OBSERVATION XXVIII
Oppression de poitrine; coloration cyanique; muguet; coryza ; dévoiement abondant ; voracité; marasme complet; mort le trente-neuvième jour. — Gastro-entçro-colite devenant chronique 9 successivement avec muguet , coryza } ophthalmie et irritaiwfy cérébrale*
(Denis, ouv. et/., ois» y® , p» 125.)
Rainberville (Annette) , immatricule n° . . . . 4 ‘âgée de quelques jours , est reçue le 29 décembre 1822 ; elle présente une flaccidité extraordinaire des chairs , une respiration difficile avec menace d’étouffement , et une coloration cyanique. Le ventre est volumineux et la tête fort petite ; le tissu cellulaire sous-cutané, très-abondant, est comme une pâte molle. On est obligé de tenir l’enfant debout pour l’allaiter , afin d’éviter l’asphyxie.
Le i3 janvier, léger muguet.
Le 16, respiration nasale embarrassée; coryza. (Jusqu’alors bains simples, tilleul go mm. édulc. , looch gomm. )
Le 21 , les paupières s’enflamment , plus de muguet ni de coryza» ( Collyre avec le suif, de zinc.) Alors amaigrissement progressif. (Infusion aromatique de serpolet, julep avec sirop de quinquina demi-once. Pour alimens, un peu de lait de chèvre coupé avec l’eau de salep. )
Le 27, dévoiement, décomposition des traits; face de vieillard repolissante quand l’enfant crie.
Le ier février, dévoiement abondant, appétence singulière des alimens , voracité.
Le 5 , marasme complet, calme, face hippocratique très - blanche , dévoiement séreux continu.
Le 6 , mort.
Autopsie cadavérique.
Coloration violette. Estomac et intestin grêle : altération blanche , molle , avec exsudation crémeuse , et quinze plaques gaufrées , pâles. Mésentère : ganglions blancs, opaques, volumineux. Gros intestin : développement des follicules avec altération blanche , molle. Foie: pâle; un peu de bile brune. Cœur : ses ouvertures fœtales fermées. Encéphale : sa substance fortement injectée ; Faradhnoïde ventriculaire trèsépaisse , injectée ; fluide roux dans les ventricules. Feux: conjonctives granulées, sans couleur.
Réflexions. Cette observation nous offre un de ces phénomènes qui peuvent faire méconnaître Fexistencc de 3a gastro-entérite , je veux parler de cette voracité qu’a montrée la jeune Ilainberville vers la fin de sa maladie. Sans doute Fanorexie est un signe presque constant de la
souffrance de l’estomac ; mais on ne doit pa$ perdre de vue que , dans la gastrite chronique , il est des malades qui éprouvent une faim dévorante , et qui, en prenant beaucoup d’alimens , parviennent à diminuer momentanément l’état de malaise, souvent indicible, qui les tourmente. Ne peut-on pas regarder la voracité de cette enfant comme indiquant le passage de l’état inflammatoire aigu à l’état chronique? Il arrive aussi -que , lorsque la membrane muqueuse de Feston mac est profondément lésée , ou que le cerveau ne répond plus à la stimulation exercée sur lui par ce viscère, le désir des alimens est alors tel qu’il paraît insatiable : c’est là , n’en cloutons point, la source de beaucoup d’erreurst
Ici , comme dans le cas précédent , on voit un exemple d’altération blanche ; seulement à cette altération venaient se joindre quinze plaques gaufrées, qui , ainsi que le prouve l’inspection anatomique, ne sont que l’épaississement des plexus de Peyer. M. Cruveiihier considère ces plaques , au contraire , comme des cicatrices d’ulcération (i) ; mais rien, et, en cela, je suis de Y 'avis du docteur Denis, ne justifie cette manière de voir. Si l’on détache la muqueuse gaufrée des tissus sous-jacens , on éprouve parfois de la
(0 Ouv. cit. , pag. x de l’avant-propos;
difficulté à en opérer la séparation ; ce qui dénote l’adhérence qui s’est établie à l’altération par la participation de toute l’épaisseur de l’intestin.
Les altérations encéphaliques sont encore dans ce cas plus considérables.