V. — CONDITIONS PRATIQUES D'APPLICATION
Il ressort de ce que nous avons exposé que les communautés sont assez artificielles dans le cas particulier qui nous occupe. La main de l’homme intervient constamment pour brouiller les cartes et malheureusement, il ne les brouille pas souvent en sa faveur. Le planteur n’est ni un botaniste, ni un phytosociologue; c’est un administrateur dont la responsabilité s'étend sur un monde de matières qui, en Europe, relève du spécialiste. Cet homme, omniscient, est essentiellement pratique. Il déteste les changements de méthode et tout ce qui l’éloigne de sa routine simple, sûre et bien organisée. La crainte des plantes agressives, genre Imperata, responsable de tant de
désastres, lui a donné la phobie de toutes les plantes adventices. Il y a quelques années encore, c'était une sorte d’orgueil pour un planteur de pouvoir dire : « Je vous donne 10 Ÿ par herbe que vous trouverez sur mon domaine. » Nous avons exposé les raisons du revirement d'opinions. Elles sont graves.
La phobie des plantes adventices est, néanmoins, restée si profonde, qu’il est exceptionnel de voir un planteur admettre sur son domaine plus d’une dizaine d’espèces différentes, espèces qu'il connaît à fond et qu'il laisse pousser partout sans considération de lieu, parce qu’il est sûr que leur développement ne sera Jamais une menace.
Il y a quelques années, par exemple, au temps du sarclage « sélectif », on ne laissait pousser comme couvertures que quelques graminées, genre Paspalum, reconnues bien couvrantes et de faible hauteur. Le résultat fut un retard de la culture principale, variant de | à 4 ans, suivant la richesse des sols.
Le temps est venu de faire un pas en avant. Nous nous sommes attelés à cette besogne depuis plus de trois ans, avec résultats pratiques extrêmement encourageants. Guidé étroitement par le technicien, le planteur doit :
— être amené à connaître un nombre limité des plantes adventices choisies parmi les plus importantes ;
— connaître leur valeur isolée et en associations;
— comprendre le processus d'évolution de la flore au fur et à mesure que l'habitat change;
— savoir ce qu'il peut tolérer temporairement;
— savoir ce qu'il faut toujours proscrire;
— connaître les espèces les plus favorables qui doivent être aidées.
Dans notre cercle d’action, depuis trois ans que nous étudions ces questions, nous avons vulgarisé la connaissance des espèces et de leurs valeurs relatives par la distribution d’herbiers. Chaque chemise, enclosant une plante, porte toutes les indications nécessaires.
ÉIETUR
Vieille culture en régression (écorce dure) rendement tombés à moins de 350 kgs à l’Ha., canopie en régression.
Couverture de Gleichenia recoupé et Lycopodium.
1° stade de régénération Suppression du Gleichenia et du Lycopodium.
2° stade de la régénération Sauvageons d’Hevea et herbes primitives (graminées, etc...)
3e stade de la régénération Les espèces favorables apparaissent, les graminées sont peu à peu éliminées.
agressives
VI. — ASSOCIATIONS-TYPES SE SUCCEDANT SUR UN SOL NOUVELLEMENT « BRULE »
Nous n’énumérerons pas toutes les espèces dans leur ordre d'apparence chronologique sur les sols nouvellement brûlés. La liste en serait trop importante. Elle serait aussi inexacte, car elle mettrait sur le même pied la flore intermittente et la flore commune à la majorité des sols et des profils de terrains.
Là où la forêt était relativement dense et suffisamment ancienne, pour qu'il reste peu de graines dormantes, on ne voit d’abord que des rejets de forêt et une germination active des graines in situ, représentant en général la fraction impatiente de la population forestière.
Les associations semblent varier largement suivant l’humidité du sol. Dans les endroits humides, apparaissent des variétés de Musas (bananiers sauvages), des Palmes, des succulents (Portulaca) etc...
Dans les endroits plus secs, des fougères apparaissent : Cheilanthes, Nephrolepis, Dryopteris, etc.
A proximité des clairières, en Pdan les pistes forestières, les graminées envahissantes font un départ foudroyant : Paspalum sp., Longiflora marginata, Dügitaria sp., et aussi Imperata cylindrica, plus lent, mais beaucoup plus dangereux. La légèreté et la profusion des graines font que ces tâches s'élargissent avec rapidité. En quelques mois, une plantation entière peut en être couverte. C’est parfois le résultat inattendu de la méthode d’exploitation dite « sarclage propre » qui, périodiquement, supprime toutes les plantes adventices sans y apporter de discrimination.
Les sarclages peu soignés donnent l'avantage aux plantes vivaces. Les sarclages normaux éliminent toutes les herbes sauf celles à floraison rapide, en particulier les graminées nuisibles qui couvrent vite le sol. Pour supprimer toutes les espèces, il faut éventuellement, pendant la saison des pluies, pouvoir tous les dix jours les arracher à la main, en terrains plats; tous les quinze jours, en collines. Ces méthodes aboutissent à des coûts de sarclage prohibitifs.
À proximité des kampongs', deux herbes éphémères se propagent rapidement : Physalis minima (Solanaceae), Amaranthus viridis (Amaranthaceae).
Là où la forêt était jeune, taillis confus dénommé « Blukar », on relève dans l’ordre d'importance :
ne D nn (Urticaceae).
Maracanga (Euphorbiaceae).
Mallotus macrostachyus (Euphorbiaceae).
Commersonia platyphylla (Sterculiaceae).
Hibiscus macrophylius (Malvaceae).
Melastoma (Mélastomaceae).
Morinda (Rubiaceae) .
Vitex pubescens, Vitex vestita (Verbenaceae).
Lantana aculeata (Verbanceae).
Adinandra dumosa (T'ernstroemiaceae) .
Grewia spp. (Filiaceae).
Avec quelques Légumineuses :
Mimosae, etc.
Abritant un fouillis d'herbes, de plantes traçantes et des îlots d’Imperata, de Gleichenia I. et Blechnum o.
Au fur et à mesure que le sol érodé affirme son nouvel équilibre, on voit apparaître un peu partout, au hasard des ensemencements naturels, la flore classique des terres en friche et des ouvertures :
Drymaria cordata, Emilia sonchifolia, Erigeron sumatrense, Synedrella nodiflora, Vernonia cinerea, Alternanthera sessilis, Amaranthus viridis, Euphorbia hirta, Borreria latifolia, Oldenlandia corymbosa, Oldenlandia diffusa, Phyllanthus niruri, Phyllanthus urinaria, Portulaca oleracea, Cyperus compressus, Eleusine indica, Kyllinga monocephala, Nephrolepis biserrata, Ceropteris calomelanos, Dryopteris truncata, Fimbristylis miliacea, Hydrocotyle asiatica, Mollugo pentaphylla, Scoparia dulcis, Eragrostis viscosa, etc.
Nota. — On estime 600 graines par panicule ‘d’Imperata et 1.500 millions par Ha. et par floraison. La germination prend cinq jours. '