‹ Recherches d'anatomie comparée sur le babyrussaChapitre 2 sur 3 · VV. VROLIK, RECHERCHES D ANAÎOMIE COMPARÉE · texte numérisé non relu

VV. VROLIK, RECHERCHES D ANAÎOMIE COMPARÉE

coeur est celle qui est propre à la pluralité des Mammifères, c’est-à-dire, oblongue, et se terminant en pointe formée par le ventricule gauche. Les deux oreillettes sont do grandeur presque égale, en sorte que l’oreillette gauche est bien plus grande qu’elle n’est chez les animaux d’un ordre supérieur, ce qui constitue par conséquent un signe manifeste d’infériorité. De même que chez beaucoup d’autres Mammifères (6), il y a deux veines caves antérieures, l’une forte, placée à droite, l’autre mince, à gauche. Les troncs naissant de l’aorte ont un caractère mêlé. Do même que chez les Ruminants, la racine do l’aorte se sépare en deux troncs dont l’un se dirige directement en avant, pour donner les deux artères carotides et l’artère sous-clavière droite, qui naissent au môme point, de sorte que le tronc a l’air de se fendre en trois; mais la sous-clavière gauche, qui nait aussi de ce tronc antérieur chez les Ruminants, vient au contraire chez le Babyrussa , du tronc postérieur, étant immédiatement adossée à l’origine du tronc antérieur. Je retrouve la même disposition chez le Pécari et chez le Cochon , mais chez le Tapir , la forme du coeur et la distribution des artères se rapproche plutôt de la disposition qu’elles ont chez les Ruminants. Il y a un tronc antérieur qui donne les deux carotides et les artères sous-clavière droite et gauche, et un tronc postérieur qui se dirige en arriére pour se distribuer dans la cavité thoracique et abdominale. La seule différence que je remarque, est que l’artère sous-clavière gauche nait bien plus en arrière que chez les Ruminants. Elle vient du tronc antérieur, très près de l’endroit où celui-ci prend son origine, en sorte que cette disposition rappelle celle qui se trouve chez le Cheval et chez le Chameau (7), et tient le milieu entre ce que l’on remarque chez les Cochons, et ce qui a lieu chez les

Ru-

\6) V. FI. V, fig. 1 et explication des Planches.

(7) V. J. F. Meckei, Syst. d. vergl. Anat. Halle 1831. Th. V, p. 300.

SUR LE BABYROSSA.

Ruminants. C’est une transition à la distribution des artères chez les animaux où l’artère souscfavière gaucho est un tronc séparé, et une preuve à l’appui de mon opinion, émise ailleurs, quo par la naissance des troncs prenant origine de l’arc de l’aorte, les différents oçdres de Mammifères se lient l’un à l’autre.

Organes de la respiration et de la voix.

Le poumon gauche n’est formé que d’un seul lobe, mais le poumon droit en a deux, dont le supérieur est légèrement incisé, et l’inférieur, augmenté d’un lobe accessoire.

Le larynx est presque tout à fait ossifié, tant chez le jeune que chez le vieux mâle que j’ai disséqués. Le cartilage thyréoïde a une. forme oblongue, légèrement arrondie à sa surface antérieure ; il se termine inférieurement en pointe obtuse, et supérieurement en bord incisé. Ses cornes sont fort peu développées. L’interstice crico-thyréoïdien est fort large, et en même temps la distance entre la partie supérieure de la trachée-artère et le cartilage cricoïde est fort grande. La partie annulaire du cartilage cricoïde a une forme elliptique, et à la partie verticale il y a postérieurement un rebord assez élevé pour l’attache des muscles cricoarytænoïdien^ postérieurs. Les cartilages arylænoïdiens ont une structure cartilagineuse, et sont modérément allongés, de même que l’épiglotte. Les anneaux de la trachée-artère sont incomplets à leur partie postérieure. L’os hyoïde est simple; les grandes cornes et la base sont confondus en un large demi-arc osseux, formant une lame légèrement bombée, de laquelle partent deux petites cornes, auxquelles s’attachent par un ligament les apophyses styloïdes.

Organes de la digestion .

La situation des viscères abdominaux me parait digne de remarque.

E Le

34 W. VR0L1K, RECHERCHES D’ANATOMIE COMPARÉE

Le foie remplit à lui seul tout l’épigastre. Au dessous et en arrière se trouvent les deux sacs qui constituent l’estomac, Le sac le plus grand qui communique avec le pylore est placé le plus en avant; l’autre représente un cul-de-sac très-compliqué en arrière et se termine en une pointe recourbée, avec laquelle se réunit la rate. L’artère gastro-épiploïque gauche se dirige au devant dn second sac pour se distribuer à la poche pylorique, et l’épiplon vient du mémo sac, pour récouvrir les intestins. En arrière de ces deux poches, constituant l’estomac, se tronve le colon qui s’étend avec quatre anses, placés transversalement au devant des intestins grêles. Le cæcum est placé dans la fosse iliaque droite. Celte description nous fait voir, que l’estomac du Babyfussa est séparé en deux poches, dont l’une répond au pylore, l’autre au cardia, et que celle-ci a un appendice en capuchon qui se contourne de gauche à droite, en se relevant. Les dessins que j’en donne fig. 1 et fig. 2 de ma quatrième Planche, feront mieux sentir tous ces détails qne la meilleure description ne saurait le faire. Je prends la liberté d’y renvoyer le lecteur, me bornant à dire, que la dissection de l’estomac m’a appris que de chaque côté du cardia se montre un rebord formé par dos plis et des papilles, qui se perdent inférieurement 60us la forme do tubercules. A la partie pylorique de l’estomac, il y a une couche musculaire fort épaisse, couverte à l’intérieur d’un tissu muqueux réticulé, dans lequel s’ouvre une grande quantité do cryptes. A l’intérieur de l’estomac, il y a un grand nombre do plis, entre lesquels se relèvent des papilles nombreuses, dont le nombre diminue cependant vers le cul-de-sac. L’appendice en capuchon est séparé du reste do l’estomac par un repli, qui représente une espèce de valvule. Il y a une colonne assez apparente, formant une ligne de démarcation entre la partie glabre et rugueuse de l’estomac.

Tous ces détails nous font voir que l’eslomac du Babyrussa est trèscompliqué. En le comparant avec celui du Cochon, du Pécari , du Taj assit et du Ta-pir, que j’ai sous mes yeux, il me parait que tous ces Pachydermes forment un groupe distinct, dans lequel la séparation de

l’es-

SUR LE BABYRUSSA.

l’eslomac en diverses poches est une transition à l’estomac composé des Ruminants. Celui du Cochon est le plus simple. D’après l’excellente description de Cuvier, à laquelle je crois ne devoir rien changer, il est globuleux, mais l’insertion de l’œsophage est plus à gaucho qu’à droite, et Ja partie de l’estomac qui est do ce côté, plus ample que celle du cul-de-sac cardiaque. Le cui-de-sàc pyloriquo a des parois plus musculeuses que le cardiaque ; mais c'est surtout dans l’appendice pylorique qui termine ce cul-de-sac, que la tunique musculeuse est très-épaisse. La membrane muqueuse y forme des plis, des rides dirigées en différents sens, puis un bourrelet cylindrique qui se trouve au passage do l’estomac dans l’intestin. L’appendice en capuchon qui termine le cul-de-sac cardiaque, a sa cavité distincte du reste par un large repli circulaire, qui règne dans les trois quarts de la circonférence de son entrée en haut en bas et du côté de l’œsophage. L’estomac du Tapir est formé sur le môme type, mais ne possède pas le cul-de-sac en capuchon. Sa cavité est divisée en deux poches par un prolongement membraneux très-épais à la face inférieure, plus mince à la paroi supérieure. La poche gauche, plus grando que la droite, est longitudinale; elle a son fond en avant, de forme conique; le cardia est percé bien en arrière dans son bord droit. La poche gauche est beaucoup moins musculeuse que la droite. La même disposition se retrouve, d’après la description donnée ci-dessus, dans l’estomac du Babyt'ussa, sauf que la séparation en deux poches s’y distingue aussi à l’extérieur, par un rétrécissement très-profond, qui ne se montre guères chez le Tapir. Ainsi il y a une transition uniforme du Cochon au Tapir et du Tapir au Babijrussa. L’estomac du Pécari et du Tajassu est bien plus compliqué. Il est transversal, large et profond, composé de deux grands culs-de-sac bien distincts, l’un gauche, cardiaque, et l’autre droit, pyloriquo. Une échancrure de la grande courbure indique extérieurement et en arrière celte séparation, tandis qu’elle est marquée en dedans par un bourrelet saillant et par l'aspect de la membrane interne qui est peu humide et plissée dans la principale poche

car-^

36 Vf. VROLIK, RECHERCHES D’ANATOMIE COMPARÉE

cardiaque, plus épaisse, glanduleuse et percée d’une quantité d’orifices de cryptes dans le cul-do sac pylorique. Ce cul-de-sac est profond, arrondi en arrière et conique vers le pylore, où il devient plus musculeux. En dessous et en dessus de la grande poche cardiaque, celle-ci s’ouvre dans deux plus petites poches coniques, dont les parois sont minces et, la membrane interne, enduite do mucosité. Bien certainement cette grande poche cardiaque, séparée de la poche pylorique, et formant un sac à part, est un acheminement à la panse qui est propre aux Ruminants. Il serait possible que la lacuno restant encore entre l’estomac compliqué du Pécari et l’estomac composé des Ruminants pût être remplie par l’estomac de V Hippopotame. On n’en connaît la forme et la structure que chez le fœtus, d’après une description de Daubent on et de Cuvier, mais par un singulier hasard, je suis à même de confirmer la description qu’ils en ont donnée, par des dessins faits au cap de Bonne Espérance, et représentant les viscères d’un Hippopotame à moitié adulte, A chaque côté du cardia il y a deux poches, qui communiquent avec une large poche, dont la cavité est divisée en travers par plusieurs plis, en forme de valvules. Entre celte grande poche et le pylore il y a un appendice étroit, qui aboutit au pylore. Par conséquent il y a trois et presque quatre poches très-distinctes, de même que chez les Ruminants, Sans aucun doute c’est la transition la plus formelle à la structure de ceux-ci. Le cæcum du Babyrussa (8) n’est pas très-grand, mais cependant fort large. II a une singulière forme arrondie, et aboutit dans un large capuchon non contourné, mais droit et se terminant en pointe obtuse.

Là où se termine l'iléum et où commence le colon il y a deux replis semi-lunaires, dont l’un appartient à l’iléum, l'autre au colon. Ils ne laissent entr’eux qu’une petite ouverture, placée sur le repli du colon,

com-

[8) V. PI. y, iig. 2.

SUR LE BABYRUSSA.

comme sur un plan incliné. Par celte disposition il est impossible qu’aucune substance reflue du coecum ou du colon vers l'iléum. Le cæcum du Pécari a la même forme que celui dn Babyrussa, mais en racourci, et avec un capuchon renversé en arrière. Le cæcum du Tapir forme un sac d’une très-grande ampleur, terminé en pointe obtuse. Sa membrane muqueuse montre une grande quantité de plis, qui se coupent en divers sens, et qui lui donnent l’air d’une surface réticulée. Le cæcum du cochon au contraire est fort simple; il représente un sac oblong, trèsgrand et très-large, avec beaucoup de boursoufflures, mais sans capuchon ' terminé en pointe obtuse.

Le foie est séparé en un lobe droit et gaucho; le lobe droit est de- ' rechef divisé en deux, en sorte que l’on pourrait dire qu’il y a trois lobes au foie, deux externes et un moyen. Le moyen est divisé par une incision assez profonde, et montre une fosse, dans laquelle se trouve la vésicule du fiel. Ensuite il y a un peiit lobule do Spigel. La vésicule du fiel est oblongue et étroite.

La rate est assez grande et a une forme extrêmement allongée.

Ufl point d’organisat’on fort curieux est le grand développement de la glande parotide. Elle recouvre les côtés et la surface antérieure du cou, en s’étendant depuis l'oreille, le bord postérieur de la mâchoire inférieure et son angle, jusqu’aux 'épaules. Dans ce trajet elle est placée sur le muscle commun des extrémités antérieures, et se termine, en se prolongeant postérieurement, avec deux pointes, entre le muscle et le slerno-mastoïdien (9). Ce grand développement de la glande parotide est certainement en rapport avec la nécessité d’une assimilation de longue durée pour les racines et autres parties de végétaux, formant la nourriture du Babyrussa. Il se retrouve chez tous les animaux à diète végétale, comme

(9) Y. PI. II, fig. 1 /.

W. VROLIK, RECHERCHES D’ANATOMIE COMPARÉE

me chez le? Ruminants , les Rongeurs et surtout chez le Castor.

J’ai très- peu de chose à dire louchant les organes uropoiétiques, Les reins du Babyrussa sont modérément grands, sans être divisés en lobes, comme le sont ceux des Ruminants , des Phoques, de la Loutre , de V Eléphant, de Y Ours cet. Leur surface est au contraire tout à fait lisse. Il y a des glandes surrénales oblongues et fort grêles. La même surface glabre s’observe dans les reins du Cochon, du Pécari et du Tapir américain. Chez eux et chez le Babyrussa la vessie urinaire a une forme obîongue et ovale, que je remarque surtout chez le Tapir,

Les deux individus que j’ai disséqués du Babyrussa sont du sexe masculin. Les organes màîôs de la génération sont formés ccrnme ceux de la plupart des grands Mammifères herbivores. Les testicules ne me paraissent offrir rien de particulier; l’épididyme est îrè-développé et placé sous les testicules en guise de chapiteau renversé. Il n’v a point do vésicules séminales, mais bien une glande prostate, formée de deux lobes et composée d’une grande quantité do petits lobules.

Le pénis est long c! recourbé comme il l’est chez les Cochons. A sa base se trouvent deux longs muscles réfracteurs.

En terminant cette description anatomique, je crois pouvoir, comme conclusion générale, émettre mon opinion personelle, qui est que le Cochon, le Babyrussa et le Pécari forment un groupe séparé parmi les Pachydermes, et sont le passage do ceux-ci aux Ruminants. Tout ce que j’ai dit par rapport aux organes de la digestion, de la distribution du sang, et par rapport au squelette, me semble avoir démontré l’existence, et fait connaître les circonstances de cet enchaînement. D’un autre côté, il me parait hors do doute qu’ils se lient par le Tapir aux Pachydermes ci trompe , et qu’ils se rapprochent par quelques points d’organisation, des Carnassiers. L’élude do ces affinités me parait une des parties les plus intéressantes de l’histoire naturelle. Elle a été ébauchée il y a soixante ans par Hermann, mais, les progrès faits depuis ce temps dans l’anatomie comparée, font maintenant considérer celle partie de la science sous un tout

au-

SUR LE BABYRUSSA.

autre point de vue, et il serait à desirer qu’un second Hermann pût la traiter avec le même savoir, la même patience et le même génie que son illustre prédécesseur Le savant qui pourrait et voudrait entreprendre un tel travail, rendrait un vrai service à la science. Quant à ceux qui ne se sentent pas en état de supporter une telle charge, et je dois reconnaitre que je suis de ce nombre, ils n’ont certainement rien de mieux à faire que de rassembler les matériaux, qui plus tard pourront servir do base à une classification purement anatomique des animaux. J’espère qu’on me saura gré de ceux que je viens d’apporter dans ce mémoire, et je conclus en demandant si les trois animaux dont j’ai décrit l’organisation, ne devraient pas former trois genres Sus , Babyrussa et Dicolyles ? Je voudrais rapporter au premier le Sanglier, dont le Cochon domestique n’est qu’une variété, le Sus larvatus, Sus vittatus cet; au second le Babyrussa; au troisième le Pécari et le Tajassu.

Ex-

W. VROLIKj RECHERCHES D’ANATOMIE COMPARÉE

Explication des Planches .

La Planche première représente le cerveau du JBabyrussa , vu en dessus, en dessous et en coupe verticale.

Fig. 1. Le cerveau vu en dessus, principalement pour démontrer le

caractère particulier des circonvolutions.

a, a. 6, b. c, c. Circonvolutions supérieures de chaque hémisphère, divisées postérieurement en b, b. et montrant à leur partie antérieure une coupure transversale légèrement oblique c,c.

d, d. Circonvolution externe, propre aux Cochons, située au dessus do la scissure de Svlvius.

e, e, Circonvolution propre aux Cochons, placée entre la circonvolution externe et la circonvolution supérieure.

f, f. Circonvolution sus-orbitaire.

g. Cervelet.

Fig. 2. Cerveau vu en dessous, ou base du cerveau.

a , a. Lobes moyens ou lobes d’HiPPOCAMPE.

b, b, b, b. Démarcation profonde entre la partie supérieure et la base des hémisphères du cerveau. Comme chaque anatomiste pourra facilement apprécier les autres détails de cette figure, j’ai préféré ne pas la gâter on y mettant des lettres. Je les ai omises pour la même raison à la fig. 3, représentant l’hémisphère gauche du cer-

veau,

SUR LE BABÏRÜSSA.

veau, avec une coupe verticale du corps calleux, des corps quadrijumeaux, du cervelet et de la moelle allongée.

La Planche seconde démontre la dissection de la région cervicale du Babyrussa, afin de faire voir la situation exacte du sac aérifère nasal gauche, la disposition de la glande parotide et des autres parties de la région cervicale.

Fig. 1, Dissection de la région cervicale du Babyrnssa, afin de faire voir le grand développement de la glande parotide.

a. a. Muscle sterno-byoïdien,

b. Muscle sterno-masloïdien.

c. Trachée-artère.

d. d. Muscle mylo-hyoïdien.

e. Muscle digastrique.

/. Glande parotide.

g. Muscle masto-humerien.

h. Muscle cucullaire.

i. Muscle angulaire.

k. Muscle petit pectoral.

l. I. Muscle tenant lieu de muscle sousclavier.

m. Muscle scalène antérieur.

Page 1