‹ Recherches de quelques dates absolues qui peuvent se conclure des dates vagues inscrites sur des monuments égyptiens: lues à l'Académie des inscriptions et à l'Académie des sciences, les 4 et 7 février 1853Chapitre 4 sur 13 · Méchir · texte numérisé non relu

Méchir

Mésori

Le tableau, tel que nous l’avons aujourd’hui, est en partie mutilé. Mais, d’après l’ensemble de ce qui reste, on voit que, dans son état primitif, il contenait vingt-quatre colonnes de texte, disposées parallèlement les unes aux autres, dont chacune se rapporte à la durée entière de la nuit qui tombe au commencement, ou au milieu, d’un des mois de l’année vague. Pour plus de clarté, j’en reproduis le squelette graphique dans les planches i, 2 , 3, annexées à ce Mémoire , me réservant d’en expliquer plus loin les détails. Cette spécialité d’application , ainsi répartie consécutivement de quinze nuits en quinze nuits, pendant toute une année, se conclut infailliblement des dates marquées en tête des vingt colonnes dont le tracé subsiste encore, partiellement ou en totalité. Par une fatalité, qui est surtout ici bien regrettable , les deux colonnes relatives au mois mésori , le dernier des douze , sont du nombre de celles qui n’existent plus. De sorte que l’on ne peut aujourd’hui savoir, par la seule inspection de ce qui reste, si une portion spéciale du dessin avait été affectée aux cinq nuits, complémentaires des 36o que comprennent les mois. Mais on verra tout à l’heure, d’après la contexture du tableau, qu’elles n’ont pas dû y être comprises. Au reste, l’exclusion des épagomènes de ces sortes de représentations semble avoir été, dès lors, un usage pratique, qui s’est perpétué depuis. Car, le traité des Apparitions des fixes, de Ptolémée, ne donne aussi les dates de ces phénomènes que pour les 36o jours des mois égyptiens.

Chaque colonne se compose de i3 lignes, dont la première mérite une attention particulière, parce qu’on y a marqué l’instant physique qui sert d’origine à toutes les subdivisions subséquentes de la nuit que la colonne embrasse. Après la

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date du mois, ou du demi-mois, la légende de cette première ligne porte toujours deux mêmes symboles, qui se traduisent, sans équivoque, par commencement de la nuit. Sur ce point tous les égyptiologues sont d’accord ; et la discussion ultérieure du tableau montrera évidemment la vérité, je dirais presque la nécessité logique, de cette interprétation. Ici, je ferai une remarque essentielle. Parmi les a 4 colonnes , qui composent le tableau restitué dans son entier, la ne sont datées que du seul nom d’un des mois ; et les 12 autres, outre le nom du mois, portent pour date les quantièmes i6-i5, le nombre 1 6 venant avant le nombre 1 5 dans l’ordre régulier de lecture des caractères. D’après un usage constamment adopté dans les inscriptions hiéroglyphiques, usage que Champollion avait signalé, et qui depuis a été unanimement reconnu pour indubitable, une date , qui ne porte que le nom d’un mois, sans indication de quantième, désigne le jour civil de ce mois, lequel, ainsi qu’on le voit par l’Ab mageste, commençait au lever du soleil , et embrassait toute la nuit suivante. En appliquant cette règle à notre tableau, les colonnes qui ne portent pas de quantième devraient être considérées comme ayant pour date ce premier jour civil, comprenant la nuit qui commence au coucher subséquent du soleil. Alors, la 2® colonne de ce même mois , qui ouvre sa 2® quinzaine, devrait être datée du nom du mois, joint au quantième 16, sans autre spécification. Mais s’il en est ainsi, pourquoi y a-t-on annexé le quantième i 5 , qui semble la faire remonter d’un rang.^ Ceci est un mystère d’écriture hiéroglyphique, qu’il ne m’appartient pas d’expliquer. Toutefois, comme la continuité de l’énumération des nuits est ici une condition indispensable, j’adopterai une interprétation

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qui l’établira, en conservant au double symbole son étrangeté. J’admettrai que, dans ce tableau consacré à l’indication de phénomènes nocturnes, l’énumération du temps procède par nuits , non par jours civils. Alors la double date i6-i5 marquera la iG® nuit, appartenant au i5® jour civil du mois désigné; et la date initiale, dépourvue de quantième, désignera la I®® nuit de la quinzaine précédente; nuit qui forme le passage du 3o® jour civil du mois finissant, au i®® jour civil du mois commençant. Cette convention n’aura d’ailleurs, sur les résultats de nos calculs, qu’un effet défini, que l’on pourrait facilement rectifier, au cas où on le jugerait nécessaire; car, si la discussion critique de la double date faisait reconnaître, avec certitude, que l’énumération par jours civils est préférable à l’énumération par nuits, on n’aurait, pour y revenir, qu’à rapprocher vers nous, de quatre années juliennes, les dates absolues que le tableau nous aurait fournies

Après ces indications de dates, mentionnées dans la première ligne de chaque colonne, et spécialement affectées au commencement de la nuit que ses douze autres lignes embrassent, cette première présente le nom et le symbole figuratif d’un astérisme stellaire, auquel la légende attribue un rapport, soit déposition, soit peut-être d’affinité astrolo gique, avec telle ou telle partie du corps humain. Je l’ai désigné dans les planches par le symbole commun précédé de la syllabe Dom, pour rappeler le caractère de Domination astrologique qu’on lui attribue.

Les douze autres lignes, comparées à la première, ont une portion similaire, une autre dissemblable. On y voit aussi la mention d’un astérisme stellaire, mais différent, et qui

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change de l’une à l’autre, suivant un ordre de succession que j’examinerai ultérieurement. II y est mis de même en rapport avec certaines parties définies du corps humain , ce que j’ai encore indiqué par abréviation , comme dans la première ligne. Le reste de la légende exprime, non plus un quantième de mois ou de quinzaine, mais le rang ordinal de l’heure de la nuit à laquelle ces spécifications répondent : P®, IP, IIP, jusqu’à laXIP inclusivement. Nous chercherons, dans un moment, à reconnaître les portions de la nuit auxquelles correspondent ces heures successives. A côté de chaque colonne, les treize astérismes désignés dans les treize lignes sont figurés par autant de signes stellaires marqués sur le prolongement de chacune, à diverses distances, lesquelles, sauf’ les erreurs du dessin, correspondent verticalement aux parties signalées d’un personnage humain , toujours le même, qui est représenté accroupi au-dessous d’elles, comme pour marquer que ces parties en reçoivent les influences respectives, ainsi que le supposait Ghampollion. Toutefois, attaché comme il l’était à la transcription des légendes, il aura probablement compté sur ses dessinateurs pour reproduire cette singulière figure, qui justifiait si bien son interprétation ; car elle est complètement omise dans les feuilles manuscrites qui nous restent de lui , et l’on doit savoir gré à M. Lepsius de ne l’avoir pas oubliée. Du reste, la composition générale des vingt-quatre colonnes du tableau est pareille pour toutes. Elles ne diffèrent, dans leurs détails, que par la date courante de la nuit à laquelle chaque colonne appartient, et par la désignation de l’astérisme stellaire affecté au commencement ainsi qu’à chacune des heures, i'’®, 2% 3 ®,. ... 12®, de cette nuit-là. Il est présumable que

ces indications doivent être censées s’appliquer, avec une approximation suffisante , à toute la quinzaine dont la colonne porte la date initiale; leurs intermittences ne pouvant être justifiées qu’à cette condition. Mais nous aurons bientôt l’occasion d’examiner à quelles règles cette extension approximative doit être censée assujettie.

n ne sera pas inutile de placer ici quelques rapprochements comparatifs entre ce tableau de Ramsès VI et le tableau analogue de Ramsès IX. L’ordonnance générale de ce dernier est toute semblable. Il se composait également de vingt-quatre colonnes affectées à autant de nuits, se succédant à des intervalles d’un demi-mois. Il a aussi le même caractère d’application astronomique et astrologique, attaché en général aux mêmes astérismes stellaires, se suivant dans un ordre pareil, et affectés aux mêmes instants des nuits de même date. Seulement, quelque motif d’art, ou peut-être la nécessité de ménager la place, ont fait introduire une différence dans le mode de transcription. Les colonnes n’ont que douze lignes au lieu de treize, parce que le dessinateur a réuni dans la première les deux du tableau de Ramsès VI, qui s’appliquent au commencement de chaque nuit et à la première heure suivante, tout en conservant cette distinction d’application. Le sens est donc le même, puisque cette première ligne, plus longue, équivaut aux deux autres, et, sauf de rares exceptions, est, comme les suivantes, affectée aux mêmes astérismes dans les deux tableaux. Pourtant, une fois, le scribe du tableau de Ramsès IX a oublié cette règle. A la première quinzaine du mois paophi, il a écrit la légende du commencement de la nuit, et celle de la première heure, sur deux lignes différentes, comme elles se trouvent dans le

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tableau de Ramsès VI. Cela devait nécessairement lui donner treize lignes, au lieu de douze, dans cette colonne-là, par exception à toutes les autres. Qu’a-t-il fait pour sauver cette disparate Il a sacrifié le sens d u d ocu ment, qui apparemment ne lui importait guère, à la symétrie du dessin. Quand il est arrivé à la légende de la douzième heure, qui aurait exigé une treizième ligne, il l’a tout bonnement supprimée; de sorte que cette colonne-là finit à la onzième heure. ChampoUion a très-bien reconnu la faute, et l’a corrigée au crayon dans son manuscrit; en restituant la ligne qui manquait. Mais on n’a pas tenu compte de cette rectification dans la planche imprimée, et l’on y a laissé subsister la faute toute brute. Dans la précipitation de son pénible travail, Champollion avait cru qu’une des colonnes en partie conservées appartenait à la deuxième quinzaine du mois mésori, le dernier des douze, et il l’avait comprise sous ce titre dans ses manuscrits. On l’a reproduite comme telle à l’impression. Toutefois, l’application semblait d’autant plus étrange, que les légendes dont cette colonne se compose devraient, d’après l’ordre général du dessin, se trouver placées, non pas au deuxième mois, mais au sixième, phaménoth , lequel est signalé comme manquant dans la copie de Champollion. Mais M. Lenormant, qui avait la connaissance personnelle de l’arrangement du tableau, subdivisé en deux demi-années, adossées l’une à l’autre èn opposition, a reporté cette quinzaine à sa vraie place. Il a parfaitement prouvé qu’elle appartient à la première quinzaine de phaménoth; ce qui rétablit l’unité, ainsi que la continuité du texte. Du reste, ce tableau de Ramsès IX n’offre pas plus de vestiges d’épagomènes que celui de Ramsès VI; et, d’après la répartition

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de l’année en demi-mois complets, comme d’après le caractère néfaste attaché à ces jours additionnels, il est très-jirésumable qu’ils ne devaient pas y être compris.

Avant d’aller plus loin, nous avons à discuter ici deux questions très-graves. Voilà deux tableaux dont la composition est parallèle, et le texte identique, à quelques variantes près, soit réelles, soit imputables aux inadvertances des scribes. Celui qui décore le tombeau de Ramsès IX a été nécessairement tracé postérieurement à celui qui orne le tombeau de Ramsès VI. Comment peut-on concevoir que des pronostics astronomiques ou astrologiques, fondés sur l’apparition de certaines étoiles à certaines dates courantes, et à certaines heures de la nuit, eussent été fixement attachés, pendant plusieurs règnes, aux mêmes jours de l’année vague C’est la première question qui se présente. On pourrait y répondre en admettant que l’on retardait régulièrement l’application de ces pronostics, d’un jour en quatre ans vagues, ce qui était un moyen simple de les maintenir longtemps d'accord avec le ciel ; et, si le cercle d’Osymandias, dont parle Diodore, a réellement existé, il fallait bien que l’on appliquât ce mode de transport numérique à ses indications, pour qu’elles ne devinssent pas excessivement fautives après un petit nombre d’années. A cette considération, M. Lenormant en ajoute une autre, tirée des habitudes d’esprit propres aux Egyptiens. Dans ces tableaux, les 36o jours des douze mois sont répartis en quinzaines exactes; et ainsi, les indications données dans chaque colonne sont censées applicables , avec une approximation suffisante, aux quinze nuits consécutives, dont la première est indiquée en tête par sa date courante. Puisque l’application actuelle de l’ensemble retarde d’im

jour en quatre ans vagues, il s’ensuit qu’après4 fois i5, ou 6o de ces années, la date de chaque colonne aurait dû être transportée à la colonne suivante, en renouvelant seulement la première de thot, et supprimant la dernière de mésori. M. Lenormant suppose , non sans vraisemblance , que ce serait seulement à des intervalles pareils, comprenant chacun 6o années vagues, que l’on aurait jugé convenable de construire un nouveau tableau; de sorte que, si la distance de Ramsès VI à Ramsès IX a été moindre, ce que la discussion critique des deux règnes intermédiaires rend très-vraisemblable, il serait tout naturel que l’on eût reproduit la première représentation telle qu’elle était, sans y faire aucun changement. On pourrait bien encore imaginer que le tableau de Ramsès IX aurait été tout simplement emprunté au tombeau voisin de Ramsès VI, pour être introduit à cette nouvelle place, à titre de décoration savante, plutôt que d’usage actuel. Mais je n’insiste pas sur cette explication, qui ferait supposer que l’on n’attachait pas une importance assez sérieuse au choix des détails que l’on faisait entrer dans ces monuments.

Quoi qu’il en puisse être, la répétition du même dessin dans deux tombeaux d’époques différentes suggère une autrequestion qu’il faut résoudre, avant d’aborder les applications chronologiques. Nous avons ici deux copies d’un même texte, rédigé vraisemblablement par les prêtres, à une époque qui nous est inconnue. A qui devrons-nous attribuer les dates absolues que nous en pourrons déduire.^ Si la conjecture de M. Lenormant est fondée, ce sera à Ramsès VI. Car nous verrons dans un moment que, sous Ramsès III, le lever héliaque de Sirius est marqué au 1 °'' thot même; de sorte que le tableau de

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Ramsès VI, où nous le trouverons marqué quinze jours plus tard, dans la nuit du i5 au i6 thot, serait le premier qui aurait dû être construit postérieurement à cette concordance. Toutefois, pour plus de prudence, nous devrons appliquer les dates absolues qu’il nous donnera à la confection du document même, et subsidiairement, par induction, à Ramsès VI; étant extrêmement présumable qu’il a été construit pour lui, et adapté aux rapports que les jours de l’année vague avaient, de son temps, avec l’état du ciel.

Ces réserves faites, je reprends ce tableau, tel que M. Lepsius nous le présente séparément aujourd’hui; et, m’appuyant sur la représentation abrégée que j’en ai donnée dans les planches i , 2,3, je vais en discuter les détails. Le premier pas à faire pour l’analyser, ce doit être de chercher à quels instants d’une même nuit répondent les douze divisions horaires de chaque colonne, et quels intervalles de temps sont compris entre elles Quant à ce dernier point, la régularité de la construction semblerait exiger que ces intervalles soient censés égaux entre eux, dans une même nuit. Mais, à quel abaissement absolu du soleil sous Thorizon la première heure est-elle supposée commencer, la dernière finir? Kt quel intervalle absolu de temps faut-il comprendre, entre ces extrêmes, dans chaque colonne ? Aucune spéculation, aucun calcul n’est possibleà faire avant d’aborder ces questions, soit pour parvenir à les résoudre, soit pour se rendre indépendant de leur solution, si elle nous est inaccessible.

Les astronomes reconnaissent plusieurs sortes de subdivisions horaires, liées à la marche du soleil, qu’ils emploient dans leurs calculs ou qui sont mentionnées par l’histoire. Les jilus simples à définir, et qui suffisent aux usages civils.

s’appellent des heures solaires vraies , ou de temps vrai. Voici comment on les règle. L’intervalle de temps qui s’écoule entre deux retours consécutifs du soleil au méridien local, soit supérieur, soit inférieur, constitue un jour solaire vrai. Pour subdiviser cette durée, menez par l’axe du mouvement diurne vingt-quatre plans ou cercles de déclinaison,

formant entre eux des angles dièdres de i5". Etant prolongés jusqu’au cercle de l’équateur, qu’ils rencontreront perpendiculairement, ils le couperont en autant de points, comprenant aussi sur son contour des arcs égaux et de i5°. Ces vingt-quatre plans se nomment des plans horaires, parce que l’instant, soit du jour, soit de la nuit, où le soleil arrive successivement dans chacun d’eux, détermine conventionnellement l’heure solaire actuelle, ou, en langage vulgaire, V heure qu’il est. Par cette convention , le jour solaire entier se trouve partagé en vingt-quatre portions ou heures, que l’on peut subdiviser d’après le même principe en portions plus petites appelées minutes, secondes, tierces, etc., dont l’application peut immédiatement être faite à chaque instant du jour, quand le soleil brille, en déterminant, par l’observation, l’angle que son plan horaire actuel forme avec le méridien supérieur. Pour la nuit, cet angle se calcule d’après la vitesse du mouvement révolutif du soleil autour de l’axe du ciel, au jour assigné.

Ces heures solaires vraies sont inégales entre elles, par deux causes. Premièrement, le mouvement du soleil sur l’écliptique n’est pas uniforme ; il s’accélère quand cet astre se dirige vers le périgée de son ellipse, et se ralentit quand il revient vers son apogée. Deuxièmemient , l’écliptique est oblique à l’équateur, d’où il suit que des plans horaires, qui intercep-

tent sur le second de ces grands cercles des arcs égaux , en interceptent sur le premier, d’inégale longueur, suivant qu’ils sont menés plus près ou plus loin des points équinoxiaux, où les deux cercles se coupent. Pour obvier aux effets de ces deux circonstances, les astronomes emploient habituellement dans leurs calculs ce qu’ils appellent des jours solaires moyens^ des heures solaires moyennes, et, en général, des intervalles de temps solaire moyen. Voici comment ces diverses unités de mesure s’établissent. On imagine un soleil fictif, perpétuellement retenu dans le plan de l’équateur céleste, et qui, s’avançant d’occident en orient, sur le contour de ce grand cercle, en vertu d’un mouvement propre toujours égal, le décrit tout entier pendant la durée moyenne d’une année solaire vraie. Cet astre idéal s’appelle le soleil moyen; et l’intervalle de temps, toujours égal, qui s’écoule entre deux de ses retours consécutifs au méridien local, soit supérieur, soit inférieur, constitue le jour solaire moyen, lequel se subdivise, comme le vrai, en a4 heures égales, par autant de cercles de déclinaisons équidistants, qui interceptent sur la circonférence de l’équateur des arcs de i5®. Le lieu de ce soleil moyen sur l’équateur étant une fois conventionnellement fixé, pour un certain instant physique, relativement au plan horaire qui contient le soleil vrai à ce même instant , les lois du mouvement variable de ce dernier, qui sont connues, permettent de rapporter à tout autre instant son plan horaire actuel à celui dans lequel se trouve alors le soleil moyen, par conséquent de convertir le temps solaire vrai en temps solaire moyen , et inversement. Pour rendre cette conversion plus facile, on choisit le point de départ simul-

5o RECHERCHES DE CHRONOEOGJE EGYPTIENNE.

tané des deux soleils , de manière que leurs plans horaires s’écartent toujours très-peu l’un de l'autre, soit en avant, soit en arrière; et cet ajustement relatif est tellement réglé, que l’écart n’excède jamais i6 minutes de temps moyen. Sa quotité, à un instant quelconque, s’appelle V équation du temps. Ptolémée en connaissait très-bien la théorie et la formule; il connaissait aussi les heures solaires moyennes, qu’il appelle heures équinoxiales, pour les distinguer des heures solaires vraies, ainsi que des heures temporaires, dont il me reste à parler.

Ces dernières ont été employées par beaucoup de peuples pour les usages civils. Leur établissement n’exige aucune notion d’astronomie. L’intervalle de temps qui s’écoule entre le lever et le coucher suivant du soleil se divise en douze parties égales, que l’on appelle des heures temporaires de jour. L’intervalle qui s’écoule ensuite, depuis ce coucher jusqu’au lever suivant, se divise de même en douze parties égales, que l’on nomme des heures temporaires de nuit. La somme des vingt-quatre consécutives forme ce que Ptolémée nomme un nycthémere, et comprend un jour solaire vrai. Comme le mouvement du soleil en déclinaison fait varier considérablement le temps de sa présence au-dessus ou au-dessous de l’horizon d’un même lieu, dans les diverses saisons de l’année, ce mode de partage du jour solaire est sujet à de très-grandes inégalités. Ainsi, dans les climats situés au nord de l’équateur, comme l’Egypte, les heures de nuit, pendant l’été, sont plus courtes que les heures de jour; elles sont, au contraire, plus longues en hiver; et elles ne deviennent égales les unes aux autres que deux fois l’an, aux époques des équinoxes. Tout imparfait que soit ce mode de division du temps, comme son application

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n’exige aucune science théorique, il a été fort en usage dans l’antiquité. Lorsque Ptolémée rapporte les éclipses de lune observées par les Chaldéens à Babylone, il les donne datées en jours de l’année vague égyptienne et en heures temporaires de nuit, comptées du coucher du soleil. Il ne nous fournit pas de renseignement aussi positif sur les Egyptiens, parce qu’il ne leur emprunte pas d’observations. Mais, comme on voit, par ses énoncés, qu’ils faisaient commencer le jour civil au lever du soleil, il est présumable qu’ils le divisaient en heures temporaires de même que les Chaldéens; et cette induction est confirmée par un passage de Théon, au second paragraphe de ses Tables manuelles, où, pour définir l’instant de midi chez les Egyptiens, il dit que c’est la fin de la sixième heure et le commencement de la septième. Quant aux Grecs, l’emploi des heures temporaires dans les usages publics n’est pas douteux , puisque ce sont elles que nous voyons marquées par les cadrans d’Athènes, sur le monument appelé la Tour des V ents.

On va voir que cet exposé était nécessaire pour ne pas nous méprendre dans l’analyse du tableau de Thèbes- Car, par une circonstance dont on aurait bien pu ne pas se méfier, les divisions horaires de la nuit qui y sont employées, ne rentrent dans aucune des définitions précédentes , du moins si l’on admet que l’application en soit faite exactement. Sous cette condition , qui est indispensable pour établir une identification légitime , ce ne sont ni des heures solaires vraies, ni des heures équinoxiales, ni même des heures temporaires babyloniques ou égyptiennes , qu’il aurait été cependant si naturel d’y supposer. En effet ,

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dans ce dernier mode de subdivision , le point de départ des heures de nuit est placé au coucher du soleil; et, de là, elles vont s’accomplissant par intervalles égaux jusqu’à la douzième, qui se termine au lever suivant. Les heures de notre tableau commeneent plus tard. Elles partent de Ventrée de la nuit, probablement de la nuit elose, puisque cette origine est définie par la perception d’un astérisme stellaire. De là elles vont s’accomplissant, par intervalles probablement égaux, jusqu’à la douzième, qui, selon toute analogie, doit se terminer à la fin de la nuit physique, ou à la première lueur du jour, puisque la pereeption d’un astérisme stellaire est aussi attachée à cet instant. A l’appui de cette indieation, M. de Rougé m’a appris que, dans certaines inscriptions religieuses, la divinité qui préside à la douzième heure de la nuit, ou la première du jour visible, est appelée la Dame du moment où il n’y a plus de ténèbres. Le calcul nous apprendra précisément à quels points de l’intervalle nocturne répondent ces deux termes extrêmes des heures du tableau, d’après les dates assignées aux deux époques où l’apparition deSirius sert pour les définir. Mais, avant de procéder à cette application particulière , je vais tirer du tableau même un résultat de nombres, qui est commun à tous les astérismes que l’on y a mentionnés, et qui nous découvre l’intervalle absolu de temps pendant lequel chacun d’eux y apparaît.

Si l’on considère un quelconque de ces astérismes, dont le caractère symbolique soit assez nettement défini pour que l’on puisse reconnaître sans incertitude les divisions horaires auxquelles il est successivement appliqué dans les colonnes consécutives, on y remarque cette loi générale : sa première apparition dans le tableau est toujours placée à la treizième

ligne d’une colonne, celle qui répond à la fin de la douzième heure conventionnelle d’une nuit. Dans la colonne immédiatement suivante, qui est postérieure de quinze nuits , le même astérisme est porté à la douzième ligne, qui répond à la fin de la onzième heure. Il remonte ainsi successivement d’une ligne à chaque quinzaine, occasionnellement de deux, jusqu’à ce qu’enfin il atteigne la première ligne d’une colonne, celle qui répond à l’entrée d’une nuit, et qui marque le point de départ des divisions horaires subséquentes. Hors de ces limites, on ne le voit plus reparaître sur le tableau, dans le cours de l’année. Un autre a pris sa place dans la série des lignes et des heures, qu’il parcourra progressivement de bas en haut, comme lui, en remontant d’une à chaque cjuinzaine, suivi par un troisième qui y marchera, de la même manière; et cet ordre de succession s’applique à tous, sauf les anomalies occasionnelles, facilement imputables à la négligence (lu scribe, qui, dans l’arrivée de l’astérisme à la i''*’ ligne des colonnes, aurait manqué à la loi de continuité; négligen<‘e dont on n’a que trop d’exemples dans les copies de textes égyptiens, même religieux. Maintenant, abstraction faite de ces anomalies, si l’on prend la date delà première apparition et la date delà dernière, pour un même astérisme, on trouve entre elles un intervalle constant de 5 mois, ou i5o nuits.

Ce nombre nous découvre tout le mystère de notre tableau. En effet, pour une étoile quelconque, le lever qui a lieu à la fin de la nuit arrive le premier; celui qui a lieu à l’entrée de la nuit arrive le dernier; et l’intervalle des deux est réellement, pour toutes, de cinq mois, plus un très-petit nombre variable de jours. C’est la IV® proposition du second livre d’Autolyciis, sur les levers et les couchers des étoi-

les (i). Il l’énonce en règle générale, sans la démontrer, et sans mentionner les petites différences qui en modifient éventuellement l’application. Pour lui, comme pour le constructeur du tableau égyptien, ce n’était probablement qu’un résultat d’observations pratiques ; mais celui-ci semble l’appliquer avec plus de justesse que le géomètre grec ne l’énonce. En effet, dans son tableau, il place toujours le dernier lever de chaque étoile à \ entrée de la nuit; par quoi il faut entendre la nuit close ; ce qui est, en réalité, la condition sous laquelle les deux apparitions extrêmes sont très-approximativement comprises dans l’intervalle constant de i5o nuits; car si l’on prolonge les observations du dernier lever jusque dans le crépuscule du soir, sur une étoile trèsbrillante, on pourra l’apercevoir encore à l’horizon oriental , quelques jours plus tard, avec de bons yeux. Le constructeur de notre tableau paraît s’être borné au fait général qui était le plus facile à constater; et, ayant voulu le distribuer par quinzaines exactes, c’était le seul moyen qu’il pût employer pour que l’intervalle des levers extrêmes qu’il y comprenait ne sortît pas sensiblement de ce cadre. Il y a très-bien réussi ;

(i) Voici le texte d’Autolycus :

ôstop) Twv dTuXavwv ddTpwv oaa aTToXapiêdvsTai, utto tou ÇwStaxou, IttI xd TTpbç dpxxov î) lirl xd TTpbç pt,6(7Y)[jLêpta|jt. pLspy) : Ixslva aTib xr^ç icoaç imroTirjç êtcI x^ é^Treptav ItuxoX-^v Trapsaxai bid Trsvxdpiyjvov.

Toutes les étoiles situées, (soit) sur le zodiaque, (soit) dans les parties boréales ou méridionales (du ciel), parviendront de leur lever du matin à leur lever du soir en cinq mois.

Autolycus ir£p\ IttixoXwv xal Suaetdv. Lib. II. Ed. Dasypodius; Strasbourg, i5y2, p. 4^-

car, pour Sirius, par exemple, il place ainsi sa première apparition du matin à la fin de la douzième heure conventionnelle de la nuit qui va du i 5 au i6 thot civil , et sa dernière apparition du soir, à l’entrée de la nuit qui va du i5 au i6 méchir. L’intervalle de ces deux dates, évalué entre deux passages du soleil au méridien inférieur, est juste de i 5 o nuits. Or, je montrerai tout à l’heure, par le calcul, qu’en partant du lever matutinal du i 5 au i6 thot, le dernier lever visible à l’entrée de la nuit s’opérait effectivement le i6 méchir civil; et le dernier lever, perceptible dans le crépuscule du soir, arrivait 9 jours plus tard, le a 5 méchir. Ainsi, toute cette fin de ces apparitions était légitimement comprise dans la colonne qui porte la date du 16-1 5 méchir, sur le tableau égyptien. De sorte que Sirius ne devait plus reparaître à aucune des quinzaines suivantes de l’année; comme, en effet, on ne l’y voit plus.

Pour accommoder l’ordonnance intérieure de son tableau à cet intervalle précis et constant de nuits, que lui imposait le ciel , en s’astreignant à la division par quinzaines, le constructeur a usé d’un artifice qui répugnerait fort à notre puritanisme scientifique, mais qui pouvait probablement se justifier alors par des raisons suffisantes, si l’objet principal de la représentation était astrologique , comme tout semble l’indiquer. J’ai dit que chaque astérisme apparaît d’abord à la treizième ligne d’une colonne , marquant la fin de la douzième heure conventionnelle d’une certaine nuit. A partir de là, notre Egyptien le fait remonter d'une heure, par conséquent d’une ligne, à chaque quinzaine suivante, jusqu’à la première ligne, où il se trouve avoir parcouru ses i 5 o nuits. Mais, puisque ces lignes sont au nombre

56 RECHERCHJiS DE CHRONOLOGIE ÉGYPTIENNE.

de i3, dans chaque colonne , elles comprennent entre elles 1 2 intervalles horaires complets ; de sorte qu’en comptant i5 nuits pour franchir chaque intervalle , on aura en somme douze quinzaines, ou 180 nuits, au lieu de i5o, après lesquelles l’astérisme atteindra sa dernière apparition ; ce qui formera 3o nuits de trop. Pour les regagner, voici comment s’y prend notre Egyptien. A deux reprises différentes, il fait franchir à son astérisme deux intervalles horaires au lieu d’un seul ; ce qui lui sauve 3o nuits , et ramène le nombre total dans les limites voulues. Prenons comme exemple Sothis, c’est-à-dire Sirius. Il apparaît pour la première fois à la 12 ® heure conventionnelle de la nuit, qui va du i5 au 16 du mois thot, et je l’ai marqué à cette ligne-là par son caractère symbolique. Depuis lors, on le voit remonter régulièrement d’une heure par quinzaine, jusqu’au i5 athyr, où il arrive à la fin de la 8 ® heure. Mais, de là au i®*^ choiak suivant, au lieu de remonter à la 7 ® heure, il saute à la 6 ®, ce qui lui fait déjà gagner i5 nuits. Il reprend ensuite sa marche régulière jusqu’au i®"^detoby, où il arrive à la 4" heure. Mais, de là au 1 5® toby suivant, il saute par-dessus la 3® heure et passe immédiatement à la 2 ®, ce qui lui fait gagner i5 autres nuits. Alors, au i®® méchir suivant, il se trouve amené à la fin de la P® heure; et le i5 il atteint la première ligne de la colonne, où il apparaît pour la dernière fois à l’entrée de la nuit , ayant accompli sa période de i5o nuits complètes. Ces deux sauts brusques sont placés à des heures différentes, pour les divers astérismes. En ce moment, je ne cherche pas à voir si les époques en sont placées arbitrairement, ou d’après quelque système de compensation approximative. Les deux termes extrêmes sont les seuls que je veuille ici considérer,

comme ayant pu être immédiatement déterminés par les observations des levers de l’astre, aux deux instants marqués sur le tableau, le premier à la pointe du jour, le dernier à l’entrée delà nuit, à un intervalle précis de i5o jours. Car, après la discussion qui précède, on m’accordera, je crois, sans difficulté, que ce sont effectivement ces deux phénomènes qui limitent la présence de chaque astérisme, d’abord à la treizième, et finalement à la première ligne des colonnes de notre tableau; l’intention de renfermer les apparitions dans cet intervalle étant rendue encore plus manifeste, par les intermittences mêmes que l’on emploie pour s’y restreindre. Il

ne reste plus qu’à examiner si le calcul astronomique confirme ces indications, et pour quel temps il s’y accorde.

J’ai effectué cette épreuve pour Sirius , le seul astérisme égyptien que son nom bien connu de Sothis nous permette jusqu’à présent d’identifier sans incertitude avec le ciel. Mais ici se présente un doute. Puisque chaque colonne doit être censée pratiquement applicable à quinze nuits consécutives, quel motif légitime aurons-nous pour placer le lever de cet astre à la première nuit de la colonne, qui porte la date du i5 au x6 thot, plutôt qu’à toute autre des quinze que la même colonne comprend? Cette spécialité d’application à la nuit datée peut s’inférer de deux circonstances, l’une générale, l’autre particulière. Toute la construction du tableau égyptien suppose que l’heure d’apparition d’un même astérisme remonte d’un rang entier par quinzaine , en se rapprochant de l’instant physique où la nuit commence. On doit, sans doute, concevoir que ce déplacement général est censé s’opérer graduellement, pour chaque astérisme; de sorte que les dates de jours et d’heures ne peuvent être ri-

goureiiseinent applicables qu’à une seule des nuits comprises dans la quinzaine désignée , sans que le tableau nous apprenne quelle est cette nuit-la. Mais cette latitude d’interprétation n’est pas admissible pour l’astérisme qui est marqué en tête de chaque colonne, comme paraissant à L'entrée meme de la nuit. Car, s’il est dans cette condition à un certain jour, il n’y sera plus le lendemain, parce que le mouvement propre du soleil le fera lever dans le crépuscule du soir, et le rendra complètement invisible avant que là quinzaine soit écoulée. Ceci exige donc que la première ligne de chaque colonne , et par suite la colonne entière, soit censée avoir son application précise., pour la nuit dont elle porte la date, et ne s’étende de là au reste de la quinzaine que par une sorte d’interpolation approximative. D’après cela, le i5-i6 thot doit être pris comme la date précise de la première apparition de Sirius, selon le tableau. Mais la règle générale s’applique encore à ce phénomène, avec une exigence toute particulière, à cause de l’importance physique et religieuse qu’on y attachait, d’après laquelle un à peu près d’époque où on l’aurait placée aurait été inacceptable; tandis que les levers des autres étoiles, qui le précèdent ou le suivent, pouvaient au besoin être coordonnés approximativement autour de lui, sans inconvénient. Il est même infiniment vraisemblable que le lever héliaque de Sothis, à cette date précise du 1 5- 1 6 thot, a été le fait dominant et régulateur de toute la représentation. Aussi , la colonne où il est relaté porte-t-elle à sa première ligne un symbole spécial qu’on ne voit qu’à elle seule, et qui signifie que ce i6-i5 thot était une fête. Or, en effet, les deux autres inscriptions, où M. de Rougé a retrouvé ce phénomène mentionné avec

sa date courante, sous Ramsès III et Touthmès III, y marquent également une fête; laquelle, attachée ainsi à son retour, comme pour l’annoncer aux populations, devait probablement se célébrer dans le cours du jour civil qui suivait immédiatement la nuit où on l’avait observé. A la vérité, M. de Rougé a aussi constaté qu’une fête était attachée généralement au i5® jour de chaque mois. Mais cette indication étant omise dans notre tableau, pour tous les demi-mois, à l’exception de celui où Sothis y est mentionné pour la première fois, cela semble montrer manifestement que la fête qu’on y a marquée est celle qui se célébrait à la première apparition de cet astre. Par tous ces motifs, nous pourrons très-légitimement attribuer à ce phénomène, dans le tableau de Ramsès VI, la date précise du i5 thot civil, quel que soit le prince auquel on doive l’appliquer chronologiquement. C’est ce que je ferai dans ce qui va suivre; et la justesse de cette attribution se trouvera encore confirmée par la concordance, avec le ciel, des conséquences qui s’en déduiront.

Des essais approximatifs que j’avais déjà tentés il y a plusieurs années , m’avaient appris que les levers indiqués dans le tableau, si c’étaient des levers, comme on le présumait alors sans preuve précise, plaçaient sa date absolue à l’année 346q delà période julienne, ia45 avant notre ère, selon le comput chronologique. Je ne m’étais pas trompé de beaucoup dans cette première évaluation ; car mes calculs actuels, que j’ai lieu de croire plus précis, le ramènent à l’année 3473, ou de notre ère- — Toutefois, comme les levers de Sirius sur

un même point de l’Égypte se maintiennent pendant trè.slongtemps aux mêmes jours juliens, j’ai pu très-légitimement calculer ici leurs dates courantes dans l’année julienne

— 12 / 15 , que j’avais adoptée d’abord; et, lorsque j’en ai connu le jour julien précis, je n’ai eu ensuite qu’à faire concorder la nuit qui ouvre ce même jour avec celle qui va du i 5 au i 6 thot civil égyptien; ce qui m’a conduit finalement à l’année — 1241, comme je viens de l’annoncer. Il faut maintenant que j’explique sur quelles données j’ai établi mon calcul.

Admettons, un moment, d’après Ptolémée, que, sous le climat de l’Égypte, la première apparition de Sirius s’opère, pour une vue moyenne, lorsque le soleil se trouve encore abaissé de 10“ ou 11" sous l’horizon oriental. Alors, en nous plaçant à Thèbes, où la hauteur du pôle est 25 “ 42', nous porterons Sirius sur le ciel à la place où il devait être vers le milieu de l’année de la période julienne 3469, puisque nous choisissons celle-là pour établir notre calcul provisoire. Puis nous l’amènerons, toujours parle calcul, à l’horizon oriental en lui appliquant la réfraction, évaluée à 82', et nous calculerons la longitude du point de l’écliptique qui se trouve à cet horizon en même temps que lui, dans ces conditions. Nous ajouterons alors, à cette longitude, l’arc de l’écliptique qui répond à l’abaissement que nous jugeons devoir donner au soleil, pour que Sirius réfracté soit perceptible à la simple vue quand il se lève. La somme sera la longitude que le soleil doit atteindre pour que cette condition de visibilité soit remplie. Il ne restera plus qu’à chercher, par les tables astronomiques, à quel instant de l’année choisie 8469 il parvient à cette longitude; et si, comme cela arrivera presque toujours, il ne se trouve pas, à cet instant précis, marquer l’aube du jour sous le méridien du lieu désigné , il la marquera nécessairement pour quelque autre point du même parallèle, ce qui donnera la date du jour ju-

RECHERCHES DE CHRONOLOGIE EGYPTIENNE. 6l

lien où ce phénomène s’y accomplit exactement. Alors il s’accomplira, pour le lieu désigné, la\eilie ou le lendemain, sous des conditions de visibilité à peine différentes, .l ai trouvé ainsi qu’en l’année de la période julienne 346ç^, le lever héliaque de Sirius s’opérait, théoriquement, sur le parallèle de Thèbes, le i3, i4 ou i5 juillet, sous des conditions d’abaissement du soleil à peu près également admissibles.

Ceci n’est qu’une application particulière de la méthode mathématique dont j’ai exposé précédemment la marche générale. On y retrouve les incertitudes inévitables que j’ai signalées. Mais le résultat ainsi obtenu, quoique probablement peu éloigné de la vérité, serait essentiellement hypothétique, puisqu’il n’emprunterait aucun de ses éléments au tableau de Thèbes. Or, la discussion à laquelle nous venons de soumettre ce tableau nous permet de fonder tous nos calculs sur les seules indications physiques et numériques qu’il fournit; il m’a donc paru bien plus satisfaisant de suivre cette voie d’application directe, où nous tirerons tout de lui. Et voici comment j’y ai procédé.

Nous avons reconnu que chacune de ses colonnes embrasse un intervalle nocturne qui s’étend depuis l’entrée de la nuit jusqu’à l’aube du jour, pour chaque époque de l’année à laquelle une même colonne s’applique ; en sorte que la durée de cet intervalle doit varier dans les diverses saisons.

Je ne m’inquiète pas du mode de subdivisions horaires qu’on y a introduit; je ne considère que les instants qui le terminent, et qui sont physiquement désignés. Prenant alors, dans le tableau, les dates extrêmes auxquelles le lever de Sirius se trouve marqué à ces deux limites , je vais chercher, dans notre année d’essai 346q, à quels jours juliens le lever

réel de cette étoile, sur l’horizon de Thèbes, a pu concorder le matin avec la première, le soir avec la dernière, en passant de l’une à l’autre dans l’espace de i 5 o nuits. Je ne présenterai ici que l’exposé de la méthode dont j’ai fait usage. On trouvera les détails des calculs à la fin de ce Mémoire, dans la note II.

La limite matutinale doit se définir par la condition que la nuit soit assez avancée pour que la première apparition de Sirius à l’horizon soit saisissable à la vue simple. Cette limite ne peut se conclure que de l’heure de la nuit à laquelle on observait habituellement ces phénomènes. Ptolémée ne nous la donne pas. Mais, comme il n’y a pas d’autre renseignement pratique sur lequel il ait pu établir les arcs d’abaissement du soleil qu’il a employés dans ses calculs, nous pouvons, par réciprocité, la déduire des valeurs qu’il leur attribue. D’après Ideler, ces valeurs varient de io“ à ii“ j, quand l’éclat de l’étoile la classe parmi celles que l’on appelle de P® grandeur; et, pour les étoiles de 2® grandeur, elles s’étendent jusqu’à i 4 “- Maintenant, si l’on calcule les angles horaires dans lesquels ces divers abaissements placent le soleil à l’orient du méridien inférieur, au temps de l’année où Sirius se levait sur l’horizon de Thèbes, on trouve que l’arc de 10“ le met à 55 ® de temps après la fin de la xi® temporaire de nuit comptée du coucher du soleil ; tandis que les arcs de II», de i4®, l’amèneront respectivement à 4“ 8* et 19® i5® avant la fin de cette même xi® heure. Ce sont là, en effet, des époques physiques qui semblent convenablement assorties aux conditions de visibilité absolues et relatives des étoiles auxquelles on les applique; et, pour Sirius en particulier, elles sont conformes à la tradition qui nous a été conservée

par le scoliaste d’Aratus , que l’on croit être Théon d’Alexandrie, lequel nous dit qu’en Egypte le lever héliaque du Chien s’opère 'vers la xi® heure de la nuit (i). Mais je dis que , dans un calcul correct, effectué pour une localité déterminée, ces arcs d’abaissement du soleil, et les instants de la nuit qui y correspondent, ne doivent pas être employés comme des données immédiates. Ils doivent être des résultats propres à chaque jour de l’année pour lequel on cherche l’heure à laquelle l’étoile se lève, sur l’horizon du lieu désigné. En effet, la latitude et la longitude de ce lieu étant assignées, ainsi que l’année julienne pour laquelle on veut établir le calcul , les tables du soleil déterminent absolument quels étaient, à un jour quelconque de cette armée-là, l’angle horaire de cet astre et son arc d’abaissement , lorsque l’étoile considérée apparaissait à l’horizon oriental ; et l’on ne peut rien changer à ces résultats. Il faut donc les employer seulement comme caractères indicateurs , pour distinguer approximativement le jour, ou les jours consécutifs de l’année, où ils ont été tels que le lever de l’étoile s’opérât dans les limites de visibilité indiquées par la pratique usuelle; ce qui laisse une indétermination qui porte sur le choix du jour , que l’on peut reculer ou avancer graduellement par un calcul très-simple , pour lui faire parcourir l’amplitude de variation, dans laquelle il reste physiquement admissible. C’est ainsi que j’ai opéré ; et j’ai exposé à la suite de mon Mémoire, dans la note II, les détails d’application de cette méthode, qui m’a semblé la plus claire et la plus directe que l’on pût suivre. J’ai trouvé ainsi

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(i ) Arat, Phen.; scolie sur le vers i53, édit. Lips,, p. 45-

64 RECHERCHES t)E CHRONOLOGIE EGYPTIENNE.

que, d’après les tables solaires de Delambre , le i 4 juillet de l’année de la période julienne 3469, lorsque l’image de Sirius produite par la réfraction atteignait l’horizon oriental de Thèbes, le soleil marquait , au méridien de cette localité, 3 i *,6 de temps vrai, avant la fin de la xi® heure temporaire de la nuit ou 4 ** 18“ 6' du matin. Son abaissement vertical sous l’horizon étant alors de 10® 29', et il devait s’écouler encore o'' 53 ™ 27* de temps vrai jusqu’à son lever. Je me suis tenu à ces résultats, qui indiquent des conditions de visibilité parfaitement applicables à la première apparition perceptible de Sirius. En rapportant ce même calcul au lendemain i 5 juillet, j’aurais eu au moment du lever de cette étoile un abaissement du soleil un peu plus fort, ii® 19', et une époque d’apparition un peu plus tardive dans laxi® heure; mais j’ai préféré les conditions du i4, par un motif que j’expliquerai plus loin.

Prenons maintenant le soleil au point de l’écliptique où nous l’avons placé le i4 juillet au matin, à l’instant du lever héliaque de Sirius; puis, transportons-le de là, suivant les lois de son mouvement propre, à 1 5 o nuits de distance , ce qui est l’intervalle du i 5 thotau i 5 méchir, où notre tableau met le dernier lever de Sirius à l’entrée de la nuit. Cela nous mènera à une phase pareille du 12 décembre julien, qui commence à minuit. Cherchons alors, en avant de ce minuit-là, l’angle horaire dans lequel se trouvait le soleil à l’occident du méridien inférieur de Thèbes, au moment où Sirius réfracté se levait à l’horizon oriental. Et voyons si, cet angle répond effectivement à l’entrée de la nuit dans cette saison, comme notre tableau le marque, à cette même date, pour le dernier lever de Sothis.

En résolvant ces diverses questions à l’aide de nos tables solaires , on trouve qu’en effet ce dernier lever du tableau s’opérait dans la portion de la nuit qui précède le commencement du 12 décembre julien. Il avait lieu 3 “* 12“ après la fin de la première heure temporaire de cette nuit-là, notablement plus longue qu’en juillet. Il s’était écoulé alors i** 10“ 4^® depuis le coucher du soleil; et cet astre se trouvait abaissé de 14" 47 4?' au-dessous de l’horizon occidental. C’était donc bien le temps de passage du crépuscule du soir à la nuit noire, ou l’entrée de la nuit, comme le tableau l’a marqué. On ne saurait, je crois, exiger un plus complet accord, et j’avoue que je ne m’étais pas attendu à le trouver tel. Les preuves de ses résultats sont exposées dans

la note II.

Si i’Egyptien qui a construit ce tableau avait voulu y comprendre le dernier lever perceptible dans le crépuscule, il aurait dû placer celui-ci quelques jours plus tard. D’après les conditions de visibilité admises par Ptolémée pour Sirius dans ses levers du soir, ce phénomène serait arrivé le 20 méchir, 33 ” 4 ®«ipi’ès le coucher du soleil, abaissé alors de 7“ sous l’horizon occidental. Mais la mention de cette phase aurait dérangé toute l’économie du tableau, qui est distribué par demi-mois justes. En outre, ces dernières conditions de visibilité étant inégales pour les différentes étoiles, selon leur éclat, le nombre des jours qu’il aurait fallu leur attribuer en des quinzaines aurait varié de l’une à l’autre, ce qui aurait nécessité autant de mentions particulières ; lesquelles ne se seraient plus trouvées comprises dans cet intervalle de i 5 o nuits, qui est une loi générale du tableau. Il est donc très-naturel qu’on l’ait borné à des levers dont les

époques extrêmes pussent être renfermées dans ces limites, comme nous voyons qu’on l’a fait. D’ailleurs ces derniers levers peuvent être censés compris dans la quinzaine, qui porte la date du i6-i5 méchir, puisque son application pratique est censée s’étendre jusqu’au 3o du même mois.

La marche de Sirius dans le tableau étant ainsi bien établie, cette connaissance pourra nous conduire à identifier d’autres étoiles, dont les levers extrêmes précèdent ou suivent les siens, ou se succèdent entre eux, aux intervalles temporaires que nous indiquent les dates des nuits qui leur sont assignées. Mais je remets cette recherche à un autre temps. Et, admettant comme je crois l’avoir prouvé, que, vers l’époque de notre tableau, le lever héliaque de Sirius sur l’horizon de Thèbes s’opérait au matin du i4 juillet julien qui commence à minuit, je vais déterminer le rangde l’année de la période julienne à laquelle celui de ces levers qui est mentionné sur le tableau doit remonter.

Il v est inscrit à la nuit du 1 5 au 1 6 thot. Dans la notation %/

égyptienne du temps, cette nuit-là appartient tout entière au i5, puisque le jour civil égyptien commence au lever du soleil. Ramenant donc les deux dates courantes du phénomène, à partir du même minuit, sous le méridien de Thèbes, j’établis les concordances suivantes, dans lesquelles la lettre J désigne le rang de l’année julienne inconnue que je veux chercher :

Identité de dates établie d’après le monument Otez des deux parts

Vous aurez

Otez maintenant des deux parts I4i complets

15 thot civil, jour 15« à min. = J, 14 juillet à 0 ^. — 12 *» — 12 *‘

15 thot, jour 15® à midi. =3 J. 13 juillet à midi. — W — I4i

I thot , jour à midi. = J. 29 juin à midi.

Vous aurez

Il ne s’agit plus que de voir, dans les tables de concordance, à quelle époque, historiquement compatible avec le temps de Ramsès VI, le premier jour écrit de l’année vague égyptienne a concordé avec le ag juillet julien. On trouve que cela est arrivé pendant toute la durée de la période quadriennale qui comprend les années juliennes — ia 4 i®,

— I a 4 o, — 1 a 3 g, — i a 38 , des chronologistes, ou de la période julienne S/tyS®, 3473 , 3471, ^470, dont la première est bissextile, les autres communes. J’adopterai la première, et j’agirai de même dans tous les cas analogues qui pourront ultérieurement se présenter. Je vais expliquer le motif de ce choix.

Le calcul qui nous a conduit à la date du i 4 juillet, nous a donné un arc d’abaissement du soleil égal à 10“ ag . En reportant ce même calcul au i 5 juillet, nous aurions trouvé un abaissement plus fort, environ 1 1“ ig', lequel aurait été pareillement admissible. Supposons qu’il eût semblé préférable. Alors, en établissant la concordance des jours pour le 1 5 juillet, la date courante du i®'’ thot dans l’année julienne se serait trouvée amenée au 3 o juin ; et par suite, d’après les tables, la concordance d’années aurait remonté à la période quadriennale précédente , qui comprend les années — 1245®,

— 1344, — 1343, — 1243 avant notre ère, ou de la période julienne 346 g®, 3470, 3471, 3473 , dont la i®® est bissextile, les autres communes. Ceci étant constaté , en fixant notre première évaluation de date absolue à l’année 3473 ®, comme nous pouvons légitimement le faire , nous obtiendrons cet avantage, que, si l’on juge préférable de mettre le lever au i 5 juillet au lieu du i 4 , nous pourrons non moins légitimement fixer la date absolue à l’année commune 34 y 3 , ce qui ne la déplacera que d’un seul rang. Ce moyen simple de

•lui donner plus de stabilité relative m’a paru ne devoir pas être négligé.

Je passe à l’apparition de Sothis, ou Sirius, qui est marquée au premier jour de thot, dans le calendrier de Ramsès III à Thèbes. L’inscription qui la signale est ainsi conçue ;

Premier mois de la végétation (thot). Apparition de Sothis.

Jour de rendre les devoirs à Amonra, roi des Dieux.

Dans ce calendrier, le premier jour de chaque mois est toujours indiqué par le nom seul du mois, sans marque de quantième. Nous avons reconnu, avec une entière évidence, le même mode de notation partout appliqué, dans les tableaux de Ramsès VI et de Ramsès IX. Champollion avait déjà fait l’importante remarque que c’était là un usage habituel. L’inscription s’applique donc ici au premier jour civil du mois thot. En outre, le phénomène de l’apparition s’y trouve clairement rapporté à ce jour spécial, puisqu’elle est mentionnée comme le motif de la fête qu’on y doit célébrer. J’admettrai avec M. de Rougé que cette apparition de Sirius, que l’on célébrait par une fête, ne peut être que sa première apparition matutinale, qui annonçait le retour des eaux, et que nous appelons aujourd’hui le lever héliaque. Le lieu de l’observation est Thèbes, comme pour le monument de Ramsès VI, que nous venons de discuter; et le déplacement du lever dans l’année vague, entre ces deux époques, n’a été que d’un demi-mois. Nous pourrons donc admettre, sans nouveau calcul, que, pendant le court intervalle de temps qui les séparait, le lever est resté attaché à la même date julienne de jour.

i4 juillet. A la vérité, cela supposera que les conditions de visibilité ont été identiquement les mêmes dans les deux observations, ce qui, pris dans une acception rigoureuse, est peu vraisemblable. Mais nous n’avons aucun moyen de déterminer la différence de ces conditions; et l’erreur que nous pouvons commettre, en les supposant similaires, n’est pas évitable dans ce genre de calcul rétrospectif.

La constance de la date julienne étant ainsi admise, il y a une remarque essentielle à faire avant de l'appliquer. Dans le document que nous avons discuté tout à l’heure, la date du lever était donnée par une indication parfaitement précise. Il était marqué comme ayant eu lieu dans la nuit du i5 au 16 thot civil, ce qui le place dans la dernière portion de cette nuit, qui appartient au quinzième jour civil égyptien, commençant au lever du soleil. Mais notre inscription actuelle de Ramsès III se prête à une double interprétation. Le fait qu’elle mentionne à la date du i®*^ thot, c’est la fête de l’apparition, et non pas l’apparition elle-même. Pour appliquer mathématiquement la date à celle-ci, il faudrait entendre que le phénomène se serait opéré dans la dernière portion de la nuit qui appartenait tout entière au premier jour civil du mois thot, et qu’ainsi la fête célébrée ce jour-là aurait l’observation. Cette stricte interprétation serait peu vraisemblable. II est beaucoup plus naturel de penser que l’apparition de Sothis, ici mentionnée, fut observée dans la dernière portion de la nuit qui appartenait tout entière au cinquième épagomène civil précédent; et que le fait, annoncé après le lever du soleil par les prêtres qui l’avaient constaté, donna lieu à la fête qui fut célébrée dans la portion subséquente du jour qui appartenait au i®®thot civil. En raison-

JO BECHEBCHES DK CHRONOLOGIE EGYPTIENNE.

liant ainsi, ce sera la fin de la nuit appartenant au cinquième épagoinène civil qu’il faudra identifier avec la portion correspondante du i4 juillet julien, commençant à minuit; ce qui fournira les concordances suivantes, oii je désigne par la lettre J l’année inconnue de la période julienne à laquelle l’observation remonte, comme je l’ai fait dans la précédente application.

Identité de la date établie d’après rinscripUon. Ajoutez des deux parts P complet

Vous aurez

Qtez des deux parts 12 heures.

Vous aurez

5® épagomèae à minuit- = J. 14 juillet à o**. + P + P

Tbot, jour I" à minuit. = J. juillet à o*».

Thot,Jour à midi- =: J- U juillet â 12*'.

Il ne reste plus qu’à voir, dans les tables de concordance, à quelle époque, historiquement compatible avec le temps de Ramsès III, le midi du i®‘‘ jour civil de l’année égyptienne, a concordé avec le midi du i4 juillet julien, établi pour le méridien commun. On trouve que cela est arrivé pendant toute la durée de la période quadriennale, qui comprend les années — i3oi®, — i3oo, — i 299, — 1298, des chronologistes, ou, de la période julienne 34 1 3®, 34 J 4? 34 1 5, 34 16, dont la première est bissextile, les autres communes. J’adopterai la première, par les mêmes motifs de stabilité que j’ai exposés précédemment. Alors, entre le lever de Sirius mentionné sur l’inscription de Ramsès III et ce même phénomène consigné dans le tableau de Ramsès VI, le nombre d’années juliennes comprises sera 34j3 — 34 1 3 ou 60. Ce résultat n’a rien d’incompatible avec les indications historiques relatives à ces deux princes, car elles établissent que Ramsès VI était le troisième fils de Ramsès III.

J’arrive enfin à l’apparition de Sirius, qui est inscrite dans un calendrier sculpté à Éléphantine sous le règne de Touthmès III, dont il porte le cartouche royal. Le texte qui la mentionne se traduit littéralement comme il suit :

3® mois des eaux (épiphi) jour 28®. Apparition de Sothis: fête.

D’après les observations de Nouet, Eléphantine est située, comme Syène, sous la latitude de 24“ a3' boréale, à 2''

2'" I® de longitude orientale, comptée du méridien de Paris. J’ai établi mon calcul sur ces données.

Ici, par les mêmes motifs que j’ai exposés à l’occasion de l’exemple précédent , j’admettrai que l’apparition a été observée dans les dernières heures de la nuit, qui appartenait tout entière au 27 épiphi civil. Un calcul approximatif, dont le résultat s’est trouvé ensuite confirmé, m’a appris que, sous les mêmes conditions de visibilité, le lever de Sirius, dans une même année, s’opérait deux jours plus tôt à Syène qu’à Thèbes, où la latitude est 25® .

Conséquemment, le lever observé à Syène vers la fin de la nuit du 27 épiphi aura dû l’être, à Thèbes, vers la fin de la nuit du 29 , pour les mêmes yeux. Ceci va nous faire connaître l’année de la période julienne pour laquelle il faut effectuer ici nos calculs définitifs.

En effet nous avons trouvé tout à l’heure, à Thèties :

Lever dans la nuit du 5« épagomène, jour 365« : date absolue 3413®, 14 juillet.

Nous devrons donc avoir encore :

Lever dans la nuit du 29 épiphi, jour 329« : date absolue J®, 14 juillet.

Les dates vagues de ces deux levers, évaluées pour le parallèle de Thèbes, diffèrent entre elles de 3G jours complets.

Celui du 29 épiphi précède donc l’autre de 4 fois 36 , ou i 44 années juliennes complètes, ce qui le reporte à l’année de la période julienne 34 i 3 ® — i44<5u 3269®. Alors, en retranchant deux jours de sa date courante, pour l’appliquer à Syène, nous aurons, dans cette dernière localité :

Lever de Sirius, dans la nuit du 27 épiphi civil : date absolue 3269®, I2 juillet.

Le calcul direct, effectué avec les Tables du soleil de Delambre, a confirmé cette déduction. D’après ces tables, dans l’année de la période julienne 3269®, de notre ère — 1445 date chronologique, le 12 juillet au matin, Sirius réfracté se levait à Syène 3 “ 4 C avant la fin de la xi® heure temporaire de la nuit. Le soleil marquait alors 4 ** 16™ 27* du matin, temps vrai, au méridien de cette localité, et il se trouvait abaissé de 10“ i 5 ' 45" au-dessous de l’horizon oriental. J’ai rapproché les détails numériques de ces déterminations, dans la note III. Ces conditions de visibilité qu’elles nous donnent, restent dans les limites de celles que Ptoléinée admet pour Sirius ; et nous devons par conséquent les admettre aussi comme suffisantes , surtout en prenant soin d’établir la concordance dans les conditions de stabilité dont j’ai exposé le principe précédemment. La date absolue de l’année julienne où l’apparition a dû être observée, se trouve donnée immédiatement par ce calcul de réduction. Mais on peut la vérifier a posteriori, d’après la condition que le lever héliaque de Sirius à Syène s’opérait dans ces temps-là le 12 juillet julien. En effet, ceci étant admis, on n’aura plus qu’à faire coïncider le 27 épiphi civil de l’inscription avec un 12 juillet. De là on tire les concordances suivantes, où, comme dans les applications qui précèdent, la lettre J désigne le rang inconnu de l’année de la période julienne qu’il s’agit de déterminer.

27 épiphi jour 327', à minuit. = J. 12 juillet à minuit au méridien de Syène- Ajoutez des deux parts 39 jours +89^ +39'

Vous aurez

Retranchez des deux parts 12 heures. .

I®*’ thot suiv. jour

J. 20 août à minuit.

Vous aurez linalement

Thot Jour à midi.

= J. 19 août à midi.

En consultant les tables de concordance, on voit que celle-ci a eu lieu dans les quatre années de notre ère, — 1445®, — i444î — 1443, — 1442, date chronologique, ou, de la période julienne, 8269®, 32'70, 8271, 8272, comme le calcul direct l’avait déjà établi. J’adopterai la plus ancienne de ces dates, par les motifs de stabilité déjà exposés précédemment.

Les trois levers héliaques de Sirius dont nous venons de retrouver les dates absolues se répartissent dans la série des temps, comme le montre le tableau qui suit:

Localités.

Nom

du

roi régnant.

Désignation du jour civil égyptien qui comprend le moment auquel le lever a dû être observé, d’après l’inscription.

Date absolue de l’observation dans la période julienne , en plaçant la concordance au commencement d’une période quadriennale.

Intervalles consécutifs exprimés en années juliennes complètes.

Éléphantine.

Touthmès III

27 épiphi jour 327®.

3269® 12 juillet à 4^ i8“-i du matin temps vrai à Syène.

Thèbes

Ramsès III...

5® épagomène jour 30 5®.

3413® I4 juillet à 4^ 18” du matin temps vrai à Thèbes.

Thèbes

Ramsès VI....

15 thot suiv. jour 15 ®.

3473» l4 juillet à 4^ 18” du matin temps vrai à Thèbes.

On remarquera que la dernière de ces dates, celle de Ramsès Vf, repose sur la discussion d’un document très-détaillé, qui exprime un ensemble complet de levers d’étoiles, parmi lesquels celui de Sirius est mentionné à son rang d’époque, au même titre que les autres , ce qui rend l’identification du

phénomène indubitable, et paraît devoir mériter un degré

particulier de confiance à sa détermination. Les deux dates plus anciennes se rattachent à celle-là par le mode uniforme de calcul et de condition de visibilité d’où on les a conclues; puis encore par les déplacements du quantième du jour égyptien correspondant à l’intervalle qui devrait séparer les trois levers, s’ils étaient observés dans un même lieu. Ces motifs, réunis à la condition de stabilité que nous avons imprimée à ces dates, me semblent de nature à faire espérer que chacune d’elles ne peut être que d’un très-petit nombre d’années en erreur.

Il ne me reste plusà considérer que l’inscription de Sam neh, sur laquelle M. de Rougé voit, non pas avec autant de certitude, mais encore avec une grande vraisemblance, l’indication datée d’un autre phénomène naturel, dont il lit l’énoncé comme il suit :

Pharmouti 28. Commencement des saisons; fête.

L’inscription est datée de l’an II du règne de Touthmès III, le même auquel se rapporte le plus ancien de nos levers héliaques. D’après les observations de Caillaud, les coordonnées géodésiques de Samneh sont : latitude ai“ 29' 32" boréale, longitude 28“ 87'; en temps i** 54“ 28' à l’est de Paris.

L’interprétation la plus simple et la plus naturelle que l’on puisse donner à cet énoncé, ce serait qu’il exprime la date actuelle d’une des phases cardinales de l’année solaire dans l’année vague courante. Or une épreuve très-facile et trèsdécisive va nous servir à vérifier cette conjecture.

Quel que puisse être le fait que l’on a voulu mentionner

RECHERCHES DE CHRONOLOGIE e'gYPTIENNE. 76

SOUS le titre de Commencement des saisons , puisqu’il est compris dans le règne de Touthmès Ilf, il ne saurait être séparé par un grand nombre d’années du lever héliaque de Sirius, qui est mentionné sous le même règne, et que nous trouvons compris dans la période quadriennale qui commence à l’année de la période julienne 8269®. Or, dans cette forme d’années, la date courante des équinoxes et des solstices varie avec beaucoup de lenteur. Elle ne se déplace pas de I jour entier en 128 ans, vers le temps où remontent nos inscriptions. D’après cela , pour savoir si le 28 épiphi de l’inscription de Samneh peut, avec quelque probabilité, être supposé désigner une des phases cardinales de l’année solaire, il n’y a qu’à le transporter, par concordance, dans cette année même 8269®, examiner quelle place il y occupe relativement aux dates courantes de ces phases, et voir s’il est assez proche d’une d’elles , pour que l’on puisse raisonnablement admettre qu’il a effectivement coïncidé avec elle, un petit nombre d’années plus tôt ou plus tard.

Ce transport se déduit, sans difficulté, des concordances que nous avons précédemment établies. Ainsi, nous avons trouvé :

27 épiphi civil jour 327*-’ à minuit, = 3269» 12 juillet jour I94« à minait au méridien de Syène.

Retranchez des deux parts

06 jours complets —96^ —96^

Vous aurez 21 pharmouti civil jour 231*^ à minuit. = 3269» 5 avril jour 98® à minuit ou o'b

Et ôtant des deux parts I2’\ — — 12 ^

II restera enfin- 2i pharmouti civil jour 23i« à midi. = 3269 b 4 avril jour 97® à midi au méridien de Syène.

Voilà notre 21 pharmouti transporté dans Tannée julienne 8269®. Il faut maintenant chercher les places que

les équinoxes et les solstices occupaient dans cette année-là.

Ce calcul se fait très-aisément par les Tables de M. Large teau.

J’ai trouvé ainsi :

Ëquinoxe vernal le 3 avril à 3** 12“ 22* \

Solstice d’été le 6 juillet à lO^ 5“ I9« ( Temps moyen compté de minuit

Équinoxe d’automne, le 5 octobre à 15 ** 58“ 30* j au méridien deSyène.

Solstice d’hiver le 2 janvier suiv. à t** ii“ 33* I

U ne reste maintenant aucun doute. Le 21 pharniouti de l’inscription de Samneh est trop proche de l’équinoxe vernal pour que l’on puisse le rattacher raisonnablement à une autre phase que celle-là. Cette étroite proximité, jointe à la particularité de commencement des saisons, que l’inscription y annexe, l’identifie complètement avec l’équinoxe vernal de cette même année, ou de quelque autre très-peu distante.

Pour apprécier l’étendue de cette indétermination, je fais une opération inverse de la préeédente. Je transporte la date julienne de l’équinoxe vernal de l’année 8269* dans l’année égyptienne qui coïncide avec elle. A cet effet, je reprends la concordance déjà établie.

21 pharmouti jour 23le à minuit. = 3269 ® 5 avril jour 98* à minuit ou

Otez des deux parts 2 jours complets. — 2^ — 2^

Yous aurez la pharmouti civil jour 229® à minuit. = 3269® 3 avril jour 96® à minuit ou 0 *’.

Ajoutez des deux parts -f- 3^ 12“ 22* -1-3** 12 “ 22*

Yous aurez 19 pharmouti civil jour 229® à 3** I2“ 22 ® après min. 3269® 5 avril jour 96® à 3® 12 “ 22*.

Maintenant, le second membre de la concordance exprime la date julienne exacte de l’équinoxe vernal calculé. Le premier membre exprime donc sa date civile dans l’année égyptienne qui a couru simultanément. Ainsi, dans cette année-

là, d’après nos Tables solaires, l’équinoxe vernal vrai serait arrivé quelques heures avant le lever du soleil qui commence le 20 pharmouti civil. L’inscription de Samneh le met au 21 pharmouti, la différence n’est que de 1 jour et quelques heures. Ptolémée nous donne, dans l’Almageste, un équinoxe automnal qu’il dit avoir observé avec le plus grand soin, et qui est plus fautif que celui-là. Si l’on voulait admettre que la détermination égyptienne de l’équinoxe de Samneh a été complètement exempte d’erreur, et que nos Tables solaires, reportées à ces anciennes époques, sont absolument rigoureuses, la date du 21 pharmouti indiquerait un équinoxe postérieur de quatre années vagues ; car cette phase y retarde, à très-peu de chose près, d’un jour en quatre ans. Gela reporterait l’inscription de Samneh à l’année julienne 8273® ; et comme elle appartient à la 11® année du règne de Touthmès III, le lever héliaque d’Eléphantine, supposé aussi sans aucune erreur d’observation, ni de calcul, remonterait de deux ans plus haut que l’avénement de ce prince, contrairement à l’inscription où on le trouve mentionné. Mais ces discordances de quelques années reposent sur des conditions d’exactitude absolue, qui ne se trouvent réalisées ni dans les observations ni dans nos Tables. Loin d’être surpris de les rencontrer, il faut bien plutôt s’étonner de les trouver si petites, portant sur les dates absolues de phénomènes dont l’un surtout, le lever héliaque, comporte tant d’incertitudes d’observation. De sorte que la conclusion qui me paraît résulter de tout cet ensemble, c’est que les époques des règnes de Touthmès III, de Ramsès III et de Ramsès VI se trouvent maintenant fixées, à très-peu d’années près, par les quatre documents que M. de Rougé nous a fournis ; et cela doit l’en-

y8 RECHERCHES DE CHRONOLOGIE ÉGYPTIENNE.

courager puissamment à en chercher d’autres qui aient de pareilles applications-

Telles, et meilleures encore pour ce but, seraient des mentions d’éclipses solaires, si l’on parvenait à en découvrir dans le papyrus, ou sur les monuments. Il est impossible que les Egyptiens n’en aient pas vu, et presque impossible à croire qu’ils ne les aient pas notées. Car Cicéron nous apprend qu’ils consignaient, dans leurs registres sacerdotaux, tous les accidents qui apparaissaient dans le ciel, persuadés qu’ils se reproduiraient les mêmes et dans le même ordre après un longtemps. C’est là le principe, antérieur aux théories, qui nous a valu toutes les périodes astronomiques de l’antiquité, celle des Chaldéens, par exemple, qui accorde les mouvements relatifs du soleil et de la lune, en 6585* f, si approximativement, que toute l’habileté d’Hipparque n’a pu que la rendre un peu précise en la faisant beaucoup plus longue. Pourquoi ce principe n’aurait-il pas été pratiqué aussi chez les Egyptiens Lorsque Sénèque, au livre VII des Questions naturelles, nous dit qu’Eudoxe apporta le premier

d’Egypte en Grèce la connaissance des mouvements des planètes; lorsqu’il ajoute que Conon le géomètre, l’habile observateur, l’ami d’Archimède, avait rassemblé les éclipses de soleil conservées par les Égyptiens (ab Ægyptiis servatas),

a-t-on bonne grâce aujourd’hui à prétendre que ce sont là

des comptes faits à plaisir, et que les Egyptiens n’ont jamais observé le ciel Nous comprenons très-bien pourquoi Conon avait voulu se procurer leurs éclipses de soleil. Il espérait y découvrir des périodes de retour, comme on en avait trouvé pour les éclipses lunaires. Sans doute, il n’y aura pas réussi, parce que l’effet de la parallaxe complique trop la loi de ces

retours ; mais le fait même de leur conservation n’en est pas infirmé. Par le même motif aussi Ptolémée nous a seulement transmis des éclipses de lune observées par les Chaldéens. Il n’en cite pas une de soleil. Dira-t-on pour cela qu’ils n’en avaient pas vu, ou qu’ils auraient omis de les mentionner dans leurs registres.^ La conclusion à tirer de ces rapprochements me semble toute contraire. Jusqu’ici, en étudiant les monuments égyptiens, on s’est peu occupé de rassembler et d’analyser les symboles, les légendes, les représentations qui se rapportent au culte de la lune ; il faut s’y attacher curieusement. On ne connaît pas le caractère, ou la formule, qui désigne les éclipses de lune ou de soleil dans l’écriture hiéroglyphique. Il faut le chercher avec une obstination proportionnée à son importance. Ce serait le fanal le plus éclatant, le plus sûr que l’on pût ériger dans les ténèbres de la chronologie égyptienne. Concevez, en effet, que l’on vînt seulement à découvrir deux ou trois éclipses de soleil, datées en jours vagues, appartenant à un même règne, ou, sans mention de règne, embrassant un intervalle de temps peu étendu. Connaissant les localités où elles auraient été vues, et sachant qu’elles se seraient opérées à des époques peu distantes, leurs seules dates de jours égyptiens suffiraient pour les faire parfaitement démêler au milieu de toutes celles que nos théories actuelles nous indiquent ; et l’on en conclurait aussitôt, indubitablement, la date absolue de l’année, même celle du jour julien, où elles se seraient accomplies. Si, avec la date égyptienne du jour, on trouvait marqués l'année de règne d’un roi et son cartouche, on connaîtrait la date absolue de ce roi, à un jour près, quelque distant qu’il fût de nous. Entre toutes les découvertes que l’on peut espérer de faire

8o RECHERCHES DE CHRONOLOGIE ÉGYPTIENNE.

dans l’archéologie égyptienne, aucune ne serait plus immédiatement fructueuse que celle-là; et il suffirait de la vouloir avec persévérance, pour êtreprestjue assuré de la saisir.

-^I'Dom. Comm* de la nuit 16-15 Paophi. Dom. Comm* de la nuit Paophi. ^ Dom. Comm* de la nuit.. 16-15 Thot. Dom. Comra* de la nuit Thot,

^|ï)OM P heure. -)(- Dom ..P heure. -)f Dom P heure. -)f Dom I® heure.

•^;Dom IP heure. Dom II® heure. ^ Dom IP heure. Dom ..II® heure,

* Dom IIP heure. * Dom IIP heure. Dom IIP heure. ^ Dom III® heure.

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