâtre qui ressemble à du muguet.
Centaurée sucrée ; eau de Seltz ; collutoire au borax et miel rosat.
Examen du produit blanchâtre lingual. Les deux taches blanches renferment : 1° une foule innombrable de granulations moléculaires; 2° des lamelles épithéliales pavimenteuses; 3° des spores et quelques filaments des végétaux ordinaires du muguet.
25 juin. — 100 pulsations. Les deux points blanchâtres ont été jaunis par le collutoire. Le dévoiement a cessé.
27 juin. — La langue est revenue à l’état normal, les papilles sont à peu près affaissées.
Eau de Spa ; collutoire au borax et miel rosat.
28 juin. — 1.20 pulsations. Peau chaude, sèche; toux, crachats séreux. L’auscultation est pratiquée de nouveau.
SUR LES AFFECTIONS PSEUDO-MEMBRANEUSES. ibl
Le côté droit respire plus fortement que le côté gauche; sous la clavicule gauche, l’expiration est un peu plus prolongée, pas de matité nettement marquée.
29 juin. — Encore quelques taches adhérentes du muguet sur les points déjà signalés, langue très-lisse avec
quelques élévations capillaires.
30 juin. — Le muguet s’est encore étendu. Il apparaît à la pointe des papilles , où on le voit très-bien avec la loupe.
Visite du soir. Les taches du muguet s’étendent sur une assez grande surface ; à droite, il forme une plaque à contours irréguliers; examiné au microscope, il offre une grande quantité d’épithélium et des éléments végétaux,
spores et mycélium.
1er juillet. — Même état, collutoire porté avec un pinceau sur les points malades.
9 juillet. — Le muguet a cessé de s’étendre, les productions ont été ratatinées par le collutoire.
3 juillet. — La malade va assez bien ; une portion. Visite du soir. La malade se plaint d’une douleur dans la cuisse droite et dans l’aine ; pas de coloration anormale, pas de tuméfaction; sensibilité assez vive, mais pas de sentiment de chaleur ou du brûlure dans cette région.
4-6 juillet. — Enflure légère du pied droit, la douleur persiste, pas de tuméfaction dans l’aine.
8 juillet. — Le dévoiement a reparu ; la douleur inguinale et crurale est plus vive, on ne sent pas distinctement un cordon dur sur le trajet des vaisseaux.
10 juillet. — Muguet revenu en assez grande quantité. Le collutoire est employé avec beaucoup de soin.
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13 juillet. — Même état; cris, le muguet fait de grands progrès.
14 juillet.— OEdème considérable du membre inférieur droit; on sent un cordon dur qui paraît avoir son siège dans la veine fémorale.
15 juillet. — L’œdème du membre inférieur droit est considérable; la grande lèvre droite est tuméfiée.
16 juillet. — Le muguet forme une couche presque continue et membraniforme; les végétaux y sont fort abondants. Agitations, cris. Mort le 17 à une heure du matin.
Autopsie le 18 à six heures du matin (29 heures après la mort). Pluie d’orage, temps frais depuis la veille. Langue couverte d’un enduit crémeux , noirâtre par places, s’enlevant avec la plus grande facilité; cavité buccale ayant en différents endroits plusieurs plaques de muguet. La langue n’a plus la vive rougeur qu’elle offrait pendant la vie. OEsophage blanchâtre, sans traces de muguet. Estomac renfermant un liquide jaunâtre.
Cav'ité thoracique. Poumon gauche ayant des adhérences pleurales au sommet; poumon droit sans adhérences; tous deux crépitants, non congestionnés.
0 Le sommet gauche incisé laisse voir des tubercules crus et une petite excavation au centre du lobe supérieur, quelques tubercules crus à la base de ce même poumon gauche. Des granulations nombreuses sont disséminées dans le sommet du poumon droit. Cœur petit, parfaitement sain.
Cavité abdominale. Il existe des traces d’ancienne péritonite, de fausses membranes transparentes unissent
quelques anses intestinales; foie adhérant à la surface inférieure de l’arc du côlon; ganglions mésentéiiques engorgés, mais n’étant nullement tuberculeux. Rien d a normal n’apparaît dans les intestins après les avoir fendus dans leur longueur. Pas d’ulcérations ni d’inflammation appréciables; foie développé, jaunâtre, graissant le scalpel ; rate adhérant au diaphragme par des prolongements membraniformes ; organes génitaux à l’état sain; utérus ayant la face postérieure plus développée et saillante. Le
cerveau n’a pas été examiné.
Membre inférieur droit fortement œdématié ainsi que la grande lèvre droite. Veine crurale offrant, à travers les téguments et sur son trajet, de la résistance à la pression. Quand cette veine a été mise à nu par l’enlèvement delà peau , elle apparaît nettement arrondie , d’une couleur bleue assez pâle et n’offre point d’adhérence avec les tissus voisins. Le gonflement du vaisseau remonte en haut à deux pouces environ de 1 arcade crurale et en bas il siège dans le saphène interne jusque dans les divisions d’un moyen calibre. La veine crurale coupée en travers est remplie par un caillot qui en obstrue la cavité; les parois ne sont ni turgescentes ni épaissies, comparativement a celles de la même veine du côté opposé ; à peine sontelles légèrement œdématiées. Étalée sur une plaque de liège et fendue dans le sens longitudinal, la veine offre un cordon inclus, un caillot d’un rouge violacé que je retire facilement. Il est formé par du sang coagulé. Ce cordon, fendu transversalement et, de plus, suivant sa longueur, est composé par des couches stratifiées de fibrine ; la couche la plus extérieure adheiait pai simple jutaxpo-
silion à la membrane interne de la veine qui n’est pas rugueuse, mais simplement dépolie après l’enlèvement du cordon coagulé. Les couches fibrineuses sont de moins en moins décolorées et d’une teinte rougeâtre ou violette, d’autant plus prononcée qu’on arrive plus près du centre du caillot; en cet endroit il existe une coagulation sanguine paraissant le plus récemment formée.
L examen microscopique m’a montré : 1° de la fibrine sous forme de fibrilles entre-croisées; 2° des granulations moléculaiies abondantes; 3" des globules sanguins rouges et d’autres blancs, mais ceux-ci en très-petite quantité. Il y avait aussi de la matière grasse dans le champ du microscope.