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OBSERVATION XXXV

Huit ans; abdomen douloureux sur-tout vers l’épigîistre; nausées; céphalalgie; fièvre; suspension presque totale des facultés intellectuelles; délire; quelques aphthes sur le bord droit de la langue ; rougeur des piliers du voile du palais; constipation; toux; dévoiement; assoupissement; surdité; cris continuels; contraction des muscles de la face; augmentation de tous les symptômes ; mort le 27e jour. — Estomac distendu par des gaz ; grande quantité de bile dans les intestins y plaques blanchâtre St sur la membrane muqueuse de l’iléon , qui est épaissie et parsemée de petits points grisâtres ; même altération dans le cæcum et le colon ; vessie très-injectée j pleuro-pneumonie ; infiltration d’un liquide séro-purulent dans V arachnoïde ; adhérences entra les deux lames de cette membrane près de la faux du cerpcau ; une once de sérosité limpide dans le ventricule droit .

( Leclerq , Diss . cit. )

Jean-Baptiste Compas, âgé de huit ans, d’un tempérament sanguin, d’une assez bonne cons» titution, fut pris, il y a huit jours, de douleurs abdominales , accompagnées d’envies de vomir , de céphalalgie et de beaucoup de fièvre. Depuis l’invasion de ces symptômes , l’état du malade devint plus grave de jour en jour, et voici ce qu’aujourd’hui , 25 avril , on observe :

Bougeur de la face ; céphalalgie intense ; suspension presque totale des facultés intellectuelles ; délire ; dilatation des pupilles ; langue humide et présentant quelques aphthes sur son bord droit; rougeur des piliers do voile du

palais; ventre douloureux dans sa totalité, et spécialement vers l’épigastre ; distension trèsgrande du tube digestif par des gaz ; constipation ; respiration facile ; toux fréquente ; pouls concentré et irrégulier.

(Prescription: limonade, mauve, émulsion § iv , dix sangsues aux tempes, cataplasmes émolliens sur le ventre , deux sinapismes aux jambes, demi-lavement avec une décoction de racine de guimauve. )

26 Avril. Pendant la journée d’hier , grande agitation ; délire la nuit. Ce matin , meme état à peu près ; le pouls a seulement perdu son irrégularité ; la toux persiste.

(Prescription: on ne revient pas aux sangsues; au lieu de lavemens émolliens, on donne des lavemens camphrés, )

Le 27 , les mêmes symptômes persistent.

Le 28, même état.

{Vésicatoire à la nuque, glace sur la tête.)

Le 3o au matin, plaintes continuelles; abattement ; le malade semble comprendre ce qu’on lui dit , mais il ne peut répondre aux questions qu’on lui adresse ; quant aux autres symptômes, ils sont sans changement. L’après-midi , Compas reconnaît les malades qui l’entourent , et leur parle assez sensément.

Ier Mai, Le mieux d’hier n’a été que mon) en-?

fané. On cesse l’application de la glace sur la têtei

Le 2, assoupissement; surdité; cris continuels; décoloration de la face ; pouls petit et peu fréquent ; sueurs abondantes ; le dévoiement a cessé depuis deux jours ; du reste , même état. Il est à remarquer que, chaque soir, les symptômes nerveux offrent une sorte de rémission dans leur, intensité.

( Prescription : limonade , infusion de fleurs, de mauve , cataplasmes sur le ventre , trois îavemens dans lesquels on fait entrer en tout une once de poudre de quinquina et un demigros d’éther sulfurique. )

Le 3 , la sensibilité du ventre paraissant plus grande que le jour précédent, on cesse d’avoir recours aux Iavemens de quinquina pour revenir à ceux de mauve.

4 Mai. Hier soir, les symptômes , au lieu de perdre leur intensité , comme nous avons dit que cela arrivait depuis plusieurs jours, ont au contraire paru augmenter en gravité. Ainsi, assoupissement plus profond ; surdité plus grande ; contraction en dedans des muscles de la face ;; pouls dur et fréquent ; constipation,

( Même prescription. )

5 et 6. Rémission dans quelques-uns des symptômes ; surdité moins complète ; assoupissement moins profond y peau moins chaude.

Le 7 , les symptômes reprennent toute leur intensité ; face pâle; traits tirés en bas et en dedans ; mouvemens spasmodiques des lèvres ; nez effilé ; sensibilité toujours exquise du ventre; peau sèche et brûlante ; pouls petit et accéléré.

Le 8, regard fixe ; yeux larmoyans et couverts de mucosité ; face grippée , pâle à gauche , colorée à droite ; lèvres sèches et jaunâtres ; langue recouverte d’un enduit croûteux et d’un jaune orangé; nausées et éructations; ventre moins tendu , mais toujours douloureux ; diarrhée ; surdité plus grande ; anéantissement total des facultés intellectuelles ; peau brûlante et sèche; pouls dur et fréquent.

Pendant les cinq jours suivans, le malade éprouve beaucoup d’agitation ; son pouls devient mou, dépressible ; la diarrhée augmente; il meurt le i/i mai.

Autopsie cadavérique , vingt-quatre heures après la mort.

- Crâne. A l’ouverture de cette cavité, il s’écoule une assez grande quantité de fluide séro-purulent; l’arachnoïde est infiltrée d’un liquide semblable à celui qui s’est écoulé ; quelques adhérences existent entre les deux lames de l’arachnoïde près de la faux du cerveau; le ventricule droit de cet organe contient une once au moins de

sérosité limpide ; coupée par tranches, la subs-^ tance cérébrale laisse suinter des gouttelettes de sang.

Thorax. Hépatisation du lobe inférieur da poumon droit ; inflammation de la portion de la plèvre pulmonaire qui lui correspond , et exsudation à sa surface d’une matière purulente ;» adhérences des lobes du poumon gauche à la plèvre costale et diaphragmatique.

Abdomen. Distension de l’estomac par des gaz ; grande quantité de bile dans les intestins,1 La membrane muqueuse de l’iléon offre quelques plaques blanchâtres, au milieu desquelles elle est épaissie et parsemée de petits points grisâtres, semblables à ceux qu’on pourrait faire avec la pointe d’une épingle. Le cæcum et le colon présentent des traces non moins remarquables de cette lésion.

La membrane muqueuse de la vessie est trèsinjectée.

Réflexions. Devait-on, le jour ou J.-B. Compas fut introduit à l’hôpital , lui appliquer dix sangsues aux tempes ? Ne devait-on pas plutôt les lui appliquer à l’abdomen ? En d’autres termes, devait-on attaquer d’abord l’hydrocéphale aigue meme réelle ? Ne devait-on pas plutôt attaquer la gastro-entérite? Enfin, convenait-il de coin-»

Lattre a la fois ces deux maladies par des moyens appropriés à chacune d’elles ? Telles sont les questions que fait naître naturellement la lecture de cette observation.

Si nous ne consultions que les antécédens , la réponse serait facile à faire ; mais ne serait-ce pas trop s’éçarter de la marche sévère qu’on doit suivre dans l’étude des faits? Serions-nous bien sûrs alors d’avoir rencontré la vérité ? Serions-nous à l’abri de toute prévention ? Non. Comment arriver à la solution de toutes ces questions ? i° par l’analyse des symptômes qu’a éprouvés le malade ; 20 par les résultats thérapeutiques.

i° Analyse des symptômes. Si , par la pensée,1 nous nous transportons au début de la maladie de J.-B. Compas, qu’y voyons-nous? que nous présente-t-elle? des douleurs abdominales, accompagnées d’envies de vomir, de beaucoup de fièvre et de céphalalgie. Vainement on voudrait que la céphalalgie eût ici l’initiative ; vainement on chercherait à la faire dépendre d’une lésion cérébrale primitive. Mais ces douleurs abdominales, mais ces nausées , mais cette fièvre intense que le malade a d’abord éprouvées , qu’annoncent-elles ? évidemment une irritation des voies digestives. Cette céphalalgie elle-même vient picore en confirmer l’existence ; et c’est sur le

Consensus d’action que nous avons reconmï exister entre les organes encéphaliques et abdominaux , que nous fondons cette croyance» Pi emière preuve : poursuivons.

Le malade, à son entrée à l’hôpital, présentait,1 je l’avoue, des symptômes cérébraux tellement intenses , qu’il était bien permis de les considérer comme dépendans d’une hydrocéphale aigue,* en ne s’en rapportant toutefois qu’à l’état actuel ;■ car si on se rappelle les premiers symptômes que nous avons notés , si on a sur-tout remarqué que Compas ne s’est décidé à entrer à l’hôpital que huit jours après la manifestation de sa maladie et à cause de sa gravité , on conçoit sans difficulté que tous ces phénomènes cérébraux étaient sympathiques de la phlegmasie gastro - intestinale. Vouloir soutenir l’opinion contraire , n’est-ce pas heurter toutes les lois physiologico-pathologiques? Peut-on, sans s’exposer au risque d’être accusé d’aveuglement ou de mauvaise foi , ne pas admettre l'existence d’une inflammation abdominale , quand on voit un malade se plaindre de violentes douleurs dans tout le ventre et spécialement vers l’épigastre ; qu’il présente des aphthes sur le bord droit de sa langue , de la rougeur dans les piliers du voile du palais ; une toux fréquente , qui a

éeçu la dénomination de gastrique , etc/(i)? Deuxième preuve.

2° Résultats thérapeutiques . Dix sangsues ont été appliquées aux tempes le 25 avril. Quel en a été le résultat ? Dans la journée , le malade fut très-agité ; il délira toute la nuit , et le lendemain matin nulle amélioration: le pouls a seulement perdu son irrégularité ; mais ne l’aurail-il pas perdue également par toute autre saignée ? Toujours est-il qu’on ne revint pas à l’emploi des sangsues.

Le 2 y , l’état est le meme ; il persiste jusqu’au 2 mai , où l’on fit usage de ïavemens de quinquina. Ceux-ci , qui étaient encore moins rationnels que l’emploi des sangsues , vinrent mettre dans tout son jour la phlegmasie gas-

(i) Cette toux est assez ordinairement accompagnée d’une expectoration claire , muqueuse , écumeuse , quelquefois mêlée de stries de sang : ce qui en a souvent imposé aux praticiens , en leur faisant diriger leurs ressources contre un phénomène dont ils ne retrouvaient plus de traces à l’ouverture du cadavre, lorsque le malade succombait. C’est à M. Broussais qu’appartient la gloire d’avoir fait connaître la véritable étiologie de ce trouble sympathique de la respiration ; il a pour caractère particulier de ne point venir par quintes , comme dans les affections du. poumon , mais à des intervalles rapprochés et comme par secousses. L’auscultation médiate fournit encore un excellent moyen de reconnaître s’il y a ou non inflammation des organes respiratoires,

trique , et prouver qu’elle avait eu l’initiative, II est meme très-probable qu’il n’existait point d’affection cérébrale lors de l’application des sangsues aux tempes. L’insuccès qui s’ensuivit convertit cette présomption en certitude. Je suis donc à me demander pourquoi , quand tout indiquait l’existence de la gastro-entérite , on n’a cherché à la combattre ni par les sangsues , ni par aucun autre moyen direct énergique ?, Qu’en résulta-t-il ? Une complication cérébrale à laquelle le malade ne put résister. Mais , en supposant meme l’existence de ces deux affections lorsque Compas entra à l’hôpital,, pourquoi , à l’aide des signes commémoratifs qu’il est de la plus haute importance de ne jamais perdre de vue; pourquoi, dis-je, ne pas attaquer de prime-abord la gastro-entérite , et ensuite l’hydrocéphale aigue , mais de telle sorte que ce traitement eût été , pour ainsi dire , simultané ? Car si l’on veut, lorsque l’encéphale est irrité sympathiquement , combattre seulement l’irritation cérébrale, c’est vouloir la renouveler bientôt par la phlegmasie gastrique , si celle-ci n’a pas été attaquée avec des armes convenables.

Il est à remarquer qu’il y a dans cette observation un genre particulier d’altération pathologique qui commence à peine a être signalée

par les auteurs : ce sont ces plaques blanchâtres de 12 ou i5 lignes de diamètre , quelquefois beaucoup plus longues que larges , trouvées dans l’iléon , formées par un épaississement de la membrane muqueuse , et couvertes d’un très-

grand nombre de petits points de couleur gri-

sâtre , avec perte de substance , et semblant résulter de la chute d’escarres infiniment petites, mais comprenant en profondeur la membrane muqueuse et musculaire des intestins. Les idées que M. Denis a émises sur la formation de ces plaques , sont , comme on ]e voit , les mêmes qui se trouvent consignées dans cet exemple , recueilli il y a sept ans environ. J’ignore si cet auteur en avait connaissance lorsqu’il a publié son livre.

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