‹ Recherches cytologiques sur les levures et quelques moisissures à formes levuresChapitre 9 sur 47 · MILIEU ET FIN DE LA FERMENTATION · texte numérisé non relu

MILIEU ET FIN DE LA FERMENTATION

a) Corpuscules métachromatiques. — Peu à peu,^ les vacuoles augmentent de nombre et de

GUILLIBRMOND. 6

dimension^ en même temps que les corpuscules métachromatiques deviennent plus abondants et grossissent, prenant la forme de sphérules, laissant apercevoir une paroi fortement colorée et un centre plus pâle. Quelquefois, la cellule tout entière se trouve remplie de vacuoles, séparées par des mailles très fines de protoplasme et cette disposition rappelle les structures alvéolaires décrites par Bûtschli chez les bactéries (PL X, fig. 36 et 87). Le noyau se trouve alors comprimé et masqué par les vacuoles et il est plus difficile à différencier. Mais ordinairement les vacuoles sont beaucoup moins développées et n'occupent qu'une partie de la cellule. Dans quelques cas, il n'existe qu'un seul gros corpuscule, dans chacune des vacuoles; dans d'autres, on en observe une grande quantité disséminés dans les vacuoles, et qui quelquefois offrent par leurs groupements l'aspect d'un fi^ réticulum.

Lorsqu'il n'existe qu'une seule ou deux ou trois petites vacuoles situées au voisina'ge du noyau, et que les granules métachromatiques présentent cet aspect réticulé, on pourrait croire que ces vacuoles représentent le noyau et que les granules métachromatiques constituent le réseau de chromatine de ce noyau :

cette erreur est d'autant plus facile à commettre que le noyau se différencie difficilement ,et se

colore d'une manière beaucoup plus pâle que des corpuscules métachromatiques (PL X, lig. 5, II, 8, i8, 19, 21, 22). Aussi s'explique-t-on ai3ément les interprétations de certains auteurs (Ëisenschitz, Roncali, Wager).

Au bout de quelque temps, les vacuoles se fusionnent d'ordinaire en une seule grosse vacuole, qui occupe une grande partie de la cellule. Lorsque la vacuole est volumineuse, le protoplasme se trouve comprimé contre la* paroi et le noyau un peu moins plastique peut faire saillie à Tintérieur de la vacuole. Il arrive aussi que le noyau se trouve au-dessus de la vaouole par rapport à l'objectif et paraisse logé dans l'intérieur de la vacuole (PL III, fig. 7 et le PL X,ng.2o).

Au cours du développement le noyau s'entoure très souvent d'une certaine quantité de corpuscules métachromatiques qui le relient ià la vacuole (PL X, fig. 17, 23, 24, 26). Ils sont souvent en assez grand nombre pour masquer le noyau, qui alors se différencie très difficilement et certains colorants tels que l'hématoxyline dh Heidenhain le représentent avec une forme irrégulière, étoilée et très ressemblante à certaines figures de Bouin. Au contraire l'hémalun, lorsque la décoloration a été soigneusement faite, permet de distinguer le noyau, qui se colore en bleu, des granules qui

le Tecouvrent e* qui prennent une teinte rouge sombre. Cette disposition a été mal interprétée par Mœllep, qui considère le noyau des levures comme capable de se déformer et susceptible de mouvements amiboïdes et par Bouin qui estime qu'au moment de la fermentation^ le noyail prend une forme irrégulière et qu'une partie de la chromatine peut se disséminer à l'intérieur du protoplasme afin d'augmenter la surface de contact entre le protoplasme et le noyau.

Au contraire Wag^r a différencié ces deux éléments et comme nous considère les granules qui entourent son nucléole^ qui pour lui sont distincts de ceux que contiennent les vacuoles, comme des produits de réserve utilisés peutêtre à la nutrition du nucléole.

Pour Wager, il existerait donc deux catégories de granules, les uns seraient localisés dans les vacuoles et seraient de nature chromatique, constituant le noyau avec l'organe que nous avons considéré comnle tel et qui pour lui représente le nucléole. Les autres seraient disséminés dans le protoplasme et souvent autour du noyau et correspondraient aux granules d'Hieronymus. 11 ignore la nature chimique de ces derniers, mais le fait que certains d'entre eux se colorent par la teinture d'alkana lui font croire que ce seraient des

gouttelettes d'huile, les autres seraient des grains de protéine.

. Les colorations dont se servait Wager, conime nous l'avons déjà indiqué, ne donnaient pas à ces corps leur couleur rouge spécifique et n'étaient pas suffisantes pour identifier ces deux qualités de granules. Au contraire les colorations à l'hémalun indiqpient manifestement qu'ils sont de même nature et on en atteint la conviction lorsqu'on emploie le bleu de méthylène avec lequel la métachromasie de ces granules e^t un fait exceptioiinel.

b) Glycogène. — Environ vingt-quatre heures après le début de la fermentation, le glycogène, qui jusque-là était resté localisé en petite quantité dans le protoplasme, devient très abondant et on voit se former dans la cellule un certain nombre de petites vacuoles, où il vient se déverser. Ces vacuoles ne tardent pas à se fusionner en une unique vacuole, qui prend alors des dimensions considérables, occupant presque toute la cellule, qui se transforme bientôt en une véritable glande à glycogène (PL X, fig. de 28 à 3o et de 38 à 44)» La vacuole ou les vacuoles primitives, qui contenaient les corpuscules ihétachromatiques, se contractent et finissent peu à peu par disparaître complètement, et le noyau et les corpnscule*s métachro-

matiques, qui étaient renfermés dans ces vacuoles, se trouvent refoulés sur l'un des côtés de la cellule. C'est ce que Wager remarqye en distinguant deux sortes de vacuoles, les unes qu'il désigne sous le nom de vacuoles nyicléaires (vacuoles à corpuscules métachromatiques) et les autres qu'il appelle, par opposition^ vacuoles glycogéniques. Il existe donc une spécialisation dans les substances contenues dans l'intérieur des vacuoles, que nous retrquverons chez la pJupart des levures. Le glycogène ne pénétrant pas ou très p«u dans ' les vacuoles à corpuscules métachromatiques, cette structure est très délicate à observer; îl faut pour s'çn rendre compte employer des.

solutions de Gram très diluées, qui colorent faiblement le glycogène et permettent de voir le contour des vacuoles.

Une méthode indiquée par Wager et consistant à colorer les cellules par le vert de méthyle et à les traiter ensuite par riodo-iodui;p de Gram donne de très intéressantes préparations, qui malheureusement ne se conservent que quelques instants, dans lesquelles le protoplasme se trouve colpré en vert Jaunâtre, les graïiules en brun intense, et les vacuoles glycogéniques en brun acajou. *

Les vacuoles remplies de glycogène prennent vis-à-vis dfes matières colorantes un caractère

dîfférent de celui que possèdent les vacuoles à corpuscules métachromà tiques. Tandis que les vacuoles à corpuscules métachromatiques se détachent incolores comme des taches très claires, possédant un certain relief, les vacuoles glycogéniques se distinguent avec moins de netteté du protoplasme et certaines matières colorantes, telles que le violet de gentiane, le vert de méthyle, le bleu de méthylène, rhémalun, l'hématoxyline de Heidenhain, leur donnent une teinte diffuse. De plus ces matières colorantes laissent souvent remarquer à Tintérieur de ces vacuoles de petits granules légèrement colorés, dont nous ignorons la nature; peut-être pourraient-il représenter des éléments non dissous du glycogène. On n'a cependant jamais remarqué jusqu'alors que le glycogène soit capable de fixer les colorants (PI. III, fig. de i6 à ao et PL X, fig. 45 et 46). L^s caractères de ces vacuoles glycogéniques se laissent même apercevoir à l'état frais où elles présentent un aspect un peu réfringent et très différent des vacuoles à corpuscules métachromatiques.

A ce stade le noyau se distingue encore facilement, mais il montre une tendance à se colorer uniformément et il est difficile d'apercevoir sa structure.

Wager n'a pas suivi le développement plus longtemps, aussi avons-nous jugé utile de

rechercher les modifications produites dans la cellule à la fin de la fermentation.

Cette structure se conserve pendant toute la période active de la fermentation ; mais dès que les phénomènes commencent à se ralentir, le glycogène disparaît graduellement et la vacuole qui le contenait diminue peu à peu, tandis que le protoplasme qui occupait la partie périphérique de la cellule se gonfle progressivement. Une ou plusieurs nouvelles vacuoles se reforment dans le protoplasme et les corpuscules métachromatiques s'y localisent. Petit à petit la vacuole glycogénique, pressée par cette augmentation du protoplasme, se trouve déjetée sur un des côtés de la cellule, prenant l'aspect d'un ménisque concave, puis finit par disparaître en presque totalité. Finalement les cellules reprennent leur structure primitive, formée alors d'une vacuole centrale à contenu très hyalin dans laquelle se meuvent quelques corpuscules métachromatiques, ceux-ci ayant notablement diminué (PI. X, fig. 47 ^ 4^ et 49)-

c) Dégénérescence. — Les cellules peuvent se maintenir longtemps dans cet état, mais le plus souvent on observe au bout de quelque temps des phénomènes de dégénérescence. Peu à peu le protoplasme se contracte en forme de boules qui se séparent de la membrane et subit une

dégénérescence graisseuse. Les cellules finissent par être constituées presque uniquement? de gros globules (Thuile^ occupant le milieu de la cellule et d'un liquide cellulaire contenant quelques restes de corpuscules métachroma- , tiques. et souvent mêihe une petite quantité de glycogène. Il n'existe plus que très peu de protoplasme.

Ces globules d'huile possèdent les mêmes propriétés que ceux que nous avons rencontrés dans les champignons précédents. Ils brunissent .ï)ar l'acide osmique et se dissolvent par Téther et le chloroforme. Enfin ils ne fixent pas les matières colorantes et offrent une moins forte réfringence que les corpuscules métachromatiques.

Ce développement dépend du milieu dans lequel sont placées les levures, cependant il suit presque toujours une marche analogue, et la structure ne présente que des différences de détail.'La fermentation ne paraît donc pas avoir d'action marquée sur la structure de la cellule.

Bourgeonnement. — Les bourgeons apparaissent sous forme de petites proéminences qui grossissent, se pédicellisent et se détachent de la cellule mère, lorsque celle-ci a atteint une taille suffisante. Dès le début de la formation d'un bourgeon, la vacuole de la cellule mère

produit un petit diverticulum qui s'introduit par le pédicelle avec une partie des corpuscules métachromatiques, pénètre d^ansle jeune bourgeon, puis se sépare de la vacuole primitive en gardant une part des corpuscules métachromatiques (PL Xj fig. i5', i8). Ce partage de la vacuole précède ordinairement la division du noyau, qui le plus souvent ne subit aucune modification dans les premières phases de la formation du Bourgeon.

Ce n'est généralement que lorsque la vacuole s'est introduite dans le bourgeon et souvent même lorsque son partage est terminé, que le noyau commence à se diviser. Il n'existe donc aucun rapport essentiel entre le noyau et la vacuole, contrairement à ce que pensait Wager. . Cependant il arrive quelquefois que ces deux divisions de la vacuole et du noyau soient simultanées et que le noyaii pénètre dans les j eunes bourgeons en même temps que la vacuole, mais le fait n'a aucune signification liistologique.

La position du noyau paraît, comme pour les formes levures du D. species^ absolument indépendante de la situation du bourgeon.

Souvent le noyau ne change pas de place :

s'il se trouve à l'extrémité de la cellule opposée au bourgeon, il s'allonge et envoie un diverticulum très^mince, qui traverse la cellule et* va

rejoindre le bourgeon. Arrivé près de rorifice du bourgeon, ce diverticulum se renfle à gon

extrémité, formant un haltère ; les deux renflements ainsi formés restent quelque temps attachés par leur fil d'union (i) *qui s'^étire de plus en plus, et qui finit par se rompre, <lonnant ainsi un nouveautnoyau destiné au bourgeon. Uife fois détaché, ce noyau s'effile, s'introduit dans le col, puis pénètre dans le bourgeon, oy, il prend sa forihe normale et va se placer à côté de la vacuole. Il est difficile d'apeiicevoir pendant cette division ce qui se produit dans Vintérieur de ce noyau, qui se colore uniformément; on remarque cependant dans quelques cas une partie mé- .diane un peif plus sombre que le reste.

Parfois les noyaux laissent pendant un certain tenips des traces du fil médian, suivant . lequel ils sont divisés, et paraissent munis d'une queue ; cette particularité constatée par plusieurs observateurs (Buscalioni, Brouin, Maire), résulte simplement d'un reste de Rallongement qu'a subi le noyau pendant sa division et disparaît \lès que celui-ci a repris sa forme normale.

^ Si au contraire le noyau est situé tout près ,

(i) Ce fil d'union a été comparé par Buscalioni, çt , Maire au Mittelstûck que Berthod a signalé chez certaines algues. • •

du bourgeon, il s'y introduit très simplement en s'allongeant et en se séparant à la naissance du col qui unit le jeune bourgeon à la cellule mère.

Quelquefois aussi, le noyau, au lieu de s'allonger pour rejoindre le bourgeon, se divise sur place : il s'étiie très légèrement, se rétrécit un peu à sa partie médiane et se partage aussitôt par la formation d'une cloison médiane. On observe alors deux noyaux à côté l'un de l'autre, dont l'un ne tafde pas à émîgrer dans le bourgeon.

Ces divisions rentrent sans aucun doute dans la catégorie des amitoses typiques (PI. Il, fig. 22 et 4<>; PI- IIIi fîg* Il 2, 4î 5, 9, 12, i4 et 2o; et PL X, fig. 3, 6 et fig. de lo à*i4).

Critique des traK>aux antérieurs. — Avant de poursuivre plus loin le développement de cette levure, nous essaierons de comparer nos résultats à ceux auxquels sont arrivés les nombreux observateurs qui ont étudié cette môme question.

L'organe que nous avons considéré comme noyau correspond à celui qu'ont successivement décrit Schmitz, Hansen, Zale\vsk^% Zacharias, Strasburger, Kunstler, Mœller, Dangeard, Henneguy,Grato, Buscalioni, Bouin, et au nucléole de Wager.

Dangeard et Henneguy (Sbservent un noyau constitué d'un nucléole et d'une aréole claire limitée par une membrane. Bouin le décrit* au? contraire comme formé d'un nucléohyaloplasme contenant un certain nombre de granules chromatiques et limité par une membrane. La structure que nous avons signalée correspond à peu près à celle de Bouin avec plus de netteté. Nous y distinguons en effet uû nucléohyaloplasme limité par une membrane et renfermant un nucléole et/juelques éléments ' chromatiques.

Dans certains cas, on colore seulement le nucléole, les granules chromatiques n'apparaissent pas et on s'explique ainsi la structure figurée par Dangeard dans le^ S. cereçisiœ.

Nous verrons d'ailleurs qu'il existe un grand nombre de levures dont le noyau laisse apercevoir uniquement un nucléoplasme et un chromoblaste. Quelquefois enfin, lorsque la décoloration a été insuflisante, tout le noyau conserve une teinte uniforme ; ou même, il peut'arriver, soit que la fixation ait été défectueuse et ait provoqué une contraction du noyau, soit que la décoloration ait été exagérée, qu'il ne montre que son nucléole ; on obtient ainsi les noyaux homogènes de Buscalioni et les nucléoles de Wager.

Au contraire Janssens et Leblanc paraissent,

dans la majeure partie des cas, avoir confondu la vacuole et les corpuscules métachronlatiques contenus dans son intérieur avec le noyau. Ils décrivent en effet, dans les premières phases du développement, un noyau vacuolaire, constitué d'un nucléole et de quelques éléments chromatiques, qui ressemble beaucoup plus à la vacuole qu'au noyau. Ces auteurs ont eu le tort de ne se seryir, pour des observations aussi complexes, que d'une seule matière colbrante ; ils ont choisi pour Qela le procédé d'Heidenhain^ qui s'il est* capable de rendre de grands services et de donner souvent les meilleures préparations, a le désavantage d'être irt*égulier et doit constamment être soumis au . contrôle d'autres matières colorantes. Il est à remarquer, en effet, que dans les dessins de Janssens et Leblfinc, il n'existe au début du développement aucune trace de vacuole, alors que nous n'avons pas observé de cellules de levures dépourvues de vacuole. Enfin Janssens et Leblanc observent ce noyau â l'état frais sous forme d'un nucléole réfringent, dnimé de mouvements browniens, ce qui ne laisse aucun doute sur leur confusion. Leur noyau à ce stade ne serait donc autre chose que la vacuole, et le nucléole ainsi que les éléments chromatiques représenteraient ^ les corpuscules métachromatiques se trouvant toujours dans cette vacuole et ressemblant souvent en effet à un noyau.

Plus tard ils observent une vacuolisatiôn du protoplasme au dépens du noyau qui diminue de taille et perd ses vacuoles. A ce moment^ ils voient le. véritable noyau et 'la figure de ce noyau correspond à peu près à la nôtre.

^VL bout de quarante-huit heures, Janssens et Leblanc figurent un protoplasme complètement dépourvu de vacuole, à structure céticulée typique, qui dans les nœudfe de son réticulum se remplit de granules, qu'ils considèrent comme des matières de réserve de nature nucléo-albuminoïde et qui disparaissent au moment de la sporulation. Ces granules se colorent d'après eux avec Thématoxyline de Heidenhain, mais se décolorent plus facilement que le noyau. En outre ils se colorent non pas en vert mais en bleu outremer par le vert de méthyle. Ils les font correspondre aux corps décrits parRaum, Eisenschitz et Hieronymus.

Ces caractères paraissent les identifier à nos corpuscules métachromatiques. Janssens et Leblanc les ont donc pris ainsi que la vacuole pour le noyau au début du développement et ne les ont différencié de cet organe que dans la suite, lorsqu'ils deviennent plus abondants. Néanmoins cette structure du protoplasme sans vacuole^ que nous n'avons jamais rencontrée à aucun stade du développement, nous semble correspondre à l'apparition de vacuole glyco-

Googl'e

génique. Ils auraient pris, d'après nous, cette vacuole légèrement réfringente, qui occupe toute la cellule, pour le protoplasme, et une partie des granilles qu'ils décrivent pourraient bien être les éléments figurés que nous avons signalés dans la vacuole glycogénique et qui fixent la couleur. Parfois ils sont nombreux et oflrent l'îllusion d'un réticulum très fin. (Comparer les figures de ces auteurs avec les figures, i6, 17, 18, 19 et 20 de notre PL III.)

Enfin vers la fin de la fermentation, Janssens et Leblanc retrouvent la structure du début avec un noyau à l'état vacuolaire qui pour nous serait la vacuole, ce qui est conforme à ce que nous avons observé après la disparition du glycogène.

Mafluci et Sirleo ont également commis la même erreur que Janssens et Leblanc et ont confondu la vacuole et son contenu avec le noyau.

Un certain nombre d'observateurs figurent des granules de chromatine disséminés dans le protoplasme (Gurtis). Ceux-ci devaient être également en présence des corpuscules métachromatiques, mais n'ont probablement pas remarqué leur localisation dans l'intérieur des vacuoles.

Quant aux dispositions décrites par Hieronymus, elles résultent de ces mêmes corpuscules

mét^chromatiques, qui lorsqu'ils sont en grand nombre dans les vacuoles et dans le proto- , plasme peuvent présenter des aspects très divers, quelquefois spirales, qui ne sont d'ailleurs qu'accidentels. Ils peuvent même offrir des formes anguleuses que Hieronymus a prises pour des cristalloïdes.

Bouin a cherché à expliquer ces figures en cultivant le S. cerei^isiœ dans lo p. loo de sucre, milieu qu'avait employé Hieronymus. Il arriva à produire des cellules qui se multiplient à peine, et se gonflent par suite de la trop forte concentration du milieu et qui selon lui seraient plurinucléées. Les noyaux se divisant par amitose et se succédant en forme de chapelets donneraient quelquefois par" leur' ensemble des aspects spirales. Nous avons répété ces expériences, mais dans aucun cas nous n'avons trouvé cette multiplication du noyau qui très probablement est également due aux corpuscules métachromatiques.

Au 'contraire Casagrandi, qui a décrit avec beaucoup de soin l'arrangement de ces granules, les considère comme absolument indépendants du noyau, mais leur attribue à tort la nature de globules d'huile. Ils bruniraient, suivant lui, par Tacide osmique et se dissou- • . draient dans l'éther et«le chloroforme. Vill avait trouvé antérieurement des globules d'fiuile dans

Guilliiumond. ;

Gdogic

les cellules de levures, mais dans les vieilles cultures. Janssens et Leblanc ne signalent pas de corps gras dans le développement des levures.

Duclaux a constaté, d'autre part, la présence de globules d'huile, qui se dissolvent par l'éther, et diminuent sensiblement le poids de * la cellule aprè^ leur dissolution.

En réalité toutes ces confusions proviennent de ce que beaucoup des aut<mrs qui se sont occupés de cette question n'ont distingué les globules d'huile des corpuscules métachromatiques, qui dans certains cas sont en effet très faciles à confondre ; mais les doubles colorations que nous avons indiquées, à Taide de l'hémalun et de l'acide osmique, dissipent toute incertitude.

Il nous reste maintenant a examiner l'interprétation de Wager.

On sait qu'Eisenschitz avait admis que la vacuole des levures représentait le noyau et que les corpuscules se trouvant dans son intérieur, possédant les propriétés microchimiques de la nucléine, étaient des éléments chromatiques; Wager, s'appuyant sur ces observations, figure une çacaole remplie de granules de chrorfiatin^ et un nucléole (noyau des auteurs) toujours accolé à cette vacuole, dont l'ensemble constituerait le /iqr^M des levures. Wager, quia suivi le développement des levures avec le plus

^rand soin, s'est^ servi comme point d'appui à son interprétation de méthodes de coloration telles que les mélanges de fuchsine et de vert de mêthyle, qui ont Tinconvénient dfe ne pas donner aux corpuscules métachromatiques leur caractère essentiel, c'est-à-dire leur coloration rouge. Par suite, étant donnée la petitesse de ces corpuscules et leur aspect quelquefois réticulé, il est très aisé de les confondre avec des éléments chromatiques. De plus, le noyau ne se différencie qu'imparfaitement avec ces méthodes et ne^ laisse jamais apercevoir les détails de sa structure.

Mais l'étude minutieuse que nous avons faite de champignons plus gros et chez lesquels l'existence du noyau ne laisse aucun doute, tels que le D. species et VO. lactis^ et la comparaison . de la structure de ces champignons avec celles qu'on obtient chez les levures suffît à démontrer l'indépendance du noyau et de la vacuole et des corpuscules qu'elle renferme,. Ce noyau, qui se colore en bleu par l'hémalun et possède une structure caractérisée avec membrane, nucléoplasme et granules chromatiques, correspond exactement aux noyaux qu'on a décrits dans la plupart des champignons. Il est impossible de le considérer comme un simple nucléole.

D'autre part si la vacuole est très souvent en intime contact avec le noyau, il peut arriver

Coogic

lOO —

que ces deux organes soient jiettement séparés et c'est le cas général chez les moisissures, qui. nous montrent cependant une structure analogue à celle des levures par tous les autres côtés. Cette proximité de la vacuole et du noyau, tout au^contraire, s'explique plus simplement par la petitesse de la cellule et la grosseur de la vacuole qui font que tous les organes sont presque nécessairement en contact.

Il peut se faire aussi que les corpuscules métachromatiques soient csypables de jouer un rôle nutritif vis-à-vis du noyau ; certaines dispositions que nous avons décrites paraissent en faveur de cette idée ; il est facile de comprendre de cette manière qu'il, puisse exister une liaison entre le noyau et la vacuçle. Le . noyau qui paraît jouer un rôle important dans la nutrition cellulaire aurait besoin en ce cas d'être en relation avec la vacuole qui contient les corpuscules métachromatiques et peut-être aussi d'autres .produits qui échappent à notre

obseDvation,

D'autre part l'analyse microchimique nous montre que ces granules ne paraissent pas avoir les caractères de la nucléine et les auteurs (Gurtis, Eisenschitz) qui ont constaté leur disparition après traitement par les dissolvants de la nucléine n'ont pas remarqué que ces corpuscules existaient toujours, mais avaient

— lOI

perdu leuii propriété de fixer les matières colorantes.

D'ailleurs leur taille, ordinairement petite

chez les levures, peut prendre des dimen-

, sions considérables chez les moisissures et il

devient alors impossible de leur donner la

signification de grains de chromatine.

Enfin la manière dont nous les verrons se comporter pendant la sporulation indique très nettement qu'ils n'ont aucun caractère nucléaire. •

11 est vrai qu'Eisenschitz distingue deux catégories de granules : i** les uns plasmatiques, qui résistent aux dissolvants de la nucléîne ; 2** les autres situés dans la Vacuole et qui possèdent les propriétés de -la nucléine. Mais on ne doit donner qu'une impoVtance très relative à la microchimie, surtout lorsqu'il s'agit d'organismes si petits qui prêtent à tant d'erreurs.

Nous avons vu d'autre part que la distinction établie par Wager entre les granules de matière de réserve (protéine et huile) et le^ granules chromatiques, était inexacte, étant donné que ces granules, sujets à de grandes variations de dimensions et de formes, présentent cependant vis-à-vis du bleu de méthylène les mêmes caractères de métachromasie. Tous ces granules se rattachent donc aux cprpuscules meta-

chromatiques (i), et il est aujourd\hui admis par tous les auteurs qui se sont occupés sérieusement de ces corpuscules que ce sont des corps extra-nucléaires (Zacharias, Palla, Bûtschli, Lauterborn, Kunstler),

s De même la prétendue présence de la nucléine, mise en évidence par Macallum sur les bords

de la vacuole des levures ou dans les nœuds du

protoplasme, ne peut avoir qu'une signification des plus douteuses : quoi qu'en dise Fauteur, il n'y a aucune raison pour que la nucBéine soit la seule substance de la cellule qui puisse contenir des composés assimilés du fer.

Résumé. — On trouve donc une très grande conformité de structure entre le S. cerevisiœ et les moisissures {D. species et O. lactis) que nous avons précédemment décrites. On y remarque en effet:

a" Un noyau (nucléole de Wager) présentant une structure très caractérisée (avec nucléohyaloplasme, granules chromatiques, membrane).

Ce noyau-se divise par amitose;

2° Des granules (granules de Raum, Hiero-

(I) Le protoplasme peut contenir aussi vers la fin du développement quelques globules d'huile provenant d un commencement de dégénérescence. Il y existe enfin les éléments figurés que nous avons rencontrés dans les vacuoles à glycogène.

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nymus, Curtis) très variables par leur forme, qui se rattachent tous aux corpuscules métachromatiques. Ils sont le plus souvent contenus dans l'intérieur des vacuoles (vacuoles nucléaires d'Eisenschitz et de Wager), qui contrairement à Topinion de Wager sont indépendantes du noyau.

Le glycogène paraît se localiser dans des vacuoles distinctes des précédentes, qui se forment au cours du développement.

Dans les cultures âgées, on voit apparaître des globules d'huile que Ton ne doit pas confondre avec les corpuscules métachromatiques. Pendant le développement les vacuoles glycogénîques se fusionnent en une seule vacuole, qui envahit la cellule. Les vacuoles primitives ont disparu ; le protoplasme et le noyau sont déjetés contre la membrane. Les corpuscules métachromatiques sont alors disséminés dans le protoplasme. Vers la fin du développement la vacuole glycogénique disparaît graduellement, la vacuole à corpuscules métachromatiques se reforme et les cellules reviennent à leur état primitif.

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