DE LA PATHOGÉNIE DES MALADIES INFECTIEUSES
Les maladies dites infectieuses forment un groupe d'états pathologiques que caractérisent des symptômes particuliers déterminés par un empoisonnement de l'organisme. Les éléments toxiques que Ton nomme miasmes et virus (^) , sont de nature encore inconnue.
Leur origine, leur propagation , la fixité des symp-
(i)Nous ne rechercherons pas s'il y a des différences entre l'infection et la contagion. Pour nous , nous considérons comme infecté l'organisme dans lequel a pénétré un élément proliférant autochthone ou hétérochthone. {Note des auteurs.)
i6 CHAPITRE PREMIER.
tomes qu'ils produisent, leur ont lait allribuer un caractère tranché de spécificité.
L'hypothèse des ferments, agents producteurs des maladies, si brillamment soutenue par Yan Helmont(^) au commencement du dix-septième siècle, tend à se reproduire de nos jours, transformée et renouvelée par la puissance des conquêtes modernes de la chimie et de la microscopie.
Les fermentations et les ferments se révèlent à nous d'une manière positive par les magnifiques travaux de M. Pasteur (-). Le ferment est un organisme vivant, végétal ou animal, suivant le genre de fermentation, se reproduisant avec une fécondité prodigieuse.
L'organisme humain fournit des terrains parfaitement appropriés à certaines fermentations: chaleur de 37^, humidité, alcalinité (sang), matières albuminoïdes susceptibles d'être modifiées très-vite, gaz actif (oxygène) dont la proportion peut varier sous l'influence et au contact du ferment rapidement reproduit.
M. Claude Bernard (^)a prouvé par diverses expériences que les fermentations sont possibles au sein d'un organisme vivant ; ce point établi rend parfaitement légitime l'idée de poursuivre l'action de certains ferments sur l'économie animale, et leur recherche dans les milieux organiques.
(1) Charles de Vaure'al, Des ferments et de leurs rapports arec les miasrae^ et les virus, p. 31.
(2) Pasteur, Comptes rendus de T Académie des sciences, 1859 à 1863.
(3) Cl. Bernard, Physiologie des liquides de rorganisine.
PATHOGÉXIE DES MALADIES EÎFECTIEIJSE$. 17
MM. Pouchet (^), Pasteur (-) et Lemaire(^) ont démontré suffisamment que l'air atmosphérique est un foyer dans lequel fourmillent constamment des myriades de germes plus ou moins développés, des infusoires de toute sorte, qui se déposent sur les matières putrescibles, s'y multiplient et les transforment par le phénomène dit de fermentation putride.
Ces germes, éléments toxiques, peuvent se déposer sur l'homme ou être absorbés par lui avec les aliments et les boissons, pénétrer dans le sang et y produire une infection quelconque.
On voit apparaître, dès lors, une maladie du sang qui est primitive et qui, suivant Faltératloii plus ou moins rapide de ce liquide, peut amener la mort. La médecine pratique nous enseigne tous les jours qu'il en est ainsi.
Le ferment se retrouve dans le sang des indiviilus infectés; nos recherches cliniques el nos inoculations chez les animaux le démontrent d'une manière certaine.
Le ferment ou élément infectieux n'est pas le même pour toutes les infections.
Nous établissons la spécificité figurative des différents corpuscules retrouvés dans le sang des malades et des animaux sur lesquels nous les avons portés.
Nous avons étudié la septicémie, la fièvre ty-
fi) Pouchet, Comptes rendus de f Académie des scie^ices , ISo 0. p. 533.
(2) Pasteur, Comptes rendus de F Académie des seieneesy 6 terrier, 7 mai, 15 sept, et nov. 1860.
(3) Leinaire, Bévue médicale jrançaue et étrangère, t. XI. p. 412.
phoïde, la fièvre puerpérale, dans lesquelles les éléments figurés se rapprochent par la forme, sinon par la grandeur. Ils rappellent \e. Bacterium catenula.
Dans la variole, la scarlaiine et la rougeole, les éléments retrouvés sont différents des premiers. Ils ne nous ont pas paru composés de chaînettes, à Texception de la variole cependant, qui serait un intermédiaire.
Ces ferments sont-ils cause ou effet des maladies infectieuses ?
On verra plus loin que, pour nous, tout élément infectieux est de nature bactériforme, et l'on sait, d'après Pasteur(^), que la Bactérie commence l'acte fermentatif en s'emparant de l'oxygène pour permettre aux vibrions que ce gaz tue d'accomplir la fermentation.
Or nous pensons que l'élément figuré trouvé dans le sang a, par son aspect et son mouvement vermiculaire, le caractère de la Bactérie.
L'oxygène du sang, certainement sous l'influence du ferment, diminue fortement, soit par soustraction directe du gaz contenu dans le globule, comme le pense Magendie(^), soit dans l'appareil pulmonaire, par substitution des Bactéries aux globules eux-mêmes.
Nos recherches nous autorisent donc à considérer la Bactérie comme la cause probable de l'altération du sang et de la maladie produite.
(1) Constate par Pasteur et Balard.
(2) Magendie, Leçons sur le sang, 1838.