CHAPITRE Il
d Essais de divers colorants
Dans les chapitres précédents, nous n'avons parlé que de colorations vitales de l’appareil vacuolaire, car dans tous les cas étudiés nous avons vu que les colorants vitaux principaux, (rouge neutre, bleu de crésyl, bleu de méthylène), sont fixés uniquement par des éléments du vacuome. Nous pouvons nous demander si cette propriété de fixer les colorants vitaux est spéciale au vacuome et ce qu’elle devient lorsqu'on emploie d’autres teintures vitales (bleu de Nil, vert Janus, violet de méthyle, etc...).
Nous allons exposer rapidement ce qui a été fait en zoologie dans cete voie, puis faire l’historique des colorations vitales chez les végétaux. Nous exposerons ensuite nos recherches personnelles sur l’emploi des divers colorants.
À. — Colorations vitales chez les animaux
Les colorations vitales ont été largement employées par les zoologistes pour mettre en évidence certaines particularités dans la cellule vivante. De nombreux colorants ont été utilisés et l’on à expérimenté avec eux sur les tissus les plus variés. Cependant il existe très peu de véritables travaux d'ensemble, où soit discuté le mode d'action des divers colorants sur les cellules. Chaque auteur, en général, s’est servi d’un colorant ou deux tout au plus, qui donnaient de bons résultats dans un cas particulier et qui auraient peut-être agi différemment sur d’autres objets (1).
(1) Ce n’est pas le cas cependant pour un travail de Fischel (1901) sur les colorations vilales chez les Batraciens, car l’auteur a fait l'essai d’une centaine de coloran!s vitaux. Son mémoire est certainement un des plus importants parmi ceux qui traitent des colorations vitales.
Le petit nombre de travaux importants s'explique en partie par la difficulté du sujet : Il est très pénible en effet, de faire l'observation des cellules vivantes ou des cellules colorées vitalement parce que l'examen ne peut être que de courte durée et parce qu'il est nécessaire de se mettre à l'abri des causes d'altération qui peuvent venir fausser les résultats.
On peut citer parmi les plus marquants des mémoires consacrés aux recherches vitales chez les animaux ; les travaux de MM. Arnold (1900), Michaelis, Laguesse (1912), Fauré Frémiet (1908) Laguesse et Debeyre (1912). Parmi les plus récents ceux de Cowdry, Levi et des Lewiss (1915) tiennent une place importante.
On trouve dans un article très documenté de M. de Beauchamp, paru dans l'Année biologique en 1908, une mise au point très claire de la question des colorations vitales et un exposé des résultats obtenus par les auteurs. On y apprend que ces derniers ont réussi à colorer vitalement les éléments cellulaires les plus différents, noyau, substances de réserve, gouttelettes graisseuses, produits de dégénérescence, vacuoles, mitochondries et même le cytoplasme.
On n’a donc jamais reconnu dans la cellule animale que les éléments qui se coloraient vitalement, appartenaient à une même formation cellulaire. Une simple remarque peut être faite, c’est que les auteurs sont d'accord en général pour reconnaître, que ce sont les éléments les moins vivants si l’on peut dire de la cellule, qui se colorent : telles sont les inclusions de diverse nature, les vacuoles, les produits de dégénérescence ; mais d’autre part on a signalé la coloration vitale d'éléments qui passent pour être éminemment vivants tels que le noyau, les mitochondries et même les chromosomes.
Plusieurs travaux chez les animaux signalent la coloration vitale des mitochondries par des colorants tels que le violet dahlia, le violet de méthyle, le vert Janus. Il s’agit de savoir si les éléments qui ont été colorés ainsi sont toujours comparables, c’est pourquoi une discussion des résultats est nécessaire.
M. Michaelis, en 1900, fait des expériences de coloration vitale qui font suite à celles d’Erlich et de Galeotti. Il colore vitalement des granules nombreux dans les cellules du foie de la souris, au moyen de rouge neutre et de bleu de méthylène. Dans les glandes salivaires de mammifères, il colore souvent de cette façon des granules et des filaments. Dans le pancréas de la grenouille, il met en évidence aussi de beaux et gros fila-
ments : à ce sujet, il parle de « schüner Bild », mais il ne cache pas que la méthode est difficile à manier et qu'elle donne des résultats inconstants. Il a employé aussi le vert Janus qui colore plutôt les filaments tandis que le rouge neutre colore les grains de sécrétion.
MM. Laguesse et Debeyre (1912) et Laguesse (1912) emploient comme l'avait fait précédemment M. Michaelis, le vert Janus au 1/30.000 dans l’eau salée à 9 p. mille. Ils l’expérimentent sur divers tissus vivants. Ils colorent ainsi dans la cellule vivante de petits éléments ronds ou filamenteux, qui sont d’après eux exactement superposables à ceux que l’on colore après fixation par les méthodes de Benda et de Meves. Ils en tirent la conclusion que la coloration vitale au vert Janus est spécifique du chondriome et ils y voient une indication au sujet du rôle d’éclectosomes, au sens de Regaud qu'on attribue aux mitochondries.
MM. Lewis plus récemment ont fait des colorations très intéressantes sur des tissus d’embryons de poulet. Ils colorent au moyen de vert Janus des éléments mitochondriaux très allongés en forme de chondriocontes. Ils constatent des variations de forme très nombreuses et rapides de ces corps à tel point qu'un dessin n'en était pas possible, des changements importants se produisant dans l’espace d’une minute. Les chondriocontes peuvent aussi se réunir ensemble en un réseau.
À côté des mitochondries, MM. Lewiss distinguent dans le cytoplasme des granules, des vacuoles, des globules de graisse, un appareil canaliculaire.
Les globules de graisse ne se colorent pas vitalement : au
contraire les petites vacuoles fixent électivement le bleu de Nil et le bleu de crésvl.'Elle contiennent de petits granules animés de mouvements browniens qui peuvent apparaître au bout de quelques minutes dans une vacuole primitivement homo-
Il n'y à aucune relation d’après l’auteur entre les mitochondries et les vacuoles, bien que certains aspects puissent faire penser à une élaboration de vacuoles par une mitochondrie, lorsque les deux éléments viennent au contact par suite de leurs déplacements au sein du cytoplasme.
Les recherches de M. Levi (1915) ont été poursuivies sur les mêmes objets et confirment les résultats des Lewiss.
On voit que. les travaux les plus récents sur les colorations vitales chez les animaux indiquent une différence d’action suivant le colorant employé. Il paraît certain que l’on a coloré comme chez les végétaux de vraies vacuoles (Lewiss) au moyen de bleu de Nil et de bleu de crésyl, dans d’autres cas on a coloré par le vert Janus des granules et des filaments qui sont plutôt assimilables aux microsomes et aux plastes de la cellule végétale (Laguesse).
Un moyen d'apporter de la clarté dans ces difficiles problèmes consiste à étudier l'effet de ces colorants dans la cellule végétale où la distinction des systèmes d'éléments est plus facile.
Bien peu de travaux ont été faits dans cette intention. Nous allons cependant passer en revue les recherches sur les colorations vitales chez les végétaux.
B. — Colorations vitales chez les végétaux
Pfeffer a publié, en 1886, un important mémoire sur l’introduction des couleurs d’aniline dans les cellules vivantes. Il déclare lui-même qu'il est le premier auteur ayant réussi à obtenir la pénétration de substances colorantes à l’intérieur des tissus végétaux vivants. Il a employé un grand nombre de produits colorés dans les essais qu'il à entrepris, mais il a
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