MAGENDIE
La pluralité des aspects pouvant revêtir un méme être vivant est un des phénoménes biclogiques qui attire le plus l'attention d'un observateur.
Le polymorphisme peut être considéré comme le résultat du travail intime de la cellule, réagissant aux influences des forces ambiantes,.
A une variation de forme correspond parfois une modification cytologique dont il devient intéressant d'étudier les corrélations.
Parmi les organismes les plus inférieurs, certaines bactéries pathogènes, et, en particulier, les bacilles diphtériques et pseudo-diphtériques, présentent, à ce titre, des exemples remarquables el faciles à étudier, précisément en raison de leur évolution rapide en cultures.
Si quelques détails de Jeur structure cytoplasmique
tels que les corpuscules métachromatiques, sont depuis
ir.
longtemps connus et utilisés en bactériologie clinique, il ne semble pas que l’on ait cherché à en établir l'origine, la valeur, la signification physiologique autant qu'on a réussi à le faire pour d’autres microorganismes comme les levures.
Surtout au moment où la guerre donnait une actualité pressante à ces questions, des recherches très nombreuses et très importantes ont eu lieu relativement à la virulence, au pouvoir fermentatif, à la coloration, au diagnostic précoce.
L'ensemble de ce travail a une autre tendance : en étudiant la cytologie des bacilles diphtériques et pseudo-diphtériques, nous pensions que ces bacilles, appartenant au groupe des corynébactéries, ont, non seulement les affinités les plus remarquables avec d’autres agents pathogènes importants (tels ceux de la morve, de la tuberculose, de l’actinomycose), mais qu'ils présentent encore ‘des degrés de similitude intéressants avec les types les plus inférieurs des champignons.
Nous avons donc cherché, au moyen d’une série d’observations patientes et comparatives, à discerner les influences expérimentales pouvant modifier l’aspect de ces bacilles, notamment en ce qui concerne leur cytologie ef les corpuscules métachromatiques, puis nous avons étudié les relations pouvant exister entre ces variations de caractères et leurs propriétés biologiques.
Ce sont là des sujets touchant autant à la Botanique, à la Bactériologie, qu’à la Médecine Expérimentale.
Préparé par nos études de sciences naturelles d’une part, nous étions aussi entraîné vers ces recherches par les enseignements de l'Ecole lyonnaise, les
idées de Chauveau, de $S. Arloing, les expériences de Charin et de Lesieur.
Aussi ce fut pour nous comme une concordance heureuse d'être accueilli avec tant de bienveillance par M. le professeur $S. Arloing dans le laboratoire de Médecine expérimentale pour étudier ces questions, et d’avoir l'honneur de reprendre une collaboration brutalement interrompue par la guerre.
Une part importante de ce travail est due aux précieuses indications el aux savants conseils de M. Guilliermond, maître de conférences à la Faculté des Sciences, qui nous a donné, avec la plus grande amabilité, les renseignements indispensables sur de nombreux points de cytologie bactérienne et mycologique où sa compétence est universellement connue.
Nous sommes reconnaissant à M. le professeur agrégé L. Thévenot de l'intérêt qu'il nous a témoigné au cours de ces recherches, et nous remercions le docteur Eangeron et le docteur Durand des renseignements utiles ainsi que des cultures fournies si obligeamment.
Si nous avions cédé à notre intention première de relater ici la complexité de nos recherches, la multiplicité de nos expériences nous aurait entraîné vers de trop amples développements.
Nous ne croyons manquer ni à la précision ni à la clarté en ne rapportant brièvement que les types les plus frappants de nos observations, tout en signalant, quand il y a lieu, les particularités rencontrées.
Autant que possible, nous suivrons dans l’exposé de nos recherches expérimentales, l’'enchaînement des faits que nous avons provoqués et observés.
Ainsi, après avoir dans un aperçu général défini les Corynébactéries, situé leur place dans la classification, et, relaté à propos des corpuscules métachromatiques, les principaux travaux antérieurs, nous ferons dans une suite de chapitres la description de nos techniques et des résultats obtenus.
Nous montrerons quelques rapports entre l’aspect cytologique et les caractères biologiques de plusieurs variétés de corynébactéries pour essayer enfin d'en établir les conséquences, les commentaires critiques et les conclusions.