‹ Recherches d'anatomie et de physiologie pathologiquesChapitre 51 sur 66 · OBSERVATION XXX VL · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXX VL

Quatre ans et demi ; anorexie; douleurs abdominales; votnîsâcmens ; céphalalgie ; expulsion d’un grand nombre de vers lombrics à diverses reprises; niouvemèns convulsifs; évacuations alvines copieuses; ventre dur, tendu ; phlegmon au-dessous de T oreille droite; guérison. — Rechute: symptômes d’affection vermineuse et d’irritation abdominale; cris hydrocéphaliques; aphonie; coma profond; mouvemens convulsifs du côté droit; paralysie du côté gauche; mort le 22e jour. — L’abdomen ne fut pas' ouvert à cause de la. décomposition trop prononcée à l’extérieur ; adhérence de la dure-mère au crâne • épanchement de sérosité dans les ventricules et dans le canal vertébral.

{Matthey, Mémoire sur l’hydrocéphale y observ. 20 , p . 212. )

La fille Roy , âgée de 4 ans et demi , fut , dès son bas âge , sujète aux douleurs de ventre et aux vers.

Après une chute légère sur la tête , elle perdit la gaîté et l’appétit ; elle eut de fortes douleurs d’entrailles, des maux de coeur, des vomissemens. Je vis la malade un mois après rapparition de ces symptômes (21 février i8o4) : elle avait la face blême , les yeux éteints ; le pouls fréquent , peu développé ; elle se plaignait particulièrement de la tête ; le ventre était souple , un peu douloureux lorsqu’on le pressait fortement avec la main. Elle avait rendu par la bouche et par l’anus un grand nombre de vers lombrics , à diverses reprises.

(Calomel ctjalap.)

22. Evacuations alvines copieuses ; point de vers ; légers mouvemens convulsifs dans la soirée.

(Lait et eau de tilleul.)

20. Memes symptômes ; on a trouvé un ver lombric desséché dans son lit.

(Sirop vermifuge, infusion de petite absinthe.)

Du 24 février au 9 mars, les symptômes allèrent graduellement en s’améliorant ; les convulsions avaient cessé de se manifester depuis le ier mars, mais le ventre était resté dur et tendu.

Le 10 mars, l’enfant demande à se lever.

Le 12, l’appétit-, les forces, la gaîté reviennent ; large phlegmon au-dessous de l’oreille droite ; ventre souple.

Dès-lors , jusqu’au 29 , la malade fut en pleine convalescence ; le phlegmon s’abcèda et fut méthodiquement pansé jusqu’à parfaite guérison : l’appétit devint excessif; l’enfant sortait chaque jour et se livrait à tous les exercices , à tous les jeux de son âge, mais ses mouvemens de joie avaient une apparence convulsive.

Le 3o mars. Rechute. Symptômes d’affection yermineuse et mal de tête ; assoupissement.

( Calomel et jalap. )

4 Avril. Symptômes aggravés ; agitation du-* rant la nuit ; refroidissement de toute la surface du corps ; douleurs de ventre ; abdomen tendu ; ténesme ; membres douloureux ; pouls fréquent.

(Lavemens émolliens, émulsion huileuse, huile de ricin , fomentations tièdes sur le ventre. )

Jusqu’au 16. Evacuations alvines copieuses,1 vertes , fétides ; ventre très-tendu ; mouvemens convulsifs.

(Solution de gomme adragant, acidulée par le jus de citron. )

Le 17. Evacuations modérées ; un ver lombric ïnort ; point de convulsions.

Le 19, à huit heures du soir, selles involontaires, blanchâtres ( comme dans la jaunisse ) ; assoupissement; mouvemens convulsifs des yeux; pupilles légèrement dilatées , oscillantes ; cris hydrocéphaliques ; traits du visage fort altérés ; le ventre paraît fort sensible au toucher.

(Bain tiède, vésicatoires, potion éthérée.)

Le 21. Perte de connaissance ; aphonie ; coma profond ; yeux contournés dans l’orbite; pupilles très - dilatées ; mouvemens convulsifs du côté droit 7 paralysie du côté gauche. Le soir, mort.

Autopsie cadavérique.

Tête . Adhérence de la dure-mère au crâne ; épanchement de sérosité dans les ventricules et dans le canal vertébral.

Le tissu du cerveau était sain.

Poitrine. Poumon et cœur dans l’état naturel.

L’abdomen ne fut pas ouvert, à cause de la composition trop prononcée à l’extérieur.

Réflexions. Il serait, ce me semble , difficile d’admettre que l’hydrocéphale aigue dépend ici d’une autre cause que de l’irritation intestinale. Mais, dira-t-on, celte chute sur la tète ne doitelle pas en être regardée comme la cause véritable , la cause efficiente? La perte de la gaîté et de l’appétit, les douleurs d’entrailles, les maux de cœur et les vomissemens, ne prouvent -ils pas en effet que l’affection abdominale est purement sympathique? Cette objection, plus spécieuse que solide , repose sur des données si équivoques , qu’elle ne saurait résister à l’examen même le moins sévère. Tout semble concourir à sa destruction: et l’âge de la malade, et les douleurs de ventre, elles vers qui la tourmentaient. Cette chute , fort légère d’ailleurs , n’est survenue qu’après qu’on eût reconnu et constaté les symptômes dont nous venons de faire l’énumération. Pourquoi alors ne pas la considérer comme une cause seulement prédisposante? Yoilà son véritable rôle. On a beau torturer le fait , elle n’en a point joué d’autre. Ce qui le prouve, c’est que M. Mattbey ne vit la malade qu’un mois après cet accident ; et il est à remarquer que , pendant ce long intervalle , elle ne s’est jamais

plainte de la tête. Or , je demande si le cerveaiî dont la sensibilité est portée à un si haut degré, serait resté 3o jours sans exprimer ses souffrances? S’il n’est pas, au contraire, plus raisonnable de regarder la perte de l’appétit, les vomissemens, etc., comme un résultat inséparable des douleurs de ventre que la malade avait déjà signalées, et qui étaient dues à la présence des vers, puisque leur expulsion suffit pour déterminer la guérison? IN’aurait-il pas été possible de prévenir la rechute qui survint , ainsi que la terminaison funeste qu’elle détermina , si on eût combiné les antiphlogistiques avec les vermifuges, mais avec des vermifuges autres que le mercure et le jalap , qui par leurs propriétés irritantes devaient nécessairement ajouter encore à laphlegmasie gastrique ? Je n’hésite pas à le croire , quoique l’abdomen n’ait pas été ouvert. Mais s’il ne le fut pas , c’est que la décomposition était trop prononcée à l’extérieur ; et c’est cette décomposition qui nous confirme dans cette croyance.

OBSERVATION XXXVIT.

Treize mois; anxiété; constipation; cris hvdrocéphaliques ; insomnie; ventre tendu; respiration très-laborieuse; mort le i3e jour. — Intestins phlogosés y quatre invaginations le long du jéjunum et de l’iléon • cœur volumineux ; les deux ventricules sont pleins d’un sang fluide et noir ; adhérence de la dure-mère à la fontanelle supérieure ; demi-once de liquide dans les ventricules supérieurs.

( Matthey, Ouv . cit.y ois. 21 9 p. 2i5. )

Un enfant de i3 mois, encore à la mamelle, bien constitué, avait depuis deux jours la respiration un peu précipitée ; d’ailleurs il paraissait tout-à-fait bien , il était gai et prenait le sein tpmme à l’ordinaire. Cependant , la mère inquiète alla consulter un pharmacien ; celui-ci, après avoir examiné l’enfant, ne le jugea point malade; néanmoins il lui fit prendre un vomitif.

Le soir, je fus appelé : respiration très-précipitée ; agitation ; angoisses ; urines rares; point de selles. (Le vomitif avait agi fortement le matin. )

Le lendemain. Cris hydrocéphaliques ; insomnie ; pouls nul ; urines supprimées ; une selle dans la nuit ; ventre souple.

(Un vésicatoire à la nuque , potion d’assa-fœtida, fomentations émollientes sur l’abdomen. ) A quatre heures du soir. Respiration très-laborieuse ; ventre tendu ; pupilles légèrement, dilatées, insensibles à l’impression de la lumière. Le 3e jour. Mort à sept heures du matin.

^Autopsie cadavérique J

Abdomen. Intestins plilogosés; quelques taches grisâtres sur une portion du cæcum ; quatre invaginations d’un demi -pouce et d’un pouce d’étendue, le long du jéjunum et de l’iléon. Les autres viscères étaient dans l’état naturel.

Thorax , Le cœur me parut plus volumineux qu’il n’est ordinairement à l’âge de i3 mois: les deux ventricules étaient pleins de sang fluide et noir. Le poumon était sain.

Tête. Le crâne scié et détaché parut d’une belle couleur rosacée: adhérence très-forte de ia dure-mère à la fontanelle supérieure : demi-once environ de liquide dans les ventricules supérieurs.

Réflexions. Quand , d’un côté, on considère le peu de violence et de gravité, du moins apparentes , des symptômes que le jeune malade présenta au pharmacien qui fut consulté; quand, d’un autre côté, on les voit, au contraire, s’aggraver instantanément sous l’influence d’un vomitif , on ne peut attribuer l’hydrocéphale aigue qu’à l’action de ce vomitif. Les efforts nécessaires pour opérer le vomissement , en déterminant l’afflux des liquides vers les parties supérieures , durent produire L'épanchement, ou le rendirent plus

considérable s’il existait déjà. Malgré toutes les erreurs meurtrières dues à l’emploi des vomi» tifs, plusieurs praticiens ne cessent de les recommander dans Fhydrocéphale aigue , comme dans les autres affections cérébrales , afin d’établir une dérivation sur la surface gastro-intestinale. D’après les principes que nous avons posés , et sur lesquels nous ne saurions trop insister , on conçoit d’avance les résultats d’une pareille méthode, soit qu’à l’exemple de Desault on prescrive l’émétique en lavage , soit que , voulant imiter les Italiens , on ne le donne qu’à de très-hautes doses. Sans élever des doutes sur les succès que le célèbre chirurgien en chef du grand Hospice d’Humanité de Paris peut en avoir retirés , je ne puis m’empêcher de faire remarquer , qu’on n’est pas toujours sûr d’éviter les vomissemens , quelque précaution qu’on apporte dans la division du tartrate antimonié de potasse. Mais supposons qu’il existe une hydrocéphale aiguë véritable avec ou sans altération organique , et que cette substance se borne à irriter la membrane muqueuse ; eh bien ! dans ce cas encore , elle augmentera l’affection cérébrale , en vertu du consensus d’action de cette membrane et de la inéningine. Employé, d’après la méthode de Hasori , l’émétique ne provoquera pas, j’en conviens , le vomissement, matë

il déterminera des gastro- entérites très- inten^ ses , que même le malade ne peut quelquefois révéler , parce que , son cerveau se trouvant lésé , il ne perçoit plus , comme nous l’avons déjà dit , les douleurs qu’elles produisent. Ainsi, au lieu d’une seule maladie , il y en a deux qui sont à peu près également dangereuses. En admettant à présent que l’inflammation gastrointestinale simule (et c’est ce qui arrive presque toujours) l’hydrocéphale aigue, il est aisé de prévoir qu’en ayant recours à une pareille méthode , on ne peut qu’aggraver la phlegmasie gastrique qui ne tardera pas à développer l’affection cérébrale ; c’est, pour parler le langage de Sydenham 7 jeter de V huile sur le feu pour i éteindre (i).

L’émétique a entraîné ici les dangers que nous venons de signaler ; mais il existait en outre un état morbide des intestins , connu sous le nom d ' mius-susception ou d ‘invagination , (car ces deux mots sont synonymes) , et sur la nature, duquel on n’a eu pendant fort long-temps que des idées erronées. Grâce à l’anatomie patholo-

(i) On peut voir , dans les lettres sur l’encéphale et ses dépendances par M , Lallemand , tout ce que ce judicieux ob~ scrvateur dit contre l’emploi des vomitifs.

gique , on sait aujourd’hui que Ces invaginations ne sont que l’effet d’une irritation vive fixée sur le canal intestinal. M. Broussais dit même qu’on les rencontre dans presque tous les sujets morts de gastro-entérite aigue (i).

Si l’on nous demandait comment il peut se faire que ce désordre mécanique puisse être le résultat de l’inflammation, et que le jeune malade qui fait le sujet de cette observation n’ait présenté , ni avant , ni pendant la maladie , aucun caractère propre à le faire reconnaître ; nous avouerions notre ignorance , en faisant remarquer que cela s’observe assez fréquemment. Louis rapporte avoir vu à la Salpêtrière no très-grand nombre d’en fans , dont la mort avait pour cause les accidens de la dentition, ou une affection vermineuse. Cependant on trouvait , en ouvrant le corps de ces enfans , deux , trois , quatre et même un plus grand nombre é'intus-susceptions , sans qu’ils eussent fait entendre la moindre plainte. Disons toutefois que les malades éprouvent ordinairement de vives douleurs abdominales, et que , quand elles sont méconnues , cela tient peut-être à la négligence ou au défaut d’attention.

Il ne s’agit plus actuellement que de savoir si

(i) Examen, p. 253.

les quatre invaginations , trouvées clans le jéjit-

nom et l’iléon de cet enfant , ont concouru à la production des désordres que l’ouverture du crâne nous a laissé entrevoir. Notre réponse est affirmative.

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