OBSERVATION HT
Trois ans; anorexie ; malaise général; céphalalgie ; douleur abdominale; nausées; \o\x croup ale ^ menaces de suffocation» strabisme ; coma; symptômes très-prononcés d’hydrocéphale aiguë ; oppression extrême ; mouvemens convulsifs ; roideuç tétanique; mort le quatrième jour. — Gastro-entérite • six gros vers lombrics dans V estomac ; quantité considérable de vers Qscarides lombricoides dans le tube intestinal *
Eugénie Delon , âgée de 3 ans , d’un tempérament lymphatico-sanguin , était soumis^ depuis quelques jours à un traitement anti-dar-* treux , lorsque le s3 juillet dernier elle fufr éveillée dans la nuit par une céphalalgie intensc.t
et par de violentes quintes de toux sèche Ÿ rauque, accompagnée d’efforts considérables.
Le 24 juillet, à six heures du matin, je fus prié de la voir. Ses parens m’apprirent que depuis trois jours elle avait témoigné du dégoût pour les alimens, et s’était plainte d’un malaise général, mais plus particulièrement de douleurs dans les cavités abdominale et encéphalique, Soumise à mon examen , la malade m’offrit les phénomènes suivans :
Nausées ; voix aigue , glapissante ; toux bruyante , convulsive; inspiration pénible , sifflante; expiration sourde , profonde ; cris et agitation , si l’on presse la région du larynx ; menaces de suffocation ; douleur de tête très-vive , la malade y porte souvent la main ; tendance à l’assoupissement ; strabisme ; face animée ; impossibilité de sortir la langue ; abdomen douloureux à la pression ; selles en dévoiement. Ces derniers symptômes fixèrent peu mon attention ; elle se porta toute sur ceux qui dérivaient de la région du cou , et qui me faisaient craindre le croup,
( Dix sangsues au cou ; frictions avec le Uniment ammoniacal ; sirop d’ipécacuanha |iij ; eau d’orge oxymelée pour boisson ; sinapismes aux pieds. )
A trois heures, coma ; bouffissure de la face? qui est tantôt pâle , et tantôt colorée ; sigiies
très - prononces d’hydrocéphale aiguë ; persis-^ tance de la toux , de l’enrouement et de la douleur.
A neuf heures du soir , augmentation de tous les symptômes ; oppression extrême ; mouvemens convulsifs ; roideur tétanique.
( Deux sangsues sur la région antérieure du cou ; mêmes frictions ; vésicatoire à la nuque ; quatre sinapismes , deux aux cuisses et deux aux jambes ; looch blanc avec un grain de kermès.)
Mort à quatre heures du matin.
Ouverture du cadavre faite quinze heures après la mort.
Corps. Habitude pâle et un peu infiltrée.
Tête. Rien dans le cerveau.
Poitrine. Larynx et trachée-artère parfaitement sains. Poumons dans l’état normal ; un peu de sérosité dans la plèvre et le péricarde.
ylbdomen. Membrane muqueuse de l’estomac d’un rouge très-foncé , contenant six gros vers lombrics ; le tube intestinal, phlogosé dans la plus grande partie de son étendue , était rempli d’une quantité considérable de vers ascarides lombric oïdes.
Réflexions. Cette observation est on ne peut pas plus remarquable : elle nous offre à la fois
tous les symptômes caractéristiques du croup et ceux d’une affection cérébro-abdominale. Mais, frappé par l’intensité des premiers, je n’hésitai pas long-temps sur le choix des remèdes* Ou le croup était imminent , et il fallait le prévenir ; ou il était déjà déclaré , et il fallait l’attaquer avec énergie : c’est ce que je fis. Nous le vîmes néanmoins persister malgré le traitement mis en œuvre. Le danger s’accrut encore par l’apparition de tous les symptômes de l’hydrocéphale aiguë, symptômes dont la prédominance voila entièrement ceux de la maladie abdominale. A cet aspect , je porte un fâcheux pronostic , qui ne tarde pas à s’accomplir. A quatre heures du matin, la mort avait déjà frappé sa victime. Quel fut notre étonnement de ne trouver, à l’ouverture du cadavre, rien dans le cerveau , rien dans le larynx , rien dans la trachée-artère , rien dans les poumons, qui pût nous rendre raison des symptômes qui s’étaient présentés d’une manière si grave , si alarmante ! Or, à quelle cause , sinon à la gastro-entérite et à la présence des vers , rapporter la marche anomale et prothéïforme de cette maladie ? Il est donc bien démontré qu’un traitement anti-phlogistique 2 dirigé sur le tube intestinal , combiné avec les anthelmin tiques , aurait pu seul arracher à la mort la malade qui fait le sujet de cette intéressante observation*