SANG VEINEUX
Mélange . . . 19.30 Après KO. . . 18.90 Après Py . . . 18.20
Oxygène . . . . 11.07 Acide Carbon. . 6.30
No 2. Sang . . . 13.25 Oxyde de carb. 25.60
Mélange . . . 20.60 Après KO. . . 19.90 Après Py . . . 18.90
Oxygène .... 9.36 Acide Carbon. . 6.48
No 3. Sang . . . 15.68 Oxyde de carb. 25.50
Mélange . . . 16.20 Après KO. . . 15.35 Après Py . . . 14.20
Oxygène . . . . 11.48
Oxyde de carb. 22.45
Mélange . . . 17.70 Après KO. . . 16.50 Après Py . . . 15.50
Oxygène .... 8.54 Acide Carbon. . 10.34
NO 5. Sang . . . 19.86 Oxyde de carb. 29.50
Mélange . . . 21.40 Après KO. . . 20.80 Après Py . . . 20.40
Oxygène .... 2.74 Acide Carbon. . 4.12
NO 6. Sang . . . 9.00 Oxyde de carb. 23.10
Mélange . . . 19.40 Après KO. . . 18.40 Après Py . . . 17.60
Oxygène .... 10.48 Acide Carbon. . 13.11
Acide carbonique. . 9,17
QUANTITÉ
en centimètres cubes
de sang et d'oxyde de carbone.
QU.V>'TITÉ en ceutimètres cubes du mélange gazeux avant etaprès le traitement par la potasse et l'acide pyrogallique.
QUAXTITÎ
en centimètres cubes
d'oxygène et d'acide carbonique contenus dans 100 centimètres cubes de sang.
C Stinff d'
NO 1. Sang . . . 17.83 Oxyde de carb. 32.40
nnitnnttx infcctcê
Mélange . . . 21.01 Après KO. . . 19.90 Après Py . . . 18.98
sitct^i flcê • Oxygène .... 7.98 Acide Carbon. . 9.64
NO 2. Sang . . . 13.00 Oxyde de carb. 23.33
Mélange . . . 14.00 Après KO. . . 13.50 Après Py . . . 13.05
Oxygène .... 5.74 Acide Carbon. . 6.38
Moyennes : Oxygène 6.86
Acide carbonique . . 8.01
D. Sang a'aniti
»atfjr infecté» qui
Mélange . . . 19.90 Après KO. . . 19.00 Après Py . . . 18.10
ont succotttbé.
Oxygène .... 8.32 Acide Carbon. . 8.32
NO 2. Sang . . . 13.25 Oxyde de carb. 24.10
Mélange . . . 22.10 Après KO. . . 21.50 Après Py . . . 21.18
Oxygène .... 7.68 Acide Carbon. . 8.18
No 3. Sang . . . 12.75 Oxyde de carb. 22.80
Mélange . . . 22.22 Après KO. . . 20.80 Après Py . . . 19.40
G-xygène . . . . 11.32 Acide Carbon. . 11.34
Acide carbonique . . 9.26
L'étude de ces tableaux nous donne des résultats qui se rapprochent beaucoup de ceux obtenus dans les deux infections déjà étudiées.
Nous voyons dans le sang artériel une perte graduelle d'oxygène, perte augmentant avec la maladie. Au début, différence avec la normale de 2,32, puis 7,22. Enfin, à la mort, la différence pour le sang normal est de 10,05.
Il en est de même pour l'oxygène du sang veineux; d'abord perte de 1,53, puis de 1,56, enfin de 2,09. Ces différences, moins marquées que pour le sang artériel, indiquent cependant une progression dans la perte.
L'acide carbonique suit une marche inverse après avoir peu changé au début; il augmente dans le sang dans les proportions suivantes qui croissent avec la maladie jusqu'à la mort: la normale est dépassée de 1,64, 2,40, 5,46, enfin 5,55.
Ainsi, loin de trouver une augmentation dans les proportions d'oxygène dans le sang, augmentation qui expliquerait les actions d'oxydation et de combustion révélées par la chimie , nous sommes en présence d'une diminution d'oxygène.
Il nous semble que, dans ces cas, les Bactéries qui sont dans le sang varioleux en nombre incommensurable et qui n'y sont pas facilement détruites, récoltent dans le poumon l'oxygène de l'air, ne se comburent pas dans cet organe, et, jouant le rôle de globules, vont porter partout cet oxygène et produire ainsi dans l'organisme ces acles d'oxydation
exagérée. Si les proportions d'acide carbonique ne sont pas plus fortes que dans l'infection typhoïde ou restent un peu en dessous, c'est qu'on pourrait dire que dans le cas de sang typhoïde les Bactéries se détruisent, tandis que dans le cas de sang varioleux elles résistent davantage. Relativement à la normale, l'augmentation de l'acide carbonique est très-remarquable et parfaitement en rapport avec les combustions déterminant en grande partie une fièvre qui se mesure par 44° de température.
Lésions anatomiques.
Les altérations anatomiques sont peu prononcées à la suite d'une mort aussi rapide et si intimement liée à l'état du sang.
Les cadavres d'animaux infectés ne répandent aucune odeur.
Le sang est moins coagulé que dans les intoxications lentes. Il paraît surtout remplir les vaisseaux de la périphérie (peau). L'intestin ne présente pas cet état congestionné observé dans l'infection typhoïde. Le foie, la rate, les reins sont hypérémiés. C'est à peine si l'on rencontre des épilhéliums de ces organes en voie de dégénérescence graisseuse.
Le poumon n'est pas très-congestionné, ainsi que nous l'avons dit plus haut; il a un aspect tigré, constitué par des taches d'un rouge brun (parties
hépatisées se détachant sur la nuance rose pâle du tissu normal). Les parties saines sont plus étendues que les parties malades.
Le système nerveux est pâle et présente plutôt les caractères de l'anémie.
Résumé général des faits relatifs à l'infection par le sang varioleux.
4° Le sang humain varioleux est infectant pour les lapins.
Les infections successives amplifient la puissance des éléments infectieux.
3® La mort survient en 40 heures au minimum et avec des doses d'inoculation très-petites.
4<> Les voies d'absorption se rangent dans l'ordre indiqué pour les autres infections.
5^ L'élévation de température est très-forte (44*^ C. en moyenne).
6^ Les Bactéries du sang varioleux correspondent aux Bactemm Termo de Mûller, et Bacterium Bacillus de Pasteur. La proportion de ces Bactéries est énorme dans le sang.
7° L'analyse chimique signale une augmentation d'urée dépassant la normale de 0,05, c'est-à-dire près du double, et une diminution du glycose du sang des 3/4.
8** La recherche du gaz du sang donne une diminution d'oxygène qui est en rapport inverse avec l'analyse chimique, de telle sorte que, pour expliquer
l'augmentation des phénomènes d'oxydation et la haute température, on est obligé d'invoquer une autre cause que celle de l'oxygène du sang.
9° Le sang desséché conserve parfaitement ses propriétés.
Introduit sec sous la peau, il ne produit rien; rendu humide, il reproduit l'infection.
Nous avons examiné et fait examiner bien souvent par nos élèves du sang d'individus atteints de variole.
Cet examen fait pendant la vie et souvent après la mort nous a donné toujours les mêmes résultats: 1^ Déformation des globules.
2" Zone immobile.
3^ Présence de granulations très-mobiles (Bacterium Termd) et bâtonnets {Bacterium Bacillus) réunis deux à deux et quelquefois trois. Dans le sang humain les granulatiojis mesurent 0™"^,0004, les bâtonnets peuvent aller à O^'^jOOl^. Ces chiffres sont inférieurs à ceux que présentent les mêmes éléments reproduits dans le sang du lapin (0™™,0008 et 0«^^007).
Les observations suivantes ont été recueillies par le docteur Baudoin, dont les constatations ont été souvent contrôlées par nous. On remarquera dans
l'obs. V que l'examen microscopique du sang pris pendant la vie et au début de la maladie permit de constater une erreur de diagnostic qui se vérifia le lendemain par l'envoi du malade au service des varioleux (^).
Obs. P®. La nommée Henriette W...., couturière, âgée de 60 ans, entre à la clinique le 4 février 1869. C'est une femme affaiblie par les progrès de l'âge et qui prétend être malade depuis huit jours. Il y a trois jours seulement, les premières papules se sont manifestées sur la peau. L'ensemble des symptômes (rachialgie, céphalée et surtout apparition de l'éruption) fait immédiatement conclure à une variole en pleine période d'éruption.
Dès le jour de son entrée à l'hôpital , une ventouse scarifiée est appliquée sur l'omoplate droite au niveau de la fosse sus-épineuse.
J'avais d'abord nettoyé la peau avec de l'eau savonneuse et de l'alcool, car, la peau contenant à l'état normal les éléments dont j'allais rechercher la présence, on aurait pu m'accuser d'enfermer le loup dans la bergerie.
A l'aide d'une baguette de verre, je prends unegouttelette de sang, je la place sur la plaque porte-objet, je la recouvre d'une petite lame couvre-objet, audessus de laquelle je place une goutte d'eau distillée surchauffée, puis je fais plonger la lentille à immersion, j'aperçois alors des globules sanguins dis-
(1) Thèse de Strasbourg, 1870 : Etat du sang dans la variole, p. 5 , H 24.
posés par îlots, dont la déformation est déjà poussée très-loin. Ce changement déforme, comme le disent MM. Goze et Fellz, permet de comparer le globule du sang varioleux à une roue de moulin ou à un chaton de marron d'Inde.
Entre les amas globulaires, des courants allant dans tous les sens, me montrent à plusieurs reprises des éléments mobiles accolés le plus souvent deux à deux et qui sont à peu près de même grandeur. Ces corpuscules sont doués d'un mouvement qui leur est propre et leur donne au microscope tantôt l'aspect d'un petit corps ovalaire, tantôt celui d'un pelit disque brillant, se démenant dans tous les sens au milieu de la masse liquide.
Certains éléments, au lieu de suivre le courant qui entraîne les globules sanguins, s'arrêtent à un îlot composé de ces derniers, en font le tour, puis disparaissent pour reparaître un peu plus loin.
Quant au nombre de ces corpuscules, il est trèsgrand.
D'après ce simple examen je suis porté à croire que la maladie atteindra une grande gravité. La déformation excessive des globules, le nombre considérable despointsmobiles m'engagent à conclure dans ce sens.
Pendant les jours qui suivent, l'éruption augmente encore et devient d'une confluence vraiment remarquable. La malade est en même temps en proie à une adynamie profonde; il y a de la dyspnée; le pouls arrive à 120. Le "12 février au soir, elle meurt en pleine période de suppuration.
Le lendemain matin à 8 heures, mon collègue, M. Redier, aide d'anatomie, interne des hôpitaux civils, et moi, pratiquons l'autopsie.
Le larynx est profondément endommagé. Il n'y avait rien de particulier soit dans le tube digestif, soit dans le foie, soit dans la rate.
Les reins sont très-légèrement hypérémiés.
Les poumons sont hépatisés, surtout le droit.
Dans le péricarde se trouve un épanchement dont la quantité peut être évaluée à un demi-verre environ.
Après avoir soigneusement lavé une petite éprouvette, j'ai recueilli le sang contenu dans le cœur et dans la veine cave inférieure ; puis je l'ai de nouveau soumis à l'analyse microscopique et j'ai trouvé les mêmes éléments que précédemment, peut-être même en plus grande quantité; ils étaient accolés deux à deux et paraissaient très-vivaces. Les globules présentaient la même déformation.
Obs. il La nommée CaroHne B...., servante, âgée de 20 ans, entre à la salle 70 (service des varioleux), le dimanche 14 février au soir, avec un commencement d'éruption à la face, aux membres supérieurs et au tronc. Les papules sont en très-petit nombre. C'est à peine si l'on en compte quarante sur la face. La malade dit qu'elle souffre depuis sept jours ; jeudi dernier (par conséquent il y a quatre jours), l'éruption a commencé à apparaître.
Dès le lundi malin j'applique au niveau de la fosse sous-épineuse gauche une ventouse scarifiée. Je
prends toujours, bien entendu, les mêmes précautions quant au lavage de la peau, de la ventouse et du flacon dans lequel j'enferme le sang, puis je procède à l'examen microscopique. Je vois très-nettement les globules rouges disposés par îlots, mais je trouve qu'ils sont un peu moins déformés que dans le cas précédent.
Quant au nombre des petits points mobiles, il est certainement inférieur à celui observé précédemment; de plus, leur vivacité est plus faible; ils me paraissent aussi un peu plus petits.
Le lundi suivant, 22 février, je voulais examiner de nouveau le sang de cette malade, mais elle était en pleine convalescence. Ce qu'il y a d'intéressant dans le cas spécial, c'est qu'au point de vue du pronostic de la maladie le nombre des éléments mobiles aperçus dans le champ du microscope et leur plus ou moins de vivacité paraissent jouer un rôle important.
Obs. III. La nommée Marie T...., servante, âgée de 18 ans, entre au service des varioleux le mardi 16 février 1869,
C'est une femme d'une bonne constitution , à tempérament lymphatique, et qui se plaint de maux de reins, de céphalalgie, depuis trois jours. Il y a anorexie complète; la face est rouge, la soif est vive, le pouls fréquent; sensation d'abattement dans les membres. L'ensemble des symptômes fait diagnostiquer une variole à la période prodromale. —
Déjà le soir même à 3 heures, je remarque l'ap-
parition de quelques papules eu très-petit nombre. La fièvre a augmenté. Dès lors, je place au niveau de la fosse sus-épineuse droite une ventouse scarifiée. Le sang est examiné cinq minutes après sa sortie.
Les globules sont déformés, mais ils ne sont pas en très-grand nombre. D'ailleurs, les papules sont en faible proportion, ce qui, tout d'abord, m'avait fait porter un pronostic favorable. Le nombre des corpuscules mobiles est relativement petit. Je remarque que le diamètre des éléments n'est pas aussi grand que dans les observations précédentes; leur mobilité n'offre rien de particulier, ils sont assez vivaces.
Avant d'achever cette observation, il est un fait qui ne m'est pas permis de passer sous silence: c'est l'apparition de la zone immobile, décrite pour la première fois par MM. Goze et Feltz.
Tournant en effet la vis du microscope dans le but d'adapter l'instrument à mon point de vue, j'ai vu, dans un plan supéiieur à celui des globules sanguins, un tas de ces éléments, mais complètement immobiles, et qui, dans le cas actuel, m'ont semblé adhérer à la partie inférieure de la plaque couvreobjet. C'est à cet ensemble d'éléments éparpillés çà et là que MM. Coze et Feltz ont donné le nom de zone immobile.
La malade ne reste que quatre jours à l'hôpital. Au bout de ce temps, les quelques papules observées au moment de son entrée arrivaient à la pé-
riode de desquamation, sans être passées par celle de la suppuration.
Obs. IV. Le nommé Charles F..., chemisier, âgé de 18 ans, entre à l'hôpital (service des varioleux), le mercredi 17 février 1869. C'est un jeune homme qui paraît doué d'une bonne constitution. Il assure que déjà dans son logement (rue de Schiltigheim) il y a eu et il y a encore des cas de variole. Il est du reste porteur d'un commencement d'éruption à la face, à la poitrine et aux membres supérieurs. Chez lui , le diagnostic ne souffre aucune difficulté : c'est une variole à la période d'éruption.
Le lendemain matin, jeudi, à 8 heures, j'applique une ventouse scarifiée aux environs de la fosse sous-épineuse gauche. Elle me fournit une assez grande quantité de sang que j'enferme dans un flacon bouché à l'émeri. J'examine ensuite au microscope.
Les globules sanguins sont extrêmement déformés; c'est à peine si dans le champ du microscope je puis en voir deux de normaux; tous les autres présentent à un degré plus ou moins avancé la déformation en roue de moulin. vois aussi quelques leucocytes, mais non déformés.
La zone immobile est parfaitement visible et trèsbien constatée par M. le professeur Coze , qui , dans une grande partie de mes expériences, a bien voulu me servir de guide.
Quant au nombre des corpuscules mobiles, il est considérable. Ces éléments sont doués d'une
excessive vitalité et présentent les mêmes dimensions que d'ordinaire (0°^«^,0004 de large et 0™™, 0012 de long, en moyenne).
D'après l'examen microscopique j'avais conclu que l'éruption serait grave et que la durée de la maladie serait longue; en effet, le malade n'a quitté l'hôpital que le 30 mars.
Obs. V. La nommée Mina F..., âgée de 25 ans, entre à l'hôpital le 26 janvier 1869 et se présente à la clinique de M. le professeur Hirtz (salle 33, lit n° 7). L'ensemble des symptômes fait admettre le diagnostic de rougeole.
Le jour même de son entrée, à 11 heures du matin, après avoir lavé la peau avec de l'eau savonneuse et de l'alcool, j'applique une ventouse scarifiée au niveau de l'angle inférieur de l'omoplate.
Le sang est porté au cabinet de M. Coze, qui a préparé lui-même la plaque et qui, après un examen attentif, a pensé que le liquide que je venais de lui soumettre n'était point du sang de rougeole; en effet, le microscope donne les résultats suivants :
Globules sanguins empilés les uns à côté des autres, disposés par îlots et très-déformés. Cependant, çà et là j'en aperçois encore quelques-uns qui n'ont pas subi d'altération quant à la forme.
Le nombre des corpuscules mobiles est moyen; ils sont Irès-vivaces ; plusieurs d'entre eux ne font qu'apparaître dans le champ du microscope pour disparaître dans la masse du liquide. La plupart d'entre eux sont accolés deux à deux. La zone immobile
est très-visible. Le surlendemain, le diagnoslic avait été rectifié et la malade évacuée sur le service des varioleux.
Obs. VI. La nommée Anna M..., jeune fille âgée de 16 ans, entre à la clinique le 18 février 1869.
C'est une fille à tempérament lymphatico-sanguin, douée d'une bonne constitution, et qui accuse une céphalée intense, ainsi que des douleurs lombaires. On l'envoie au service des varioleux. Dans la journée, on voit la face et une partie des membres supérieurs présenter de petites élévations rougeâtres qui, le lendemain, avaient le caractère d'une éruption varioleuse assez intense.
A huit heures du matin, j'applique une ventouse scarifiée aux environs de la fosse sous-épineuse gauche. J'enferme le liquide dans un petit flacon bouché à l'émeri, puis je l'examine au microscope.
J'aperçois un grand nombre de globules déformés; ils sont très-irréguliers et présentent une ressemblance parfaite avec des chatons de marrons d'Inde. Les éléments mobiles sont très-nombreux; ils se meuvent très- rapidement; quelques-uns se présentent tantôt suivant une coupe tranversale, tantôt suivant unje coupe longitudinale, ce qui nous les fait voir soit sous forme d'un petit disque, soit sous celle d'un bâtonnet. Ils sont accolés deux à deux.
Tel est le résultat qu'un premier examen microscopique m'a fourni. Huit jours après, sur le conseil de M. le professeur Goze, j'applique une seconde ventouse scarifiée. La malade était en pleine période
de suppuration. Le corps tout entier était couvert d'une éruption extrêmement confïuente. La face était bouffie. 11 y avait peu de fièvre. J'examine de nouveau le sang. Cette fois, tous les globules rouges avaient subi la déformation en roue de moulin; on voit quelques globules de pus (du moins je les ai pris pour tels 5 parce qu'il n'y aurait rien d'étonnant à ce que, appliquant le scarificateur sur la peau couverte de pustules, j'aie obtenu, dans la ventouse, en même temps que du sang, quelques globules purulents). Il y a tout autant d'éléments mobiles que huit jours auparavant. La zone immobile apparaît très-visiblement. La malade quitte l'hôpital le 26 avril 1869.
Obs. vil Le nommé Adolphe W. .., pelletier, âgé de 32 ans, entre à l'hôpital le 27 février 1869. C'est un homme à tempérament fortement sanguin, solidement constitué, et qui assure n'avoir jamais été malade antérieurement. Il accuse tous les symptômes caractéristiques de la variole. Dès son entrée au service de M. le chef des cliniques Gross , il a prétendu qu'il était soufTrant depuis trois ou quatre jours. J'applique une ventouse scarifiée aux environs de la fosse sous-épineuse gauche. Cinq minutes après, je procède à l'examen microscopique.
J'aperçois la plupart des globules sanguins en voie de déformation. De plus, comme ils sont en grande quantité et serrés les uns à côté des autres, c'est à peine si je puis distinguer les éléments mobiles. Cela tient à ce que, au lieu de prendre avec
^'18 CHAPITRE m.
la baguette de verre du sang à la surface du liquide contenu dans le petit flacon, j'ai pénétré trop au fond du vase, de sorte qu'au lieu d'avoir quelques rares globrdes rouges nageant dans le sérum, j'en ai un nombre incalculable. Je remplace alors celte plaque par une seconde en ayant soin d'éviter Tinconvénient énoncé précédemment.
En mettant le microscope au point, je vois apparaître la zone immobile; les corpuscules mobiles sont très-reconnaissables , mais ils ne se meuvent pas. Si je fais plonger davantage la lentille à immersion, les globules rouges apparaissent déformés; dans l'espace qu'ils laissent libre j'aperçois une multitude de points brillants en mouvement; ces éléments se meuvent dans tous les sens avec une extrême vivacité. On les voit juxtaposés deux à deux et même trois à trois , quoique ce dernier cas soit très -rare.
Deux jours après, un nouvel examen microscopique a lieu. M. le professeur Goze prépare luimême une plaque avec du sang pris le matin et il constate les même phénomènes que précédemment. Le nombre des éléments mobiles est tout aussi fort, peut-être même plus considérable qu'avant-hier. L'éruption a, du reste, atteint son maximum d'intensité; le malade est à peine reconnaissable, tellement le gonflement de la face est violent.
Le mercredi 10 mars, je prends du sang pour la troisième fois. Le malade en est au commencement de la période de dessiccation. Le liquide examiné au
microscope me montre toujours la même déformation globulaire, mais un moins grand nombre de corpuscules mobiles : ils ne sont plus accolés que deux à deux dans ce cas et paraissent moins vivaces,
Obs. VIII. Le nommé Louis S..., âgé de 7 ans, entre à l'hôpital (service des varioleux) le mercredi
10 mars 1869. C'est un enfant assez malingre, d'un tempérament lymphatique, et qui est porteur d'une éruption présentant tous les caractères de celle de la variole. Cet enfant n'ayant pas l'air d'être vigoureusement constitué, je ne lui appliquai pas une ventouse scarifiée, je me contentai d'une simple moucheture à la peau. Je recueillis la gouttelette sanguine sur une plaque porte-objet, je le recouvris immédiatement d'une lame couvre-objet, et je portai le tout sous la lentille à immersion.
Les globules sanguins étaient empilés les uns sur les autres; leur déformation n'était pas inquiétante au point de vue du pronostic. Le nombre des éléments mobiles était bien faible. D'après ce simple examen microscopique, j'ai pu, dès lors, présumer que l'afTection que j'avais sous les yeux aurait promptement atteint la période régressive. En effet,
11 ne nous donnait rien de particulier: mon pronostic fut confirmé par le petit malade, qui sortit guéri de l'hôpital , le jeudi 25 mars 1869.
Obs. IX. Le nommé Joseph S... entre à l'hôpital le même jour que son frère, qui fait le sujet de l'observation précédente. C'est un enfant de 4 ans.
d'un tempérament lymphatique, et dont la constitution semble déjà être fortement affaiblie ; il ne présente pas une éruption aussi fortement caractérisée que son frère, mais en revanche elle semble vouloir être bien plus diffuse. J'attends que l'éruption se soit franchement manifestée pour appliquer une ventouse scarifiée.
Dès le lendemain qui suit son entrée au service, la face est énormément gonflée par la confluence des pustules qui commencent à faire leur apparition. A l'aide d'une piqûre faite avec la pointe d'une lancette bien nettoyée, j'obtiens une gouttelette de sang que je place immédiatement sous le microscope.
Je vois alors au milieu d'un grand amas globulaire une multitude d'éléments mobiles très-vivaces; ces éléments présentent comme toujours tantôt la forme de petits disques blanchâtres plus brillants que tout le reste, tantôt celle de petits bâtonnets légèrement arrondis aux extrémités. Les globules sanguins m'apparaissent avec leur déformation caractéristique, c'est-à-dire en roue de moulin : ils semblent tout couverts de petits piquants , ainsi que le représentent les figures placées à la fin de mon travail, et dans tout le champ du microscope je n'en vois pas un seul qui ait conservé sa forme normale.
Cette fois il ne m'a pas été possible de voir la zone immobile.
Mon petit malade arrive ainsi jusqu'au mercredi 24 mars, présentant tous les phénomènes qui accom pagnent la variole confluente; il meurt le 24 au soir.
Le lendemain matin, M. Redier et moi faisons l'autopsie. Les pustules sont en grand nombre dans le larynx et dans tout le pharynx. Les cordes vocales sont fortement tuméfiées; je vois même sur la gauche une petite ulcération.
Le foie, la rate, les reins ne nous présentent rien d'anormal. Les poumons sont fortement hypérémiés. Je prends alors le contenu de la veine cave inférieure et du cœur, je place ce sang dans un flacon bien lavé et je l'examine. Rien de particulier à signaler. Les mêmes caractères que précédemment existent; toujours même déformation des globules rouges , nombre excessif des éléments mobiles.
Obs. X. Le nommé Emile F... entre à l'hôpital le samedi 13 mars 1869.
C'est un jeune homme âgé de 16 ans, à tempérament fortement lymphatique, à constitution assez délicate et qui accuse de la rachialgie. Il se dit malade depuis cinq jours. (Le sujet dont l'obs. TV raconte l'histoire est son frère ; par conséquent il n'est pas étonnant que, ces deux jeunes gens habitant sous le même toit, l'aîné ait pu communiquer la variole au cadet.)
L'ensemble des symptômes confirme mes soupçons. Dès le lendemain du jour de son entrée, M. l'agrégé Gross constate l'apparition de l'éruption. Immédiatement après sa visite j'applique au niveau de l'espace compris entre les deux omoplates une ventouse scarifiée. Cette scarification me donne une assez faible proportion de sang.
222 CHAPITRE m.
Je prépare sur-le-champ l'examen microscopique, et voici ce qu'il me fournit :
Les globules rouges sont assez peu déformés, mais néanmoins j'en vois un certain nombre présentant la déformation en chaton de marron d'Inde. Çà et là je vois quelques globules blancs, mais ils sont très-rares. La plupart des rouges sont accolés les uns aux autres. Dans l'espace qu'ils laissent libre, circulent de petits éléments mobiles rappelant la forme de petits bâtonnets juxtaposés deux à deux.
Ces corpuscules se reconnaissent facilement par la grande clarté dont ils jouissent. De plus, si je tourne la vis du microscope de gauche à droite en dépassant de quelques tours le point où la gouttelette sanguine est bien au foyer, ces éléments mobiles prennent une teinte un peu plus foncée qu'auparavant.
Si au contraire, tout en dépassant encore le moment où ils se voient bien nettement, je viens à tourner la vis de droite à gauche, ils deviennent de plus en plus pâles jusqu'à ce qu'ils finissent par disparaître complètement. Continuant alors à tourner dans ce même sens , j'aperçois au bout de trois tours la zone immobile.
Obs. XL Le nommé Henri G..., cuisinier, entre à l'hôpital le lundi 15 mars 1869, à 3 heures. C'est un homme âgé de 26 ans, à tempérament lymphaticosanguin, et doué d'une forte constitution.
Il se dit malade depuis six jours environ et accuse de violentes douleurs lombaires et une céphalée intense; il est envoyé au service des varioleux, bien qu'il
RECHERCHES CLINfQUES. 223
ne soit encore atteint d'aucune éruption. Le lendemain, à la visite, le malade avait déjà quelques papules sur la face et sur les membres supérieurs. Je lui applique alors deux ventouses scarifiées, puis je laisse au sang le temps nécessaire pour qu'il dépose un peu, afin de ne pas avoir sur la plaque porte-objet une trop forte proportion de globules rouges. Je prends alors une gouttelette de liquide et je procède à l'examen microscopique.
Là encore, je vois les globules disposés par îlots; leur déformation est ordinaire ; elle présente toujours l'aspect d'une roue de moulin; entre les amas globulaires, des corpuscules mobiles s'agitent dans tous les sens; ils sont encore accolés deux à deux pour la plupart et paraissent très-vivaces; on les voit marchera la rencontre des globules sanguins, s'arrêter auprès de l'un d'eux , puis s'en séparer pour disparaître ensuite. Ces éléments mobiles ont la dimension ordinaire et présentent le même aspect que dans les observations précédentes. De plus, comme ils sont en assez grand nombre, je suis en droit de supposer que l'éruption sera assez confluente.
En effet, deux jours plus lard, les pustules ombiliquées commençaient à recouvrir une grande partie du corps. — J'ai voulu, peu de temps après, renouveler l'examen microscopique du sang de ce malade; mais il s'est formellement opposé à ce qu'une nouvelle application de ventouse soit pratiquée.
Obs. XIL Le nommé Louis P..., âgé de 28 ans,
entre au service des varioleux le dimanche soir 11 avril 1869.
C'est un homme doué d'un bon tempérament et d'une constitution robuste. 11 se dit malade depuis jeudi dernier; c'est ce jour-là que, pour la première fois, il a éprouvé de la céphalée, des douleurs lombaires et des frissons.
A partir de ce moment, les symptômes n'ayant fait qu'augmenter, il se décide à entrer à la salle 76. Le diagnostic n'est pas douteux; aussi, dès que la visite fut terminée, j'appliquai le lundi matin une ventouse scarifiée sur l'épaule gauche et en arrière. Gela fait, j'ai pris une gouttelette de sang et je l'ai examinée au miscroscope.
J'ai aperçu une multitude innombrable de globules rouges, couvrant pour ainsi dire tout le champ de l'appareil. Ce n'est qu'avec beaucoup de peine que je suis parvenu à distinguer au milieu de la masse globulaire déformée quelques points mobiles; mais, en préparant une seconde plaque avec la partie supérieure du sang contenu dans le flacon , j'appréciai très-facilement la déformation en roue de moulin, de même que je pus voir dans l'intervalle laissé libre par les globules de petits éléments plus brillants , plus éclairés que tout le reste et se mouvant avec une vivacité extraordinaire. Ces éléments sont accolés deux à deux et sont animés d'un mouvement indépendant de celui auquel sont soumis les globules. La zone immobile est très-nette.
Obs. XIIL Le nommé E..., âgé de 16 ans, entre
à l'hôpital le vendredi 16 avril 4869. C'est un jeune homme à tempérament lymphatique, qui se dit souffrant depuis dimanche dernier. A son entrée on voit qu'il est déjà porteur d'une petite éruption qui autorise, ex abrupto, à établir un pronostic favorable. Les premières papules ont commencé à se montrer hier matin à la face; il m'assure qu'on n'a observé dans la maison qu'il habite aucun cas de variole; il n'a été en contact avec aucune personne qui fût atteinte de ce genre d'affection.
Dès lors, je lui applique en arrière, aux environs de la fosse sous-épineuse droite, deux ventouses scarifiées, et je procède à l'examen au microscope:
Je trouve que la déformation des globules sanguins n'est pas très-forte; plusieurs même d'entre eux ont encore la configuration normale ou à peu de chose près. Ils sont disposés par îlots, composés d'un plus ou moins grand nombre d'éléments globulaires, laissant entre eux des espaces vides dans lesquels je vois se mouvoir une certaine quantité de ces éléments mobiles si caractéristiques. Ils se présentent toujours à moi sous le même aspect, tantôt sous la forme de disques, tantôt sous celle de bâtonnets juxtaposés en chapelet.
Quelquefois, au lieu de voir les deux corpuscules pour ainsi dire soudés bout à bout, je les aperçois simplement accolés l'un à l'autre, et dans le mouvement opéré par l'un d'eux autour du second, je finis par en perdre un de vue momentanément pour le voir reparaître quelques instants après.
226 CHAPITRE m.
La mobilité de ces bâtonnets est donc très-grande. J'ai observé très-netlement la zone immobile.
Obs. XIV. Le nommé H..., âgé de 63 ans, ouvrier cordonnier à Thopital, entre au service des varioleux le mardi 27 avril 1869.
C'est un homme qui, quoique déjà vieux, porte les marques d'une constitution solide et diin tempérament lymphatico-sanguin. 11 se dit malade depuis vendredi dernier. Lundi matin, à son réveil , il était porteur d'un commencement d'éruption qui promettait déjà d'être intense. A la visite du lendemain, outre le gonflement érythémateux de la peau, je vois, surtout à la partie interne des cuisses, quelques petites taches d'un rouge foncé qui m'indiquent que je me trouve en présence d'une variole hémorrhagique. Ces cas étant assez rares, je m'empresse d'appliquer à ce malade quatre ventouses scarifiées, me proposant de faire évaporer une partie de ce sang à siccité, afin d'en conserver quelques grammes que je destine à des injections sous-cutanées dont je parlerai plus loin; puis j'examine au microscope.
En premier lieu, la déformation des globules rouges est poussée à Textrême. Les globules sanguins ne sont pas réunis en piles d ecus; leur coloration est toujours la même. Entre les amas globulaires, je distingue très- aisément une multitude d'éléments mobiles exécutant les mouvements les plus variés. La majorité d'entre eux est composée de bâtonnets accolés deux à deux et assez souvent
trois à trois (ceci est un phénomène assez rare que je n'ai constaté que deux ou trois fois dans toute la durée de mes études microscopiques, et sur ces trois fois se trouvent deux cas de variole hémorrhagique).
Faisant avancer la vis de trois tours, je vois se dessiner très-nettement la zone immobile.
Le malade est mort; je n'ai pas pu examiner le sang post mortem.
Obs. XV. Le nommé Jacques G..., âgé de 21 ans, entre à la clinique le mardi 27 avril 1869.
C'est un homme à tempérament lymphatique, d'une constitution légèrement détériorée et amaigrie. Il me dit qu'il souffre depuis quatre jours; déjà samedi dernier, il a eu un frisson suivi de chaleur et a ressenti les douleurs lombaires caractéristiques de l'affection qui m'occupe. 11 n'est porteur d'aucune éruption, ce qui est étonnant, car les symptômes précédemment décrits sont ceux de la variole. J'applique alors au sommet de l'espace qui sépare les omoplates, une ventouse scarifiée; je vide ensuite son contenu dans un petit flacon bouché à l'émeri et je procède à Texamen microscopique.
Je vois les globules rouges agglomérés en piles d'écus; aucune espèce de déformation n'existe; en un mot, ils sont parfaitement normaux. Malgré la plus grande attention et les recherches les plus patiemment dirigées, il m'est impossible de distinguer la moindre trace d'éléments mobiles. De ce que je viens de dire il résulte que je n'ai sûrement pas devant les yeux un sang varioleux.
228 CHAPITRE m.
En effet, je laisse le malade en observation pendant plusieurs jours, et malgré son séjour dans les salles, il quitte l'hôpital huit jours après son entrée sans avoir présenté la plus légère tendance à l'éruption.
Cet examen m'a paru assez convaincant pour le faire figurer au nombre des observations que je rapporte.
Obs. XYI. Le nommé V...., âgé de 21 ans, entre à rhôpital le 27 avril 1869. C'est un jeune homme doué d'un tempérament lymphatique qui assure avoir ressenti les premières atteintes de l'affection qui l'amène, il y a cinq jours. Il est porteur d'une éruption de moyenne intensité occupant la face et les membres supérieurs.
Dès son entrée au service, je lui applique au niveau de la fosse sus-épineuse droite une ventouse scarifiée, je verse son contenu dans un flacon bouché à l'émeri et j'examine au microscope: je vois alors que les globules sanguins sont réunis en piles d'écus. La déformation en roue de moulin existe pour quelques-uns d'entre eux, pour les deux tiers environ.
Entre les amas formés par ces réunions globulaires, je vois circuler avec un mouvement continuel de tremblement, de petits éléments qui sont bien plus brillants que tout le reste et qui voyagent au sein de la masse liquide en exécutant les mouvements les plus divers. Le nombre de ces corpuscules n'offre rien à signaler, c'est-à-dire qu'il ne
dépasse pas la moyenne. Malgré toutes mes tentatives pour apercevoir la zone immobile, je n'ai pu arriver à mes fins. Peut-être cela tient-il à ce que, la zone étant moins marquée, mon œil encore peu exercé ne sait pas la distinguer.
Obs. XVII. La nommée Amélie I.... , âgée de 28 ans, entre à l'hôpital (service des varioleux) le lundi 14 juin au soir. C'est une femme douée d'un tempérament sanguin et d'une bonne constitution; l'ensemble des symptômes qu'elle présente la fait admettre au service de M. l'agrégé Gross.
Dès le lendemain de son arrivée, quelques papules se montrent à la peau, mais en très-petit nombre. J'applique aussitôt une ventonse au niveau de la partie supérieure du bord interne de l'omoplate droite; j'ai ensuite examiné le sang au microscope et j'ai observé les faits suivants:
En premier lieu, la déformation des globules sanguins en roue de moulin existe, mais pas très-fortement. La proportion des globules déformés aux globules normaux est de 1/12. Le nombre des éléments mobiles est aussi inférieur à ceux des observations précédentes. Jamais encore je n'en avais rencontré si peu chez un varioleux; cependant leur vivacité est assez grande. Dans le cas spécial il y a encore un fait à signaler: c'est que, contre l'ordinaire, le microscope ne m'a pas montré les corpuscules accolés deux à deux ; je n'ai pu rencontrer la juxtaposition qu'une seule fois dans la gouttelette de sang tout entière.
Obs. XYIIL La nommée Catherine N...., âgée de 72 ans, entre au service des varioleux le 14 juin
C'est une femme d'une bonne constitution, mais un peu affaiblie par les progrès de l'âge. Elle se dit malade depuis huit jours. C'est une variole caractérisée par une éruption remarquable. Je ne l'ai vue que le lendemain matin ; je l'ai trouvée en pleine période de suppuration.
Sans mettre un plus long retard, j'applique une ventouse scarifiée au niveau de la fosse sus-épineuse gauche. Elle me donne assez peu de sang. Une goutte de ce liquide placée sur la plaque porte-objet me fait voir que le degré d'altération des globules rouges est déjà très-avancé. Ils ont presque tous subi la déformation en roues de moulin et rappellent parfaitement l'aspect d'un chaton de marron d'Inde.
Avant d'être parvenu à mettre la plaque au foyer, j'ai vu la zone immobile. Quant au nombre des petits bâtonnets, je le trouve énorme; ils sont de plus très-vivaces. Presque tous sont accolés deux à deux. Çà et là on distingue encore quelques globules rouges normaux.
Obs. XIX. La nommée Marie S.... , âgée de 28 ans, entre au service des varioleux le jeudi 24 juin 1869.
C'est une femme d'un tempérament sanguin et qui se dit malade depuis cinq jours; les symptômes accusés dès son entrée à l'hôpital font supposer une variole au début. Il n'y a pas d'éruption, mais les
RECHERCHES CLDaQUES.
douleurs lombaires et la céphalée sont Irès-pronoo-
eées.
Deux jours après, les papules se mootrent à la face et au Irooc, puis gagnent les membres supérieurs ; j'applique alors, le dimanche matin, une ventouse scarifiée aux environs de Fespace inlerscapulaire.
J'enferme son contenu dans un flacon bouche à rémeri et je procède à l'examen microscopique; j'obtiens le résultat suivant:
Les globules sanguins sont très-défonnés; c'est à peine si dans toute la longueur de la plaque que j'ai sous les yeux je puis encore apercevoir une douzaine de globules normaux; tout le reste présentait la déformation caractéristique. Le nombre des corpuscules mobiles est très-grand; leur dimension est toujours la même ; ces éléments sont doués d'une grande vivacité. Ils sont presque tons accola deux à deux. Je n'ai pu voir la zone immobile.
D'après cet examen, je concluai à une variole dont l'éruption devait devenir assez forte, et mon jronostic fut complètement vérifié; quelques jours plus tard, la malade était méconnai^able , tellement était violente la confluence des pustules.
Obs. XX. La nommée Christine A l'hôpital le vendredi 25 juin 1869. G est u^e icmme à tempérament lymphatique qui présente les symptômes d'une variole au début.
L'éruption n'a commencé qu'hier au soir ; elle est d'une intensité moyenne. Le dimanche matin seule-
ment, j'applique une ventouse scarifiée aux environs delà fosse sus-épineuse gauche; elle me fournit assez peu de sang; je procède immédiatement à l'examen microscopique : je vois alors que les globules sanguins sont très-peu déformés ; cependant il y en a quelques-uns qui présentent l'aspect du chaton de marron d'Inde. Les globules blancs ne fournissent aucune particularité. En tournant un peu la vis du microscope pour bien mettre la plaque au foyer, j'aperçois un grand nombre de corpuscules mobiles; ils sont très-vivaces , ils vont très-rapidement d'un globule à l'autre; je ne constate pas l'apparition de la zone immobile.
Obs. XXI. Le nommé Guillaume L.... , âgé de 28 ans, entre à l'hôpital le vendredi 25 juin au soir. C'est un homme d'un tempérament nerveux, qui se dit malade depuis deux jours seulement. Les douleurs lombaires, la face congestionnée, la fièvre, la céphalée accusées par lui font porter le diagnostic- Variole à la période prodromale. D'ailleurs, le malade assure qu'il y a une quinzaine de jours il est allé voir dans une maison du Finckwiller une personne se trouvant déjà affectée de variole. Il ne se souvient pas d'avoir été vacciné; sur les bras je ne remarque aucune cicatrice vaccinale. Le dimanche 27, j'applique une ventouse scarifiée au niveau de la fosse sus-épineuse gauche, elle me fournit une assez forte proportion de sang. Je procède de suite à l'examen au microscope.
Les globules sanguins sont extrêmement défor-
RECHERCHES CUPRIQUES. 233
mes; presque tous ont la forme de roue de moulin ou de chaton de marron dinde. Le nombre des corpuscules mobiles est assez élevé. La plupart du temps ils sont accolés deux à deux. Grâce au grossissement qui m'est fourni, j'observe leurs mouvements et je les vois, comme je l'ai déjà fait remarquer, se présenter sous toutes les faces : ils sont très-vivaces ; pour les distinguer avec netteté, je suis, à plusieurs reprises, obligé de les pêcher pour ainsi dire, en rapprochant ou éloignant à l'aide de la vis la lentille à immersion de la plaque couvre-objet. La zone immobile est très-visible.
Obs. XXII (recueillie au service de M. le docteur Kelsch, hôpital militaire). Le nommé Alexandre F...., âgé de 22 ans, infirmier à l'hôpital militaire de Strasbourg, entre au service des fiévreux le samedi 11 août 1869. Doué d'une bonne constitution, il se dit malade depuis trois jours : cet homme a monté la garde il y a quelques jours dans une salle où se trouvait un varioleux en convalescence. Il a été pris tout à coup d'un frisson unique avec céphalalgie, courbatures dans les membres, malaise général , sans douleurs lombaires bien dessinées ; la nuit suivante, insomnie.
Le lendemain, 12 août, persistance des mêmes symptômes, en outre, vomissements spontanés, nausées et anorexie. Le soir, une épistaxis assez copieuse.
Dès le 13, l'éruption commence par quelques papules à la face. Je ne suis prévenu de la présence
d'un varioleux à l'hôpital militaire que le 22 août, alors que la période de suppuration était déjà arrivée; malgré le degré de l'affection, j'applique le lundi 23 une ventouse scaritiée aux environs de la fosse sus-épineuse droite; j'enferme le sang dans un flacon bouché à l'éméri, et un quart d'heure après je l'examine avec la lentille à immersion.
Gomme toujours, les globules sont disposées par îlots. La déformation en roue de moulin est pofissée très-loin. Entre les amas globulaires nagent en grande proportion des éléments mobiles qui vont et viennent de côté et d'autre. Le plus souvent ces derniers sont accolés deux à deux; cependant l'œil peul en distinguer qui sont isolés. Ils sont doués d'une excessive vitalité : on les voit changer d'aspect à chaque instant pour revenir à la forme de bâtonnets. La zone immobile est très-nette. Ce sang m'ayant paru suffisamment altéré, je l'ai utilisé à la préparation d'un certain nombre de tubes de Pasteur. (Voir plus lom le chapitre : Essais de culture,)
Obs. XXIIL Le nommé Charles E..., âgé de 22 ans, entre à l'hôpital le mercredi 28 avril 1869. C'est un homme qui paraît doué d'une bonne conslitulion, d'un tempérament lymphatique et qui se dit malade depuis samedi dernier. C'est hier seulement que l'éruption a débuté à la face. Immédiatement après la visite j'applique au niveau de la fosse sus-épineuse droite une ventouse scarifiée. Je porte ensuite une gouttelette de ce sang sur la plaque porte-objet et j'examine.
Tout en metlanl la plaque au foyer, j'aperçois la zone immobile; elle est très-nette. Lesglobules rouges sont réunis en piles d'écus; ils présentent la déformation en roue de moulin ; il y a énormément d'éléments mobiles. Leur vivacité est telle, qu'il faut continuellement avoir la main à portée de la vis, afin de pouvoir suivre les évolutions de ces corpuscules. Ils sont accolés deux h deux.
Somme toute, cet examen microscopique me démontre que ce malade va passer par une éruption qui sera loin d'être bénigne.
En effet, trois jours après, les pustules avaient acquis une confluence telle que, ni sur la face, ni sur le tronc, ni sur les membres, il n'y avait pas un seul point d'épiderme qui ne fût soulevé.