DU LÉPOSPHILE DES LABRES
(LEPOSPHILUS LABREI Hesse)
M. Hesse, dont les recherches infatigables sur les animaux côtiers de la Bretagne sont loin d’être publiées en entier, a donné, dans les Annales des Sciences naturelles (cinquième Série, tome V, page 265 et suiv. PI. 9, 1866), la description d’un Crustacé parasite singulier, qui habite les écailles d’une Vieille (Labrus Donovani) dans son
jeune âge, et qu’il appelle Léposphile des Labres.
Après avoir donné la description de la femelle, dont le mâle lui est resté inconnu, M. Hesse expose les conditions dans lesquelles se trouve ce parasite. On voit en effet, « généralement du côté droit et jamais des deux côtés », suivant M. Hesse, une tumeur rouge de la grosseur d’une lentille, d’un rouge vif, qui se trouve placée « non loin de l'œil et de l’ouverture branchiale » et qui est formée « d’une certaine quantité d'écailles, lesquelles, dérangées de leur ordre symétrique ordinaire, sont convergentes vers un centre et superposées les unes aux autres, de manière à constituer un point saillant et culminant, au sommet central duquel on aperçoit un petit trou rond, qui paraît évidemment creusé pour établir une issue. » Les écailles déformées présentent « une cavité spacieuse entre la paroi supérieure qui est concave et l'inférieure qui est plane, disposition qui rappelle beaucoup celle des coquilles des Anomies ». C’est
dans cette cavité que se tient le parasite .
M. Hesse pense que l’embryon « s’introduit en pénétrant, par la base de l’écaille, entre les deux lames qui forment ses deux faces inférieure et supérieure, qu'il écarte lentement, de manière à les dédoubler ». Les premiers envahissements de ce parasite « se bornent à un simple conduit long et vertical, ampulliforme, qui s’élargit ensuite à sa base »; le parasite a même le pouvoir « de perforer les écailles en plusieurs endroits avec facilité » et d'y faire des trous, qui sont comme « percées à l’emporte-
pièce et arrondis avec un alésoire ».
Ayant trouvé sur une jeune Vieille une tumeur semblable à celle décrite par M. Hesse, et qui recélait en effet un parasite, je fis ramasser pendant ma campagne de 1876, à Roscolf, plusieurs centaines de ces Labres, ce qui se fait assez facilement, vu qu’ils se tiennent aux mêmes endroits que les crevettes et que les pêcheurs les gardent pour servir d'amorces. Les pêcheurs connaissent, du reste, très-bien ces tumeurs et croient, que les poissons qui les portent sont des mâles. Il est inutile de dire, que cetie croyance est erronée et que le parasite se trouve également sur les deux sexes, mais jamais sur une autre espèce que le Labrus Donovani, qui est facilement reconnaissable dans son jeune âge par une tache noire arrondie qu'il porte à la racine de la nagcoire caudale. Mon ami M. H. de Lacaze-Duthiers ayant mis un aquarium à ma disposition dans son laboratoire, si favorablement installé pour les études, je pouvais y nourrir une certaine quantité de ces poissons léposphilés et suivre le parasite à
loisir.
Le parasite n’a jamais été recherché depuis M. Hesse. Je crois pouvoir apporter
quelques rectifications au travail de cet observateur.