Recherches d'anatomie comparée sur le babyrussa
Les progrès récents de la zootomie nous ont conduit sans doute à une connoissance plus approfondie d’un grand nombre d’animaux, mais il reste beaucoup à faire; et de longues années devront s’écouler avant que l’on puisse se glorifier de posséder un système complet d’anatomie comparée. Les travaux immortels de Cuvier, de Meckel, de Tiedemann et de Wagner, quoiqu’au dessus de tout éloge, ne peuvent cependant être considérés comme complets, puisque malgré le, zèle que ces savants ont déployé, ils ont clé forcés de laisser des lacunes, qui ne pourront être remplies que par des travaux ultérieurs. Me contentant du rôle modeste d’ouvrier ; apportant les matériaux que d’autres, plus heureux et plus capables, feront servir à la construction d’un édifice solide et brillant, j’ai tâché quelquefois de concourir à ce but, et c’est encore le même sentiment qui m’anime à ajouter une nouvelle monographie à celles que j’ai déjà publiées.
\V. VROLIR, RECHERCHES D’ANATOMIE COMPARÉE
Les circonstances heureuses dans lesquelles jo me trouve, et la bienveillance de messieurs les administrateurs du jardin zoologique d’Amsterdam me mettant à même de faire un grand noiubic de recherches zoolomiques, je me fais un devoir de décrire et de publier celles qui me paraissent ou nouvelles ou propres à .éclaircir quelques points douteux et obscurs. C’est sous le premier point de vue que je présente dans ce mémoire, la description anatomique d’un animal dont l’organisation est, autant que je sache, inconnue. 11 s’agit du Babyrussa. Quoique son crâne soit très-fréquent dans tous les musées d’anatomie, et quoique son squelette, qui est très-rare, se trouve depuis quelques années dans le musée do monsieur le Baron van der Capellen et dans celui de mon père, ce n’est cependant que depuis deux ou trois ans que la science possède quelque description un peu complète, et une représentation fidèle do l’animal; elles sont dues au zèle des naturalistes Français et Hollandais qui ont visité les Indes Orientales. Le jardin du Roi à Paris en a possédé un couple, qui même a produit, et dont F. Cuvier a dépeint et décrit la forme et les moeurs; et cependant, malgré ces facilités, il ne parait pas que l’on se soit occupé de leur anatomie. — Je ne sais à quoi attribuer cette indifférence, mais je me flatte que les détails, dans lesquels je vais entrer, démontreront que le Babyrussa rie la mérite guères. Ils se rapportent à la dissection de deux mâles, que notre jardin zoôlogiquo a possédé, et que nous devons, l’un au Colonel de Steurs, l’autre à monsieur Boelen (1).
Système Osseux.
Je commence par la description du squelette, que j’ai comparé avec celui du Cochon et du Pécari. J’ai suivi la même voio pour les autres
par-
ti) Gids \oor de bezoeters der Zoologische tuinen vaD het Genootschap Nalura Ariis Magistra te Amsterdam.
SUR LE BABTRUSS4.
parties du corps, afin de faire voir que le Cochon, le Pécari et le Babyrussa : forment un groupe séparé, qui se distingue des autres Pachydermes. D’après l'excellente description que Cuvier (2) en a donnée, et que j’ai vu être parfaitement exacte, la tête du Cochon est presque une pyramide quadrangulairc, dont la face palatine serait à peu près perpendiculaire sur la base qui serait l’occiput. Les os du nez occupent le dessus du museau; leur base est un peu élargie, l’autre extrémité s’avance un peu en pointe au dessus de l’ouverture nasale. Les es intermaxillaires remontent un peu obliquement jusqu’au tiers de la longueur des os du nez, et portent sur leur extrémité l’os qui soutient le boutoir, et qui ne parait propre qu’au Cochon , puisque je l’ai' vu manquer chez le Pécari et chez le Bahyrussa. L’orbite est ronde et bien cernée par une avance du frontal et les deux apophyses post-orbitaires. Celle du frontal surtout est bien marquée, Les frontaux descendent au devant de l’orbite de plus du quart de la longueur du museau, avant, de rencontrer les os du nez. Le lacrymal occupe v sur la joue un assez grand espace rhomboïdal et y forme un creux assez profond. Les deux trous lacrymaux sont percés, le supérieur au bord même, l’autre, un peu au devant du bord de l’orbite; mais chez le Pécari , ils ne se montrent pas à lu surface faciale du cran®, étant cachés dans l’orbite. Dans l’orbite, le lacrymal descend jusques au bord supérieur de la voûte du canal sousorbitaire. Le jugaP s’articule à toute la largeur du lacrymal ; il est élevé; la suture avec le temporal, derrière l’apophyse post-orbitaire, descend d’abord, et devient ensuite horizontale. L’apophyse zygomatique du temporal remonte un peu et s’élève en pointe en arrière, au dessus du méat auditif. La tempe est bien marquée par une crête pariétale qui va -à l’occipitale sans toucher sa congénère, en sorte que l’occiput est tronqué
(2) G. Covier Rech. sur tes ossem. foss. Nouvelle édition Paris 1822 Tons. IL Part. I.
W. VROLIK, RECHERCHES D’ANATOMIE COMPARÉE
qué carrément dans le haut où même il s’élargit un peu. — Le palais se prolonge un peu derrière la naissance des arcades zygomatiques. Le palatin ne s’y avance que jusqu’au devant de la dernière molaire. II se prolonge un pou do chaque côté, et s’y termine en forme de tubercqle
entre les deux ailes ptérygoïdes. Les apophyses ptérygoïdes internes sont
distinctes du corps de l’os ; elles sont hautes et étroites, et terminées en
crochet. Les externes les égalent au moins en hauteur, font corps avec
l’os, et se terminent aussi en crochet. — Le temporal s’élève assez haut dans la tempe, où sa suture pariétale est courbe vers le bas. Il prend une partie de l’occiput de chaque côté, et sa suture vient au devant de la base de l’apophyse mastoïde qui est très-longue, très-pointue et est toute formée par l’occipilal. — La caisse est un tubercule très-saillant, pointu même, au devant de cette apophyse. Elle reçoit un méat auditif très-long et très-étroit, qui commence très-haut derrière la base postérieure de l’arcade zygomatique. Sa cavité est fort petite et tout son volume apparent n’est qu’une substance osseuse cellulaire. La facette glénoïde est saillante et bien plus large que longue, entre l’arcade jugale et la caisse. La caisse est ossifiée de bonne heure dans sa partie convexe ; elle parait appartenir au temporal, et ne s’en sépare pas même dans le foetus, mais le rocher s’en distingue longtemps. Celui-ci ne se
montre point au dehors. Les deux frontaux s’unissent de bonne heure
ensemble; les deux pariétaux encore plus tôt; il n’y a point d’os interpariélal. — Le trou sous-orbitaire est assez grand au dessus de la quatrième molaire, à peu près au milieu de l’os maxillaire. Son canal s’ouvre largement dans l’orbite, à la place-ordinaire. Au bas de la face orbitaire de l’os lacrymal, il y a un enfoncement profond sans issue. Au dessus do l’orbite se trouve un trou surorbilaire. Le trou optique et le sphénoorbilaire, qui comprend aussi le rond, sont rapprochés comme à l’ordinaire et assez grands. L’ovale en est séparé par toute l’apophyse pléry-
goïde externe, dont la direction est transversale. — Le trou déchiré postérieur, le stylo-mastoïdien et le condyloïdien sont fort rapprochés près
de
SUR LE BABYRUSSA.
de l’apophyse masloïde. Les sinus frontaux et sphénoïdaux étant trèsétendus rétrécissent beaucoup la cavité cérébrale. Les premiers s’étendent jusqu’à l'occiput. La selle turque monte presque verticalement pour aller soutenir les nerfs optiques. La tente osseuse ne règne que sur les côtés; elle ne fait que passer sur le rocher. — La fosse ethmoïdale est très-enfoncée, de grandeur médiocre, divisée par une crête de coq très-saillante, et criblée de trous nombreux.
Tous ces caractères se retrouvent chez le Ëabyrussa, mais son crâne se distingue cependant en quelques points de celui du Cochon . Il est plus long, dans sa proportion avec le museau; le museau lui-même est plus comprimé; l’orbite plus avancée. Les fosses temporales sont plus rapprochées sur le crâne, de sorte que les crêtes pariétales se touchent au milieu et forment un double croissant au sommet de la tète.
Le Pécari a plus de rapports avec le Ëabyrussa qu’avec le Cochon , mais son museau est encore plus court; son arc jugal plus élevé; ses caisses sont arrondies et celluleuses ; ses apophyses mastoïdes très-courtes et dirigées en arrière ; son palais se rétrécit et se prolonge plus en arrière que les dénis molaires. Sa facette glénoïde diffère de celle du Cochon en ce qu’elle est cernée en avant et en arrière, comme dans certains Carnassiers. En général les rapports des Cochons avec les Carnassiers sont sensibles, mais c’est chez le Pécari, qu’ils se montrent le plus distinctement. Chez lui les canines rentrent presque dans la forme des canines des Carnassiers, tandis qu’elles se dirigent en dehors chez le Sanglier , et qu’elle prennent la forme de cornes recourbées chez le Ëabyrussa, ce qui lui a fait donner le nom de Cerf-cochon , en Hollandais, Hertzwÿn. Cette disposition des canines est tout à fait hors de règle. Elle n’est propre qu’aux mâles, et je ne sais quel but lui attribuer. La singulière manière dont les canines se recourbent en arrière, ne permet pas d’en faire des armes d’attaque. Elles seraient plus propres à former des moyens passifs de défense; mais alors on se demande à juste titre, pourquoi la femelle n’est pas garantie de la mémo manière? Ne
se-
W. VROLIK, RECHERCHES ü’ANATOMiE COMPARÉE
serait— iî as possible, que le Babyrussa trouvât dans ses canines allongées e! recourbées un moyen de se préserver la tète et surtout les yeux, lorsqu’il s’enfonce dans les taillis si épais des contrées, où il lient sa demeure. Les moeurs de l’animal, tels que je les ai observeés en domesticité, me paraissent confirmer celle hypothèse. J’ai vu constamment qu il enfonçait sa tète dans le foin qu’on lui donnait pour litière, et qu’il le relevait avec elle, par un mouvement brusque, semblable à celui, dont il devrait se servir pour se frayer un passage entre des branches épaisses et fortement entrelacées. Mais j’avoue que par cette supposition, je M’explique pas plus le défaut d’allongement et do courbure dans les canines de Sa femelle, que je ne le ferais en les considérant comme des moyens do défense. No pourrait-on S’expliquer par la règlo générale qui veut que toutes les femelles d’animaux soient moins fournies d’armes et d’ornements que les mâles?
Chez le Cochon, il y a six dents incisives et quatorze molaires à chaque mâchoire. Chez le Babyrussa, il n’y a que quatre incisives en haut, six en bas et en général cinq molaires de chaque côté à chaque mâchoire. Chez le Pécari il y a quatre incisives en haut, six en bas, et six molaires partout.
Il y a sept vertèbres cervicales, chez le Ce dion, chez le Babyrussa
et chez le Pécari. La première ou l’allas est très-large avec des fosses très-prtjfondes, pour la réception des condyles occipitaux. Les apophyses transvcrses sont très-fortes, et se terminent en pointe obtuse. Elles ne sont pas perforées pour le passage de l’artère vertébrale, mais il y a un trou pour les nerfs rachidiens. La seconde vertèbre cervicale ou l’axis est très forte, surtout son apophyso épineuse, qui a une forme carrée, se terminant postérieurement en pointe obtuse. Les apophyses transverses sont au contraire peu prononcées. Elles sont perforées par un canal oblique et très court pour le passage de l’artère vertébrale, et elles possèdent de chaque côté un trou, par lequel passe un des nerfs rachidiens. Les apophyses transverses de la troisième, quatrième, cinquième et sixième
ver-
SUR LE BABÏRUSSA.
vertèbres cervicaies sont très-fortes et relevées en une arête, qui va en augmentant de la troisième à la sixième, et devient de plus en plus carrée. Chacuno de ces apophyses Iransverses est perforée pour le passage de Tarière vertébrale, mais elle a en sus à sa racine un trou pour le passage d’un des nerfs rachidiens. L’apophyse épineuse de la troisième vertèbre cervicale est mince et recourbée en bec de corbeau. Les apophyses épineuses de la quatrième, cinquième et sixième, sont plus longues; elles sont grêles et dirigées en avant. La septième vertèbre cervicale se distingue des autres; ses apophyses transverses n’ont pas les arêtes que je viens de décrire; son apophyse épineuse est longue, grêle et dirigée en arrière; il n’y a pas de canal pour le passage de l’artère vertébrale, en sorte que ce canal commence à la sixième et se termine à la seconde vertèbre cervicale. Entre la base et l’arête des apophyses transverses de' toutes les vertèbres cervicales, il y a un sillon, par lequel passent les nerfs cervicaux.
11 y a treize vertèbres dorsales et autant de paires de côtes, chez le Babyrussa, mais chez le Pécari , il y en a quatorze, et chez le Cochon , quatorze ou quinze. Les apophyses épineuses des vertèbres dorsales sont longues, mais diminuent en longueur et en largeur de la seconde à la neuvième vertèbre dorsale. Celles des quatre vertèbres qui suivent sont bien plus courtes, mais aussi plus larges. Les deux dernières vertèbres chez le Babyrussa, et chez le Pécari et le Cochon les trois ou quatre dernières so dirigent eu avant ; en sorte qu’il y a antroversion entre celles-ci et les apophyses épineuses antérieures. Les apophyses transverses des dix premières vertèbres dorsales sont assez longues, et se terminent en pointes rondes et globuleuses, avec lesquelles se réunissent les tubercules des côtes. Les apophyses transverses des trois dernières vertèbres dorsales sont bien plus minces. De même qu’aux vertèbres cervicales, toutes les apophyses transverses des vertèbres dorsales sont perforées pour le passage des nerfs rachidiens. Celte disposition se retrouve dans beaucoup de Pachydermes et de Ruminants, chez lesquels outre les trous intervertébraux, il s’en trouve encore d’autres dans les apophyses transverses,
B pour
W. VROLIK, RECHERCHES D’ANATOMIE COMPARÉE
pour le passage des nerfs rachidiens. Chez le Babyrussa , il y a six vertèbres lombaires ; le Cochon en a six ou sept, le Pécari cinq. Les apophyses transverses de la première vertèbre lombaire sont, les plus courtes, et montrent le même trou que les apophyses transverses des vertèbres dorsales et cervicales. Les apophyses transverses des seconde, troisième et quatrième vertèbres lombaires s’allongent, mais celles de la cinquième et sixième deviennent derechef un peu plus courtes et plus grêles. La largeur des corps des vertèbres s’augmente do la première à la dernière vertèbre lombaire. Les apophyses épineuses des vertèbres lombaires sont larges, carrées et dirigées obliquement en avant, dans le même -sens que celles des vertèbres dorsales postérieures, en sorte qu’il y a antroversion entre les vertèbres dorsales antérieures et les vertèbres lombaires. Il n’y a pas d’apophyses slyloïdes aux apophyses obliques, et pas d’articulation entro les extrémités des apophyses transverses, comme cela a lieu chez beaucoup de grands Mammifères herbivores.
Le sacrum est composé, chez le Cochon, le Babyrussa et le Pécari de quatre, de cinq ou de six fausses vertèbres sacrales, dont les deux antérieures, qui sont les plus larges, forment la symphyse sacro-iliaque. Les trois ou quatre qui suivent sont toutes de la même largeur. Il y a quatre trous sacraux.
Le nombre des vertèbres coccygiennes est très-variable chez ces trois animaux. Il ne parait cependant pas aller au delà de vingt-quatre. Les antérieures ont des apophyses transverses très-prononcées, mais qui diminuent cependant en grandeur dans celles qui sont placées le plus en arrière. Les vertèbres coccygiennes qui suivent diminuent on grandeur, et deviennent de plus on plus lisses. La dernière se termine en pointe obtuse.
Le sternum a la forme qu’il montre en général chez les Pachydermes, c’est-à-dire qu’il est comprimé antérieurement, et déprimé postérieurement. La première pièce est fort avancée au delà de la première côte, surtout chez le Pécari , où elle est tranchante comme le brecbet du
ster-
SUR LE BABYRÜSSA.
sternum des Oiseaux. La dernière pièce est large et aplatie, mais se termine en pointe obtuse. Les pièces intermédiaires tendent plus au moins à se rapprocher de la forme des deux pièces extrêmes. Le sternum est composé de six pièces ou de soi-disant sternèbres chez le Babyrussa et chez le Cochon, mais de sept, chez le Pécari. Le nombre des côtes répond à celui des vertèbres dorsales. Chez le Babyrussa, il y a sept vraies et six fausses côtes. Chez le Cochon et chez le Pécari le nombre des vraies côtes est en général de huit, celui des fausses, de six. Les cartilages des cinq côtes antérieures sont très larges, courtes, et à bord antérieur arrondi et tranchant. Ceux des autres côtes deviennent plus grêles et plus longs. Chez le Babynissa et chez le Cochon les premières côtes. de chaque côté se rencontrent à leur extrémité sternale, et se réunissent là en une espèce d’anneau. D’apres Meckel, cette disposition est propre à beaucoup de grands Pachydermes; je la retrouve dans les squelettes du Tapir de Sumatra, et du Rhinocéros d’Afrique du musée Vrolik, dans lesquels ces côtes se rapprochent, mais sans se confondre. Chez le Babyrussa, le Cochon et le Pécari les côtes sont en général peu convexes et le thorax est très-comprimé. Elles sont réunies aux corps et aux apophyses transverses des vertèbres dorsales. A la partie moyenne du bord antérieur de la première côte, il y a, chez le Babyrussa, une petite éminence, un peu mousse, pour l’attache du scalène, et que l’on trouve également, mais bien plus forte, et sous la forme d’une épine, chez le Cheval, le Bhinoce'ros et le Tapir.
Passant de la description du tronc, à celle des extrémités antérieures, je remarque en premier lieu, que le Babyrussa est placé dans les conditions propres aux Mammifères sans clavicules. D’après l’exposé que Cuvier en a donné, la clavicule existe dans tous les animaux qui portent souvent leurs bras en avant, soit pour saisir, comme les Singes, les Rongeurs, soit pour voler, comme les Chauvesouris ; elle manque tout à fait dans ceux qui ne se servent de leurs extrémités antérieures que pour marcher, comme tous les Mammifères à sabots; et elle est rudimentaire
B 2 dans
W. VR0L1K, RECHERCHES D’ANATOMIE COMPARÉE
dans ceux qui tiennent îe milieu entre ces deux classes opposées, comme sont la plupart des Carnassiers digitigrades. La clavicule doit donc manquer, et manque en effet, chez îe Babyrussa , le Cochon et le Pécari.
Le Cochon , le Babyrussa et le Pécari ont l’omoplate en triangle presque isocèle. Son bord antérieur est convexe; son bord postérieur, presque droit; son bord supérieur, légèrement arrondi. L’épine se trouve presque à égale distance du bord antérieur et du bord postérieur. Elle s’efface au col, mais elle fait à- son tiers postérieur un angle saillant un peu courbé en arrière, surtout chez îe Babyrussa. Ainsi il n’y a pas d’acromion, mais bien un -petit tubercule, tenant lieu d’apophyse Coracoïde.
L’humérus est court et épais. Sa tète articulaire est dirigée en arrière et en dedans, et bien moins élevée que sa grande tubérosité qui est partagée en deux Chez le Babxyrussa et chez le Cochon , l’humérus est perforé en bas, au dessus do la poulie, et reçoit par ce moyen la partie antérieure de l’olécrane qui y pénètre. Par là, la partie supérieure du cubitus a l’air d'embrasser la partie trochyloïde de l’humérus. Les condyîcs de l’humérus sont très-peu prononcés.
L’avant-bras est composé de deux os, placés au devant l’un do l’autre. Le radius est antérieur et situé au bord interne, le cubitus est postérieur et placé au bord externe de l’avant-br^s. Le cubitus est large et déprimé, avec une arête à sa face antérieure; il so soude avec l’âge au radius, — Ces deux os ont perdu la faculté de rotation, et ne font ensemble qu’un seul mouvement de ginglyme. De celle manière leur disposition se rapproche de celle qui est propre aux Ruminants, chez lesquels le cubitus est soudé au radius dans presque toute sa longueur. On ne l’eu distingue que par un sillon, qui laisse cependant une fente en haut et en bas dans la Girafe , les Cerfs et quelques Jntilopes , en haut seulement, dans les V aches et les Moutons, nulle part dans le Chameau et le Dromadaire. Dans les grands Pachydermes, comme le Rhinocéros, X Eléphant et le Tapir, les deux os de l’avant-bras se dirigent obliquement
SUR LE BABYRUSSA.
meflt au devant l’un de l’autre, comme une croix de St. André , afin que ces piliers, qui doivent soutenir l’énorme train de devant de ces animaux, aient plus de force,,
On voit par celte série de conformations, que la rotation devient d’autant plus difficile, que l’anima! s’en sert moins pour saisir, et qu’il emploie plus exclusivement son extrémité antérieure pour la station et la marche. Le Babyrussa, le Cochon et le Pécari tiennent à peu près le milieu entre les animaux chez lesquels les os glissent encore l’un sur l’autre, et ceux où ils sont complètement soudés.
Quant à la main, il y a quatre doigts à décrire, avec un petit os placé au bord interne du carpe, comme rudiment de pouce. Deux doigts sont placés au milieu, les deux autres se trouvent de chaque côté. Ces derniers, quoique complets, quand au nombre des os qui les composent, sont cependant grêles et courts, et ne touchent pas la terre. Les deux autres, au contraire, sont très-forts et appuyent sur le sol. De cette manière la main du Babyrussa et du Cochon forme une transition à la main des Ruminants, chez lesquels il y a deux vrais et doux faux doigts, qui ne sont jamais parfaits sous le rapport des parties qui les composent. Une circonstance digne d’un grand intérêt se trouve dans le rapprochement qu’offre le Pécari à la forme des Ruminants , par les os métacarpiens des faux doigts^ qui sont slyloïdes, comme chez les Cerfs. — C'est une preuve de plus, que le Pécari est une formé intermédiaire, qui fait le passage des Pachydermes sans trompe aux Ruminants.
A cette particularité se rattache la, présence de huit os au carpe du Cochon et du Babyrussa, tandis qu’il n’y en a que sept chez le Pécari. De ces huit os, quatre sont placés dans le premier rang, l’os scaphoïde, le semi-lunaire, le pyramidal et le pisiforme, qui ont tous une forme presque carrée, sauf l’os pisiforme, qui est allongé et recourbé presque en crochet. Les quatre autres se trouvent au second rang. Le trapèze est petit, arrondi et rejeté presque en arrière ; le trapézoïde est plus grand et a une fignre carrée; le grand os a une direction presque transversale;
B 3 il
14 VV. VROLIK, RECHERCHES D’ANATOMIE COMPARÉE
il ne possède pas de iête articulaire, mais bien une surface supérieure, qui représente deux plans inclinés, avec lesquels s’articulent l’os scaphoïde et l’os semiîunaire. L’os unciforme est très-grand et se termine postérieurement en crochet.
Les os du métacarpe des deux doigts du milieu s’articulent avec le grand os, et avec l’os unciforme. Avec le crochet de celui-ci s’articule aussi le doigt externe, et avec le trapèze et le trapézoïde, le doigt interne. Il y a quatre os métacarpiens, et chaque doigt a trois phalanges, dont la dernière est moulée dans l’intérieur de la corne qui termine la main on le pied antérieur. Elle est d’une forme triangulaire; deux de ses faces sont latérales; celle qui regarde le doigt voisin est plane, l’autre convexe. Chez le Pécari les deux os mitoyens du métacarpe se soudent ensemble, et se rapprochent par là do l'os en canon des Ruminants et des Solip'edes.
Le bassin a une direction presque horizontale, ce qui est le résultat de la position du sacrum, qui se continue presque dans la même ligne que l’épine dorsale. Les ischions se prolongent fortement en arrière, et l’échancrure ischiatique entame l’os des iîes. Par conséquent le bassin du Cochon , du Babyrussa et du Pécari tient le milieu entre le bassin des Carnassiers et celui des grands Pachydermes et des Ruminants. Dans le Tapir, et surtout dans les Ruminants, l’échancrure s’élargissant encore davantage, le col de l’iléon s’alongeant, et son épine se prolongeant en dehors, l’os iliaque prend la figure d’un T ou d’un marteau, articulé par uno branche au sacrum, et dont le col serait le manche. La face abdominale regarde obliquement du côté de l’épine du dos. Son col forme avec l’ischion un angle très-ouvert.
Le fémur est long, fort et presque droit; le grand trochanter est plus élevé que sa tète articulaire; il y a un ligament rond. Le petit trochanter est fort peu élevé, et il n’y a pas le troisième trochanter qui se trouve chez le Cheval , le Tapir et le Rhinocéros,. Les condyles sont très-forts, et montrent à leur surface antérieure une poulie rotulienne très-
étroi-
SUR LE BABYRUSSA.
étroite et à bords presque égaux; le bord interne monte un peu moins que l’autre.
La partie supérieure du tibia forme une assez forte saillie antérieure. Entre elle et la partie supérieure du péroné, il y a un grand écartement, mais ces deux os se touchent presque à leur partie inférieure. Le calcanéum a une apophyse postérieure étroite, mais extrêmement prolongée, fl y a un scaphoïde sur lequel s’appuyent les trois cunéiformes dont le premier est très-grêle, mais a au dessous de lui un rudiment de pouce. Le scaphoïde reste distinct du cuboïde, et l’astragale n’offre rien de particulier. Les quatre orteils sont disposés de la même manière que les quatres doigts, aux pattes antérieures. Chez le Pécari les deux os mitoyens du métatarse sont soudés ensemble, et l’orteil externe manque.
Système musculaire.
La disposition générale des muscles est semblable au système musculaire des Ruminants , dont j’ai donné la description dans mes Recherches d' Anatomie comparée sur le Chimpansê. Ce qui va suivre fait supplément à cet ouvrage et consiste dans la description des muscles du Gnu, du Tapir américain et du Babyrussal que depuis j’ai eu occasion de comparer ensemble.
Ainsi que chez tous les Pachydermes le muscle peaussier est extrêmement développé dans le Rabyrussa. A sa partie cervicale il y a un faisceau, qui vient de la partie supérieure et postérieure de l’épaule; il se dirige obliquement en haut, et se continue entre les deux branches de la mâchoire inférieure, avec le faisceau du côté opposé, dans une expansion aponévrotique, dont le bord concave est dirigé en avant. Puis il se contourne au devant du bord inférieur de la mâchoire inférieure, et va se perdre au devant du masséter dans la peau des joues. Un autre faisceau du peaussier, qui se confond avec le premier, vient du sternum, et se dirige en arrière, pour se terminer à l’occiput.
Les
W. VROLIK, RECHERCHES D’ANATOMIE COMPARÉE
Les muscles du cou sont disposés d’après le type propre à tous les grands Mammifères, cl que je retrouve dans le Zébu, le Guu et le Tapir américain . Le muscle digastrique ou plutôt le muscle abducteur de la mâchoire inférieure ne possède qu’un seul faisceau, qui vient de l’apophyse masloïde et s’attache à la partie postérieure du bord inférieur de la mâchoire inférieure. Le slerno-masloïdien n’a que son faisceau sternal, puisque le claviculaire manque. ïl vient de l’apophyse masloïde et s’attache à la partie antérieure du sternum.
Puis il y a, comme ma Planche lï fig. 1 et 2 le fait voir,, de chaque côté un sterno-hyoïdien, un slerno Ihyreoïdien, un omoplat-hyoïdien, un hyo-lhyreoïdien. L’interstice entre l’os hyoïde et les deux branches de la machoiro inférieure est principalement rempli par le mylo-hyoïdien, Entre lui et les dites branches se montre l’abducteur de la mâchoire inférieure. Au dessus du mylo-hyoïdien, il y a le génio-byoïdien, et plus le géniohyo- et slylogiosse.
Le grand dorsal [m. latissimus dorsi ) a la disposition qui est propre à tous les grands Mammifères, chez lesquels les extrémités antérieures ne sont que des piliers mobiles, servant à la progression sur un plan horizontal. De môme que chez le Zébu, le Gnu et le Tapir américain , il s’attache principalement à l’humérus et ne donne qu’un mince prolongement, qui va se perdre à l’olécrane. Par là se confirme ce que j’ai dit autre part, que le muscle grand dorsal se modifie d’après les exigences de la motion.
Le trapèze (m. cucullaris ) est composé de deux faisceaux. L’antérieur vient de l’occiput, se dirige obliquement en arriéré et s’attache à l’épine de l’omoplate. Le postérieur vient des vertèbres dorsales antérieures et s’attache au bord inférieur de la partie postérieure de l’épine de l’omoplate.
Le rhomboïde est très-fort chez tous les grands Mammifères quadrupèdes. Ch.ez le Gnu j’ai remarqué qu’i! vient de l’occiput, et qu’il passe avec des fibres qui se dirigent en arrière à l’omoplate, en recevant
SUR LE BABYBÜSSA.
vant des fibres accessoires des apophyses épineuses des vertèbres cervicales et dorsales. II s’attache ensuite au bord supérieur de l’omoplate. Chez l’homme c’est au bord postérieur. Chez le Babyr lissa le grand pectoral est composé de fibres transversales, qui viennent de la partie antérieure du sternum, se contournent en dehors dans une direction transversale, et s’attachent à la ligne âpre externe de l’humérus, tandis qu’une aponévrose du muscle commun des extrémités vient s’épanouir sur le muscle pectoral. Au dessous du grand pectoral, il y a un petit pectoral, composé de fibres longitudinales, qui vont en rayonnant et s’attachent à la partie supérieure de la ligne âpre externe, tout près de sa tète articulaire, ainsi qu’à l’apophyse de l’omoplate, qui tient lieu d’apophyse coracoïde. Puis il y a un prolongement du muscle peaussier, qui passe au devant du grand pectoral et s’attache par une large aponévrose à la surface interne du bras.
Malgré le défaut de clavicule, il y a cependant" chez le Babyrussa, un faisceau musculaire qui représente le muscle sousclavier des animaux à clavicules. Il vient de la première côte, et s’épanouit sur l’omoplate, au devant du muscle surépineux.
Le muscle deltoïde a le caractère que j’ai dit lui être propre dans tous les grands Mammifères quadrupèdes, chez lesquels les extrémités antérieures n’ont pas d’autre fonction à exercer, qu’à soutenir et mouvoir le train de devant. De même que chez le Zébu, le Gnu et le Tapir , il n’est composé que d’un seul faisceau, qui vient de la partie antérieure
de l’épine de l’omoplate, et va s’insérer au bras. J’ai déjà dit alors, que le développement du muscle deltoïde est en raison directe des mouvements que les bras ont à exercer. Lorsque ceux-ci sont fort compliqués, comme chez l’homme et les Mammifères grimpeurs, le deltoïde est trèsfort; faible au contraire chez ceux dont le mouvement des extrémités antérieures se borne à une simple flexion et extension, comme chez les Mammifères quadrupèdes. Le muscle surépineux au contraire est très-fort. IJ doit produire une élévation forte et directe du bras, nécessaire chez
G tous
W. VROLIK, RECHERCHES D’ANATOMIE comparée
tous les animaux à mouvement quadrupède, et à plus forte raison chez ceux où l’extrémité antérieure doit agir comme arme. Par conséquent il forme un rebord très-élevé au dessus de l’omoplate chez le Lion, Y Ours et un peu moindre chez le Gnu, le Zébu, le Tapir et le Babyrussa.
Quant aux muscles qui servent au mouvement de l’avant-bras, je parlerai en premier lieu du masto-humérien, ou du muscle commun de la tête, de l’encolure et du bras. J’en ai décrit les particularités chez beaucoup d’animaux, dans mes Recherches d'anatomie comparée sur le Chimvansé, où j’ai fait voir qu’il se modifie d’après les différents mouvements de ces animaux. Mes observations se confirment chez le Babyrussa, chez lequel le mouvement n'est que quadrupède, et où par conséquent l’attache du muscle ne doit pas s’étendre à l’avant-bras, mais se borner au bras, de même que chez le Zébu , le Gnu et le Tapir. 11 riait avec deux faisceaux, dont l’un vient an dessus de l’origine du sternomasloïdien, de la base de l’apophyse mastoïde, l’autre de la crête transverse de l’occiput. Us se confondent, pour s’attacher à la lign'e âpre externe de l’humérus, où ils se réunissent à l’attache du grand pectoral.
Le biceps n’est formé que d’un faisceau unique, qui se réunit au faisceau simple du brachial antérieur, pour s’attacher au radius. J’ai également observé cette réunion chez le Lion et le Zébu , de sorte que chez ces animaux, comme je l’ai dit autre part, les deux fléchisseurs de l’avant bras se combinent, comme s’ils voulaient nous donner une nouvelle preuve, que beaucoup do muscles, qui sont séparés chez l’homme et les quadrumanes, se réunissent et se confondent chez les autres Mammifères. Une action plus directe et plus forte en est sans contredit le résultat chez ceux-ci; mais par cette même cause ils sont privés de la faculté, propre à l’homme, do modifier et de diversifier les mouvements de cette partie du corps. Il est fort remarquable que chez le Tapir, les deux fléchisseurs de l’avant-bras ne se confondent pas. Le biceps vient du bord supérieur do l’omoplate et s’attache à la partie supérieure du radius. Le brachial antérieur vient de la ligne âpre externe
de
SUR LE 1UBYRCSSA.
de l’humérus et s’atlache à la partie supérieure du radius, à côté de l’insertion du biceps. Entre ces deux muscles se trouve l’insertion du muscle commun do la tète, de l’encolure et du bras.
Chez tous les grands Mammifères quadrupèdes que j’ai disséqués, il y a un muscle coracd-brachial qui vient de l’apophyse tenant lieu d’apophyse coracoïde, descend le long du côté interne de la cavité articulaire de l’épaule, et s'attache à l’humérus. -Je le retrouve aussi chez le Bu byrussa . Il n’y a chez celui-ci, chez le Zébu et le Gnu, de trace ni de supinateurs, ni de pronateurs, mais ce qni me semble fort intéressant, c’est que chez le Tapir, où la forme de la main se rapproche de celle de 1 homme, parce que les doigts sont placés sur la même ligne, il y a un muscle grand pronateur rudimentaire, qui part du condyle huméral interne et va se^ perdre au radius. Il a pour antagoniste un muscle grand supinateur, qui est long et grêle, et part du condyle huméral externe, pour se perdre dans la partie inférieure du radius.
La flexion de la main se fait chez Je Zébu , le Tapir , le Gnu et le Babyrussa par les muscles grand palmaire (m. radialis internus) et cubital antérieur (m. ulnaris internus). Le grand palmaire vient chez le Babyrussa, du condyle interne de l’humérus et descend le long du radius, pour s’attacher à l’os du métacarpe du doigt antérieur interne. Prés do lui nait le cubital antérieur, qui vient du condyle huméral interne, descend obliquement et s'attache à l’os pisiforme. Chez le Gnu, le grand palmaire est très-faible et s’attache par un tendon très-grèle à la surface postérieure de l’extrémité supérieure de l’os du canon. Le cubital antérieur est plus fort, et s’insère à l’os pisiforme.
Au lieu du muscle grand supinateur et des deux muscles radiaux, il n’y a qu’un seul muscle chez le Zébu, le Gnu et le Babyrussa. Il est formé chez le Babyrussa de deux faisseaux, dont l’un vient du bord externe de l’humérus, l’autre du condyle externe. Ils se réunissent pour former un tendon commun, qui passe au devant du carpe, et s’attache largement au métacarpe. Chez le Gnu et chez le Zébu, il y a de même
C 2 un
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un extenseur commun, qui représente ces trois muscles. II vient de la ligno âpre externe de l’humérus et de son condyle externe, se contourne au devant du radius, et se transforme eu un tendon, qui passe au devant du carpe, et s'attache au bord antérieur de Ja partio supérieure de l’os du canon. Chez ces trois animaux le muscle cubital postérieur se dirige vers la surface palmaire de l'avant-bras, et agit comme muscle fléchisseur. Chez le Gnu il se réunit au muscle cubital antérieur, cl s’attache avec lui à l’os pisiforme.
Le mécanisme, par lequel s’opère la flexion des doigts, est peu compliqué. Chez le Babyrussa il y a deux muscles placés au dessus l’un de l’autre et prenant leur origine au condyle huméral interne. Au carpe ils donnent deux tendons pour chaque doigt. Un de ces tendons représente le fléchisseur superficiel, et se fend pour s’attacher à la seconde phalange. L’autre tendon passe au travers du premier et s’attache à la phalange antérieure. Ensuite il y a nn muscle fléchisseur accessoire, qui vient du cubitus et se perd dans le tendon du fléchisseur, et une espèce de muscle petit palmaire qui s'épanouit sur le tendon superficiel du doigt antérieur externe. Pour chaque faux doigt il y a un petit abducteur et un petit fléchisseur, et entre les tendons pour les doigts antérieurs, il y a un muscle de peu d’étendue, représentant les muscles lombricaux. 11 y a de même chez le Zébu et chez le Gnu, deux fléchisseurs des doigts; ils sont placés l’un sur l’autre. Chacun se transforme en un tendon, qui près de la main se partage en deux, pour s’attacher aux deux doigts ; mais avant que de s’y insérer, le tendon du muscle fléchisseur superficiel se fend, et laisse passer le tendon du fléchisseur profond.
Les muscles extenseurs des doigts sont bien moins forts que les fléchisseurs. Chez le Babyrussa il y en a trois. Le premier est formé par deux faisceaux, qui s’attachent chacun à un tendon. Ces tendons sont adossés l’un à l’autre, s’élargissent, passent au devant du carpe, et forment trois tendons, pour le bord radial et cubital du premier, et pour le bord radial du second doigt antérieur. A son bord externe et au des-
sous
SUR LE RABYRUSSA.
bous do lui, il y a un second extenseur des doigts, qui donne un large tendon, et s’attache au bord cubital du second doigt antérieur. Encore plus en arrière, il y a un extenseur pour le doigt postérieur externe. De même il y a trois extenseurs des doigts chez le Zébu; en premier lieu, un muscle extenseur pour le doigt interne, qui part du condyle externe de l’humérus, et se transforme en un tendon, à la partie inférieure de l’avant-bras. Ce tendon s’étend sur la face antérieure de l’os du canon, s’y attache par des ligaments et des gaines aponévrotiques, et s’insère enfin à la partie supérieure de la dernière phalange du doigt interne. Ensuite il y a un second extenseur digital, partant du même condyle externe de l’humérus, mais plus mince que le premier. Sur le milieu de l’avantbras, il reçoit un faisceau accessoire, et se transforme alors en un tendon qui se partage en deux, au niveau de l’articulation métacarpo-phalangienne. Les deux tendons qui en naissent s’attachent aux deux doigts. Enfin il y a un troisième extenseur digital, qui prend naissance près des deux autres, et devenu tendon s’insère au doigt externe. Le même nombre d'extenseurs digitaux se retrouve chez le Gnu.
Chez tous ces animaux il y a, malgré le défaut absolu de pouce, un muscle qui représente le grand abducteur et le petit extenseur du pouce. Il passe au devant du tendon du muscle extenseur radial, et s’épanouit sur la surface palmaire du carpe.
Par tous ces détails, je crois avoir démontré, que l’appareil musculaire des extrémités antérieures est fort simple. Craignant de tomber dans des répétitions, je renvoie le lecteur à mes Recherches d'anatomie comparée sur le Chimpansé, pag. 33 et 34, où j’ai exposé les conséquences qui en peuvent être déduites, et je passe à la description du système musculaire des extrémités postérieures En premier lieu je m’empresse de reconnaître une erreur que j’ai commise dans l’ouvrage cité ci-dessus, par rapport au couturier du ZÏébu. Par suite de la maigreur excessive de l’exemplaire, soumis à mon scalpel, j’ai cru que le couturier y manquait, mais la dissection du Gnu et du Tapir américain m’a fait voir
C 3 plus
22 VV. VROLIK, RECHERCHES D’ANATOMIE COMPARÉE
plus lard, que le couturier y existe véritablement et que je me suis trompé en disant le contraire. Chez le Gnu, le couturier est un muscle très-large et à bord antérieur aigu, qui part de l’épine iliaque supérieure et antérieure, passe au devant des muscles de la cuisse, et donne naissance à une aponévrose, qui passe au devant du genou et s’attache, en se réfléchissant un peu en dedans et en se confondant avec le muscle droit interne crural, au condyle interne du tibia. Cette dernière partie' du couturier a une direction oblique, et se réfléchit au dessus du sillon formé par le faisceau interne du crural. Chez le Tapir, il prend son origine avec une large masse musculaire. Son épaissenr diminue eu descendant. Chez le Babyrussa , il vient de l’épine iliaque antérieure et supérieure, et il se dirige directement en avant et en bas, pour s’attacher au bord supérieur de la rotule. — Chez tous les trois il forme le rebord antérieur saillant de la cuisse, et contribue ainsi à lui donner la forme, qui lui est propre, chez tous les Mammifères quadrupèdes.
Chez le Tapir, une large et longue bande musculaire part de la gaine aponévrotique du psoas et va se perdre dans l’aponévrose fémorale ou fasoia lata. Elle me parait être un muscle tenseur de la fascia lata, que je n’ai observé sous celle forme chez aucun autre Mammifère quadrupède. Le muscle droit interne crural ( m . c/racilis ) est fort large chez le Gnu. Il s’étend de la surface antérieure de la symphyse du pubis, le long de la surface interne du férnur, vers la surface interne du tibia, où il s’attache à son condyle interne, en donnant un fort prolongement, qui embrasse la partie interne des muscles jumeaux. Il montre la même largeur et la même disposition chez le Zébu , le Tapir et le Babyrussa. Cependant chez ce dernier, il y a quelques fibres qui viennent du muscle iliaque interne, et qui se perdent dans le muscle droit interne.
Le muscle triceps s’attache en partie à la ligne âpre interne du fémur, en partie aux condyles internes du fémur et du tibia.
Le grand fessier se confond avec le biceps crural et forme un large
raus-
SUR LE BABYRUSSA.
muscle, qui embrasse la surface externe des muscles jumeaux, s’attache au condyle externe du fémur, et se perd alors en une aponévrose, qui se réunit à l’aponévrose surale. Il en part un tendon très-ferme, qui s’attache à l’épine tibiale, près do l’insertion du ligament de la rotule. J’ai remarqué, chez le Babyrussa , qu’il reçoit un faisceau, qui vient des vertèbres caudales.
Il n’y a qu’un seul fléchisseur interne de la jambe, qui tient lieu de demi -tendineux et de demi-aponévrolique. Il part de la tubérosité ischiatique, longe la surface interne de la cuisse et se transforme en une aponévrose, qui s’attache à la surface interne du tibia. Il descend fort bas, de même que le biceps.
A la région jambière antérieure, j’ai remarqué chez le Gnu, quatre muscles, placés à côté l’un de l’autre. Celui qui est le plus fort, est le muscle jambier antérieur. Le plus faible est un muscle péroRÎer. Le jambier antérieur s’attache à la surface interne ; le péronier à la surface externe de la partie supérieure de l’os métatarsien. Entre eux, il y a deux faisceaux musculaires assez faibles, qui donnent origine à des tendons fort longs et fort grêles. Ces tendons se réunissent au coude -pied et se séparent derechef, pour s’attacher aux orteils. Ce sont les extenseurs des orteils. Quelques fibres musculaires partent du métatarse pour se réunir à ces tendons.
Chez le Babyrussa, il y a un muscle jambier antérieur, qui longe le tibia, et se contourne au bord interne du pied pour s’v attacher. Il s’en détache un faisceau qui se réunit à l’os du métatarse de l’orteil antérieur iüterue. A son côté externe se trouve le grand extenseur des orteils, qui vieut avec un large tendon du condyle fémoral externe, et forme une large masse musculaire à la partie moyenne de la jambe. Au tarse il en nait un tendon, qui se fend pour s’attacher aux orteils. Ce muscle passe au devant de deux articulations, celle du genou et colle du tarse. En arrière de ce muscle grand extenseur des orteils, vient un muscle qui représente le muscle grand extenseur du gros orteil.
Les
24 YV. VROLIK, RECHERCHES D’ANATOMIE COMPARÉE
Les muscles jumeaux sont formés de deux faisceaux, qui montent très-
haut vers la cuisse ; ils se confondent inférieurement en un tendon commun, qui s’étend yers le calcanéum, et se sépare là en deux faisceaux,
dont l’un s’attache à l’extrémité du calcanéum, tandis que l’autre va glisser dans une rainure particulière, le long de la surface postérieure du métatarse pour s’attacher aux phalanges poslérienres et moyennes des orteils, où il se fend, afin de laisser passer les tendons du muscle fléchisseur des orteils. Je retrouve cette disposition, tant chez le Gnu, que chez le Babyrussa et le Tapir. Il en résulte que les muscles jumeaux forment un muscle fléchisseur des orteils. II n’y a pas de muscle soléaire, mais le tendon d’ÂCHiLLE continue à recevoir les fibres musculaires, jusqu’à sa partie inférieure.
Au devant des jumeaux se trouvent, chez le Gnu, le muscle poplité, qui est très-fort, le fléchisseur des orteils et le tibial postérieur. Le fléchisseur des orteils passe par la bifurcation des jumeaux, et ce qui est fort remarquable, le jambier postérieur se réunit par son tendon au tendon du muscle fléchisseur des orteils. Le jambier postérieur remplit donc aussi les fonctions de fléchisseur des orteils. Chez le Babyrussa, il y a trois mnscles fléchisseurs, le tibial postérieur, le grand fléchisseur du grand orteil et le grand fléchisseur des orteils. Us se réunisseul en un seul tendon, qui se dirige vers la plante du pied, et s’attache aux orteils, en glissant dans des coulisses formées par une aponévrose, qui vient du tendon d’ÂCHlLLE. Pour chaque faux orteil il y a un muscle petit abducteur et petit fléchisseur.
Système nerveux.
Si l’on veut rendre utile la description de l’encéphale, il est nécessaire d’avoir égard tant au degré d’intelligence de l’animal, qu’à la place qu’il occupe dans l’ordre naturel. Sous le premier aspect, le Babyrussa et le Cochon, qui paraissent avoir les mêmes moeurs et le même degré d’intelligence, sont fort mal dotés. Leur occupation se borne à se chercher
SUR LE BABVRUSSA.
cher de Ja nourriture, et ils passent le jour à dormir, aussitôt que ce besoin est satisfait; sauf pourtant le temps des amours, pendant lequel le mâle parait excité par un sentiment assez vif. Nous verrons que la forme et la structure du cerveau répondent à celle infériorité de facultés intellectuelles. Sous le second point de vue, il sera nécessaire de comparer le cerveau du Babyrussa et du Cochon avec celui des autres Mammifères ; et afin que notre jugement repose sur une base solide, nous allons suivre la classification ingénieuse qu’à donnée Leuret (3). Ce savant attribue à juste litre une grande dignité aux circonvolutions cérébrales, dont la forme et le nombre paraissent être constantes, d’après un type déterminé, dans chaque espèce. D’après cela, il admet quatorze groupes. *
Le premier groupe contient les Chéiroptères, quelques Insectivores quelques Marsupiaux , et les Monolrèmes à cerveau lisse, sans circonvolutions.
Au second groupe appartiennent les Rongeurs, quelques Insectivores et quelques Marsupiaux. Le cerveau y présente des dépressions, annonçant les circonvolutions.
Dans le troisième groupe so trouvent le Renard, le Chien et le Loup. Il s’y trouve à chaque hémisphère, quatre circonvolutions qui se suivent. La première se trouve sur la scissure de Salviüs, et les trois autres sont placées successivement sur celle-ci. Ensuite il y a une circonvolution sus-orbitaire, et une circonvolution interne qui commence au dessus du corps calleux, et se termine dans le soi-disant lobe moyen, ou d’HiPPOCAMPE. Toutes ces circonvolutions ont constamment la forme que Leuret a indiquée dans sa Planche IV.
Le
(3) F. Leuret Anal. Comp. du Système nerveux considéré dans ses rapports avec Pinteiligence. Paris 1839 Tom. I p. 371.
26 W. VROLIK, RECHERCHES D’àNATOMÎE COMPARÉE
Le quatrième groupe contient les genres Chat et Hyène. Il offre le même type de circonvolutions que le troisième groupe, mais la première et la seconde circonvolution, au dessus de la scissure de Svlvius sont réunies par une circonvolution supplémentaire.
On peut rapporter au cinquième groupe , la Civette , la Genette , le Furet , la Fouine , le Coati, le Blaireau , le Putois, Y Ours, la Loutre . Tous ces animaux ont cinq circonvolutions; trois externes, une sus-orbitaire et une cinquième, interne. La première et la seconde circonvolution externe se réunissent. Il en nait une circonvolution unique et bifurquée. La seconde circonvolution externe offre, chez la Loutre, cinq dépressions. Cette conformation influe beaucoup sur la forme générale du cerveau. En grossissant la partie antérieure du cerveau, elle donne do l’obliquité à la scissure de Sflvius. En avant du cerveau, vu par sa face supérieure, il y a chez le Furet, la Fouine, le Coati , le Blaireau et le Putois un sillon transversal qui coupe crucialement le sillon médian ou antero-postérieur du cerveau. Il représente une sorte de V.
Les Mangoustes seules appartiennent au sixième groupe . Les circonvolutions y offrent la même division, mais sans aucune ondulation.
L'Unau, Y Ai, le Tatou, le Pangolin , le Pkascolomé, le BV ornhat et le Daman forment le septième groupe. Il y a trois circonvolutions externes, qui vont sans aucune interruption et même sans ondulation bien marquée, de la partie antérieure à la partie postérieure du cerveau.
Au huitième groupe appartiennent la Roussette , le Kanguroo et XOryctérope du Cap. 11 y a chez ces animaux deux circonvolutions à la partie interne et supérieure du cerveau, dirigées d’avant en arrière. La première qui circonscrit la scissure de Sïxvius, très-ondulée; la seconde, uu peu moins, et présentant chez le Kanguroo, une légère trace de subdivison. Les circonvolutions de YOryctefrope sont encore plus uniformes, et moins ondulées; celles de la Roussette sont encore plus régulières.
Le neuvième groupe contient la famille des Moutons. Il y a quatre
cir-
SÜR LE BABYRUSSA.
circonvolutions, une interne, la seconde sus-orbitaire, les deux autres, externes; mais elles ont de nombreuses divisions, quelques dépressions et une forme très-ondulée.
Au dixième groupe se rapportent les Cochons. Leurs circonvolutions sont ondulées. Il y en a deux à la périphérie de chaque hémisphère cérébral. La circonvolution supérieure est divisée en arrière ; le long d’elle il y a une coupure deux fois répétée. La circonvolution externe est double en arrière de la scissure do Sylviüs, simple en avant, sans dépression. Puis il y a une circonvolution, propre aux Cochons , entre la circonvolution externe et la circonvolution supérieure.
Le type de Y onzième groupe se montre chez le Phoque. La circonvolution supérieure est triple en arriére, double en avant. La scissure de Sylviüs est transversale. La circonvolution interne est double et même triplo. La circonvolution sus-orbitaire est moins une circonvolution spéciale qu’une émanation des circonvolutions antérieures.
Le Marsouin appartient au douzième groupe. Quatre sillons non interrompus partagent d’avant en arrière chacun des hémisphères cérébraux du Marsouin, du Dauphin et de la Baleine. Le premier sillon est situé à la partie interne de l’hémisphère au dessus de la circonvolution qui recouvre le corps calleux; les trois autres servent de limites à quatre circonvolutions, dont la première forme une sorte de frange, fixée au fond de la scissure de Sylviüs. La seconde circonvolution est sillonée à la partie postérieure et subdivisée à la partie antérieure; la troisième, subdivisée en arrière et simple en avant; la quatrième, sillonée à la partie postérieure et subdivisée en avant. Les circonvolutions sus-orbitaires sont seulement remarquables par leur situation, car rien ne les distingue des subdivisions antérieures de la première circonvolution.
Dans les deux groupes qui suivent et qui renferment des animaux d’un ordre supérieur, les circonvolutions ne sont pas seulement longitudinales, mais il y a en sus des circonvolutions transversales qui coupent les circonvolutions longitudinales en deux parties, en les divisant en an-
D 2 té-
28 YV. VROLIK, RECHERCHES D’ANATOMIE COMPARÉE
térieures et postérieures. L’ Eléphant, dont les hémisphères cérébaux sont extrêmement développés, appartient au treizième groupe.
Le quatorzième groupe est formé par les Singes. Il y a trois circonvolutions antérieures, trois postérieures à chaque hémisphère, deux supérieures, une interne et des circonvolutions sus-orbilaires, avec une scissure de Sylvics transversale et bien plus profonde que dans aucun des groupes précédents.
D’après ce résumé, on voit, que le cerveau des Cochons appartient au dixième groupe, et qn’il est intermédiaire entre celui des Carnassiers et des Ruminants. Celle observation me parait fort intéressante, puisqu’elle confirme les vues, que j’ai émises plus haut, que le Babyrussa , le Cochon et le Pécari forment une espèce de transition des Carnivores aux Herbivores ruminants. Il ne serait pas difficile do démontrer que dans leurs moeurs, ils tiennent aussi le milieu entre les Carnivores et les Herbivores , mais comme cela m’éloignerait trop de ma desciiplion anatomique, je préfère passer à l’examen du cerveau du Babyrussa , que j’ai représenté, sous trois points de vue différents, sur ma Planche première. Les hémisphères du cerveau sont peu développés cl ne s’étendent postérieurement qu’un peu au dessus de la partie antérieure du cervelet, dont la plus grande partie est par conséquent à découvert. Les circonvolutions de la surface supérieure sont presque symétriques, et offrent le caractère, que je viens de décrire ci-dessus d’après Leuret. H y a deux grandes circonvolutions, allant d’avant en arrière, à la surface supérieure de chaque hémisphère cérébral. Celle qui se trouve le plus à l’intérieur et que l’on pourrait nommer la circonvolution supérieure, (Y. PL 1, fig. 1, a) est divisée en arrière (b, b), et le long d’elle se trouve une coupure (V. PL I, fig. 1, c, c). La circonvolution qui est placée au côté externe de la circonvolution supérieure et au dessus de la scissure de Stlvius est double en arrière de la scissure et simple en avant (V. PL I, fig. 1, d, et). Elle est extrêmement ondulée. Eri sus il y a une circonvolution propre aux Cochons , entre cette circonvolution
ex'
SUR LE BABYRUSSA.
externe et la circonvolution supérieure (V. PI. I, fig. 1 et e). A la base du cerveau (V. PI. I, fig. 2 a), le lobe moyen ou le soi-disant lobe d’HippocAMPE est peu prononcé, et la scissure de Stlviüs n’est que faiblement indiquée, mais autour de toute la circonférence du cerveau, il y a une ligne de démarcation très-profonde entre sa base et sa partie supérieure (PI. I, fig. 2 6, b'b, b). A la base elle-même il n’y a que quelques dépressions, comme indices de, circonvolutions, mais pour le reste elle est tout à fait lisse. Les nerfs olfactifs prennent racine par une large base, dans laquelle se trouvent quelques sillons longitudimaux. Elle s’amincit antérieurement et se continue alors en un renflement bulbiforme, duquel partent les fibrilles, qui passent par la lame ethmoïdale et s’épanouissent dans l'organe de l’odorat. Les faisceaux postérieurs des nerfs -optiques sont extrêmement larges, de même que la troisième paire des nerfs cérébraux. Les prolongements cérébraux antérieurs ( crura cerebri) sont très-épais et se louchent presque à leurs bords internes, en sorte qu’on ne voit guère la mince lame médullaire ( lamina, cribrosa media ) placée chez l’homme, entre les prolongements antérieurs. L’éminence mammillaire n’est formée que d’un seul lobe, duquel parlent l’entonnoir et la glande pituitaire. La protubérance cérébrale ( pons Varolii) est fort mince et peu élevée au dessus de la moelle allongée. La moelle allongée est forte et épaisse; les faisceaux pyramidaux y sont fort minces, et les corps olivaires peu distincts. Le cervelet est peu développé et formé pour la plus grande partie par le vermis , qui en occupe presque toute la surface supérieure.
La coupe verticale de l’encéphale démontre que la circonvolution interne placée au dessus du corps calleux (PI. I, fig. 3) est simple en arrière et double en avant, où elle passe sans aucune démarcation dans la circonvolution sus-orbitaire. Le corps calleux est peu développé; son bord postérieur ou splénium se termine entre la couche optique et les corps quadrijumeaux antérieurs. Au dessus de lui se trouve la voûte à trois piliers, dont les faisceaux antérieurs se contournent en arrière de la
D 3 com*
\V. VROLIK, RECHERCHES D’ANATOMIE COMPARÉE
commissure antérieure, qui est très-forio, pour se continuer dans l’éminence mammillaire. Les corps quadrijumeaux antérieurs sont fortement prononcés ; les corps quadrijumeaux postérieurs, très-faibles. La glande pinéale se trouve au devant des corps quadrijumeaux antérieurs. Au dessus du quatrième ventricule se trouve la lame médullaire, nomméo valvala cerebelli. Par cette coupe verticale on pourra facilement apprécier le peu de développement du cervelet qui est presque tout à découvert.
La corne d’AaiMON (pes Jlippocumpi major) est extrêmement bombée, mais ne possède pas à son bord externe la crénelure, qui n’est propre qu’à l’homme et aux mammifères d’un ordre supérieur. Il n’y a aucun indice d’éminence digitale, d’éminence collaterale de Meckel, ni même do la corne du ventricule latéral, dans laquelle ces parties se trouvent chez l’homme. Le faisceau postérieur de la voûte à trois piliers se continue darfs la corne d’Asmox. Entre la partie antérieure de la voûte et du corps calleux se trouve le septum lucidum.
J’ai comparé avec le cerveau du Babyrussa celui d’un Cochon àpcu-près de la même taille, sans voir une différence marquante entre eux, si ce n’est que chez le Cochon les circonvolutions sont un peu plus prononcées et plus ondulées, et que les prolongements cérébraux antérieurs et la protubérance cérébrale sont moins forts.
Par rapport aux organes des sens, j’ai à décrire deux réservoirs d’air, qui me paraissent être l’un des points les plus intéressants de l’organisation du Babyrussa. Ils se trouvent, comme les Planches II, fig. 2 et III, fig. 1, 2, 3 le font voir, à la partie supérieure du cou, derrière le pharynx, et comme ils sont adossés l’un à l’autre, ils s’ouvrent dans l’isthme du gosier, par deux ouvertures, qui sont séparées de la cavité buccale par un prolongement du voile du palais. En arrière ils se terminent en culs de sac. J’avoue que la découverte de ces poches m’a frappé d’étonnement; d’autant plus que la dissection d’un Cochon domestique et Au Pécari m'a. prouvé, que chez ceux-ci il n’y a rien qui puisse leur êtro comparé. Le seul animal qui, à ce que je sache, offre quelque chose de semblable, est
le
SUR LE BABYRÜSSA.
lo Cheval , chez "lequel le bas de la trompe ü’Eustache communique daus un grand sac membraneux, qui s’ouvre dans un fonte placée dans l’isthme du gosier, vis à vis les fosses nasales. Mais chez le Babyrussa, les réservoirs d’air ne sont nullement en rapport avec les trompes d’Eustache, et paraissent être plutôt la continuation des fosses nasales. Je no sais quelle fonction leur attribuer, et pour ne pas tomber dans des hypothèses, je me borne à la simple description de ce que j’ai observé.
A la partie supérieure du pharynx (V. PI. III, fig. 2, a) se trouve une seconde dilatation, terminée en cul de sac, que je n’ai cependant observée que dans un des exemplaires que j’ai disséqués, en sorte qu’elle me parait être une déviation pathologique, semblable à celle que Ludlow (4) a décrite chez l’homme.
Par rapport anx- autres organes des sens, je n’ai que quelques mots à ajouter sur l’oeil. La sclérotique est fort mince; la choroïde, très-noire sans montrer les reflets métalliques, auxquels on donne le nom de tapis. Le cristallin a la forme d'un disque globuleux à surface postérieure trèsconvexe.
Système vasculaire.
Dans le coeur se trouve au septum, à la base des valvules semilunaires, une ossification premièrement d’une forme irrégulière» mais se changeant ensuite en une plaque, qui entoure la base des valvules semilunaires et représente un segment d’anneau. Cette disposition se rattache à celle qui est propre aux Ruminants, aux Solidungles et à l’Eléphant. Jaeger (5) l’avait déjà attribuée aux Cochons. La forme générale du
coeur
(4) Ludlow a case of obstructed déglutition' from a praeternatural dilatation of and bag formed in the pharynx. Medic. observ. and inq. Yol. III, p. 85, représenté aussi dans Baillie, morbid anat. Fasc. III, PI. I, fig. 2.
(5) J. F. Meckei, Syst. d. vergl. Anat. Halle 1831. Th. V, p. 296