‹ Recherches et observations sur l'hystéro-épilepsieChapitre 6 sur 27 · L’HYSTÉRO-ÉPILEPSIE · texte numérisé non relu

L’HYSTÉRO-ÉPILEPSIE

Lorsqu’on étudie l’épilepsie et l’hystérie dans les asiles' consacrés aux affections nerveuses, on rencontre assez fréquemment, à côté des cas simples et d’un diagnostic facile dans lesquels il n’existe évidemment qu’une seule des deux névroses, d’autres cas d’un diagnostic difficile et embarrassant, parce qu’on retrouve chez un même malade des phénomènes complexes tenant autant de l’une que de l’autre. En présence des cas de cette nature, que nous avons observés pendant notre année d’internat à la Salpêtrière, nous avons compris pourquoi tous les auteurs ont eu de la peine à tracer, de chacune des deux affections, une description à la fois générale et spéciale, et comment Georget a pu croire que l’épilepsie n’est que l’hystérie à un degré avancé.

Que l’on adopte ou non cette manière de voir de Georget (manière de voir que semble étayer non-seulement la similitude de quelques symptômes et la combinaison, dans quelques cas, des phénomènes des deux névroses, mais encore leurs affinités étiologiques), il faut convenir

que la ressemblance est quelquefois assez grande entre les deux afteclions pour que le diagnostic soit difficile, lors même qu’elles se présentent isolées et sur des malades différents. Mais l’embarras devient bien plus grand encore lorsqu’elles se réunissent sur un même malade sous forme d’hystéro-épilepsie, et qu’elles s’y montrent tantôt successivement, tantôt simultanément, soit qu’elles restent distinctes dans leurs crises, soit qu’elles se combinent do diverses manières en se pénétrant mutuellement.

Quelques médecins n’admellenl pas l’existence de l’hystéro-épilepsie ; ils nient que les deux névroses puissent se combiner, et ils pensent qu’avec un diagnostic plus attentif et plus précis, on doit parvenir dans tous les cas à ne se trouver en présence que d’une seule d’entre elles. Si nous ne faisions appel qu’à notre expérience pour affirmer^que cette manière de voir est erronée, on nous taxerait h bon droit de présomption ; heureusement un grand nombre d’autres médecins l’ont dit depuis longtemps, et bien mieux que nous. Voici en particulier comment s’expriment les auteurs du Compendium de médecine (t. III, p. 79) : « L’hystéro-épilepsie est une affection complexe constituée par les sym- » ptômes de l’hystérie et de l’épilep.sie ; mais tantôt les attaques d’épi- » lepsie et d’hystérie sont séparées, et tantôt chaque attaque se compose » toujours des symptômes hystériques et épileptiques en proportion va- » riable... La seconde forme a été admise précisément en vue de la » difficulté extrême que l’on éprouve à dire si l’accès dont on est témoin » appartient à l’une ou à l’autre des affections que nous avons noin- » mées... Certes il serait préjudiciable aux intérêts de la science de con- » server la dénomination d’hystéro-épilepsie pour les cas où le dia- » gnostic peut être nettement établi; mais il faut reconnaître aussi qu’il » en est d’autres où nos divisions systématiques ne peuvent être main- » tenues, et au sujet desquelles on est contraint de se tenir sur la réserve » en déclarant que le mal participe des deux névroses. »

L’existence de l’hystéro-épilepsie étant ainsi admise, nous avons pour but dans ce travail d’en écrire une histoire abrégée, en nous arrêtant un pou sur 1 étiologie et sur les crises convulsives, pour rechercher si,

parmi les symptômes de ces dernières, il existe quelque caractère qui puisse différencier dans tous les cas celles de l’épilepsie do celles que produit l’hystérie. Nous terminerons en rapportant quelques-unes des observations qui nous sont personnelles.

AvccM. Beau , nous réunirons tous les cas variés dans lesquels les deux affections coexistent chez le môme malade, en une seule variété sous la désignation d’hysléro-épilepsie. Quelques médecins font de cette forme mixte deux variétés distinctes, l’appelant hystérie compliquée d’épilepsie, lorsque les accès épileptiques sont séparés des attaques hystériques; et hystéro-épilepsie seulement, lorsque dans une même crise les deux névroses se trouvent mélangées. Celle distinction, bonne à faire au point de vue de la marche des phénomènes, n’est pas assez importante pour nécessiter la formation de deux variétés, parce qu’il arrive quelquefois que les accès et les attaques, séparés pendant un temps, finissent par se rapprocher et par se confondre dans une même crise.

Page 1