‹ Recherches cliniques et expérimentales sur les maladies infectieusesChapitre 40 sur 51 · ANALYSES SPECTROSCOPIQUES · texte numérisé non relu

ANALYSES SPECTROSCOPIQUES

est mort au commencement de la période de suppuration (24 heures avant l'examen).

1^ Sang varioleiix.

((Je prends 1 centimètre cube de sang, j'y ajoute iO centimètres cubes d'eau distillée, je fillre et j'examine le liquide qui est placé dans un petit parallélépipède de verre. Le speclroscope indique une bande noire à partir de la division 16,6. Les couleurs rouge, orange et jaune sont à la gauche de celte bande noire. En ajoutant 2 centimètres cubes d'eau au liquide sanguin, je vois une apparition de vert à la division 19. En en ajoutant 4 de plus, j'aperçois une légère teinte verdâtre à la division 17,5 et une autre comprise entre 18,6 et 19,5. En ajoutant 8 centimètres cubes d'eau en sus, les deux raies du sang sont parfaitement caractéristiques: la première, la plus étroite, est comprise entre les divisions 16,7 et 17,2, la seconde entre 17,7 et 18,6. En continuant d'ajouter 10 et 20 centimètres cubes d'eau, les deux raies se maintiennent parfaitement noires et présentent les dimensions indiquées sur la planche.

2® Sang normal.

((Je prends 1 centimètre cube de sang, j'y ajoute 10 centimètres cubes d'eau et j'examine au spectroscope :

(( Même bande rouge, orange et jaune à gauche et

absence de toutes les autres couleurs du spectre. En ajoutant 8 cenlintièfres cubes d'eau, je commence à voir apparaître une légère teinte verdâtre à la division 19. En ajoutant à la quantité primitive de mon liquide 10 centimètres cubes d'eau, la raie verte est dessinée nettement aux environs de la division 19 et je commence à apercevoir une autre teinte verte à la division 47,5. Je mets 4 centimètres cubes d'eau en sus, les deux raies du sang sont distinctes.

3** Sang du sujet mort.

«J'expérimente comme plus haut avec \ centimètre cube de sang et 10 centimètres cubes d'eau. Le liquide est filtré. Pour qu'il y ait une apparence de teinte verdâtre dans la bande noire qui sépare les premières couleurs {rouge, orange et jaune), je suis obligé d'ajouter au liquide primitif 14 centimètres cubes d'eau. A ce moment je n'aperçois qu'une légère nuance de vert. Il faut ajouter 6 centimètres cubes d'eau en plus pour que la bande verte aux environs du n** 19 du micromètre soit visible et pour apercevoir en même temps une légère teinte verdâtre aux environs de 17,5. Ce n'est qu'en ajoutant 4 centimètres cubes d'eau que les deux raies sont parfaitement caractérisées.

«11 résulte de cette étude .comparative que les deux raies du sang normal apparaissent plus tard que celles du sang malade et bien plus tôt que celles du sang mort. La planche montre l'épaisseur re-

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lative de ces raies. Les deux raies noires semblent identiques au moment où on a ajouté à la quantité primitive du sang (1 centimètre cube de sang et 10 d'eau) 34 centimètres cubes d eau. En effet, les deux courbes qui délimitent les raies du sang normal, malade et mort, sont confondues. C'est à ce moment aussi que les couleurs bleue et violette apparaissent dans le spectre.

(( Dans leurs travaux, MM. Coze et Fellz n'ont pas tait l'étude comparative du sang réduit par le sultate ammonique. J'ai tenté de taire cette expérience d'Hoppe-Seiler.

« En prenant iO centimètres cubes de mon liquide de sang normal et y ajoutant 30 centimètres cubes d'eau, les deux raies noires sont parfaitement séparées; elles ont la largeur indiquée sur la figure par la ligne de section AB. L'addition du sulfure ammonique transforme ces deux lignes : au lieu de deux je n'en vois plus qu'une seule (A'B') plus paie que les deux premières et qui s'étend depuis la division 16,8 jusqu'à la division 18,3, en même temps que j'en aperçois une autre (A'^B") très-pâle à la division 15,7 jusqu'à 16.

((Le sang malade et le sang mort donnent les mêmes réactions.

« Si j'agite le liquide sanguin en présence du sulfbydrate d'ammoniaque, la raie aux enviions du n*^ 16 disparaît et les deux raies noires apparaissent de nouveau.

De ce que ces dernières réactions se passent de

la même manière pour les trois sangs, il ne me semble pas qu'on puisse tirer une conclusion de la valeur de Texnmen au spectroscope. Cependant je n'infirme pas les expéiiences de MM. Coze et Feltz sur l'apparition variable des raies du sang, puisque je les ai constatées moi-même. Je conclus avec MM. Coze et Feltz qu'il existe dans le sang normal une plus grande proportion d'eau que dans le sang varioleux après la mort, et de plus, que Tapparitiou variable des raies vertes indique certainement des modifications autres que celles qui dépendent de la concentration des liquides. )^

CULTURE DES IXFUSOIRES.

Essais personnels.

Ces expériences datent de 1869.

Dans ces derniers temps, M. le professeur Hallier a émis l'opinion que la plupart des corpuscules mobiles du sang des animaux ou des hommes atteints de maladies infectieuses ne sont que des formes végétatives particulières de champignons.

Ayant à plusieurs reprises montré nos plaques de microscope chargées de sang scarlatineux ou puerpéral à notre collègue M. le professeur Engel, celuici pencha pour l'opinion de Hallier; c'est ce qui

amena chez nous Tidée de cultiver nos infusoires d'après la méthode de Rallier et d'en confier l'examen à M. Engel, beaucoup plus expert.

A cet effet nous avons pris des lubes à éprouvette hermétiquement fermés par des bouchons enduits de cire vierge fondue et chauffée à 100^; chaque bouchon était perforé d'un trou central, dans lequel se trouvait fixé un tube en verre à anse et à extrémité extérieure capillaire. Préalablement lubes et bouchons avaient été trempés pendant plusieurs heures dans l'alcool.

Au moment des opérations nous débouchons les tubes à éprouvette, nous y mettons de l'eau distillée sucrée jusqu'au tiers de leur hauteur et nous chauf. fons sur une lampe à alcool jusqu'à ébullilion du liquide; nous ajoutons ensuite quelques gouttes de bicarbonate de soude et de lactate d'ammoniaque. Laissant alors refroidir le liquide jusqu'à 50<^, nous y ajoutons une goutte de sang à l'aide de l'extrémité tubulaire de nos tubes à anse fixés dans nos bouchons. L'extrémité intérieure de ces tubes est disposée de façon à ne pas toucher le niveau du liquide.

Ces précautions prises, nous enduisons à nouveau nos bouchons, ainsi que les ouvertures qui donnent passage aux tubes à anse, de cire fondue. Nous plaçons ensuite nos tubes préparés et renfermant nos sangs dans un bain de sable.

Opérant de cette façon, nous avons fait des tubes à sang normal, à sang scarlatineux et à sang puerpéral

Voici la note qui nous a été remise par notre savant collègue Engel :

«Pour Hallier, les corpuscules arrondis et mobiles des sangs infectieux, ainsi que les microzymas de M. Béchamp, ne seraient que des Schwœrmer, tandis que les bactéridies constitueraient la forme leptothricale ou un des modes de développement des moisissures dans un milieu liquide. D'après ces mêmes idées, les Schwœrmer et les leptothrix produisent la fermentation putride des liquides azotés, avec lesquels ils sont en contact. Les Sckwœrmer seraient susceptibles de se transformer par imbibition et accroissement de leurs parois en globules de ferments de formes diverses, selon que les liquides avec lesquels on les met en rapport seraient susceptibles d'une fermentation particulière. Dans les liquides sucrés, par exemple, les Sckwœrmer se transformeraient en ferments alcooliques ou cryptococcus et provoqueraient par conséquent une fermentation alcoolique.

«r Si les idées de Hallier étaient justes, on aurait pu déterminer expérimentalement la nature végétale des corpuscules contenus dans le sang infectieux.

(( C'est ce but que se proposaient MM. Goze et Fellz lorsqu'ils m'ont confié leurs tubes et qu'ils m'ont chargé du contrôle de leurs expériences.

c( Dans les tubes ouverts de huit jours à trois semaines après leur préparation, je trouvai encore des granulations mobiles et des bactéridies : elles se rencontraient au fond du liquide et étaient les unes

CULTURE DES INFUSOIRES. 'î^95

el les autres plus larges que dans le sang frais, à contours moins distincts, à mouvements beaucoup plus lents, et semblaient en voie de dépérissement. Dans un tube ouvert au bout de trois semaines, on ne rencontrait plus que des granulations et des bactéridies presque immobiles (tubes 102, i03 =sang scarlatineux, sang puerpéral).

«Dans les tubes ouverts plus tard, à partir de la troisième semaine jusqu'à la huitième, les bactéries avaient complètement disparu : à la surface du liquide nageaient de petites pellicules composées de granulations extraordinairement petites et de matières amorphes, probablement formées par les matières plastiques du sang en décomposition (tubes à sang puei'péral et scarlatineux).

«Le liquide contenu dans le tube 409, ouvert le i®"" septembre, présentait, outre les pellicules décrites plus haut, quelques globules isolés, plus gros que les globules mobiles du sang infecté et munis d'un noyau central. Il m'a été impossible de déterminer exactement la nature de ces globules (leucocytes?).

«Dans les tubes 100 et 101 je n'ai rien trouvé d'analogue à tout ce que je viens de décrire (tubes à sang normal).

«Enfin, dans deux tubes brisés par accident à leur partie supérieure il s'était introduit des spores de pénicillium : le mycélium de ce végétal s'était parfaitement développé dans le liquide et était même terminé à la surface par quelques pinceaux de spores parfaitement formées.

(( Dans aucun des cas observés je n'ai pu constater la moindre trace de fermentation, ni découvrir dans le liquide des globules de ferment. Même dans le cas où des spores de pénicillium s'étaient introduites dans les tubes, et où, selon Hallier, il eût dû y avoir nécessairement formation de ferment et par conséquent fermentation, je n'ai pu observer ni cryptococcus ni fermentation. »

• Il est évident, d'après ce que l'on vient de lire, que dans nos tubes à sang normal M. Engel n'a rien vu, et que dans nos tubes à sangs malades il a retrouvé nos points mobiles et nos bacléridies.

II résulte encore de ces recherches que les fermentations dont les bactéridies sont la caractéristique dans les sangs infectieux, ne se continuent pas dans les tubes de Pasteur, et qu'il est infiniment probable que nous n'avons pas affaire à des champignons plus ou moins développés, mais bien à des infusoires ne trouvant pas, dans nos liquides sucrés, les conditions nécessaires à leur développement ultérieur.

Essais de M. Baudouin.

Des expériences analogues aux nôtres ont été faites en 1870 par M. Baudouin, aidé de M. le professeur Engel. Nous extrayons de la thèse de ce docteur le passage qui a rapport aux idées de Hal-

lier et aux cultures de parasites tentées avec du sang varioleux :

« Pour bien comprendre ce que je vais dire à propos des idées soutenues par M. Hallier, professeur à léna, il faut que je fasse une excursion dans le champ de la mycologie.

«Longtemps on avait cru que les champignons, même les plus inférieurs (moisissures), ne possédaient qu'une seule forme et constituaient ainsi des espèces bien caractérisées. En 1851, MM. Tulasne(i) découvrirent les premiers que la même espèce pouvait porter des fructifications très-variées, et qu'ainsi plusieurs formes que l'on considérait comme des espèces distinctes n'étaient que des modifications d'une seule et même espèce. Un peu plus tard, en 1857, Bail ('^) prétendit démontrer que les ferments ne sont autre chose que des formes plus simples de certaines moisissures depuis longtemps connues, le Pénicillium par exemple. Ces idées furent adoptées par Berkeley (^) et par H. Hoffmann (^). Alors M. Hallier les étendit encore davantage. Il croit aujourd'hui avoir prouvé que les moisissures ordinaires reproduisent des formes diverses et que ces changements dans l'aspect de la plante dépendent de plusieurs causes; ces causes seraient: le contact de l'air ou son absence pendant la végétation; la

(') Tulasne, Comptes rendus de VAcad. des sciences 24 et 31 mars

(2) BaU, Flora, p. 417.

(3) Berkeley, Introd. to crypt. Botariy, p. 242. (*) Hoffmann, Bot. Zeit., p. 41.

température, la fluidité ou la sécheresse du sol sur lequel la plante végète, la nature chimique des éléments dont elle se nourrit (matières hydrocarbonées, sucre ou matières azotées, etc. etc.).

(( Je vais rapidement passer en revue les différentes formes admises par M. le professeur Hallier.

«Toutes les moisissures, même les champignons plus élevés, tels que les agarics, sont, selon lui, aptes à produire des ferments; il appelle ferment les formes ou morphes qui se développent dans Tintérieur d'une substance capable de fermenter (et par conséquent organique) , de se nourrir aux dépens de cette substance et de produire des générations multiples qui se succèdent rapidement en restant toujours uni-cellulaii'es. Ces ferments peuvent provenir ou bien de spores (organes de reproduction) des moisissures, ou bien de mycélium (c'està-dire des organes végétatifs). Ces moisissures peuvent se présenter sous trois aspects divers:

«A) Celle de ferment vrai. Dans ce cas, les globules restent séparés les uns des autres et sont toujours suspendus dans le liquide.

(( B) Les ferments en chaînettes. CMq seconde forme, que M. Hallier appelle ferment imparfait^ est composée de globules accolés en filaments : elle naît lorsque l'air atmosphérique lui arrive d'une façon imparfaite.

« C) Enfin les ferments en colonies^ qui serait celle oii la première cellule, au lieu de produire des bourgeons, se diviserait en quatre par exemple

{Merismopœdia ou Sarcine), ou bien lorsqu'elle se se compose de cellules agglomérées sans ordre.

(( Je vais examiner maintenant quelles sont les variétés que l'on rencontre dans chacune de ces divisions.

(( A) Pour les ferments vrais on rencontre trois formes : celle de Micrococcus, celle de Cryptococcus et celle à'Arihrococcus.

(( 1° Micrococcus {Microztjma de Béchamp). Cette forme naît lorsque la membrane de la spore d'une moisissure ou bien celle d'une articulation de mycélium vient à se rompre et laisse épancher le protoplasma. Si ce protoplasma rencontre des substances organiques capables de se putréfier, les granules qu'il contient s'organisent, prennent la forme d'une petite sphère très-souvent munie d'un petit pédicule ou fouet qui lui permet de se mouvoir (Schwœrmer), et alors ils se reproduisent en grande abondance. Ce Micrococcus peut être considéré comme promoteur de la putréfaction.

((2° Cryptococcus, Si, au lieu de rencontrer une substance capable de se putréfier, le protoplasma de la spore ou les Mycrococcus déjà développés se trouvent en contact avec la substance apte à subir la fermentation alcoolique et peu azotée, la forme change. Les cellules se gonflent considérablement et deviennent des Cryptococcus. Ce Cryptococcus se développe très-rapidement, non plus par scission, mais par bourgeonnement.

« o° Arthrococciis. Enfin , lorsque les mêmes or-

ganes déjà cités se trouvent placés dans nn milieu qui a de la tendance à contracter une fermentation acide, ils prennent une forme elliptique, allongée, et s'appellent Arthrococcus.

« On peut conclure de ces faits que la théorie de M. Hallier est juste l'opposée de celle de M. Pasteur. M. Pasteur croit en effet qu'il faut un ferment spécial pour provoquer telle ou telle fermentation; par exemple qu'il faut du Micrococcus laclis pour provoquer la fermentation lactique, tandis que pour M. Hallier la forme du ferment dépendrait, au contraire, de l'espèce particulière de fermentation ; ainsi, pour lui, si I on met des Micrococcus dans un liquide sucré, on obtiendra du Cryptococcus, et si on le met au contraire dans un liquide alcoolique au contact de l'air, on obtiendra le ferment acétique, c'est-àdire un Arthrococcus.

« B) On n'a qu'à supposer que les diverses formes éiiumérées dans la première section soit accolées bout à bout, pour avoir celles de la seconde.

« \ ^ Mycothrix. Les Mycothrix ne sont autre chose que des filaments composés de Micrococcus accolés en chapelet. Ils se produisent lorsque les Micrococcus arrivent à la surface d'un liquide et sont par conséquent un peu plus en contact avec l'air, ou bien lorsqu'ils se trouvent nageant dans un liquide oxygéné. Ces formes étaient connues anciennement sous le nom de Bactéries ou de Leptothrix; mais comme le nom de Leptothrix a été primitivement appliqué à une algue, j'aime mieux appliquer la nornencla-

luro d'Itzigsohn, qui rappelle l'origine mycologique de celte forme.

(( 2° Torula. Lorsque les Cryptococcus se trouvent dans les mêmes conditions que les Micrococcus, ils produisent des chaînettes semblables, seulement composées d'articulés plus gros et qui ont reçu des micrographes le nom de Torula.

« 3® Les micrographes ont aussi donné le nom de Torula aux chaînettes composées d'articulations d'Arthrococcus et qui naissent dans les mêmes conditions que les deux précédents.

(( Lorsque ces trois espèces de chaînettes se trouvent tout à fait à la surface d'un liquide, elles s'accolent alors et forment une espèce de réseau qui apparaît à l'œil nu comme une membranule : ce sont les Mycodermes de M. Pasteur.

ce C) Sous cette dernière rubrique on n'a que des formes qui s'étendent en surface, comme la Sarcine, ou bien qui se divisent irrégulièrement dans tous les sens et forment ainsi des agglomérations.

(( Je passe maintenant aux formes plus développées, c'est-à-dire aux Moisissures,

(( Moisissures. M. Rallier croit que l'absence ou la présence de l'air imprime des formes particulières à ces degrés plus élevés de développement. Il divise ainsi les moisissures en moisissures anaérophytes et aérophytes.

<( A) Moisissures anaérophytes. Ce sont des formes intermédiaires, des espèces de transition entre les dernières variétés de ferments et les moisissures les

fîO^ CHAPITRE JI.

plus développées. Elles naissent sur ou dans les substances où Faccès de l'air est empêché, par exemple lorsqu'elles sont plongées dans un liquide ou qu'elles se développent dans Tintérieur d'un tissu végétal ou animal; la plupart des variétés qui se rangent dans cette catégorie sont de véritables parasites.

« 1° Forme oïdiate. Dans cette section on peut ranger VAchorion Sclmnleinii, VOïdkm albicmis etc. Ces formes se développent par exemple dans des tissus vivants remplis de liquide, ou bien dans l'intérieur de substances pâteuses ou mucilagineuses. Le mycélium reste alors ordinairement peu développé et produit à ses extrémités des articulations multiples qui sont connues sous le nom de chaînes de spores. On les rencontre ainsi par exemple dans le Favus.

«2° Formes de Caries. Elles naissent dans des substances très-épaisses.

(( a) La forme à'Ustilago se développe dans de l'empois très-épais ou dans l'intérieur du chaume de certaines graminées très-riches en sucre. Elle produit des ramifications qui se terminent par une chaîne de spores sphériques et brunes. Cette forme appartient en propre à YAspergilhis.

(( b) Forme du Tilletia. Elle naît sous les mêmes influences que la forme précédente; mais au lieu de se terminer par des spores à membrane continue, elle se termine par des spores à membrane treillisée. Celte forme appartient en particulier au Pénicillium.

(c 3^ Forme à Schizosporanges. Là on Li'ouve des Moisissures dont certains filaments parvenus à atteindre Tair se ternninent par des conceptacles renfermant des spores cloisonnées.

« B) Moisissures aérophytes. Ce sont les tnoisissures vraies. Elles naissent à la surface de la substance qui les nourrit et au contact de l'air. Elles produisent un mycélium développé et des filaments ascendants qui portent les organes de la reproduction. Dans cette section on trouve encore trois formes diverses :

Acrosporées. Ces plantes portent les spores libres à l'extrémité des ramifications. C'est dans cette section que l'on range le Pénicillium et VAspergillus. Elles se produisent lorsque la substance nutritive et azotée est humide. On peut donc faire naître à volonté, d'après Hallier, le Pénicillium et le Mucor^ ou VAspergillus et le Stemphylium, selon qu'on sème indifféremment les spores de l'une des formes sur une substance sèche ou humide.

c( Thécasporées ou forme mucorale. Dans cette catégorie on trouve \eMucor, qui appartient au genre Penicilliim, et le Stemphylium^ qui n'est qu'une forme ô'Aspergillus. Les Thécasporées naissent sur des substances très riches en azote et sèches. Les organes de fructification de ces espèces sont formés d'une grosse vésicule située à l'extrémité des rameaux aériens et contenant dans son intérieur un srrand nombre de spores. On a donné à l'enveloppe le nom de thèqucy d'où le nom de Thécasporées.

f( Forme sexuée. Le plus haul développement des moisissures présente enfin des organes sexués, dont les uns ont été nommés Oogones et correspondent aux pistils, tandis que les autres, Anthérides, correspondent aux étamines des plantes phanérogames. Le contenu de l'Oogone est fécondé par les Anthérozoïdes et produit dess pores durables et hibernantes. Je citerai comme exemple de cette dernière forme ïEurotium herbariorum, qui se développe sur les plantes desséchées de nos herbiers et qui appartient à l'espèce Aspergillus.

« J'ai dû exposer ces idées pour donner la clef de mes expériences. J'ai cru que si les Bactéries observées dans le sang des varioleux appartiennent à une série quelconque de moisissures, j'obtiendrais par la culture, soit une fermentation, soit une moisissure plus développée.

Première culture.

« Avant d'exposer avec détails les soins qu'il est essentiel de prendre pour ces sortes d'expériences, je dois donner la description de l'appareil dont je me suis servi, appareil qui d'ailleurs est exactement celui de M. Hallier et de M. Pasteur.

« Il se compose d'un tube A, analogue à ceux dont on se sert dans les salles de clinique pour l'examen des urines. Ce premier tube peut être fermé à son extrémité supérieure à l'aide d'un bouchon perforé à son centre, ce qui permet d'y faire péné-

trer un second tube B recourbé en U et effilé à son extrémité C.

Avant de me servir de ce petit appareil, j'ai voulu éviter de m'induire moi-même en erreur ; c'est pourquoi, à partir du 25 juillet, j'avais séparé tous les tubes B (y compris les bouchons) des 18 tubes A, et je les avais plongés complètement dans un vase qui avait 0"',35 de haut et pouvait contenir 1 litre d/2 d'alcool ; ces tubes sont demeurés ainsi jusqu'au 23 août, c'est-à-dire près d'un mois.

« En admettant que le bouchon ait contenu des infusoires le 25 juillet, je puis affirmer qu'il n'y en a plus trace aujourd'hui au moment où je vais expérimenter.

« D'un autre côté, le tube B, par son séjour même dans l'alcool, se trouve suffisamment lavé; il ne me reste donc plus qu a m'occuper du tube A.

«La première culture que j'ai faite était ainsi composée :

Sucre .... 10,00 Eau distillée . . 100,00 «Ceci posé, je procède au remplissage du tube. Pour cela, j'y verse une quantité d'alcool suffisante pour arriver au tiers de sa hauteur, et je chauffe à la flamme d'une lampe à alcool jusqu'à ce que le liquide entre en ébullition : je suis alors certain qu'après cette épreuve mon tube ne contient aucun germe. Je vide son contenu pour remplacer l'alcool par une quantité égale du liquide formulé plus haut. Je fais bouillir de nouveau.

«Pendant ce temps-là je procède à la préparation du tube B, ce qui est encore plus simple, puisqu'il me suffit d'enlever avec l'extrémité d'un agitateur de verre une gouttelette de sang varioleux et de la placer à l'extrémité a. Je me suis servi, dans le cas présent, du sang du nommé F....

ce Dès que la goutte de sang est au point a, je refroidis le tube A sous un filet d'eau froide jusqu'à ce que la température de l'eau sucrée soit égale à centigrades, et dès lors je le ferme à l'aide du bouchon auquel est adapté le tube B.

« Il ne s'agit plus maintenant que d'empêcher l'air de s'introduire à travers les pores du bouchon : j'ai obvié à cet inconvénient à l'aide de l'application au pinceau d'une couche de cire jaune primitivement fondue.

((Une fois l'appareil complètement préparé, je le secoue quatre ou cinq fois de manière à bien mélanger la goutte de sang avec le reste du liquide; je plonge ensuite ce tube dans un bain de sable, de manière à ce qu'il se tienne verticalement.

((Ce que je viens d exposer pour la préparation de ce premier tube, je le répète pour sept autres : j'ai donc huit tubes de Pasteur qui me permettront amplement d'examiner au microscope s'il y a ou non fermentation.

« Le 25 août. Le liquide est absolument intact; il n'y a aucune apparence de fermentation.

(( Le 26. Rien de particulier; les tubes sont dans le même état qu'au premier jour.

(( Le 28. J'ouvre un lube et j'en examine le contenu au naicroscope : il n'y a rien de nouveau. Quoi qu'en dise M. Rallier, il m'est impossible de rencontrer le moindre vestige de cellules embryonnaires présentant les formes de VO'idium, de V Aspergillus et de VEurotium.

(( Le 30. Aucune pellicule ne s'est encore formée au-dessus de l'eau sucrée. Ceci prouve déjà nettement que les appareils sont suffisamment bien fermés, car si des spores avaient pu arriver jusque dans le tube, il y aurait aujourd'hui un commencement de moisissures à la surface du liquide.

«Le 31. Le contenu des tubes est encore aussi limpide qu'au premier jour.

(c Le 2 septembre. Rien de particulier.

c( Le 5. La fermentation persiste à ne pas vouloir s'établir.

«Le 12. Le liquide est toujours aussi clair. Mon résultat est complètement négatif.

Deuxième culture.

« Le liquide dont je me suis servi était composé comme celui de M. Hallier :

Sucre de canne .... 10,00

Eau . 100,00

Gendres de levure . . . 0,50 (( Le 6 septembre, au moment de commencer mon expérience, je place sur l'omoplate d'un varioleux en période d'éruption une ventouse scarifiée. Je ren-

ferme le sang obtenu dans un flacon bouché à leméri, que j'avais eu le soin de laver d'abord avec de l'eau savonneuse et de l'alcool chauffé. Puis je procède au remplissage de cinq tubes.

(( Pendant les huit jours qui ont suivi, j'allais deux fois par jour visiter mes tubes, pour voir si quelque travail fermentatif se manifesterait; mais en vain. J'ai attendu jusqu'au 25 du même mois, espérant toujours : ma culture n'en a pas moins été négative.

« Me basant sur les expériences faites par M. Rallier, j'ai suivi exactement la même marche. Le liquide était ainsi composé :

Solution de tartrate d'ammoniaque . 3 gouttes.

« J'ai garni le 6 septembre cinq tubes avec ce mélange. Le sang provenait du même malade que dans le cas précédent.

«Pendant huit jours encore, M. l'agrégé Engel et moi avons surveillé attentivement; mais le résultat n'a pas été plus fructueux que dans les premières cultures.

«Le 26, la masse liquide était aussi limpide et aussi claire que le premier jour; pas la moindre trace de fermentation.

Troisième culture.

Sucre de canne Eau distillée .

Quatrième culture,

«Celle-ci a été faite le 8 septembre au moyen du mélange suivant, toujours emprunté à M. Hallier :

Grénétine q. s.

Eau 100,00

Solution de tartrate d'ammoniaque . 3 gouttes.

«L'observation la plus minutieuse ne m'a fait aboutir à aucun résultat heureux. Craignant alors d'avoir peut-être désespéré trop tôt dans mes cultures précédentes, j'ai attendu jusqu'au 15 octobre, ce qui fait par conséquent 37 jours; ce n'est que le 37® jour que j'ai ouvert le dernier tube; j'ai examiné le liquide ou microscope avec la lentille à immersion, et n'ai rien trouvé de particulier.

Cinquième culture,

«La solution destinée à cette culture était ainsi composée :

Sucre de lait .... 10,00

Eau 100,00

Craie en poudre . . . q. s.

Tartrate d'ammoniaque . 2 gouttes.

« Cette épreuve a eu le même sort que les précédentes. M. l'agrégé Engel a bien voulu contrôler chacune de ces cultures. Placé dans de pareilles conditions, il m'était impossible de faire fausse route. Deux fois j'ai garni mes tubes en sa présence : jamais

il ne m'a été donné de constater la présence d'une moisissure quelconque.

« Aux yeux de toute personne étrangère à ce sujet, je pourrais passer pour un expérimentateur qui accuse à tort, puisque, au lieu de me servir (comme l'a fait M. Hallier) du pus varioleux, je n'ai utilisé dans mes cultures que le sang obtenu par Tapplication d'une ventouse scarifiée; je tiens donc à me disculper. Le sang et le pus varioleux, me dira-t-on, est-ce donc la même chose? Au point de vue du microscope, je n'hésite pas à répondre par l'affirmative. Le pus varioleux, placé sous l'oculaire à immersion, laisse voir une multitude innombrable de points mobiles nageant entre les globules purulents. La seule différence consisterait donc dans le nombre trèsgrand des corpuscules mobiles qui existent dans le pus provenant d'une pustule de variole, nombre qui, chez le même individu, est de beaucoup supérieur à celui des éléments aperçus dans le sang. Et comme, à mon avis, ce sont ces corpuscules qui sont essentiellement caractéristiques de ce genre d'affection, j'en conclus qu'en prenant du sang pour mes cultures, j'étais dans les mêmes conditions que si j'eusse pris du pus. »

Les expériences de M. Baudouin ont eu le même résultat négatif que les nôtres; voyons maintenant l'opinion actuelle de M. Engel sur la nature des infusoires.

Nature des infusoire-s.

«La question de la nature des petits organismes que l'on rencontre dans le sang des maladies infectieuses, a préoccupé et préoccupe encore les savants. Le neveu de Schleiden, Rallier, avait émis, il y a cinq ou six ans, une opinion très-spécieuse et que beaucoup de botanistes distingués et de nombreux pathologistes ont adoptée sans réserve. Selon lui, tous ces êtres ne seraient que des formes temporaires, des métamorphoses de champignons plus élevés, formes qui naîtraient sous l'influence du milieu dans lequel ils vivent. Ainsi, pour nous borner à ce qui a trait aux recherches spéciales de MM. Coze etFellz, il prétend qu'une spore de Pénicillium, par exemple {ou de toute autre moisissure), placée dans un milieu épais ou solide capable de fermentation putride et à l'abri de l'air, ne végète point comme moisissure. Selon lui, la membrane de la spore se romprait et son protoplasma s'épancherait dans le milieu avoisinant. Ce proloplasma se compose en partie de globules extraordinairement petits et doués, au début, d'un mouvement de rotation : c'est ce qu'il appelle les Schwœrmer; à l'état de repos, ce sont les Micrococcits, qui produisent les phénomènes de la putréfaction.

c( Lorsque ces Mlcrococcus , au lieu de se trouver

dans un milieu solide, se trouvent dans un liquide susceptible de se putréfier, les bourgeons produits par eux, au lieu de se détacher immédialernenl les uns des autres, restent accolés en petite chaînette: c'est cette nouvelle forme que Hallier appelle les Leptothrix, forme sous laquelle il range les Bactéries.

ftSi ces diverses formes étaient, au contraire, placées dans un milieu susceptible de fermentation alcoolique etc., elles s'accroîtraient, prendraient un autre développement et se transformeraient en ferments proprement dits, Arthrococcus etc.

«Ce que nous venons de dire de la théorie de Hallier suffit au but que nous nous étions posé dans les recherches sur le sang des maladies infectieuses. MM. Coze et Feltz nous ont chargé de surveiller les expériences à ce sujet, et nous pouvons assurer qu'elles ont été très-nombreuses et très-variées.

« En voici en peu de mots les résultats :

((Jamais nous n'avons réussi à produire une fermentation quelconque en mettant le sang infecté en contact avec un liquide fermentescible dans un tube Pasteur. Deux fois nous avons obtenu des mycélium de moisissure, mais dans ces deux cas nous avons pu trouver l'origine de ces mycélium. Dans l'un des cas, le tube avait été cassé à la partie supérieure par une négligence du garçon de laboratoire, et, dans l'autre cas, un bouchon n'avait point été plongé assez longtemps dans l'alcool et s'était couvert de Pénicillium, dont les spores étaient tombées dans le

liquide. Ainsi donc, résultat négatif pour toutes les expériences.

(( Nous avons fait une série de recherches botaniques sur divers ferments, recherches dont nous publierons incessamment le résultat. Ces recherches confirment les idées de Rees, d'après lesquelles les ferments alcooliques sont des champignons ascophores, reproduisant par conséquent des spores, fait inconnu à Hallier, Pour ces recherches, nous avons eu très-souvent besoin d'eau de levure, c'est-à-dire d'une décoction de levure dans de l'eau distillée. Au bout d'un jour déjà il y naissait souvent des Bactéries, que l'on ne pouvait évidemment rapporter au protoplasma de la levure, puisque la vitalité de ce protoplasma était détruit par la coction.

«Jamais non plus nous ne sommes parvenu à obtenir une fermentation ordinaire en ajoutant à l'eau de levure une solution de sucre de canne ou de glycose, preuve nouvelle que les Leptothrix (ou Bactéries) n'appartiennent point à la série des ferments alcooliques et des moisissures, comme le dit Hallier.

«Quelle est en définitive la nature des Bactéries? Il est difficile de généraliser pour les divers cas. Ces formes sont si extraordinairement petites qu'on a a bien pu donner le même nom à des êtres d'origine diverse. Quant à celles que nous avons examinées nous-même, nous les avons vues se diviser en travers et se multiplier ainsi. Nous croyons donc qu'elles appartiennent à l'ordre des Schizomycètes , ordre qui renferme les Zooglœa^ les Spomtema,

certaines Bactéries^ et qai fait transition entre les Algues et les Champignons. Aucune des Bactéries examinées par nous n'appartient à Tordre des Champignons. »

D'après ce qui précède, Ton voit que la question des infusoires de nos sangs infectieux est loin d'être résolue. Toutefois les découvertes successives semblent indiquer que la vérité sur les fermentations se trouve plutôt du côté de M. Pasteur que de celui de M. Rallier.

Oonclusioiis.

Pour l*étude du sang dans les maladies infectieuses que nous venons de passer en revue, nous avons mis en usage les différents moyens que la physique, la chimie et l'expérimentation niellaient à notre disposition.

Les données fournies par chaque mode d'analyse nous ont conduits à aftirmer de la manière la plus absolue la profonde altération du liquide nourricier dans les maladies dites infectieuses. Le microscope nous révèle Tallération si marquée des hématies, des leucocytes et l'apparition des infiniment petits; les analyses chimiques et spectroscopiques nous montrent la diminution de l'eau et les changements de proportion si caractérisés de l'urée, du glycose, de l'oxygène et de l'acide carbonique; Texpérimentation met en relief les propriétés si éminemment toxiques des sangs examinés.

L'analyse comparative des différentes altérations des sangs étudiés par nous, tant entre eux qu'avec le sang normal et le sang franchement inflammatoire, nous permet d'établir que les profonds changements que nous trouvons dans les sangs infectieux ne dépendent pas uniquement d'une augmentation de combustion intra-organique, mais qu'il y a en plus une autre force, un autre facteur, que de par la présence des organismes inférieurs nous n'hési-

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