‹ Recherches d'anatomie et de physiologie pathologiquesChapitre 1 sur 66 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

L’étude sévère de l’organisme, soit dans l’état sain, soit dans l’état malade, fait disparaître, tous les jours, l’instabilité des doctrines médicales , et prépare à l’art de guérir une place dans le rang des autres sciences physiques, dont il n’avait été éloigné que par les écarts de ces captieuses hypoth èses, qui ont pendant si long-temps exercé leur empire. Depuis quelques années , surtout, on a repris la marche tracée par Haller; on se livre, avec la plus vive ardeur, à la physiologie expérimentale, que l’on peut regarder comme le jalon du pathologiste. L’anatomie pathologique , qui, soit dit en passant , ne décèle que trop souvent le désir impatient des investigateurs, nous aide aussi a découvrir le siège de certaines lésions qu’on n'avait pas soupçonnées; elle confirme le diagnostic ; elle nous rend compte d’un

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grand nombre de phénomènes morbides étonnans, observés pendant le cours de la maladie; elle nous éclaire enfin, dans beau-

coup de cas, sur la cause immédiate et la nature des altérations organiques. Voilà 7 sans doute , une preuve irrécusable des services qu’elle rend à la science; mais , pour en retirer tous ceux qu’il nous est encore permis d’espérer , il faut la subordonner à l’observation clinique, et ne la mettre, dans aucun cas , en première ligne. Ainsi cultivé, ee paissant moyen d'investigation, éclairé par les lumières de l’anatomie et de la physiologie comparées , fournira et a même déjà fourni les plus brillantes richesses à la philo** Sophie et à la médecine.

M ais les affections particulières à chaque âge ont-elles suivi les progrès généraux ? Leur histoire est-elle également avancée? Le temps n’est pas bien loin de nous, ou les maladies des enfans étaient presque totalement négligées ou inconnues. Eh bien ! le croirait* on , aujourd’hui même Je langage en est extrêmement difficile à débrouiller; aussi

sommes-nous réduit à répéter avec M. le professeur Baumes : une bonne médecine enjantile est à créer encore .

Si Ton nous demandait quelle peut être la raison de l’imperfection de la science et de l’art, relativement aux maux qui viennent affliger cette partie si intéressante de l’espèce humaine , nous n'hésiterions pas à répondre qu'elle consiste dans la prédominance que l’on a si gratuitement accordée au cerveau. Cet organe , eu effet , est regardé comme prédominant dans l’enfance, parla plupart des auteurs. Cette opinion même fait écho de toutes parts ; tant il est vrai , comme l’a si bien dit Sénèque , que l’homme a plus de tendance à croire sur la foi d’autrui , qu’à examiner et à juger par lui-même. Ou devine aisément que les partisans de l’innervation , pour qui l’encéphale comme système nerveux supérieur est tout, la soutiennent avec une opiniâtreté inconcevable»

Considéré comme l’instrument, comme l’organe des qualités morales et des facultés

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intellectuelles, le cerveau est, sans doute, le

plus important, le plus noble de tous les organes, comme l’avaient établi les premiers philosophes de la Grèce ; mais ce n’est qu’in» sensiblement qu'il s’élève à cette dignité, c’est-â-dire , qu’on le voit non sécréter la pensée , comme le foie sécrète la bile , ainsi que l’a avancé Cabanis par le plus étrange abus des mots , mais être la manifestation organique de l’intelligence. Car si, comme l’a dit Démoerite , la force de l’esprit augmente avec la santé, et si, lorsqu’on est malade, on ne peut se livrer à la méditation f Epist. ad Hipp.J j il s’ensuit que cette même force augmente avec l’accroissement, et que l’âme ne peut exercer ses facultés tant que le corps n’exerce pas complètement les siennes. Un des écrivains les plus pn> fonds du siècle (1) a dit que l’âme est une intelligence servie par des organes : or, cette intelligence ne peut être parfaitement servie que lorsque les organes ont acquis le com~

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plémeîit de leur organisation. En faut-il davantage pour sentir combien on est peu fonde de vouloir que, dans la première période de la vie , où le cerveau , qui n’est pas encore arrivé a un assez haut degré de perfection , soit néanmoins prédominant; en d’autres termes, que l’enfant ait ses facultés intellectuelles très -développées ?

Cet âge est donc destiné principalement aux premiers développement des forces physiques. À cette époque , la nature , lorsqu’on ne viole pas ses saintes lois, dispose, arrange, consolide l’habitation de l’âme; et l’on sait que, pour mieux assurer son travail, elle n’embrasse pas deux choses à la fois; que ses actes sont toujours divisés , et qu’eiîe travaille successivement au perfectionnement de l’homme. Malheureusement cette marche est parfois intervertie : en effet, loinde veiller a ce que les organes puissent se développer le plus favorablement possible (car îa mesure de la vie, les fondemens d’une santé solide

ôu vacillante y sont spécialement contenus)^

on voit quelques personnes imprudentes ne s’occuper , pour ainsi dire, que de l’éducation morale de ces jeunes êtres; ne chercher qu’a faire briller leur esprit, sans songer à la grande influence que cette précocité exerce sur le physique, d’où résulte bientôt un défaut d’équilibre, source des plus grands maux.

Que l’on ne pense pas qu’en respectant les intentions de la nature , c’est-à-dire , en favorisant raccroissemeut , le développement du corps des enfans , leurs premières années soient entièrement perdues pour l’intelligence , sm-tout si les exercices auxquels ils se livrent sont surveillés par un maître habile, a N’imitez point l'avare, dit « R ousseau , qui perd beaucoup pour ne <( vouloir rien perdre ; sacrifiez , dans le <( premier âge , un temps que vous re- <c gagnerez avec usure dans un âge plus <( avancé.» Ce précepte est sur -tout de rigueur pour ceux dont le moral se développe d’une manière hâtive; ce qui annonce déjà un désordre dans les forces^ loin d’être un

signe de perfection morale ou physique, comme on se l’imagine.

Je ne prétends point qu’on doive donner à l’éducation physique plus qu’il ne lui est dû; je réclame seulement pour qu'on lui accorde la partie de considération qu’elle mérite , et à laquelle la Grèce dut le perfectionnement incontestable qu’elle communiqua a l’espèce humaine sous tant de rapports. Grâces soient rendues a M. Àmoros , pour avoir tiré de l’oubli et ramené parmi nous le goût de la gymnastique médicale , qui donne tous les jours les plus heureux résultats fi)l Puisse l’exemple de ce professeur distingué être imité dans toute la France!

À Dieu ne plaise que je veuille blâmer l’éducation morale; au contraire, c’est remédier à ses inconvéniens, et en multiplier les douceurs et les bienfaits. C’est une vérité qu’on ne saurait trop proclamer; elle doit

00 Conférez à ce sujet un traité de gymnastique medicale par M. Londe, et un excellent essai sur l’éducation physique des ,£nfans par M. Ratier,

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faire écho partout, parce qu’elle intéressé tout le monde. Toutefois, ce n’est que lorsque le moment du réveil de l’intelligence sera arrivé , que vous pourrez entretenir votre élève de ce que disent les métaphysiciens sur l’origine de nos connaissances , sur la dépendance, la liaison, la subordination et l’ordre des idées. Vous devez même auparavant l’occuper de tontes les sciences de sensations, comme des faits les plus saillans de la physique , de la chimie et de l’histoire naturelle. Le grand secret delà didactique, en effet, c’est-à-dire, de l’art d’enseigner , est de démêler la subordination des connaissances. Avant donc de parler de dixaines , sachez , comme le recommande très-judicieusement Dumarsais , si votre élève a idée de l’unité ; ne lui parlez des trois dimensions des corps que lorsqu’il saura ce que c’est que le point , la ligue , la surface; analysez-lui, en un mot, les idées composées, et faites-lui connaître les idées

simples qu'elles renferment ; sur-tout parlez

aux sens : 'a cet âge, l’entendement a besoin de leur ministère ; les goûts des enfans,

leur instinct de curiosité , ne laissent aucun doute à cet égard : un enfant n’hésite jamais dans son choix , si on lui présente Buffon ou une grammaire. En suivant cette méthode, il ne recevra point de notions fausses, d’impressions qui deviennent autant de modèles ^ difficiles a réformer dans la suite , et qui servent de règle dans l’usage que nous faisons de notre raison , ce frein de la force, cette lumière de l’esprit, ce bouclier de l’âme, ce guide du bonheur (t). Vous ne le verrez point étourdissant tout le monde par son babil, ne tenir ensuite que le dernier

(i) En effet, c’est par le? lumières 4e sa raison que l’homme s'élève au-dessus des autres êtres animés; qu’il en saisit les rapports, la dépendance; qu’il se voit placé au milieu d’une sphère immense dont le centre est partout , la circonférence nulle part ; qu’il se rapproche de la divinité, ne reconnaît de supériorité que la sienne, et en exerce véritablement une sur tout ce qui l’environne* A l’aspect des merveilles de la nature, il reconnaît, avec Pascal, que F homme est un néant à l’égard de l’infini , un tout à l'égard du néant , un milieu entre rien et tout . Et de la dernière mole-? ,cule de matière incapable de penser, il s’élève graduellement j,asqu’a l’être dont sa raison n’est qu’un,e émanation , son libre et entier exercice, le premier bienfait. Ainsi, sur sa tète, sous ses pieds, dans lyi, autour de lui, à la lueur de ce flambeau, 1 homme voit un ensemble et des détails admirables; partout il .découvrç l’empreinte delà main divine j partout il trouve grandeur., sagesse , proportion, harjmonie*

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rang dan&la société ; car, ne vous y trompez pas, presque tous ces enfans si précoces ne pensent que par emprunt , parce qu’ils n’ont pas appris à penser : ce sont des livres vivons , ou, pour parler le langage du monde, de petits perroquets , et pas autre chose. .

La nature ne peut donc mener de front le développement du corps et celui des facultés de l’âme. La crue précipitée de l’esprit s’oppose à l ’accroissemen t du corps. Convaincu de cette vérité, je ne saurais trop recommander aux parens de soumettre a un travail physique plus ou moins sévère les -en fa as qui, de bonne heure, se font distinguer par la précocité de leurs facultés intellectuelles ; c’est peut-être le seul moyen qu’il y ait pour arrêter et contrebalancer cette prédominance vicieuse. De quelle utilité d’ailleurs eût été, pour l’enfant, la raison de l’homme fait? Pour soulever des jouets , il ne faut pas le génie d’Archimède. Ce n’est donc pas sans motifs que le Créateur, dans son admirable sagesse , a donné à chaque âge, à chaque sexe > a chaque

circonstance de la vie humaine, les facultés physiques, intellectuelles et morales dont ils avaient besoin , et en a fait résulter des Jouissances ou des perfections de Pêtre.

11 eut été facile d’éviter l’erreur que nous nous proposons d’attaquer, si l’on eût considéré que, dans le fœtus, les organes digestifs sont, en quelque sorte, les premiers fo rmés ( l’embryon n’est d'abord qu’un abdomen ) , et dont l’existence est indispensable (i); que, dès la naissance, ils se trouvent seuls dans un état de perfection, et en rapport avec tous les besoins de l’organisme, rapport beaucoup plus énergique que dans les autres époques de la vie, et que réclament impérieusement la nutrition et l’excitation convenable de toutes les parties. Ainsi se trouve justifiée l’importance qu’on a toujours accordée a l’estomac. Il est, dit le Père de la médecine, dans le petit monde ce qu’est la mer dans le grand ;

(i) Dans les monstres par défaut , on peut voir manquer la tète? 3.e.Cûî ij le thorax et les membres, mais jamais l’abdomen entier»

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cc Maris habens facultatem j qui omnibus ce dat et ab omnibus accipit . )) Serenus Sammonicus assure qu’il est le plus puissant de tons les organes, et qu’il soutient leurs forces par son activité: aussi l’avait-on nommé le roi des viscères. Â l’exemple des anciens, Edward Miller ( S orne remarks on the importance of the stomack , etc. ) , Prost ( Méd. éclair, par V ouvert, des corps ) , et quelques autres auteurs ont confirmé par de nouveaux faits la suprématie de cet organe. Enfin, M. Broussais va jusqu’à le considérer comme le foyer exclusif des sympathies, comme un sens interne dont le siège serait dans la muqueuse gastrique: et pour nous servir d’une, phrase qui, dit-on, lui est familière, l’importance de ce viscère est telle, que la connaissance de ses maladies, ou plutôt celle de ¥ irritation gastrique, est devenue et sera à jamais la clef de la pathologie >

M. Broussais a très -bien mérité de la science et de l’humanité; mais en réduisant la pathologie à un principe unique, n’a-t-il

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pas franchi les bornes de l’observation ? Toutes les maladies peuvent-elles être identiques? Toutes ne sont-elles que des phénomènes varies de gaslro- entérites, soit aiguës, soit chroniques? Enfin, peut-on, dans l’état actuel de la science , rayer du cadre nosologique les fièvres dites essentielles? Nous ne le pensons pas; et c’est ce que nous nous sommes toujours efforcé de démontrer, soit dans le Cours de Pathologie médicale que nous faisons depuis quatre ans (i), soit dans un Mémoire couronné en 1824 par la Société royale de Médecine, Chirurgie et Pharmacie de Toulouse (2), C’est aussi ce qu’a prouvé , d’une manière péremptoire, le savant auteur des Lettres à un médecin de province .

Rien, sans doute, n’est plus intéressant

(1) Ces principes se trouvent bien de'veloppés dans une Thèse présentée à la Faculté de Médecine de Montpellier, le 3 août ï825 5 par un de nos élèves.

(2) Ce Mémoire que je me propose de publier incessamment avec plus de développement, a pour titre: Réflexions -philo so pniques sur l’inflammation et sur l’existence des fièpres dites es* senti elle St

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que de connaître le rôle important que jotï@ l’estomac dans l’économie animale; mais ce qu’il importe le plus , c’est de savoir a quelle époque de la vie il est plus disposé à s’affecter, a réagir avec plus d’activité, et quel est l’organe qui se trouve ensuite le plus rapidement influencé. On doit concevoir, d’après ce que nous avons dit plus haut* que c’est dans l’enfance que les organes digestifs sont plus susceptibles de devenir malades, en vertu de leur énergie fonction-» nelle, de l’irritabilité dont ils sont en quelque sorte saturés. L’expérience a, en effet* démontré depuis long-temps, que les altérations morbides d’un organe ou d’un système d’organes étaient d’autant plus fréquentes qu’ils étaient plus souvent mis en jeu, c’est-à-dire, qu’ils étaient d’autant plus sujets aux maladies que leurs fonctions étaient pins souvent répétées. Les nombreuses et promptes sympathies que ces viscères font naître tant dans l’état sain que dans l’état malade, s’expliquent aussi de la même manière.

II ne nous reste plus maintenant mih déterminer quel est l’organe qui se trouve te plus rapidement influencé , lorsqu’il existe mie affection quelconque dans le tube intestinal, et pourquoi il en reçoit les premiers effets, La solution de ces deux questions nous est donnée : i° par les liens étroits qui unissent les deux ventres supérieur et inférieur; 2° par la susceptibilité dont est doué le système nerveux encéphalique,.

Il est facile de prévoir que l’homme de l’art a dû, dans l’immense majorité des cas* prendre le symptôme pour la maladie, i’eîfet pour la cause. La mortalité si frequente dans le premier âge, est une conséquence rigoureuse de cette erreur. Or, ne craignons pas de le dire, ce n’est qu’en admettant îa prédominance des organes digestifs dans l’enfance; ce n’est qu’en suivaut une pareille marche qu’on peut espérer de dresser des jalons capables de nous guider dans l’étude de ses affections. Le travail que nous nous décidons à publier, mettra, je l’espère, ces propositions hors de doute.

Je n’ai point la prétention cîe donner un traité complet, c’est tout simplement un essai; et, en l’écrivant, mon but unique a été de faire connaître les résultats de mes lectures et de mon observation. Trop beu» reux si je peux éclaircir, sinon dissiper les ténèbres qui enveloppent les maladies des en fa ns ; rendre leur diagnostic plus facile, plus certain; et faire arracher à la mort quelques-unes de ses victimes! Epris de ce sentiment , je n’ai point comparé les forces avec les objets à mouvoir , les instrument avec les matériaux qui doivent entrer dans Fédifice. Une bonne volonté m’a séduit et m’a semblé devoir diminuer les obstacles et faire excuser les défauts»

d’anatomie et de physiologie pathologiques

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