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Mais les femelles sont tellement différentes, que l’on pourra bien conserver la distinction générique.
Je ne traduirais pas ici in extenso la description de la femelle, telle que la donne M. Bergsoe ; 1l suffira d’en appeler aux dessins (Tab. IE, fig. 43 et 44) et de dire qu’elle est distinctement annelée sur toute son étendue et porte, sur la tête comme sur le corps, une quantité d’appendices mous, inarticulés, de formes très-variées, qui la font ressembler aux femelles de certains Chondracanthes. Suivant M. Bergsoe, il n’y a aucun rudiment d’appendices articulés, ni à la tête, où le Léposphile femelle porte encore des antennes rudimentaires, n1 à la bouche où nous avons décrit quelques rudiments de mächoires. En outre, la femelle du Philichthys porte deux paquets d'œufs, en forme de boudins, extérieurement entre les appendices, ce qui la rapproche des femelles du Chondracanthus Zei, où les sacs ovigères sont placés aussi sous le ventre
entre les appendices non articulés.
Il ya donc une différence notable entre les femelles des Philichthys et du Léposphile, nonobstant la grande ressemblance des mâles. Chez les Léposphiles, les seuls vestiges des appendices latéraux nombreux, que montrent les femelles des Philichthys, sont conslitués par les expansions latérales, dans lesquelles sont logés les œufs. Tandis que chez le Léposphile femelle il existe encore des appendices trahissant la structure articulaire primitive, tout vestige de cette articulation a disparu chez les Philichthys. En revanche, l’articulation du corps est encore micux conservée chez ce dernier, de sorte que la rétrogradation des appendices, dûe sans doute au parasitisme, est en par-
tie rachetée par cette conservation de la segmentalion.
La comparaison entre les Philichthys et les Léposphiles apporte donc un puissant argument en faveur du principe énoncé plus haut, savoir qu'il faut examiner et com-
parer les màles des Crustacés parasites, lorsqu'il s’agit de déterminer leurs relations.
Si, maintenant, enhardis par cette comparaison, nous recherchons les Crustacés qui pourraient être voisins des deux genres analysés, nous arrivons aux Colobomates signalés par M. Hesse en 1873. (Annales des sciences naturelles, cinquième série, vol. 17, article n° 14, PI. 24). M. Hesse a décrit deux femelles de ce curieux genre, l’une trouvée sur le Squale nez (Lamna cornubica), l’autre sur un Labre (Labrus Ber-
gylta). [l n’a eu, de chaque espèce, qu’un seul individu, ce qui explique suffisamment la description assez incomplète qu’il en donne. Nous reproduisons deux figures données par M. Hesse, le Colobomatus Bergyltae, grossi 28 fois et vu de profil, Tab. IL, fig. 41,
et le G. Lamnae, vu de dos, même grossissement, Tab. IT, fig. 12.
Or, le Colobomate du Bergylia se trouvait absolument dans les mêmes conditions que le Philichthys, savoir dans un conduit muqueux élargi de la tête. M. Hesse, il est vrai, ne reconnait encore dans son arlicle sur les Colobomates, la vraie nature des canaux muqueux de la tête et de leurs orifices et tout en réparant l'erreur faite à propos du Léposphile, qu'il voit maintenant dans les écailles de la ligne latérale, tandis que dans son mémoire sur les Léposphiles, il ne s'était pas encore rendu compte de cette disposition, M. Hesse paraît croire encore que le Colobomate se fore son trou dans la peau et la mullitude de trous, qui se trouvent à la surface de la tête des Labres, lui semble prouver que ces parasites ne restent pas toujours à la même place. Les orifices des canaux muqueux placés sur la tête des Labres, constitueraient donc autant
de points d'attaque de l'infatigable parasite.
Quoiqu'il en soit, il est facile à voir par les descriptions de M. Hesse lui-même, que le Colobomatus Bergyliae habite les canaux muqueux de la tête du Labre et on pourra en conclure que celui du Squale à le même habitat. Les femelles en outre tiennent, quant à leur forme générale et à celle des appendices de leur corps, le milieu entre les Léposphiles et les Philichthys. Elles ont trois paires d’appendices mous et non articulés à la partie moyenne du corps, des appendices élargis, mous également au front (peut-être les antennes modifiées) et deux appendices terminaux; le milieu de leur corps est élargi, comme chez le Léposphile, et c’est dans cet élargissement que se développent les œufs; dans les environs de la bouche paraissent se trouver encore
des membres chitineux, comme chez ce dernier. Vu lhabitat et la forme du corps
avec ses appendices mous et non articulés, je me crois en droit de prétendre, que ces
femelles appartiennent au mème groupe que les genres étudiés par M. Bergsoe et moi et que les mâles des Colobomates, si on les trouve un jour, auront une forme rappro-
chée des mâles des Léposphiles et des Philichthys.
M. S. Richiardi a donné dernièrement (Atti della Società Toscana de Scienze natu-
rali, vol. II, fase. 2), un mémoire sur deux Crustacés habitant les canaux muqueux des
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poissons et qui se rapportent à la mêmé famille que nos Léposphiles et Philichthys. L'une de ces espèces est rangée, par M. Richiardi, dans le genre Philichthys même, sous le nom de Ph. Sciaenae. Le Crustacé a été trouvé sur la ligne latérale de la nageoire caudale du Maigre d'Europe (Sciaena umbra) dans des conditions identiques à celles de l'habitat du Léposphile, dans des voûtes des écailles, et M. Richiardi décrit très-exacte-
ment les deux sexes, dont nous reproduisons les dessins, Fab. LE, fig. 16 et 17. La femelle
- ressemble beaucoup plus, dans ses formes, aux Colobomatus de M. esse qu'au Phi-
lichthys Xiphiae ; elle a en effet, un corps élargi au milieu, trois paires d'appendices inarticulés sur les côtés, une paire d’appendices caudaux el une paire d’appendices frontaux. Mais elle diffère par sa forme plus ramassée, par un appendice frontal médian et par le port des ovisacs, lesquels sont, comme chez le Philichthys, portés entre Îles appendices postérieurs le long du corps. M. Richiardi voit, sur la femelle, des antennes très-petites à deux articles et Lrois paires d’appendices fort rudimentaires autour de la bouche, ce qui diffère assez des descriptions données par MM. Bergsoe, Hesse et moi pour les autres genres. Quant au mâle (Tab. IT, fig. 16), M. Richiardi lui trouve avec raison, une ressemblance étonnante avec celui du Ph. Xiphiae, et par conséquent aussi avec celui du Léposphile décrit par moi. C’est la même forme, le mème nombre de segments avec les mêmes appendices dorsaux en forme d'ailes et la même disposition fondamentale des appendices buccaux, antennes et pattes. En y regardant de près on trouve cependant des différences dignes à être notées. Le mâle décrit par M. Richiardi a, en effet, les secondes antennes plus grosses el des pattes rudimentaires au premier article abdominal comme le Léposphile, mais cette patte rudimentaire qui fait défaut au Ph. Xiphiac, ne porte qu'une soie chez le Ph. Sciaenae, tandis que dans le Léposphile, elle en porte trois. M. Richiardi signale en outre trois paires de pattes mâchoires autour de la bouche, tandis que nous ne trouvons, M. Bergsoe ct moi, que deux paires chez nos espèces Ces paltes-mâchoires diffèrent du reste pour la forme de celles signalées par nous, la seconde paire de ces appendices portant deux soies au sommet, tandis que dans lespèce de M. Richiardi, toutes les trois paires sont à simples crochets. M. Richiardi ne fait pas mention de l'œil ni chez le mâle, ni chez la femelle; il doit donc manquer, car si cel organe avait seulement l'éclat de celui de la femelle du Léposphile, il n'aurait certes pas échappé à un observateur aussi ConsCciencieux.
Le second Crustacé mucicole décrit par M. Richiardi, est appelé par lui Sphaerifer cornutus el trouvé dans les canaux mucipares de la tête du Maigre (Sciaena aquila) ainsi que du Corb (Corvina nigra). M. Richiardi identifie avec raison ce Crustacé, dont il n’a pas encore trouvé le mâle, avec le Sphaerosoma Corvinae, décrit d’une manière trèsincomplète par M. Leydig (Arehiv für Naturgeschichte von Froschel, XVIIe Jahrg. vol. 1, 1854, p. 259). Le nom donné par M. Leydig devait être changé, comme faisant
double emploi avec un genre de Coléoptères.
La forme de la femelle dont nous donnons, Tab. IT, fig. 18, le dessin reproduit d’après M. Richiardi, diffère entièrement de celle des autres mucicoles. Une fort petite tête à peine marquée en forme de bouton, un cou long inarticulé, une partie sphérique moyenne dont partent deux longs appendices mous en forme de sabre et cinq articles abdominaux dont le dernier est muni de deux longs appendices, constituent cet être singulier, qui porte ses ovisacs presque globulaires attachés aux orifices génitaux du second article abdominal, done exactement à la même place où se trouvent, chez le Léposphile, les orifices génitaux. L'animal à un œil rouge suivant Leydig. M. Richiardi décrit les membres attachés à la tête : deux paires d'antennes, dont la première à trois articles et à soies terminales, tandis que la seconde porle une pince terminale ; il dessine la lèvre supérieure et trois paires de pattes-mâchoires, la première palpiforme, la seconde plus interne, avec des petites dents formant une scie et la troisième externe très-grande avec de formidables crochets au bout. Cette dernière paire d’appendices, déjà décrits par Leydig, donne aux organes buccaux un caractère tout à fait
particulier.
Il y a loin de cette conformation bien développée à l’extrême réduction dans laquelle se trouvent ces mèmes appendices chez les autres femelles mucicoles. Mais même en faisant abstraction de l’organisation des femelles, il me semble difficile de réduire ces appendices sur ceux que portent les mâles. On retrouverait, il est vrai, le mème nombre de paires chez le Philichthys Sciaenae, mais quelle différence dans Île développement des différentes paires, dans les secondes antennes et surtout dans la
dernière paire des pattes mâchoires!
Si donc, malgré ces différences, le Sphaerifer devait être rapproché des autres muci-
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coles, il faudrait attendre de l'examen du mâle, inconnu jusqu’à présent, la solution des
énigmes que nous pose l’organisation des organes buceaux de la femelle.
En résumant ses descriptions, M. Bergsæ s'exprime en ces termes : «Le Philichthys Xiphiae est un Crustacé parasite appartenant à la section des Copépodes. Il ne vit pas comme les autres Copépodes attaché à son hôte, mais 1l habite en liberté les canaux muqueux dilatés de sa tête. De là sa peau molle, la réduction de ses membres articulés et de son canal alimentaire, de là l'œil indistinct. Différent par ces caractères et par la forme singulière du mâle de toutes les familles de Copépodes parasites connus jusqu’à présent, ü{ constitue une nouvelle famille, qui contiendra des genres adaptés et
accommodés d’une manière semblable pour habiter les canaux muqueux des poissons.
M. Richiardi dit en terminant : « Heller met le Philichthys dans la famille des Chondracanthes, mais il me semble que ce rapprochement est nullement naturel; il est vrai que le corps des uns comme des autres est généralement muni d’appendices inarticulés, et ce caractère constituerait une affinité entre eux; mais lexistence de prolongements cylindriques ou foliacés est très-commune chez les Crustacés parasites inférieurs et celte particularité ne peut avoir, par conséquent, une grande importance. Pour rechercher les affinités de la plupart de ces Crustacés, on ne doit pas seulement tenir compte de lun des sexes, mais de tous les deux et dans ce cas les mâles des Philichthys qui conservent presque tous les caractères des Crustacés libres et subissent peu de changements vis-à-vis de ceux des Chondracanthes, donnent aux espèces une telle supériorité incontestable, qu’ils ne peuvent être placés avec ceux-ci dans la même famille, mais doivent en constituer une à part, dans laquelle trouveront place probable-
ment toutes les espèces qui vivent dans les sinus et canaux dits mucipares des poissons. »
Nous sommes parfaitement d'accord avec ces deux auteurs et nous proposons la
famille des Philichthydes dénommée d’après le genre le plus anciennement connu.
Dans cette famille prendraient place les Philichthys Xiphiae et Sciaenae, avec cette réserve cependant que pour cette dernière espèce, il faudra probablement créer un genre nouveau, les Léposphiles, les deux espèces de Colobomates et le Sphaerifer
cornutus, tous habitant les canaux dits mucipares des poissons. Nous devons réserver