‹ Recherches concernant la discrimination des plantes adventices en relation avec l'économie des sols des plantations d'Heveas et d'Elaeis de la Malaisie britanniqueChapitre 47 sur 121 · B. — ETABLISSEMENT DE LEGUMINEUSES SOUS VIEILLES CULTURES D'HEVEA · texte numérisé non relu

B. — ETABLISSEMENT DE LEGUMINEUSES SOUS VIEILLES CULTURES D'HEVEA

Nous énonçons dans l’ordre chronologique les expériences types faites :

1929-1930. — De nombreuses expériences furent tentées, basées sur le transport de boutures reprises dans des récipients poreux, variés : coquilles de noix de coco, morceaux de bambous creux, etc... Du fumier, des engrais azotés, combinés ou non, ont été essayés sans succès.Résultat pratique nul, sauf dans les terrains riches et suffisamment humides, en particulier les terrains plats.

Un essai-pépinière, dans une clairière de vieilles cultures très érodées, a été tenté sur une de nos plantations, en 1929. Une trentaine de Légumineuses, herbes et arbustes, ont été plantés sur des terrasses étagées.

La croissance, malgré un apport répété d'engrais complet (Nitrophoska) et une infection du sol par terreau pris dans un champ de légumineuses, a été si irrégulière qu’en 1931 l’expérience fut abandonnée. (Le Centrosema s'était cependant assez bien répandu.)

a) Sol argileux, plat et humide (expériences faites en 1931). — 120 grammes par mètre carré d’un mélange organique, dosant : 3 % N, 12 % P*Oÿ et 5 % K°O donnent, avec des boutures de Centrosema, une belle croissance, alors que le témoin produit une légumineuse trop chétive.

Un résultat inattendu de cette expérience en sol particulièrement acide est que, des deux mélanges de même composition employés, l’un à réaction acide, l’autre basique, le mélange acide a donné une bien meilleure croissance.

250 kgs par Ha. de phosphate de roche ont provoqué les meilleurs résultats, ultérieurement.

Le Vigna oligosperma, établi aussi en boutures, avec les mêmes engrais, a donné un échec complet.

b) Sol glaiseux, terrain assez sec, collineux. — Les semis de Centrosema ont eu un meilleur départ avec le mélange organique complet qu'avec du phosphate seul. Plus tard, les jeunes plants ont souffert du lavage et du manque de soleil. Ils ne se sont pas développés.

Les boutures de Centrosema ont mieux donné, bien que

le résultat soit également pauvre. Le Vigna et le Pueraria ont conduit à un échec.

ci Sol légèrement en pente, glaiseux, assez humide. — Les échecs précédents étant attribués principalement au lavage et à la mauvaise texture du so!, nous avons légèrement ameubli et nettoyé la surface du sol. Les graines de Cenirosema furent semées en ligne, en semis très denses. Tous les 25 mètres, une petite pépinière de 50 c/m à | mètre carré, spécialement soignée, fut préparée. Les boutures de Pueraria furent plantées à distance assez rapprochée.

Tous les engrais phosphatés ont donné, en un an, une couverture parfaite. L'infection, par terre à bactéries, ainsi qu’engrais azotés et potassiques, n’a produit aucune amélioration. La présence de l’azote semble seulement utile pour accélérer le départ.

Le champ (4 Ha.), n'a malheureusement pas été divisé en parcelles, et on a utilisé comme témoin un champ voisin. Les rendements en caoutchouc sec furent les suivants :

Témoin Champ expérimental

(20 EE ee 100 % 74 %

RE SR ere A 100 % 86 % 19kOimase see 100 % 87 % 19515205 moe 100 % 122 %

(635 kgs/Ha.) (780 kgs/Ha.)

Il semblerait donc, quoique la méthode de contrôle soit largement ouverte à la critique, que l’effet combiné du léger labourage, du Centrosema, du Pueraria, et de l’engrais phosphaté, ont amené une sérieuse augmentation de rendement.

Le coût par Ha. fut malheureusement considérable, en raison des apports répétés d'engrais et du soin constant qui y fut apporté. Ce coût dépassa 1.000 francs par Ha.

d) Pente légère, sol érodé, mais assez fertile en glaise (expériences faites en 1932-34). —— Culture : Heveas de 15 ans.

La tentative précédente ayant été un succès technique, sinon économique, nous avons appliqué les enseignements recueillis pour tenter, d’une façon économique, d’établir la couverture en sols légèrement en pente.

Chaque travail fut chronométré, et le prix soigneusement enregistré.

Le tableau suivant résume les différents coûts.

PR I X d'ETABLISSEMENT par HECTARE

CENTROSEMA PUCESR A ReT À Graînes, F Boutures ordin- avec T Ordin- reprises aires acide aîres É Francs Francs Francs Francs l

Témoin 93 Fhosphate £ /1827 [657 165 Kitrophoska 330.09 342.00 * 32 320

Mélange complet ) acide ) 248 26I ÿ basique ) Re

Funier

Fumier et phosphate

Le signe / __/ indique les procédés donnant les meilleurs résultats, avec une dépense raisonnable, permettant l’application en grand.

Ces prix peuvent être réduits de 20 %, si le travail est entrepris sur plusieurs centaines d'hectares.

La couverture fut semée à raison de deux rangées de O m. 90 entre les lignes d'arbres. Le labour du sol ne dépassa pas 5 c/m de profondeur.

Le semis fut fait au moment le plus favorable, c’est-à-dire un mois avant l’hivernage, de facon à avoir le maximum de lumière pendant la période critique du développement.

Les graines furent semées au taux de 17 kgs par Ha., et les boutures {3 par bambou), au taux de 1.650 bambous par hectare.

Tous les engrais chimiques furent épardus au taux de 185 kgs par Ha.; le fumier au taux de 3 tonnes par Ha.

Le Pueraria a donné de mauvais résultats, sauf en boutures reprises dans des bambous creux.

La seule bonne couveriure établie après deux ans est le Centrosema engraissé au phosphate de roche.

Les parcelles traitées au fumier bien séché sont plus mauvaises que le témoin. Le fumier a probablement mobilisé l’azote disponible du sol, pour effectuer une décomposition sans profit pour la couverture. (Ce phénomène est signalé en Europe par de nombreux auteurs.)

e) Pente forte, glaise sur sous-sol de latérite. — Nous avons voulu appliquer nos connaissances à l'établissement du Centrosema, dans le cas assez fréquent d’une pente forte et érodée.

Après de nombreux essais qui tournèrent en échecs : petits drains de protection et légumineuse plantée sur rebord inférieur, sillons, etc., nous avons adopté l’usage des plates-formes-îlots

de bonne terre surélevés du sol d’environ 30 c/m. Ils sont à 3 mètres les uns des autres; c’est le seul moyen de préserver les jeunes plantes de l’érosion. Le phosphate fut appliqué en deux fois, totalisant 240 grammes par plate-forme, soit 265 kgs à l’'Ha.

En un an, la croissance est belle sur les plates-formes et le Centrosema commence à se répandre sur le sol avoisinant. Le coût par Ha. est de 250 francs.

f) Pente moyenne, glaise sur sous-sol de latérite, établissement de Légumineuses dressées. — L'essai a eu lieu dans une très vieille plantation, à sol très érodé. Les arbres ont un aspect peu engageant, canopies non Jointives, écorce pauvre et dure, rendements faibles (350 kgs à l’'Ha.).

Le Crotalaria anagyroïdes et le Tephrosia candida formaient une belle couverture, six mois après le semis en poquets et l'application de phosphate au taux de 300 kgs à l’Ha.

Un an après l'établissement et après deux recoupages de la couverture, le sol fut analysé :

P205 Ko0 total total

Témoin nu

.0134 5 .-0025 Sol couvert de légumineuses . . -0118 . 0028 dressées . 32. -0104 -0023

Les résultats sont assez décevants. Les engrais verts ont augmenté la teneur en carbone, mais peu ou pas la teneur en azote. Il n'y a guère de traces de l’acide phosphorique ajouté, qui se trouve soit enfermé dans la plante, soit enlevé par l'érosion.

Il semble que la teneur en potasse ait augmenté, et cela s'explique par une diminution des éléments ne passant pas au tamis de 2 mm. de 6.30 % à 1.69 %. Les racines ont évidemment accéléré la décomposition de ces éléments grossiers, riches en minéraux.

Comme l'analyse chimique ne tient pas compte de ces éléments, l'augmentation des teneurs en potasse apparaît plau-

sible.

C. — CONCLUSIONS Les expériences que nous avons succinctement relatées dans

les pages qui précèdent démontrent les besoins en phosphates de nos sols et l’uülité des phosphates lentement solubles. Ils

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démontrent aussi que la Légumineuse, du moins le Centrosema, peut être établie partout, en jeunes et vieilles cultures.

Mais aucune expérience ne prouve que cela soit une opération Judicieuse, économiquement parlant. La couverture légumineuse, sous vieille culture, en collines, demande un soin constant, et le coût initial est loin d’être le seul à entrer en jeu. S'il faut de 150 à 250 francs par Ha., pour l’établir plus ou moins bien, il faut encore souvent mettre en ligne de compte une dépense égale pour l’amener à couvrir le sol d’une façon suffisante.

Naturellement, ces chiffres ne s'appliquent qu'aux cultures érodées. Pour les cultures prises à temps, phosphatées avant que la canopie des arbres ne vienne intercepter la lumière et faire mourir la couverture, on peut arriver à maintenir cette couverture par des apports répétés de phosphate, au taux de 30 gr. au mètre carré chaque fois, c’est-à-dire 300 kgs à l’'Ha. (soit 100 francs par Ha.). La fréquence des apports de phosphate sera réglée par l'intensité de l'érosion.

Ces dépenses sont-elles justifiées ?

Les engrais azotés, coûtant sensiblement le double du phosphate par unité, il faudrait que chaque kilogramme d’acide phosphorique ajouté permette au sol de récupérer un demi-kilo d'azote libre, fixé par les nodosités. Il faudrait aussi que le sol ait besoin d’azote; or, l’expérience montre que ce n’est pas le

cas général.

Nous pouvons donc dire que l’établissement des Légumineuses en question, en collines et sous vieilles cultures d’Hevas, n’est pas une opération logique, dans la plupart des sols considérés.

Le problème sera plus économiquement résolu de la façon suivante :

a) Maintien de la fertilité — Introduire les espèces tolérant l’ombre, avant que ne disparaissent celles qui ne vivent qu'à la lumière.

a bis) Reconditionnement des sols érodés, par plantes peu exigeantes, vivaces et robustes. Celles-ci seront à peu près obligatoirement des non-légumineuses. Ultérieurement, les Légumineuses pourront peut-être être introduites.

b) Epandage d'engrais calcaires et phosphatés, afin de tenir compte des nouvelles conditions œcologiques moins favorables lorsque l’éclairement diminue.

co

Cet épandage, utile pour les plantes non légumineuses, ne devient indispensable que pour les Légumineuses considérées. Ro CES

En ce qui concerne les vieilles cultures de Palmier, le problème se présente de façon différente. Le sous-étage bénéficiant d’un éclairement beaucoup plus important que sous les Heveas, la Légumineuse sera beaucoup plus aisée à maintenir. D'autre part, le besoin d’engrais organique est une nécessité ( pour rétention de l’humidité, de N et P*O°). On combinera alors utilement les coupes de LZégumineuses dresseées enfouies avec l’engrais chimique.

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