CHAPITRE Mil
Recherches sur les corpuscules m^tachromatiques •
Nous avons assimilé les corps réfringents, que nous avons si souvent rencontrés dans les vacuoles des moisissures ou des levures, aux corpuscules piétachromatiques de Babès et aux grains rouges de Bûtschli. Nous pensons qu'il n'est pas inutile, ep terminant cette étude, d'insister sur ces corps^ signalés dans beaucoup de micro-organismes qui ont été très ditersement considérés sous des noms différents et ont amené sur cette question une inextricable confusion.
Ces corps, ainsi que nous l'avons dit, se caractérisent par leur aspect réfringent, par les mouvements brow^nîens dont ils sont animés, par leur coloration à l'état vivant par le bleu de
méthylène, enfin par la coulenr intensive en' rouge qu'ils prennent par beaucoup de matières colorantes et notamment par Thématoxyline et le bleu de méthylène.
, Historique. — Les corpuscules métachroma-
tiques furent d'abord découverts chez les Gyanophycées et les Bactériacées, Ernst (1888) est un des premiers qui ait appelé l'attention sur ces corps. Cet auteur observe dans un premier mémoire des corpuscules qui se différencient à l'aide d'une double coloration au
bleu de méthylène et au brun de Bismarck :
ils se colorent en brun intense et se détachent, sur un protoplasme jaune. Us ont une forme essentiellement variable ; les plus gros ont Vapect de gouttelettes ; ils sont presque toujours entourés de plus petits. Ils se fusionnent entre eux et les uns paraissent s'accroître aux dépens des autres. Ernst, 'qui ne les avait remarqués que chez des espèces ne fournissant pas de spores, est amené à leur donner la. signification d'organes analogues à des spores.
Dan*s une étude postérieure, il les retrouve chez des bactéries sporogènes et il observe que les spores de ces organismes résultent «de la fusion de ces corpuscules accompagnée d'une modification chimique de leur
Substance» Aussi les désigne-t-il sous le nom de grains sporo gènes; il serait disposé à leur attribuer la valeur de noyaux. Leur résistance à Faction des liquides de digestion, leur division, qu'il croit avoir constatées dans certains cas, Tautorisent à cette conclusion.
Plusieurs années avant Ernst, Neisser (1884) avait déjà décrit des corpuscules analogues. JLl remarquait que leâ organismes pourvus de ces corps manifestaient une plus grande résistance contre la chaleur que ceux qui n'en possédaient pas et inclinait à les considérer comme des spores.
Babès (1889), colorant certaines bactéries et notamment le bacille de la diphtérie à l'aide d'une solution de bleu de méthylène concentrée, diflférencie également des granules qui se colorent en violet ou en rouge dans un protoplasme bleu. Leur apparition fréquente aux extrémités des bacilles et dans les endroits où se produit la segmentation l'amène à leur attribuer un rôle dans l'a division cellulaire. Hésitant à en faire de véritables noyaux, il leur donne le nom plus prudent de corpuscules métachromatiques p que nous avons conservé. •
En même temps, un nombre considérable d'auteurs signalent ces mêmes corps chez les Gyanopbycées et chez les Bactériacées et les considèrent très diversement, soit comme des
arthrospores (Hueppe), soit comme des noyaux ou plus ordinairement comme des grains de chromatine disséminés dans le protoplasme (Schmitz, Strasburger, Steinhaus, Zacharias, Warlich, Deinega, Protopopoff, Trambusti et Galeotti, F. Marx, Sjœbring, Hiefonymùs, • Mitrophanow, Schewîakoff, Stockmayer, Lœffler, Klebs, Grouch, Zukal, Palla, Nadsoji).
•Bunge (1898), reprenant les observations de Ernst, démontre que les grains sporogènes de cet auteur sont absolument étrangers à la formation des spores. Il distingue dans les bactéries deux catégories de granules, les uns qui se colorent difficilement et qui par leur concentration . constituent les spores ; les autres (corpuscules de Ernst et Babès) qui possèdent une grande affinité pour les colorants et ne partiéipenti pas à la formation des spores, mais qu'au contraire on retrouve dans le protoplasme non utilisé, après rapparition des spores.
Bûtschli (1890-1896) différencie également dans les mailles du protoplasme des Cyanophycées et des Bactériacées des globules sphériqijes, qui prennent une coloration rouge par Fhématoxyline et le bleu de méthylène. Ils sont presque tous localisés dans le corps central (que Bûtschli regarde comme noyau) et pour cela, cet auteur les considère d'abord comme
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des grains de chromatine. Dans un second mémoire, il reconnaît qu'ils n'ont pas les propriétés microchimiques de la nucléine, et comme, d'autre part, il les retrouve en dehors du noyau chez différents microorganîsmes (Diatomées, Flagellées, algues filamenteuses), il renonce à sa première manière de voir.
Lauterborn (1896), dans une étude histologîque sur les Diatomées, mentionne la présence de ces grains rouges de Bûtschli. Ils sont disposés le plus souvent dans le protoplasme, quelquefois cependant ils occupent certaines vacuoles, dans lesquelles ils sont animés de mouvements browniens. Cet observateur les rapproche, par leur pouvoir de se colorer à l'état vivant par le bleu de méthylène, des Phj^sodes de Crato (i), des Karyoïdes de
(i) Crato observe chez les Phéosporées et quelques Clilorophycées des corps réfringents placés dans les ncpuds d'un protoplasme réticulé et qui sont animés de mouvements browniens. Il les désigne sous le nom de Ph}'sodes, Ces corps lui jmraissent jouer un très grand rôle dans la nutrition de ces algues. Ils se colorent par le bleu de méthylène à rétat vivant.
Crato montre par une série de réactions microchimiques qu'ils contiennent de la phloroglucine. Comme il les retrouve dans ïElodea Canadensis et dans les poils iVUrtica piluliferû, il pense ([ue ces corps seraient peutêtre très répandus chez les végétaux .
Palla (i) et de certains corps découverts par Raciborski (2) et Schilling chez les plantes aquatiques. •
Le fait qu'ils disparaissent pendant la division du noyau lui fait [penser qu'ils jouent le rôle» de produits de réserve,
Fischer (1897) «considère ces granules comme des produits de réserve ou d'assimilation ; il ignore si ce sont des hydrates de carbone ou des matières protéiques.
Kunstler et Busquet (1897) retrouvent les grains rouges chez un très grand nombre de micyoorganismes (Ciliées, Flagellées, Sporozoaires, urnes parasites des Siponcles) et pensent qu'ils résultent simplement d'un phénomène de diffraction^ sans présenter aucune autre valeur morphologique commune. Ces colorations rouges s'observeraient en efifet dans des condi-
(i) PaUa remarque dang les Conjuguées des corps situés autour du chromatophore dans lê voisinage du noyau, qui se colorent par Téosine et qui sont animée de mouvements . Il estime (jue ce seraient peut-être des corps nucléaires comparables aux micronucleus des intusoires. Il leur donne le nom de Karyoïdes.
(a) Raciborsky et Schilling ont découvert chez certaines plantes aquatic[ues (feuilles de Myriophyllum) des granules réfringents ressemblant à des globules d'huile et placés autour du noyau. Ces corps se colorent à Tétat vivant par le bleu de méthylène et présentent avec les solutions de vanilline la réaction de la phloroglucine. *
• tions très diverses, non seulement en présence de presque toutes les matières colorantes, mais par Faction de certains réactifs chimiques et ^ môme dans le protoplasme vivant.
Matruchot et MoUiard (1900) constatent dans le Stichococcus bacillaris la présence de grains rouges, qui augmentent de nombre, lorsqu'on ajoute à Peau dans laquelle il vit une certaine quantité de sucre ou de peptone. Aussi croientils pouvoir leur attribuer le rôle de matières de réserve.
Les corpuscules métachrojnatiques donnèrent • lieu, dans ces dernières années, à un gi^and nombre de travaux/îhez les bactéries. Vlad Ru- • sicka, Ziemann, Wagner, Meyer, Feinberg, Nakanishi, Hinze ont décrit des noyaux qui paraissent se rattacher à ces corps. Tout dernièrement encore H. Marx et Woithe (^900) dans une longue étude sur les corps de Ernst et Babès montrent qu'ils n'apparaissent que dans les meilleures conditiotts et au moment du maximum de vitalité des bactéries. Ils les considèrent comme des grains de chromatiriedont ladifféren-* ciation ne se produirait qu'à certains moments.
Leur présence serait en relation avec la virulence d'une culture ; elle pourrait servir de tîritérium du degré de virulence des bactéries et être utilisée dans le pronostic des maladies. ■ Cette assertion fut longuement discutée dans
ces derniers temps. Kromp.echer^ Ascoli, Gauss (1901*1902) réprirent la question et n'arrivèrent pas à vérifier cette prétendue loi. .
Krompecher (1901) distingue dans les bactéries deux cfitégories de granules : les uùs sont contenus dans un protoplasme périphérique et se teignent en bleu foncé par le bleu de méthylène ; ce seraient les corps de Ernst et Babès.Les autres, placés dans une zone hyaline qui occupe le centre de la cellule, prendraient, une coloration rouge par le bleu &e méthylène. 11 donne à^ ces derniers le nom de corpus(Ailes métachromatiques ; ce sont eux qui formeraient les sports en se concentrant. Au moment où ils naissent, ils sont très petits et ne s'aperçoivent que par une coloration rouge uniforme qu'ils donnent au protoplasme hyalin du centre d6 la cellnle (i).
Ces divergences d'appréciation décident Ernst (1902) à reprendre ses recherches sur la structure des bactéries. 11 étudie un grand nombre de bactéries et de champignons, qu'il colore à l'état vivant au moyen du rouge
(i) Ces deux catégories de cor})» nous paraissent être identiques; leur distinction reposerait peut-être uniquement sur les variations de couleur que présentent les corpuscules métachromatiques vis à vis du bleu de méthylène qui donne tantôt des colorations bleu foncé, tantôt des coloration violettes.
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neutre ou du bleu de mélhylène. Il remarque de noureau les corps qu'il avait précédemment signalés: ces corps, très variables par leurs dimensions, sont animés de mouvements dans rintérieur des vacuoles dans lesquelles ils sont presque toujours contenus ; les uns se colorent intensivement, les autres ne fixent pas les matières colorantes. Il constate qu'ils sont capables de se diviser (i). Souvent aussi ils sont expulsés de la cellule, traversent la membrane et on lés retrouve dans le milieu ambiant, tout autour des cellules (a).
Ernst abandonne sa première opinion et les considère désormais comme des plashiosomes analogues à ceux d'Altmann et d'Arnold.
Ces mêmes corps ont été souvent retrouvés chfez un certain nombre de champignons ; . ils y ont été jusqu'ici fort mal étudiés. Beaucoup d'observateurs, s'occupant uniquement de mor-
(i)Nous avons observé de notre côté des figures où les corpuscules métachromatiques paraissaient se diviser et il est possible, qu'au moment de leur dissolution, leur diminution de taille provienne en partie de leur fragmentation. • (a) Le fait nous parait étuange ; nous avons bien remarqué dans les vieilles cultures des cellules entourées d'un grand nombre de granules réfringents, mais ces granules ne sef coloraient jamais et nous ne nous sommes pas demandé s'ils provenaient d'une sécrétion des cellules om du milieu de culture. Quoi qu'il en soit, il nous paraît inadmissible qu'ils soient dus à une expulsion des corpuscules métachromatiques.
phologîe, ont signalé des granules réfringents animés de mouvements browniens dans Fintérieur des vacuoles, mais sans se préoccuper de leur signification.
Dangeard paraît les avoir pris dans beaucoup de cas pour des globides d'huile avec lesquels ils ont une gçande ressemblance.
Cependant dans un dernier mémoire sur le Polyphagus Eaglenœ^ il découvre des corps id'apparence globulaire qu'il avait d'abord pris pour des globules oléagineux et qu'il ,consi- , dère maintenant comme des éléments de nature et de rôle inconnus qu'il désigne sous le nom de cœnosphères . Ces corps, bien qu'ils ne paraissent pas avoir absolument les mêmes caractères que les corpuscules métachrpmaliques, pourraient peut-être s'y rattacher.
Bûtschli constate la présence des grains rouges chez quelques champignons mycéliens.
Babès et Protopopoff avaient également retrouvé chez VActinornyces les mêmes granules qu'ils avaient différenciés chez les bactéries.
Vlad-Rusicka, Ziemann, Krompecher,* mentionnent chez certains champignons la présence de corpuscules fortement colorables par le bleu de méthylène.
Maire et Guégen figurent les corpuscules métachromatiques Pun . chez VU. mardis, l'autre chez le P. glaucum. .
Biffen observe dans une moisissure trouvée par lui dans la noix de coco des corps qu'il dislingue des noyaux et qu'il décrit comme grains de protéine. C'est très probablement aussi à ces corpuscules métachromatiqties qu'il faut rattacher les grains de protéine trouvés par Hartog ■ chez les Saprolégniaçées.
Beaucoup d'auteurs les ont signalés chez les levures^ en leur donnant des significations diverses, mais fort peu ont eu l'idée d^ ^ les cojmparer avec les granules observés chez les bactéries. Ils les considèrent, comme nous . l'avons vu au cours de notre travail, soit comme des grains de chromatine, soit comme des produits de dégénérescence, soit comme .des globules d'huile, soit enfin comme des produits de réserve (protéine, ou matière nucléo-albuminoïde)..(Krasser, Raum, Mœller", Hieronymus, Fischer et Brebeck, Eisenschitz, Gurtis, Buscalioni, Janssens et Leblanc, Gasagrandi, Wager, Kunstler, R. et W. Albert, Ernst).
Tokishige a décrit chez une levure pathogène des globules de taille variable qu'il prend pour des spores et qui paraissent être aussi. • des corpuscules métachromatiques. (Comparez les figures de la planche IX à celles de Tokishige.)
Seuls, Raum et Kunstler ont cherché à- les mettre en relation avec les corpuscules des bactéries, le premier on les rapprochant des grains
sporog^nes de Ernst, l'autre en les assimilant aux grains rouges de Bûtschli.
Les eorpHscules métachromatiques se rencontrent donc chez un grand nombre de microorganismes (protozoaires , algues , champignons), et p*araissent at^oir un rôle important dans leur vie.
Action des colorants. — Nous avons vu précédemment que ces corpuscules prenaient une coloration rouge avec la plupart des matières colorantes.
Le bleu de méthylène les colore à l'état vivant comme l'a fait remarquer Lauterborn* Si l'on porte, en effet, quelques cellules vivantes dans une solution dé bleu de méthylène, le protoplasme reste ordinairement incolore, et les corpuscule^ métachromatiques fixent la couleur, tout en conservant leurs mouvements browniens dans l'intérieur des vacuoles.
, Ces corpuscules métachromatiques ne paraissent pjis jouir des mêmes propriétés avec les autres matières dolorantes.
Un fait qui mérite d'appeler notre attention est la variabilité que peut présenter la coloration de ces 'corps. Certains fixateurs, ttels que l'alcool, le sublimé ou la chaleur, sont très favorables à leur coloration; ati contraire l'acide picrique, la solution de Flemming peu-
vent l'entraver et il est nécessaire (^e soumettre les objets fixés par ces procédés à un très long lavage, si Ton veut <»btenir leur différenciation.
De plus les colorations peuvent, avec une même matière colorante, donner des teintes très différentes suivant la durée de la coloration ou de la décoloration.
L'hématoxyline donne aux corpuscules métachromatiques, au bout de quelques minutes, une teinte rouge pourpre ; si Ton prolonge un peu plus longtemps la durée de la coloration, la teinte rouge s'assombrit et passe au rouge foncé ou noirâtre. La partie phériphérique de ces corpuscules, lorsqu'ils atteignent un diamètre un peu élevé, apparaît toujours avec une teinte beaucoup plus foncée que le centre.
Ces corps se différencient leis premiers avec rhématoxyline, avant même que le protoplasme et le noyau aient commencé à subir l'action du colorant, et ils résistent les derniers à la décoloration. Les solutions d'alun à i p. jloo les décolorent cependant asse^ facilement, en conservant la coloration du noyau.
Avec rhémato:?#yline au fer, le» corpuscules métachromatiques se colorent intertsivement en noir, mais presque toujours ils disparaissent avant le noyau lorsque les préparations ont été décolorées longtemps à l'alun de fer.
Le bleu de méthylène fournit des colorations extrêmement variables : tantôt les corpuscules apparaissent d'un bleu intense, tantôt ils ont un reflet violet, tantôt enfin ils sont nettement rouges et cette inégalité de coloration peut exposer à de graves erreurs. On peut dire d'une manière générale qu'une action trop rapide du colorant sur la préparation donne une teinte bleu foncé ou violette, alors qu'une action plus longue produira la coloration rouge caractéristique (PL IX, fig. 17 a 25).
De même que l'hématoxyline, le bleu .de méthylène fait apparaître les corpuscules métachromatiques avant que le reste de la cellule ait commencé à fixer la couleur. Mais contrairement à ce que l'on observe avec l'hématoxyline, leur décoloration se fait très rapidement et précède celle du protoplasme. Il ne 'faut donc pas prolonger trop longtemps le lavage ; cependant si l'on prend la précaution de le surveiller au microscope, on peut arriver à un point où les corpuscules se montrent tous colorés en rouge pâle avec une enveloppe d'un« nuance plus intense et d'un bleu violacé.
On obtient alors de très intéressantes préparations où ces corpuscules apparaissent très nettement avec leurs formes et l«urs caractères spécifiques. Tantôt on en trouve d'énormes,
ordinairement sons fortne de grosses boules sphériques, rarement ovales; quelquefois leur contour est irrégulier et celte irrégularité paraît occasionnée par une fusiop récente de plusieurs de ces corps. T|intôt ce sont de petits granules assemblés les uns autour des autres et se dispo-* sant à se fusionner.
Dans le cas où il se produit des phénomènes de dissolution, ils paraissent prendre une couleur rouge ou violette plus accentuée, puis' diminuent de taille et de nombre ; on ne les voit plus que sous forme de petites granulations de couleur violacée, englobées d'hne substance paraissant liquide, qui se colore avec la môme nuance rouge pâle que nous venons de signaler au centre de ce^ corps, dans les préparations bien décolorées, obtenues avec le bleu de méthylène. Il semble donc que dans les stades de dissolutien la coloration devienne beaucoup plus franchement rouge. * ^
De même, lorsqu'on presse une préparation colorée par le bleu de méthylène ou par Thématoxyline, de façon à écraser les corpuscules métachromatiques, ceux-ci prenneni une nuance d'un rouge plus accusé.
iVvec le bleu polychrome la coloration de ces corpuscules métachromatiques est toujours d'un rouge vif.
Le vert de méthyle produit des colorations
d'abord d'un vert intense, qui prennent une nuance violacée, rarement rougeâtre, si l'on 'prolonge la coloration. La teinte violette ou rougeâtre est également plus accentuée au centre de ces corps qu'à la périphérie.
Le violet de gentiane, le violet de méthyle
• colorent également les corpuscules métachro-
matiqueg avec la couleur rouge caractéristique.
La fuchsine, le rouge de Magenta, le carmin,
la safranine les teignent en rouge foncé.
Les mélanges de fuchsine et de bleu de méthylène ou de vert de méthyle donnent au protoplasme une couleur violette et |lux corpuscules une teinte vert ou bleu intense, si le vert de méthyle ou le bleu de méthylène sont en quantité suffisante ; d^s le cas contraire, les corpuscules fixent la fuchsine.
Les mélanges de bleu de méthylène et d'éosine colorent le protoplasme en violet et les corpuscides en bleu intense avec parfois des reflets violacés.
Lfe brun de Bismarck n'agit sur les corpus- ' cules métachroiliatiques que lorsque la préparation est chauffée et leur donne alors une belle coloration d'un brun rougeâtre avec une jjaroi plus sombre que le centre.
Les mélanges de brun de Bismarck et de bleu
» de méthylène teignent le protoplasme en jaune
et les corpuscules se détachent en brun foncé.
Dans les doubles colorations à Piodo-iodure de Gram et au vert de méthyle, employées par nous pour différencier à la fois les corpus- ' cules et le glycogène, ces corps prenaient également une teinte d'un brun foncé.
La nigrosine paraît donner aux corpuscules métachromatiques une très légère nuance noi- • ràtre. L'éosine, le rose de Bengale, le rouge du Congo, les laissent toujours incolores.
Cette longue énumératîon des caractères de ces corps vis-à-vis des colorants était indispensable pour essayer d'éclaircir le problème de cette métachronjasie qui les caractérise.
Nous avons vu que Kunstler et iBusquet Tattribuent à un simple phénomène de diffraction et non à une coloration. Ces phénomènes de diffraction très fréquents dans le protoplasme des microorganismes laisserait à penser, d'après eux, que ces corps ne correspondraient à aucun organe spécifique de la cellule. Nos observations ne peuvent laisser aucun doute sur leur existence et sur leur haute importance, puisqu'ils atteignent quelquefois des dimensions considérables et se distinguent très facir lempnt à l'état fçais. Mais pour ce qui regarde l'explication de cette coloration, la question est un peu plus délicate. Il ressort de l'examen que nous venons de faire que cette teinte n'est • pas toujours rouge : elle peut être bleu foncé
avec le bleu de méthylène et verte avec le vert de méthyle suivant certaines circonstances. Avec les mélanges de brun de Bismarck, de ^ bleu de méthylène avec le vert de méthyle après traitement à Tiodo-iodure de potassium, elle est d'un brun noirâtre ; avec Thématoxyline de Heidenhain, elle est noir foncé. Le fait de la coloration est donc indéniable.
Quant à la métachromasie, elle est sujette à de grandes variations, mais des observations méticuleuses nous montrent en réalité, dans chacun de ces corps, une partie centrale qui parait surtout prendre une coloration rouge, alors que la partie périphérique apparaîtrait avec une nuance beaucoup plus voisinç de celle du colorant employé. Il semble donc que la coloration puisse s'effectuer comme s'il existait dans ces corpuscules un mélange de deux substances, dont l'une, plus abondante au centre, jouirait de propriétés métachromatiques vis-àvis de beaucoup de colorants, et dont l'autre %e colorerait plus normalement. Suivant que l'une serait plus colorée que l'autre, ils paraîtraient plus ou moins métachromatiques et ainsi s'expliqueraient ces singulières variations que nous avons observées avec une môme matière colorante. Le fait que la couleur rouge est toujours plus manifeste lorsqu'on écrase la préparation et dans les phénomènes de disso-
lution paraît d'accord avec cette manière de voir.
, D'autre part, si on fait varier le point de l'objectif dans une préparatioix colorée, la couleur rouge de ces corpuscules conserve toujours la même teinté, sans subir aucune modification. D'un autre èôté, nous avons essayé l'action d'un grand nombre de réactif g chimiques, qui, contrairement à ce qu'avaient cru remarquer Kunstler et Busquet, ne nous ont jamais donné de phénomènes de diffraction.
Nous croyons donc pouvoir affirmer, bien que l'on ne connaisse aucune substance capable de faire virer au rouge' le bleu de méthylène (i), qu'il s'agit bien, comme le pensait Bûtschli, d'un phénomène chimique qui modifierait les matières colorantes et non de phénomènes physiques comme le voudraient Kunstler et Busquet.
Action des réactifs chimiques. — Nous avons cherché à nous éclairer sur la nature de ces corpg en observant la manière dont ifs se comportent devant quelques réactifs chimiques.
(i) Massaii; a attribué cette coloration à la présence de rouçe de méthylène dans le bleu de méthylène, mais s'il en était ainsi, on ne remarquerait pas des phénomènes analogijes avec d'autres matières colorantes (violet de gentiane, hématoxyline, vert de méthyle).
Nous avons déjà dit qu'ils ne possédaient pas. les propriétés de la nuctéine. Ces faits spnt loin de correspondre aux réactions observées par les différents auteurs qui les ont étudiés : lefs uns ne leur trouvent aucune analogie avec la nucléine; d'autres, au contraire, constatent qu'ils montrent des réactions voisines de celles de la nucléine.
Ces réactions microchimiques sont en effet fort délicates. Beaucoup d'auteurs ont cherché à colorer les cellules après les avoir traitées par divers réactifs chimiques ; or nous avons vu que ces corpuscules étaient susceptibles de perdre très irapidement leur affinité pour les matières colorantes et souvent de ne pas la retrouver même après un lavage prolongé. Il est donc nécessaire de ne pas attacher trop d'importance aux colorations, qui ne prouvent pas grand' chose et de choisi? pour ces études des organismes suffisamment gros pour pouvoir s'appuyer exclusivement sur un examen sans coloration.. Enfin il faut tenir compte de la membrane qui dans beaucoup de cas peut être un obstacle sérieux à la pénétration des réactifs. Aussi ne peutron attribuer qu'une valeur très relative à la microchinrie et ceci nous permettra dépasser rapidement sur cette question.
Quoi qu'il en •soit, ces corps nous ont paru résister après un traitement de quarante-huit,
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heures dans la pepsine additionnée d'acide chlorhydrique et à une température de 35^ Au contraire, Raum, Lauterborn, Janssens et Leblanc ont constaté leur digestion par la pepsine. Cependant dans ces derniers temps, R. et W. Albert, ayant découvert un procédé pour tuer les cellules de levures sans altérer leurs -diastases,' trouvent dans le S. cereçisiœ une enzyme protéolytique d'une très grande énergie. En plaçant les cellujes de levures tuées à l'aide de ce procédé dans l'eau distillée à aS**, cette enzyme digère toutes les substances albuminoïdes contenues dans les cellules. Ils colorent ces dernières à toijs les stades du phénomène et constatent dans le protoplasme des granules assimilables aux grajiules de Hieronymus qui résistent à l'enzyme. Ils les considèrent donc comme étaiit peut-être de nature nucléique.
. D'autre part, nous avons obtenu avec le réactif de Millon une teinte rose du protoplasme, mais jamais de corpuscules. Cet ensemble de faits ne paraît pas devoir les faire condidérer comme des matières protéiques. '
Lauterborn ^es rapproche, comme on a vu, des physodes de Cratô, qui d'après cet auteur seraient surtout formés de phloroglucine. Nous avons essayé avec beaucoujJ de sôih chez un grand nombre de champignons les réac- *
lions indiquées par Grato et entre aijtres la vanilline dissoute dans Facide chlorhydrique, mais jamais nous n'avons pu constater aucun indice de la présence de cette substance dans les corpuscules métachromatiques . D'autre part, le fait que les pkysodes se colorent à l'état vjvant par le bleu de méthylène ne nous paraît pas suffisailt pour nous permettre d'établir une
liaison entre ces deux catégories de corps.
Variations dans les cultures. — Nous avons pensé que l'on pourrait peut-être recueillir d'utiles renseignements sur ces corps, par l'examen bistologique de cultures provenant de milieux de composition chimiqVie variée. Pour cfela nous avons employé le liquide Raulin, que nous avions remarqué ccvmme très favorable à leur production. Nous supprimions les matières organiques : sucre, acide tartrique; ou bien nous éliminions tpus les corps azotés (azotate d'ammoniaque, phosph'ate d'ammoniaque, sulfate d'ammoniaque); nous prenions certaines précautions pour éviter autant que possible les impuretés (i) (lavage* du flacon et séjour des spores à ensemencer dans
(i) Il est évident que les liquides ainsi composés ne pouvaient être que d'une pureté très relative. D'ailleurs,' s'ils avaient été chimiquement purs, le champignon n'aurait pas trouvé les aliments nécessaires pour se développer.
Feau distillée, etc.), et nous comparions les résultats obtenus à une culture témoin sur liquide Raulin complet.
Nous avons fait ces expériences avec un grand nombre de champignons, en choisissant de préférence ceux qui, par l'abondance des corpuscules métachromatiques, par leur dimension et leur facilité d'alimentation, présentaient les conditions les plus favorables {Sterig. nigra, Asp. variabilis, P. glaucûm^ D. species)^ quelques levures ne produisant pas de spores (S. mjyc. vini^ S. m. cereçisiœ. Mon. candida^ End. albicans).
Malheureusement iîes expériences ne nous donnèrent pas lés résultats que nous attendions.
Les champignons cultivés sur le liquidte Raulin complet fournissaient une grande abondance de corpuscules métachromatiques et ceux ensemencés sur les liquides sans matières organiques 9U sans azote en donnaient également, mais en très faible quantité. Cependant il nous a semblé dans certains cas que ces corpuscules étaient légèrement .plus nombreux dans les liquides renfermant de l'azote que dans ceux qui en étaient dépourvus. D'autre part, les liquides très riches en azote (peptone) en produisaient une quantité un peu plus forte que les milieux où l'élément dominant était hydrocarboné.
Rôle. — On a^ beaucoup discuté* sur le rôle des corpuscules métachromatiques. En dehors des- nombreux auteurs qui les ont confondus avec des grains de chromatine, il en est quelques-uns qui les ont pris, pour des produits de dégénérescence protoplasmique, très peu les ont considérés comme matières de réserve (Fischer, Lauterborn, Matruchot et MoUiard).
L'ensemble de nos observations paraît cependant leur attribuer définitivement ce rôle. Leur présence dans les filaments en voie de croissaùce, leur pénétration dans les bourgeons, leur abondance dans les parties fructifères des moisissures, leur absorption dans Tépiplasme des Ascomy^ètes et des levures, leurs phénomènes de dissolution apparaissant régulièrement chez les levures avant la formation des spores, Jtout est d'accord avec cette manière de voir. En outre, la quantité de ces corpuscules, de même que celle du glycogène, est très variable d'une cellule à l'autre, et dans une même culture, on trouve des cellules qui en sont largement pourvues et d'autres qui n'en contiennent pas ou très peu. Elle peut môme varier d'une espèce à l'autre et tandis que certains champignons, tels que le D. species^ en renferment une richesse considérable, d'autres, tels que VO. lactis et le Sch. octosporus^ en présentent fort peu.
Les colorations au bleu de méthylène nous
donnent siA» ce point des renseignements très intéressants. Lorsqu'on traite un fragment de mycélium de Dematium à Taide de ce colorant et qu'on l'examine avec soin, on aperçoit, outre les parties où le protoplasnae se teint nettement en bleu clair, certains endroits des filaments, où tout le protoplasme prend une couleur violette comme si les corpuscules métachromatiques s'étaient dissous en un liquide imprégnant ce protoplasme (PI. IX, fig. 24)* Nous avons constaté des faits semblables dans les têtes fructifères des Aspergillus et du Pen. glaucitm^ et dans les jeunes spores des levures. Ces faits doivent être rapprochés des phénomènes de dissolution que nous avons préalsilement décrits dans la sporulation et que nous avons retrpuvés à certains stades de développement du M. candida.
Enfin lorsqu'on place une portion de mycélium ou une certaine quantité de levures dans de l'eau distillée, on remarque que les corpuscules métachromatiques diminuent de nombre et de taille et qu'en revanche le protoplasme tout entier prend une coloration violette, comme si ces corps subissaient ici encore une dissolution. Au bout de quarante-huit heures, il n'en existe ordinairement plus qu'à l'état exceptionnel et la couleur violette du protoplasme a disparu.
Cependant ces corps, dont le nombre diminue beaucoup à mesure que les cultures vieillissent ou Cessent ^ de croître, semblent toutefois pouvoir subsister fort longtemps après la fin du développement. Nous avons examiné, à ce point jde vue, un grand nombre de cultilres de divers champignons ; au bout de plusieurs mois, nous trouvions des cellules ^e contenant plus que des globules d'huile, d'autres qui avaient conservé leur structure vacuolaire, mais ne ren- ' fermaient plus aucune trace de corpuscules métachromatiques; ailleurs des globules d'huile, un certain nombre de corpuscules métachroma- , tiques et du glycogène ; d'autres cellules enfin ipontraient un protoplasme coloré en violet par le bleu de méthylène et possédaient un peu de glycogène.
^ Ces faits correspondent en somme à ceux qu'on a observés chez les bactéries où la présence de ces corps semble liée avec le maximum de vitalité de l'ocganisme, et si nous n'avons pas encore pu nous rendre compte de * leur nature chimique, au moins avons-nous certaines raisons de les considérer comme des produits de réserve, ayant dans la vie des levures un rôle peut-être aussi important que le glycogène.