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OBSERVATION XXIII

Quatre ans; convulsions; somnolence; ventre tendu, douloureux; selles glaireuses. — Expulsion de plusieurs vers lombrics et asca* rides ; disparition de tous les symptômes ; convalescence le qua* Ümeme jour de la maladie .

( Chalupt, ouvrage cité,')

Au mois de juin 1820, je fus mandé auprès d’un enfant blanc, âgé de quatre ans, peu de ni 0 mens après qu’il eût été soumis à une convulsion qui avait duré plus de six minutes. Cet enfant , uialade depuis trois jours , était dans un

état fébrile accompagné de chaleur et de sécheresse à la peau , et d’une somnolence marquée. Les parens avaient administré , des le principe , du sirop dit de Brinvilliers» Quelques jours avant d’être alité , le petit malade allait fréquemment à la selle ; les matières fécales étaient blanchâtres, et parfois semblables à de la bouillie. A mon arrivée , pouls très-fréquent , serré et petit ; ventre légèrement tendu ; les yeux offraient peu de vivacité ; les pupilles , plus dilatées que dans l’état naturel , étaient peu mobiles ; la langue était blanchâtre , l’haleine de mauvaise odeur. L’enfant restait peu de momens à la même place , et se plaignait souvent du ventre où il portait la main. Les urines étaient limpides.

(Potion avec assa-fœtida 3 [3, camphre gr. vj ,* eau de camomille % iv ; limonade , frictions huileuses camphrées sur le ventre , lavemens avec camomille et éther.)

Une heure après , convulsions qui durent dix minutes. Le reste de la journée et la nuit agitation moindre ; disposition au sommeil ;; abdomen moins tendu.

Le lendemain matin , potion huileuse avec addition d’acide citrique et quelques gouttes d’éther. A midi , plusieurs selles glaireuses 7 d’une odeur fade , dans lesquelles ou trouvé

plusieurs vers lombrics et quelques ascarides vermiculaires. Dans le reste du jour , état tranquille , moins de somnolence. Le soir , lavement comme le précédent.

3e Jour. Il y a eu la nuit dernière quelques mouvemens convulsifs ; le malade s’est plaint de nouvelles douleurs au ventre ; sommeil interrompu ; soif vive ; l’abdomen est moins souple. {Meme prescription que la veille. )

Dans l’après-midi , nouvelle sortie de quatre .vers lombrics d’une longueur considérable , et d’une couleur rougeâtre. Dès -lors disparition de tous les symptômes ; retour à la gaîté et aux jeux ordinaires. La nuit suivante a été bonne.

4e Jour. Convalescence ; usage des amers.

OBSERVATION XXXVr

Douze ans ; crachotement continuel; contraction des niuscles du visage et des yeux; agitation continuelle des bras et de la télé; convulsions atroces; perte momentanée de la vue, de l’ouïe et de la parole; douleur épigastrique; respiration courte , très-» pénible; surdité, mutisme passagers; opistholonos ; emprosthotonos ; roideur dans les membres; délire; contraction des muscles masticateurs et de l’épine; tumeur volumineuse, dure et ^mobile dans la région iliaque gauche ; mouvemens spasmodh» ques des muscles du bas-ventre. — T./ usage des anthelminihicj ues long-temps continué triompha enfin de tous ces accidens.

(Observation de ftl. Houzelot , chirurgien en chef des Hospices civil et militaire de Meaux, etc. ; voy. Journal général de médecine ^ etc. y 8e année j t. JéJX. , p. 353 et sec].')

'Pierre né de parens sains i âgé de i%

ans , en avait passé dix, dans une parfaite santé,' qui ne fut altérée ni par l’éruption de la variole ni de la rougeole, lorsqu’en juin de Fan 'i 798, les symptômes suivans se firent remarquer : crachotement continuel; blancheur de la langue; visage alternativement pâle et animé; bouche souvent pleine d’eau ; mouvement des ailes du nez; contraction des muscles du visage et des yeux; serrement de poitrine: agitation continuelle des bras et de la tête ; com ulsions légères.

Le ier novembre 1799 , perte subite des sens ; membres flexibles ; bouche légèrement écumeuse ; le soir, ensoupant, cécité momentanée , quoiqu’en parfaite connaissance. Un médecin consulté ne vit qu’une simple maladie nerveuse , qu’il caractérisa même d’épilepsie , suite d’une frayeur légère que le malade avait eue six mois auparavant. Il prescrivit les anti-spasmodiques qui ne produisirent aucun effet. Un violent purgatif anthelminthique fit cesser tous les accidens, qui se renouvelèrent au mois de juin suivant. Alors, perte momentanée de la vue, de l’ouïe , de la parole ; sentiment d’oppression à la poitrine ; convulsions ; enfin , les symptômes nerveux les plus forts. Quelques purgatifs administrés provoquèrent l’évacuation d’une énorme quantité de matières stercorales noires et extrêmement fétides. Les

accidens Sè Calmèrent un peu jusqu’au 20 fé-. yrier 1801.

Ce fut à cette époque que Ton appela M. Houzelot, qui fit les remarques suivantes sur l’état du malade: couleur du visage changeante; demi-cercle noir sous les yeux ; démangeaison du nez ; douleur vers h épigastre ; maigreur générale; mouvement d’ondulation dans l’estomac; mobilité des ailes du nez, des muscles du visage, des yeux ; langue blanche ; selles laborieuses. Le soir du meme jour, il y eut perte de la parole ; respiration courte et très-pénible : le malade indiquait par signes qu’un poids énorme l’empêchait de parler et de respirer. Ces accidens disparurent un instant, pour être bientôt suivis de violentes convulsions dans les muscles du bras. Après l’accès , le malade assura qu’avant son invasion il avait senti quelque chose remuer dans son estomac , et qu’une seconde après il avait perdu la parole. De légers caïmans procu* rèrent une assez bonne nuit.

Le 21 février au soir, quoique par¬

faitement tranquille , perdit la vue , dont il recouvra bientôt l’usage pour devenir sourd. Cette surdité disparut aussi , et une aphonie eut lieu avec étouffement. Le malade fut un instant successivement aveugle , sourd et muet : des coms ■valsions atroces succédèrent à tous ces symp-

tomes singuliers. Les muscles de l’épine se contractèrent tellement, que le tronc se renversa en arrière. Ces muscles se relâchèrent pour obéir à la force de contraction de leurs antagonistes , qui , à leur tour , courbèrent le tronc en avant. La langue sortait de la bouche ; les yeux étaient contournés et les bras roides ; les fesses touchaient les pieds ; enfin , le pouls petit, fréquent , la respiration très-courte faisaient craindre que le malade ne succombât à la violence des accidens.

Comme ce jeune homme rejetait tout ce qu’il prenait, M. Houzelot lui fit respirer l’ammoniaque, et vit tous les symptômes cesser comme par enchantement. Une potion calmante et l’opium donné à très-forte dose procurèrent du repos pendant la nuit suivante. La rémission des symptômes , suite de l’administration des anthelminthiques, fit préjugera M, Houzelot que les vers étaient la cause essentielle de tous ces accidens ; néanmoins cette opinion ne fut pas goûtée.

Hans la matinée du 22 février , les accidens reparurent avec une violence extrême , et la tête fut la partie affectée. Souvent l’affection cérébrale diminuait pour se porter sur les muscles de la langue qui sortait considérablement de la bouche. Il y avait déjà trois heures que

cet état durait , lorsqu’on fit respirer avec succès l’ammoniaque, et le malade dit qu’avant l’invasion de l’accès ,■ il avait senti remuer quelque chose dans son estomac , et un picotement à la vérité peu sensible.

Malgré ses pressantes instances auprès des paréos, M. Houzeiot ne put jamais obtenir qu’on fit succéder aussitôt les anthelminthiques aux anti-spasmodiques, sur l’usage desquels le premier médecin consultant ne cessait d’insister4 Le a3 février, le malade fut en danger de perdre 3a vie : les accidens augmentèrent à un tel point que la cécité, la surdité, l’aphonie, la sortie de la langue r les convulsions générales ne furent point les symptômes les plus alarmans. La contraction des muscles de l’épine dura trois heures ; la bouche était fermée , les muscles masticateurs tellement contractés qu’on fut réduit à faire avaler, a l’aide d’un biberon , quelques cuillerées d’une potion calmante. Cette fois , l’ammoniaque fut sans effet : le malade ne prenait rien depuis quatre jours ; il était près de succomber.

Le 24, un consultant fut enfin accordé ; la maladie vermineuse parut d’une existence si évidente , que l’on prescrivit sur-le-champ une forte décoction de sernen conirà, de coraline de Corse, d’absinthe, avec addition d’eau de fleurs d’oranger, une infusion de fleurs de tilleul^

£>t des pilules faites avec le muriate de mercure doux et le semen contrà.

Le 25 , point de rémission dans les symptômes, qui furent moins vio! eus le 26. Alors deux selles avec deux vers lombrics ; convulsions generales et partielles. Le 27 , quinze lombrics vivans et ires-gros furent rendus. Diminution marquée des accidens, mieux très-prononcé ; dans l’espace -de sept jours, on obtint 55 lombrics vivans et 28 morts.

Le 7 mars, on observa un autre ordre de symptômes : le ventre devint le siège de la maladie. Les muscles des parois de cette cavité entrèrent dans une convulsion générale si violente, qu’ils s’élevaient et s’abaissaient alternativement de six pouces au moins. Cet état dura trois heures. En palpant l’abdomen, on découvrit une tumeur assez volumineuse , dure et mobile dans la région iliaque gauche. On appliqua sur tout le bas -ventre un cataplasme composé d’ail, d’absinthe, de ta naisse. Les convulsions locales furent attribuées à la présence d’un peloton de vers qui irritait le tube intestinal , et qui occasionnât sympathiquement les convulsions des muscles du bas-ventre. Ces accidens reparurent pendant trois heures dans la nuit du 7 au 8. Le malade évacua par les selles, quinze lonjhrics et une quantité considérable de

matières noirâtres. Un purgatif assez violent* prescrit le lendemain , procura des évacuations copieuses , noires , fétides et chargées d’une quantité énorme de vers pourris : on distingua, de plus , quarante lombrics (i). Depuis cette époque jusqu’au io avril, les anthelminthiques furent continués : le malade, purgé six fois, rendit encore quinze vers et des matières qui contenaient les débris de beaucoup d’autres.

Depuis le io avril, M*** • paraissait radicalement guéri, lorsque, dans la irc quinzaine d’août, il reparut quelques légers indices de la présence des vers. Les et i5 août, convulsions ; démangeaison du nez ; mouvemens spasmodiques bien marqués des muscles du bas-ventre. Les 22 et 2 3 août, perte de la vue, de fouie , de la parole. Tisane et pilules anthelminthiques ; soupçon de la présence d’un ténia ; prescription du remède de M® Nouffler* Mieux prononcé dès la première prise ; accidens dissipés presqu’à l’instant. Ce remède , repris encore trois fois, n’a fait rendre que 3o lombrics. Le malade a été purgé six fois ; il a continué les anthelminthiques, et le traitement fut

(1) De ce nombre, il s’en trouvait un de dix pouces de long, gros comme le doigt annulaire d’un adulte, recouvert de poils très-courts visibles à la loupe, et de couleur noire.

termine par Posage du quinquina uni aux martiaux avec tant de succès, que, ie 20 octobre i8o3 , le malade n’avait plus rien éprouvé depuis le mois d’août 1801. Néanmoins les vermifuges, combinés avec les purgatifs, furent encore administrés de temps en temps.

Réflexions. Il est rare de lire une observation plus importante par ses détails et par ses résultats ; elle pourrait sans doute fournir matière à plusieurs réflexions, mais nous nous bornerons à faire remarquer que l’on eût prévenu beaucoup d’accidens , qui , par leur anomalie et leur intensité , firent courir de très-grands dangers au malade, si les anthelminthiques eussent été plutôt mis en usage. L’exemple suivant ,! que nous lisons dans la gazette de santé (1),; est aussi très-curieux. Un enfant de 1 1 ans , demeuré stupide dès son bas âge , à force d’étre tourmenté par les convulsions, retrouva la santé et l’intelligence dès qu’il eut évacué une grande quantité de vers, après s’être empoisonné avec une demi-pinte de couleur, composée d’oxide de plomb gris, d’huile de lin et de noir de fumée.

(x) Année 1771 , no Ilh

Les deux observations précédentes ,. qui ont entre elies la plus grande ressemblance , montrent que la présence des vers dans le tube intestinal était la seule cause des convulsions ; car, du moment que ces vers furent expulsés , elles cessèrent tout-à-coup.

Ces faits, auxquels il nous serait facile d’en joindre d’autres , nous servent à résoudre la question extrêmement importante sous le rapport clinique, de savoir si l’état vermineux peut être considéré comme constituant une affection essentielle , ou bien s’il doit toujours être regardé comme symptomatique. Sans doute, il arrive très-souvent que les vers sont un simple épiphénomène que l’on peut combattre , d’une manière indirecte , en attaquant la cause dont ils dépendent ; mais n’y aurait - il pas de la mauvaise foi à porter ce jugement sur les cas dont il vient d’être question ? La guérison immédiate, qui a toujours suivi l’expulsion de ces animaux parasites , ne permet pas, en effet , de révoquer en doute l’existence d’un état vermineux essentiel. Toutefois, si ces observations particulières, quelque concluantes qu’elles soient , n’étaient pas suffisantes pour faire naître une conviction entière , nous citerions les histoires générales d’épidémies vermineuses que nous

ont laissées Yicussens (i) , Du Saulsay (2) j Foréest(3), Boërhaave (4), Morgagni (5), \ ancien -Boscli (6) , Menuret (7) , Lepecq - de - la- Clôture (8) , etc. ; alors on ne résisterait plus, à cet ensemble de preuves.

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