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C.- Etude de la plantule de Pin maritime

après fixation et coloration.

Il existe un excellent procédé pour mettre en évidence l’aleurone dans les diverses parties de la graine ; il consiste à employer la méthode de Regaud. Dans ces conditions, la substance fondamentale des grains d’aleurone fixe avec énergie l’'hématoxyline et se colore en noir; on peut alors caractériser dans l'embryon de Pin plusieurs sortes de grains d’aleurone, qui correspondent à ceux que nous avons distingués précédemment au moyen d'observations vitales.

Dans l’épiderme des cotylédons et de l’hypocotyle, nous avions reconnu de petits grains sans inclusions. Après fixation et coloration, ces cellules montrent les mêmes corps aleuriques teints en noir intense par l’hématoxyline. Lorsqu'on régresse suffisamment la préparation, on peut en observer qui sont décolorés partiellement et gardent seulement une couleur gris pâle. Ces grains n'ont subi du fait de la fixation aucune rétraction et ils ne sont entourés d'aucune auréole hyaline, comme ce serait le cas s’il y avait contraction de leur substance (fig. 3 et 4, pl. XIV).

Ils peuvent se présenter sous plusieurs états ; quelquefois ils sont colorés en totalité; plus souvent leur protéine est précipitée sous l’action du fixateur, à l’état de petits granules libres dans le minuscule vacuole, ou bien sous forme d’un croissant coloré sur les parois, ce qui pourrait faire croire à l'existence d’un globoïde. Parfois même, la structure est telle qu'elle rappelle celle d’un grain à deux globoïdes. Les grains d’aleurone sont entourés d’une mince couche de cytoplasme ; celui-ci dessine un réseau irrégulier coloré en gris, dans les

mailles duquel se trouvaient les globules d'huile : ces derniers ayant été dissouts au cours du montage des préparations, apparaissent comme autant d'espaces clairs (1). Dans les trabécules du réseau protoplasmique se trouvent de petites granulations : les unes assez grosses, en courts bâtonnets ou en grains, correspondent aux plastes, les autres beaucoup plus petites sont très probablement des microsomes (fig. 1, pl. XI). Les plastes sont parfois producteurs d'amidon, comme on peut l'observer en faisant agir de l’eau iodée sur la préparation, ou mieux encore sur une coupe d'embryon frais.

En dehors de l’épiderme, la méthode de Regaud permet de reconnaître, qu'ilexiste dans d’autres régions de l'embryon, de petits grains d’aleurone de même sorte que ceux de l’épiderme

et qui correspondent aux élément colorés vitalement et décrits précédemment.

Cellules de la gemmule. — Les cellules de la gemmule contiennent comme l'épiderme des grains d’aleurone sans inclusions ; après fixation et coloration au moyen de la méthode de Regaud on les met très bien en évidence (fig. 3. pl. AIT). Ce sont des grains arrondis, de tailles diverses, qui fixent fortement l’hématoxyline et se teignent en noir foncé : leur nombre est élevé. Ils sont séparés les uns des autres par des espaces clairs, provenant de la dissolution de l'huile et le cytoplasme les entoure étroitement. Ces grains d’aleurone, qui représentent ici l'appareil vacuolaire de la cellule, se colorent donc absolument comme le feraient des plastes et sans aucune rétraction (2).

En dehors des grains d’aleurone, il y a de petites granulations dont la taille se rapproche beaucoup de celle des plus petits grains d’aleurone, de sorte qu'il y à là une vraie difficulté pour distinguer ce qui correspond aux plastes et ce qui correspond aux grains d’aleurone. Cependant si l’on régresse

(1) Ces espaces clairs ne doivent pas être pris pour des vacuoles lesquelles sont inexistantes et représentées en puissance par les grains d’aleurone.

(2) Ils se colorent en Lolalilé et leur contenu se précipite rarement,

Dangeard 8

suffisamment la préparation, les plastes et les microsomes se décolorent complètement, tandis que l’aleurone reste , colorée.

Cellules des faisceaux procambiaux. — Celles qui sont au voisinage des initiales et les initiales elles-mêmes, ont un contenu épais, renfermant une grande quantité de grains d’aleurone fortement colorés en noir par l'hématoxyline. Là aussi il est très difficile de distinguer les grains d’aleurone des granulations étrangères au vacuome. On peut affirmer cependant que tous les éléments sont granuleux (fig. 2, pl. AIT).

Comme exemple de cellule renfermant des grains d’aleurone à inclusions nous pouvons décrire une cellule parenchyma-

teuse de l’hypocotyle.

Cellules de parenchyme. — Ce sont des cellules assez grosses, généralement rectangulaires sur les coupes longitudinales: elles renferment un gros noyau central assez souvent déformé. La cytoplasme forme un réseau, dont les mailles entourent les inclusions aboaïdantes, représentées par l’aleurone et par l'huile. Comme les globules d'huile ont été dissous, il ne reste plus à leur place que des espaces clairs, qu'il ne faudrait pas confondre avec des vacuoles.

Les grains d’aleurone sont nombreux et presque tous de grande taille, leur forme est arrondie ou ovale ; ils contiennent un ou deux globoïdes incolores, tandis que la substance fondamentale est colorée par l'hématoxÿline en noir ou en gris foncé suivant l'état plus ou moins régressé de la préparation. Il existe ordinairement de petits grains d’aleurone d'une taille beaucoup plus petite en compagnie des précédents ; ils peuvent être dépourvus d'inclusions et dans ce cas se colorent en totalité par l’hématoxyline (fig. 3, pl. XIV).

En dehors des enclaves du cytoplasme, il y a un système de plastes arrondis ou ovales ; ils secrètent de l’amidon dans la graine abondamment.

Cette étude de l'embryon de la graine, fixée et colorée suivant la méthode de Regaud, confirme et complète ce que

nous avions appris déjà au moyen de la méthode vitale. Elle montre entre autres résultats intéressants, que les grains d'aleurone ne sont jamais à l'intérieur de vacuoles, mais sont entourés directement par le eytoplasme; il n'existe pas de vacuoles à proprement parler dans les tissus de lembryon d'une graine, mais seulement un système d'éléments vacuolaires compacts, les grains d’aleurone, qui sont fixés sans aucune contraction de leur substance à l'intérieur du cytoplasme et se colorent d’une manière intense par l'hématoxyline. Ces grains lorsqu'ils sont petits et sans inclusion, (épiderme, gemmule, méristème vasculaire), peuvent être confondus avec les globules d'huile si l’on emploie un fixateur osmié (liquide de Laguesse). La méthode vitale est très utile dans ce cas pour interpréter les préparations.

La méthode de Regaud est donc très favorable à l'étude de la graine; elle se montre au contraire en partie défectueuse lorsqu'il s’agit de suivre l’évolution de l’aleurone pendant la germination.

Germinalion. — 11 faudrait comme précédemment suivre l'évolution de chaque lignée cellulaire. Nous n'avons pas l'intention de le faire: il n'y a en somme que deux catégories principales de cellules assez dissemblables, celles des méris- ‘tèmes (x compris l'épiderme) et celles des parenchymes.

Dans les méristèmes, l'évolution de l’aleurone est particulièremént difficile à suivre au cours de la germination ; les petits grains d’aleurone déjà peu distincts des plastes dans la graine, deviennent méconnaissables ; on ne les reconnaît guère que dès le début de la germination (fig. 6, pl. XI). Is ont alors les mêmes caractères que ceux de la graine. Plus tard ils se transforment en filaments et en réseaux délicats comme nous le savons, mais ceux-ci ne sont pas fixés ; ils doivent être représentés par de minces canalicules incolores que l'on voit quelquefois. Ces minces boyaux doivent contenir un contenu colorable plus ou moins précipité, mais il est impossible de faire aucune

distinction dans des cellules aussi petites entre les granules vacuolaires et ceux qui représentent des plastes ou des microsomes.

D'autre part, les inclusions d'huile qui sont dissoutes laissent après elle autant d'espaces clairs que nous n'avons aucun moyen de distinguer des vraies lacunes vacuolaires.

Pour toutes ces raisons, la méthode de Regaud se montre inférieure à la méthode des colorations vitales, sans laquelle l’on ne saurait pas jusqu à présent reconnaître l'évolution de l’aleurone si particulière des cellules méristématiques.

Dans les cellules de parenchyme la distinction des éléments au cours de la germination, quoique fort difficile, peut être faite beaucoup mieux.

Le caractère principal du cytoplasme est d’être vacuolisé, mais les vacuoles ne sont pas toutes de même nature: les unes, petites et arrondies correspondent certainement à de petils espaces occupés par de l'huile dans la cellule vivante, les autres, plus grandes, de forme irrégulière et même filamenteuse, sont des vacuoles d’origine aleurique. Il n'y à pas de distinction nette à faire, sauf lorsqu'on trouve des corpuscules colorés dans ces vacuoles : on sait alors qu'il ne s'agit pas d’une lacune d’origine oléagineuse (fig. 5, pl. XI1).

Les grains d’aleurone non transformés en vacuoles et gardant leur forme et leur aspect carattéristiques, s'observent assez longtemps (plantules de 2 em. long et plus), c’est dans les cotylédons qu’on les observe le plus longtemps. Leur protéine peut se présenter non précipitée et colorée par l'hématoxyline en noir, soit d'une façon homogène, soit sous forme d’un fin dépôt granuleux à l’intérieur de la vacuole ffig. 4, 7,8, pl. XIT).

La méthode de Regaud donne peu de renseignements sur le mode d'évolution de l'aleurone. En effet, lorsque les grains sont partiellement transformés en vacuoles, on distingue mal celles-ci des lacunes d’origine oléagineuse et il est impossible de se faire une opinion par ce procédé sur une néoformation possible de vacuoles, au cours de la germination. Cette forma-

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tion de novo, paraît impossible à admettre après les résultats obtenus dans les préparations vitales.

A côté de l’aleurone existe Le système des plastes fort net, sur tout dans le parenchyme cotylédonnaire. Leur forme est normale, arrondie, ovale et souvent en massue. [ls présentent de petites vésicules claires sur leur trajet, correspondant à de l’amidon fig:7,.8;.9 118, pl XI),

Les microsomes forment aussi un système très distinct.

Tubes sécréleurs. -— Ces éléments ont été décrits par M. Chauveaud dans les plantules de Conifères. Ce sont des tubes allongés qui se développent d'une façon considérable dans les jeunes germinations : plus tard ils sont absents en général.

Leur étude histologique n'a pas été faite et les descriptions de M. Chauveaud ne nous apprennent pas s’il s’agit de tubes plurinucléés ou mononucléés, ni quel genre de sécrétion est contenu dans ces tubes, Il est donc nécessaire que nous donnions quelques détails à ce sujet.

Les coupes en série permettent de s'assurer que les tubes sécréteurs sont toujours unicellulaires et uninucléés. Ils sont formés par une seule cellule, qui subit un allongement très considérable, ce qui peut lui donner une longueur totale de plusieurs millimètres alors que la largeur ne dépasse pas une trentaine de & (fig. 10, pl. AT).

Le noyau est unique, mais d’une taille très grande et il est allongé dans le sens de la longueur du tube. Il montre à ‘sa surface plusieurs nucléoles très gros disposés en ligne.

La substance sécrétée est contenue dans deux très grandes vacuoles, remplissant une bonne partie du diamètre du tube et s'étendant dans toute sa longueur.

Par suite de la disposition des vacuoles, le cytoplasme se trouve réduit à une mince couche pariétale dans la plus grande partie de la longueur du tube et ce n’est que dans la région qui avoisine le noyau, ainsi qu'aux extrémités, que son

abondance est un peu plus grande.

Celle couche pariétale est très intéressante par la distinction très nette qu'elle montre entre les éléments cytoplasmiques. Les uns sont des plastes très caractérisés, qui sont pourvus sur leur trajet d'une petite vésicule incolore. Celleci représente très probablement de l'amidon.

Ces plastes ont souvent une forme allongée, droite ou incurvée, ce sont alors des filaments correspondant à ce que M. P. À Dangeard appelle des rniloplasles (fig. 10, pl. AT).

A côté d'eux, des granulations toutes semblables et sphériques, de très petit taille représentent le sphérome (sphérosomes où microsomes de M. P. À. Dangeard.)

Sécrélion des tubes. — Toujours renfermée dans les vacuoles, la sécrétion correspond à un contenu tannifère; nous avons signalé en effet plus haut, que sur les jeunes plantules les tubes sécréteurs apparaissaient de bonne heure et s'indiquaient comme des lignes brunes sous l'action du bichromate de potasse.

Il donnent également les autres réactions des tannins, (acide osmique, perchlorure de fer). Sur les coupes fixées et colorées par la méthode de Regaud, le contenu vacuolaire se présente comme un fin précipité granuleux faiblement coloré en oris (94 102-DL XII:

Un des faits les plus marquants que met en évidence la méthode de Regaud appliquée à l’aleurone est le suivant : dans la graine, la substance protéique fondamentale se colore en noir foncé par Fhématoxyline; dès la germination les grains d’aleurone se transforment en vacuoles qui ne contiennent plus qu'une infime proportion de substance chromophile.

Cette matière devenant de plus en plus diluée dans le sue cellulaire, finit par ne plus être représentée que par quelques granuies qui se retrouvent précipités et fortement colorés en noir à l'intérieur de la vacuole. Nous pensons que cette substance est identique à celle qui donne lieu au

phénomène des colorations vitales et nous l’assimilons à la mélachromatine en raison de ces deux propriétés principales.

ART. 2. — L'ALEURONE ET SON E VOLUTION PENDANT LA GERMINATION DE QUELQUES GYMNOSPERMES

Nous avons coloré vitalement un certain nombre de plantules de Gymnospermes prises à des états divers de leur développement, afin d'y rechercher de quelle façon se faisait l’évolution de l’aleurone pendant la germination par comparaison avec le Pin maritime.

Partout nous avons trouvé une analogie très grande avec ce qui se passe chez le Pin.

Pour observer des grains d’aleurone, il faut colorer des plantules très jeunes dont l'enveloppe séminale est encore intacte.

Plus tard, l'épiderme des plantules ne montre plus ordinairement que des réseaux vacuolaires provenantde la réunion des substances aleuriques entre elles. Enfin les plantules plus âgées ont un épiderme tannifère et même parfois anthocyanifère et ces produits sont renfermés dans des vacuoles typiques, largement dilatées.

Les expériences de coloration vitale ont portées sur les espèces suivan(es :

Thuia orientalis, Cupressus sempervirens, Cedrus libani, Larix

europea, Tazus baccala, Gingko biloba.

A. THUIA ORIENTALIS.

La germination des graines de Thuia a lieu facilement et se produit au bout de dix à quinze jours à l’étuve à 200. Les très jeunes plantules, au stade où la coque de la graine vient d’éclater, se colorent très facilementpar le rouge neutre; après un séjour de quelques minutes dans le bain colorant, leurs cotylédons et leurs hypocotyles ont pris une teinte orangée, tandis que les cellules de la coiffe se sont colorées en rose (Fig. 21, Pl IV). L'examen de coupes tangentielles

des cotylédons, montre des cellules épidermiques allongées, deux ou trois fois plus longues que larges et renfermant dans leur partie centrale un gros noyau. Dans le cytoplasme sont accumulées de très nombreuses gouttelettes d'huile et de petits grains d’aleurone, au nombre de vingt ou trente par cellule, qui se colorent en rouge orangé intense : le reste de la cellule reste complètement incolore. Certains grains d’aleurone n’ont déjà plus la forme sphérique qu'ils avaient dans la graine : ils commencent à se déformer et à prendre des allures filamenteuses (/lq. 9, pl. IV).

Dans l'hypocotyle, l'évolution du vacuome de cette plantule est plus avancée : on ne trouve plus de cellules à très petits grains d’aleurone comme dans les cotylédons, mais un vacuome en réseau orangé ou en grosses masses vacuolaires situées à chaque extrémité de la cellule (fig. 10, pl. IV). De place en place il y a des cellules à vacuome rouge ou rosé (ces cellules sont les éléments tannifères) (fig. 11, pl, IV).

Lorsqu'on observe le vacuome dans l’épiderme à partir des cotylédons jusqu'à l'hypocotyle. les aspects de réseau deviennent de plus en plus fréquents. En un mot, il y a toutes les transitions dans une plantule de cet âge entre l’aleurone et les vacuoles plus grandes qui résultent de leur évolution.

Essai des réactifs des lannins. (Acide osmique). — Une plantule très jeune dont la racine commence à se montrer au dehors, est placée dans l'acide osmique à 1 0/0 : elle noircit très vite à cause des globules d'huile juxtaposés, très nombreux dans toutes les cellules. Dans les cotylédons une coupe tangentielle permet de voir des globules d'huile juxtaposés, des intervalles incolores (cytoplasme) et quelques globules incolores clairs (aleurone). À la base de l’hypocotyle, il y a au contraire du tannin dans certaines cellules, on le reconnaît à un précipité de petits grains noirs dans les vacuoles ; ce sont les cellules qui prennent une teinte rose en coloration vitale

comme nous l'avons vu précédemment.

Le bichromate de K à 3 0/0 donne un précipité brun dans les cellules à tannin. Le chlorure ferrique donne un précipité noir dans ces mêmes cellules.

Les plantules de Thuia élaborent donc du tannin dans les mêmes conditions que celles du Pin maritime. Ce tannin parait être de même nature.

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