OBSERVATION II
Trois ans ; bronchite légère; ente'ro-colite ; he'morrhagie , suite de l’application des sangsues; symptômes cérébraux ataxiques qui durent soixante heures et se terminent par la mort. — Entérite .
(Scan , ouv. cit,')
Elisa Landry, âgée de trois ans, apportée a rhôpital des Enfans le 12 novembre 1824 , paraissait souffrante , et avait eu depuis quelque temps des vomissemens, du dévoiement et de la. toux.
Le i3, à la visite, la peau est fraîche , le pouls peu développé (120) , la langue est humide et rose dans sa partie antérieure , recouverte d’un enduit grisâtre vers sa base ; le ventre est douloureux au toucher ; la nuit dernière elle a eu une évacuation demi-liquide , et a rendu un ver ; elle a été cependant assez tranquille et aurait bien reposé , sans la toux qui est assez fréquente. La poitrine examinée , on perçoit partout la respiration sans râle.
Diagnostic. Gastro-entérite , bronchite légère.
(Solution de gomme arabique, julep gommé, huit sangsues sur le ventre.)
Le sang coule abondamment ; le soir, la. ma*lade n’eut pas de fièvre et toussa peu.
INuit tranquille , pas d’évacuatiorn
Le 1 4 7 amélioration , ventre peu douloureux même prescription , sauf les sangsues.
Dans la journée , les plaies des sangsues fournissent spontanément du sang en assez grande abondance ; le soir , la petite malade paraît accablée.
Le i5 au matin, peau du tronc peu chaude ; pouls ( 1 36) petit , compressible ; décubitus sur le dos ; tête fortement portée en arrière, roideur et contraction permanentes des muscles de la partie postérieure du tronc et du cou ; yeux fixes, pupilles légèrement oscillantes ; mâchonnemens,
déglutition presque impossible en pinçant la peau , on n’excite ni cris ni plaintes. M. Guersent regarde ces symptômes comme ataxiques , se fondant sur leur apparition brusque à la suite d une perte de sang assez considérable , sur le froid des extrémités.
.( Deux vésicatoires aux Jambes. )
Aucun changement dans la journée. Dans la nuit , une évacuation de bonne nature.
Le 16, peau naturelle; pouls petit, serré (i4o); trembîemens dans les membres supérieurs ; roideur des muscles de la partie postérieure du tronc ; oscillation peu marquée des pupilles ; strabisme interne de l’œil droit. Soulevée sur son lit , la malade cherche à avaler de sa tisane, mais la déglutition paraît horriblement pénible et provoque la toux. ( Sinapismes aux cuisses. ) Pendant le jour ces symptômes persistent , la peau se réchauffe un peu ; le soir , la roideur est moindre , affaiblissement graduel ; mort, le 17 , à cinq heures du matin , soixante heures après rapparition des symptômes cérébraux.
Examen du cadavre cinquante heures après la mort.
Bonne conformation , embonpoint marqué.
Jippareil sensitif interne. Les vaisseaux des méninges ne contiennent que peu de sang ; l’a-*
rachnoide est humide , transparente , non épais-* sie ; légère infiltration de sérosité dans Je tissu sous-arachnoïdien ; les membranes se détachent avec facilité ; les deux hémisphères sont parfaitement sains et fort consistans , un peu injectés ; les ventricules contiennent quelques gouttes de sérosité limpide ; il n’existe aucune trace de ramollissement des parties moyennes ; les membranes de la base sont parfaitement saines ; le mésocéphale et ses prolongemens , le cervelet et la moelle allongée sont très-fermes.
Le prolongement rachidien a à sa partie supérieure une consistance remarquable ; on n’y observe ni injection, ni changement de couleur; les membranes rachidiennes sont dans l’état normal.
Appareil respiratoire . Parfaitement sain , à l’exception d’une petite portion du lobe inférieur, droit , qui est fortement engouée , et de quelques ganglions bronchiques gonflés et tuberculeux dans leur centre.
Appareil circulatoire. Dans l’état normal.
Appareil digestif, Œsophage sain , estomac revenu sur lui-même ; sa muqueuse , fortemei# ridée, grisâtre, présente vers le pylore une plaque de pointillé rouge , elle n’est d’ailleurs ni épaissie ni ramollie; les deux tiers supérieurs de l’intestin grêle contiennent des matières bilieuses et ne
paraissent nullement malades ; leur dernière portion est assez fortement injectée ; des plaques boursoufflées , rougeâtres, s’y rencontrent ; elles sont formées par un épaississement considérable du corps muqueux. Dans quelques points , ce dernier présente des plaques jaunâtres , formées par une matière analogue â du pus, infiltrée dans son épaisseur ; ceci se remarque surtout vers la valvule. Les gros intestins , revenus sur euxmêmes, sont parfaitement sains ; on ne rencontre aucun ver dans le tube digestif.
Autres viscères abdominaux sains.
Héjlexions. Cette observation a tant de ressemblance avec la précédente , que je n’ai voulu les séparer par aucune réflexion intermédiaire. Si nous les examinons toutes deux , nous voyons qu’elles confirment les relations intimes , immédiates, qui existent entre l’abdomen et l’encépbale. Effectivement > on remarque, dans la première, une entérocolite qui détermine l’assoupissement , et des symptômes que M. Guersent caractérise d 'ataxiques , et qui auraient pu faire croire , à des observateurs peu attentifs , qu’ils étaient l’expression d’une affection cérébrale. La seconde nous présente une entérite qui donne lieu également à des phénomènes non moins susceptibles d’induire en erreur; et cepen-
<3ant , dans l’une comme dans l’autre , l’autopsie cadavérique ne fait voir que des altérations dans la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins. Le cerveau et ses annexes sont dans l’état normal par excellence.
Dans d’autres circonstances , les affections abdominales déterminent des symptômes encéphaliques tellement intenses, qu’on est porté à admettre tantôt une méningite , tantôt une hydrocéphale aiguë , tandis qu’à l’ouverture du cadavre on ne trouve aucune lésion dans le cerv eau ; les organes digestifs présentent seuls des altérations organiques. Les observations suivantes en sont une preuve manifeste.