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CLASSIFICATION

M. Hesse s'attache à prouver que le Léposphile doit être placé à côté des Lerntidiens, en se fondant sur le système buccal proboscidiforme, entouré de pattes auxiliaires et sur le limbe transparent qui entoure le corps. M. Hesse en fait le type d’une

famille, les Lernéosiphonostomiens.

M. Hesse ayant décrit et figuré le Nauplius du Léposphile, on aurait crû qu’il serait impossible de mettre en doute, qu'il n'appartint pas aux Copépodes. Nous lisons cependant dans l'ouvrage récent de M. P. Van Beneden, sur les commensaux et les parasites

dans le règne animal (Paris 1875), le curieux passage suivant :

« Sur les côtes de la Bretagne, parmi les nombreux Labres qui se distinguent par Ja vivacité et la variété de leurs couleurs, se trouve une petite espèce (Labrus Cornubiensis), sur laquelle se voit communément un /sopode qui n’est pas moins curieux ; il est habituellement cramponné aux flancs de ce poisson, non loin de la tête, au fond d'une cavité creusée sous les écailles. Les naturalistes connaissent ce curieux acolyte par les travaux de M. Hesse. Ce Léposphile, c’est le nom qu’on lui a donné, sans qu'il aime les écailles plus que les autres organes, se taille une loge dans Îles flancs de ce petit Labre, et s'y installe avec sa famille. On ne peut dire que c’est sans esprit de retour que le Léposphile a choisi ce refuge, puisque les deux sexes conservent leurs

organes de locomotion. » (Page 134.)

Il est surprenant certainement combien les observations de M. Hesse, seules connues à l’époque où parut le livre de M. van Beneden, ont été défigurées dans ce passage. Non content de faire un Isopode d’un animal, se propageant par des Nauplius et rangé parmi les Lernéens par celui qui l’a découvert, M. Van Beneden conserve à la femelle, seule connue à cette époque et dépourvue de pattes, « ses organes de locomotion », tandis qu’il en dote prophétiquement le mâle, que M. Hesse n'avait pas réussi

à découvrir !

28 RECHERCUES CÔTIÈRES

On ne peut douter que notre animal appartient à la grande section des Copépodes parasites. A défaut d’autres caractères, la conformation des Nauplius apporterait une preuve sans réplique pour celte assertion. Mais de quel groupe de ces Copépodes faut-

il rapprocher notre Léposphile ?

J'ai déjà fait remarquer, qu'il est absolument impossible de se prononcer sur les affinités de beaucoup de Crustacés parasites, si lon ne connaît pas les mâles. Il se trouve, il est vrai, des genres et des familles, où le mâle ne diffère que peu de la femelle dans l’organisation de ses membres, de ses appendices et dans les allures de son corps, tels par exemple, les Caligus et les Lernanthropus; mais dans la plupart des cas le corps des femelles est tellement déformé par le parasitisme prononcé de ces dernières, par la production des œufs et des organes incubateurs, que les formes primitives sont entièrement effacées. Les antennes, les mâchoires, les pattes des femelles disparaissent ou sont transformées en des appendices inarticulés ; les anneaux du corps s’effacent ou se confondent ensemble et les organes des sens, les yeux surtout, disparaissent complétement. Et il faut convenir que dans des espèces, très-rapprochées du reste, les unes des autres, on trouve des déformations tellement discordantes, que seule la ressemblance des Nauplius et des mâles peut nous donner la clef des relations de parenté qui existent entre elles. Les mâles, au contraire, conservent encore des membres bien conformés, des anneaux en général distincts, des organes des sens bien développés et en montrant des caractères plus tranchés et plus rapprochés de ceux des formes larvaires, ils laissent apercevoir plus facilement les relations de parenté qui peuvent exister, soit avec d’autres parasites, soit avec les genres ou familles voisines

vivant en hberté.

Le Léposphile des Labres fournit un exemple frappant de ce que nous avançons. En considérant seulement la femelle, on pourrait être tenté de la rapprocher des Lernées, comme l’a fait M. Hesse, tout en convenant qu’un appareil buccal proboscidiforme entouré de paites-mâchoires rudimentaires et auxiliaires, ne suffit guère pour établir une parenté véritable, vu que tous les Siphonostomes sont plus ou moins dans ce cas, el que l’annulation complète de l’abdomen éloigne le Léposphile considérablement des Lernées proprement dites. Mais les appendices si manifestement réduits ou

effacés de la femelle ne peuvent conduire à une comparaison serrée, et il faut s’adres-

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ser au mâle à segmentation distincte et à membres développés, pour trouver la parenté

du singulier genre qui nous occupe.

En parcourant la longue liste des Copépodes parasites connus et en comparant soigneusement les descriptions et les dessins des mâles donnés par les auteurs, j'ai été agréablement surpris de trouver un Crustacé, ayant un habitat analogue, dont le mâle offre tous les traits caractéristiques du mâle de notre Léposphile, mais dont la femelle

diffère considérablement,

C'est le Philichthys Xiphiae (Tab. IL, fig. 15, 14 et 15), qui habite les dilatations des canaux muqueux de la tête de l’'Espadon (Xiphias gladius). M. Stcenstrup avait le premier trouvé ce parasite, dont M. Bergsoe a fait une étude détaillée (Philichthys Xiphiae. Monographisk Fremstllet of Y. Bergsoe, 8° Kjobenhavn, 186%, 1 pl.). Les Annales des sciences naturelles, cinquième série, Tome TT, p. 213 et 252, ont donné le résumé, en latin, de cet ouvrage et ont reproduit la planche gravée par M. Bergsoe même. N'ayant pu me procurer l’ouvrage original, je donne ici la traduction de ce résumé en tant qu'il concerne le mâle, ainsi que des copies de quelques dessins de

M. Bergsoe, représentant les Philichthys mâle et femelle.

« Le mâle (Tab. IL, fig. 15), est grèle, allongé, graduellement atténué en arrière. Le corps très-distinctement annelé, avec des anneaux libres et mobiles qui portent des antennes et des pieds de structure et de forme variées. Le céphalothorax est en forme de bouclier, indivis. L’abdomen a deux anneaux, dont le premier inerme, tandis que le second est armé en arrière de deux fortes épines. La queue a huit anneaux et devient plus mince vers la pointe ; le dernier article porte deux appendices caudaux. Les téguments sont plus durs que ceux de la femelle et cornés. La bouche est fermée ; l’anus distinct. La couleur, sauf une petite tache de couleur rouge entre les premières

antennes, est manifestement blanchâtre. Longueur constante : 4 millimètres.

« Le céphalothorax est faiblement convexe, formé d’un cône tronqué ; sa longueur égale celle des trois articles suivants ensemble; son bord antérieur tronqué, postérieur droit, côtés arrondis en avant, un peu sinueux en arrière; les angles de la base un

peu avancés et tronqués.

« Les antennes de la première paire sont grèles, à 6 articles peu distincts, égalant en

longueur à peu près la moitié du céphalothorax et posées sur le bord frontal.

« Les antennes de la seconde paire sont manifestement biarticulées et préhensiles, à peine plus longues que celles de la première paire. Le premier article subconique, le

second plus large et un peu plus long, armé de deux crochets courbes et grêles au bout.

« Les paltes de la première paire sont grandes, sans articles, placées à la partie postérieure du céphalothorax sur les côtés et munies de deux forts crochets avec lesquels le

mâle se cramponne à l’orifice génital de la femelle.

«Les pattes de la seconde paire sont très-petites, biarticulées en forme de palpes. Le premier article est doublement plus long que le second, lequel est pointu et porte deux

soies au sommet ; la soie intérieure a deux fois la longueur de l’extérieure.

«L’Abdomen a deux anneaux et porte deux paires de pattes natatoires. Le premier anneau abdominal est aussi large que la base du céphalothorax, mais trois fois plus court, son bord antérieur est au milieu légèrement sinueux, le postérieur droit à bords arrondis. Le second anneau est plus étroit, mais d’un tiers plus long, avec des bords droits et les côtés presque droits. Ces derniers divergent un peu en arrière par une

épine forte et mobile, dont le sommet se recourbe en haut. « Les pattes abdominales de la première paire sont courtes, natatoires, biramées.

« La branche externe est à deux articles, le premier petit, muni d’une épine courte, mais forte, le second trois fois plus long et armé de trois fortes épines et de quatre

soies nalaloires.

« La branche interne est sans articles, plus grèle que l’extérieure, garnie de deux épines et de cinq soies natatoires.

« Les pattes abdominales de la seconde paire sont semblables aux précédentes quant à la forme.

& La branche interne sans articles, plus mince que l’externe, garnie de trois épines longues et grèles et de deux soies natatoires.

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« Les épines des pattes abdominales, surtout les courtes, ont les bords en forme de

scie. Les soies natatoires ont des fins cils.

« La queue à huit anneaux libres, distincts, diminuant vers l'extrémité et dépourvus de pieds. Le quatrième anneau à partir de la base a de chaque côté une soie sensitive

et le huitième des appendices terminaux.

« L’anneau génital (premier segment caudal) est de moyenne grandeur ou même petit, d’un cinquième plus étroit et d’un tiers plus court que le second anneau abdominal; le bord antérieur droit, le postérieur arrondi, les côtés un peu divergents en arrière. La partie inférieure montre une aire membraneuse, entourée par les bords

plus durs du segment et qui porte l’orifice génital.

« Le second anneau est presque aussi large que le précédent, mais quatre fois plus

long, les côtés droits, divergents en avant, puis conversents subitement en arrière.

« Le troisième, quatrième et cinquième anneau ont la même forme que le second. De l’angle postérieur du quatrième anneau part une soie sensitive assez longue, épaisse

d’abord, puis présentant une tige hyaline grèle et finissant en une soie très-fine.

« Le sixième et septième anneau ont les côtés légèrement arrondis ; le sixième est

un peu plus court et presque carré.

« Le huitième anneau est un peu plus étroit que le septième, mais de longueur double; 1l a les côtés un peu arrondis, le bord postérieur incisé et porte aux angles de sa

base les appendices caudaux.

« Les appendices caudaux sont longs, sans articles et portent à l’extrémité deux soies

très-fortes et deux petites.

« Le rudiment de la bouche est placé, si je ne me trompe, à la partie inférieure du

céphalothorax entre les pattes-mâchoires de la seconde paire.

& L’anus se trouve entre les appendices caudaux et perfore le sommet du huitième

anneau caudal sous forme d’une fente longitudinale.

« Les orifices génitaux sont fort petits, entourés d’un bord corné jaune et apparais-

sent au milieu d’une aire membraneuse blanchâtre.

« Je n’ai point trouvé de capsules séminales en examinant le mâle peu de temps

après l’accouplement. »

J'ai tenu à donner cette description mot pour mot parce qu'elle correspond, abstraction faite de la manière de désigner les différentes parties du corps, aux détails que j'ai consignés pour le mâle du Léposphile. M. Bergsoe appelle en effet, céphalothorax le bouclier céphalique ou la tête ; il désigne le thorax à deux articles sous le nom d’abdomen et l’abdomen sous le nom peu scientifique de queue (cauda), à laquelle il trouve huit anneaux comme nous. Mais, sauf ces différences de dénomination, M. Bergsoe décrit les deux paires d'antennes, les deux paires de pattes-mâchoires (mandibules et mâchoires) attachées au bouclier céphalique, ainsi que les deux paires de paltes natatoires exactement comme nous, sauf des différences spécifiques, comme par exemple la structure de la seconde paire d'antennes, qui dans le Léposphile est plus puissante que la première, tandis que dans le Philichthys c’est le contraire. Le mâle des Philichthys porte à la mème place comme celui des Léposphiles, les deux appendices recourbés, que M. Bergsoe appelle des épines, tandis que je les compare, à cause de leur aplatissement, à des ailes rudimentaires. La seule différence essentielle que je puis constater quant à cette parlie antérieure du corps, se rapporte à la constitution de la bouche, que M. Bergsoe appelle rudimentaire, tandis que J'ai pu très-bien constater l'existence d’une lèvre supérieure. Les fouets, sensitifs probablement, placés à la base des antennes postérieures, ne sont pas non plus signalés par

M. Bergsoe.

Les différences sont plus grandes quant à la constitution de l'abdomen. Je trouve une paire de pattes rudimentaires au premier article et l’orifice génital au second. M. Bergsoe voit l’orifice génital au premier article et une soie sensitive au quatrième. Sauf ces différences qui seront peut-être effacées par des observations ultérieures, le nombre des anneaux abdominaux ainsi que la structure du dernier anneau sont abso-

lument identiques.

Je me crois donc en droit de conclure, que l'on rangerait les mâles du Léposphile et du Philichthys dans le même genre, en leur reconnaissant seulement des différences

spécifiques, si on ne connaissait que les mâles.

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