C. De la coqueluche relativement à la scrofule
La coqueluche est très commune parmi les enfants scrofùleux ; elle les affecte presque tous, et fréquemment elle débute chez eux à la suite de la rougeole. Elle est toujours plus rebelle, plus dangereuse quand il y a constitution tuberculeuse, que quand cette constitution n'existe pas. Les maladies scrofu-
q36 des causes de LA. scrofule
leuses, en général, débutent souvent par la coqueluche ; c'est à l'a suite de cette maladie que des enfants qui ont paru jusqu'alors bien portants, sont atteints , pour la première fois , d'opbtbalmies , de coryzas, de bronchites, de vers intestinaux, de tubercules intérieurs ou sous-cutanés; maladies scrofuleuses quifontpérir plus de la moitié des enfants qu'elles atteignent.
J'ai été consulté pour un jeune garçon de six ans, qui portait une grosse tumeur tuberculeuse bilobe du côté gauche ducol. Cette tumeur avait commencé, en hiver, pendant que cet enfant avait la coqueluche. Le père me dit qu'il lui semblait avoir vu commencer cette tumeur pendant les quintes de toux.
Les vomissements assez fréquents dans certains cas de coqueluche , ne peuvent-ils pas reconnaître la même cause que ceux qui accusent la phthisie pulmonaire-tuberculeuse confirmée chez les jeunes gens, ou même chez des personnes d'un âge plus avancé?
Quand les enfants succombent à la coqueluche sporadique, le seul fait d'anatomie pathologique de quelque valeur qu'on rencontre , c'est la production de tubercules dans les bronches, dans le poumon ou dans le mésentère. Je ne parle pas de la rougeur des voies aériennes, car si la coqueluche est une bronchite , alors il n'y a pas de coqueluche. Cette rougeur du système muqueux résulte, selon nous, de la fatigue des organes de la respiration provoquée par les quintes de toux, et de la congestion des vaisseaux capillairesqui enestlasuite.
Mais quels que puissent être les rapports de la co-
queluche avec les maladies tuberculeuses; son caractère épidemique , son caractère contagieux, ne permettent cependant pas de la ranger parmi ces dernières maladies ; la coqueluche est seulement plus durable, plus intense, plus compliquée chez les sujets scrofuleux; c'est souvent à son occasion que se montrent, pour la première fois, les maladies scrofuleuses. Nous ne pouvions donc passer sous silence les rapports de causes de la coqueluche avec la scrofule; qu'on nous permette de rapporter quelques faits pour faire passer nos convictions dans l'esprit du lecteur.
Au mois de mars 1840, je fus consulté pour une jeune fille âgée de sept ans, qui depuis six semaines était malade de la coqueluche. Les quintes de toux étaient très fréquentes, accompagnées de turgescence de la face et parfois de vomissements, elles fatiguaient beaucoup la jeune malade.
Celle-ci était la dernière née d'une famille composée de trois enfants. Elle était venue au monde, son père ayant atteint sa cinquante-septième année et sa mère sa quarantième. Elle n'offrait point le développement corporel que comportait son âge; elle avait le teint jaune, bistré , les dents larges, écartées et jaunes, la fibre molle; elle présentait de temps en temps des traces de leucorrhée.
La coqueluche dura près de six mois, et pendant son cour-6 la lèvre supérieure se gonfla et devint fort dure. Cet état de tuméfaction et d'induration persiste depuis quatre ans, il offre seulement quelque diminution passagère qui semble être en rapport
avec les alternatives d'augmentation et de diminution de la leucorrhée.
Depuis quelque temps seulement , des tubercules pisiformes ont paru dans les régions cervicales , le teint est aussi jaune , et la fibre encore plus molle qu'elle ne l'était il y a quatre ans.
Nous allons voir que dans cette observation comme dans les précédentes, la coqueluche n'a fait que développera germe d'une maladie héréditaire. En effet,le père et la mère de cette epfantsont trop âgés; la mère a l'épaule droite beaucoup plus forte que celle du côté gauche, et depuis deux ans qu'elle a atteint l'âge de retour, elle porte une glande squirrheuseau sein droit.
Cette dame a un fils âgé de vingt-deux ans qui a été noué dans son enfance, qui est de petite taille, qui a Ja colonne vertébrale notablement déviée, et qui présente tous les caractères du rachitisme.
Elle a encore une fille âgée de vingt-cinq ans environ, quia aussi été longtemps nouée dans son enfance, et chez laquelle la partie spongieuse des os est généralement hypertrophiée ; celle-ci est mariée depuis quatre ans , elle a eu une première couche à la suite de laquelle elle a beaucoup maigri, quoi qu'elle ait pu faire pour conserver un peu d'embonpoint.
Une circonstance bien digne de remarque , c'est que notre malade a communiqué la coqueluche à deux enfants du voisinage, qui partageaient ses jeux au frère et à la sœur, et que ces deux enfants, issus de parents sains et bien portants, ont été guéris longtemps avant elle, et sans éprouver aucun phénomène de maladie sgrofuleuse.
DITES PATHOLOGIQUES. 23o,
A quoi peut tenir cette différence dans la marche et les suites de la coqueluche, si ce n'est à la différence de la santé originaire des enfants des deux familles ?
Dans le cours de cette année, j'ai été consulté pour une petite fille de six ans et demi, qui sortait d'avoir la rougeole, à lasuite de laquelle la coqueluche avait paru . Celle-ci durait depuis six semaines. La rougeole avait en outre laissé à sa suite un coryza très intense avec formation de croûtes impétigineuses à l'orifice des narines, et des tubercules sur les côtés du col.
Les parents n'hésitaient pas à attribuer à la rougeole les accidents qui avaient paru à sa suite, et cependant il n'en était rien, car le père et la mère étaient très délicats, le père avait la constitution des plifbisiques, et ils avaient perdu l'un et l'autre des frères et sœurs par suite de maladies scrofuleuses et de tuberculisation pulmonaire.
ART. II. — De plusieurs il al s moroiaes que Von regarde à tort eomme tien causes pathologiques tte la scrofule , et qui ne sont que les prodromes île cette affection ellemême.
Les maladies que nous venons de passer en revue, et que nous avons étudiées dans leurs rapports de cause avec la scrofule , sont communes aux enfants sainement organisés, et à ceux qui sont nés scrofuleux ; il y a seulement celte diiféreuce à faire, que chez les uns la marche de ces maladies est simple et bénigne, tandis que chez les autres elle est le plus sou-
a^o .Dts causf.s ufe LA sclioi-ùi.E
vent accompagnée de symptômes graves qui les Compliquent, et qu'elles sont suivies d'accidents qui laissent longtemps après eux des traces de leur passage. Il est encore plusieurs états morbides que l'on range habituellement au nombre des causes pathologiques de la scrofule, et qui ne sont le plus ordinairement que des signes de cette dernière affection elle-même; c'est pour cette raison qu'on ne les observe point, ou qu'on ne les observe que très rarement, et à un faible degré, chez les enfants bien organisés; telles sont la fièvre muqueuse, la fièvre de croissance qui revêt souvent le caractère particulier de la précédente, la dentition laborieuse, les vers intestinaux, etc. Nous allons les passer successivement en revue, disons d'abord quelques mots de la fièvre muqueuse. A. La fièvre muqueuse'est un état fébrile et catarrhal, borné le plus ordinairement à la membrane, muqueuse, qui tapisse les voies digestives et aérieunes, pouvant occuper la plupart des membranes muqueuses et s'étendre même à tout le système muqueux en général.
Nous n'entendons parler ici que de la fièvre muqueuse qui atteint les sujets scrofuleux d'une manière sporadique et qui constitue la scrofule catarrhale à proprement parler.
On observe cet état catarrhal sur des enfants de l'âge le plus tendre ; plus tard il devient beaucoup plus commun , et son existence coïncide le plus ordinairement avec celle de la plupart des maladies serofuleuses.
Un caractère distinctif de la lièvre muqueuse, ca-
ractère qu'elle partagé avec toutes les maladies scrofuleuses, c'est de naître spontanément, dans les conditions en apparence les moins favorables à son développement, et alors même que l'on met tout en usage pour la prévenir.
On a pensé que la fièvre muqueuse pouvait taire passer les enfants à l'état scrofuleux ; mais c'est bien à tort, car dans les cas dont nous parlons elle n'est autre que la scrofule elle-même. La membrane muqueuse des voies digestives est affectée de la même manière que la conjonctive dansroplithalmie,quela pituitaire dans le coryza, que la membrane muqueuse des bronches et celle qui tapisse le conduit de l'oreille dans la bronchite et l'otite, maladies qu'on observe si communément chez les enfants scrofuleux, qu'elles font pour ainsi dire partie de leur complexion. (Première partie, chap. i "; De la complexion scrojuleuse.)
Dans ce cas, la scrofule débute par la membrane muqueuse du canal intestinal , comme dans d'autres, beaucoup plus nombreux, elle porte d'abord son action sur les yeux, les oreilles, les bronches, etc.
Les choses se passent de la même manière quand la fièvre catarrhale a son siège sur la plupart des membranes muqueuses, ou même sur le système muqueux en général. Quelles que soient son étendue et sa généralité, elle n'est pas d'une nature différente de celle de l'ophthalmie scrofuleuse : c'est ce que nous allons chercher à démontrer par des exemples.
Nous avons cité plus haut (chap. Il,sect. II, art. Vl) le cas d'une demoiselle du département de l'Aisne, qui , à la suite d'une fièvre muqueuse, avait éprouvé
des ophtlialmies, des coryzas, des bronchites, et chez laquelle existaient des tubercules ulcérés de chaque côté du col , tout autant de symptômes de scrofule que l'on avait regardés comme les effets de cette fièvre catarrhale, en conséquence d'une opinion trop généralement répandue , et d'après laquelle on deviendrait scrofuleux à la suite d'une autre maladie et à cause de cette maladie. Cette opinion , qui a dû prendre naissance d'une intuition superficielle delà marche des maladies de l'enfance, ne s'appuie sur aucun fondement solide et ne saurait résister à un examen approfondi.
Pour nous , en effet , la fièvre muqueuse a été, dans l'espèce, le début de la scrofule elle-même; les ophthahnies , les coryzas , les bronchites qu'elle a laissés après elle ne sont que la scrofule catarrhale elle-même, localisée sur la conjonctive, la pituitaire, les voies aériennes. L'apparition des tubercules à la suite de cette fièvre est encore un fait que l'on rencontre très communément dans la pratique; mais dans les cas de ce genre, nous pensons qu'il y a succession de maladies de même nature, et non pas mutation d'une espèce en une autre.
Dans le mois d'avril 1 838, j'ai été consulté pour une demoiselle âgée de dix-neuf ans, qui portait des tumeurs tuberculeuses de chaque côté du col , et qui était aussi affectée d'une carie de la tète du péroné.
Cette demoiselle avait une sœur, âgée de quatorze ans , qui était alors alitée par une fièvre catarrhale. Elle était pâle et abattue ; elle éprouvait une lassitude extrême ; elle toussait sans expectorer;
elle éprouvait de la douleur à la gorge ; elle avait la peau sèche, la langue blanche, couverte de mucus; il n'y avait point de soif, quoique la peau fût sèche. La jeune malade ne prenait aucune nourriture. Cet élat dura plus de trois semaines, sans être caractérisé par des symptômes locaux indiquant la lésion plus particulière d une région du système muqueux autre que celle du pharynx.
A la suite de cette fièvre catarrhale, les amygdales restèrent tuméfiées , et il parut des tubercules daus les légions latérales du col et derrière le menton.
On nous dit que la maladie de la sœur aînée avait débuté de même par une , fièvre catarrhale à la fin de laquelle avaient paru des iubercules cervicaux, et plus tard une carie du péroné qui existait depuis près de dix ans.
Ces deux demoiselles étaient nées d'un père qui était mort tuberculeux-pulmonaire à 1 âge de trentedeux ans. Leur mère jouissait dune liés belle santé, et n'avait point de tuberculeux daus sa famdle. L hérédité, ayant son origine du côté paternel, était inévitable d après les observations que nous avons fait connaître dans l'analyse des causes héréditaires provenant des parents ascendants.
L'exemple suivant est très propre à nous faire comprendre la succession et la coïncidence de la scrofule calarrhale et tuberculeuse par suite de la nature unitaire de ces deux maladies. Nous verrous la mère et la tille affectées de scrofule catarrhale et tuberculeuse; la forme catarrhale survenir la première, dans les deux cas, et constituer, par la suite , chez la
a 44 ÛIS CÀUSFS ori LA. SCROFULE
mère, un état presque permanent de santé qui a offert plusieurs recrudescences, dont la dernière a été accompagnée d'abcès froids sous-cutanés, et, peu de temps après, de tubercules pulmonaires.
Au mois de février 1 837 , une dame , âgée de quarante-cinq ans, me consulta pour elle-même et pour sa fille âgée de onze ans.
Chez cette dame, la scrofule avait débuté , à l'âge de six ans et demi, par une fièvre muqueuse et un abcès froid au côté droit du col ; cet abcès s'était ouvert spontanément, et l'ouverture était restée fistuleuse pendant trois mois.
Depuis cette époque, cette dame avait été fort sujette aux affections catarrhales; elles étaient marquées, principalement, par une lassitude spontanée que le repos ne faisait qu'augmenter et que l'on ne pouvait cepeudant combattre par des exercices, la malade éprouvant une répugnance invincible pour le moindre mouvement. (Première partie, chap.I, De la complexion scrôfideuse.)
Mariée à l'âge de vingt ans, cette dame avait eu trois enfants en cinq ans; tous trois étaient morts en bas âge : l'aîné à cinq ans et demi, de la fièvre cérébrale dans l'espace de deux jours; le second, à trois ans et demi, de convulsions ; le troisième en nourrice. D'un second mariage qu'elle avait contracté à l'âge de trente-trois ans, elle avait eu une fille; c'était la jeune malade qu'elle avait amenée avec elle. Cette enfant était d'un caractère très apathique; elle avait une leucorrhée habituelle depuis plusieurs années; elle était fort sujette à des affections catarrhales des
voies aériennes; deux fois elle avait eu la coqueluche, qui avait duré cinq à six mois chaque fois; elle avait des tubercules dans les régions cervicales.
Ainsi cette jeune fille était scrofuleuse-catarrhale comme sa mère. Chez la mère et la fille, la maladie s'était montrée, en premier lieu, sur le système muqueux. La fille portait, en outre, des tubercules cervicaux. Nous avons dit que la mère avait eu un abcès froid au col, à lâge de six ans et demi; de nouveaux abcès de même nature couvrirent le col et les joues à la suite d'une nouvelle fièvre catarrhale , que cette dame éprouva à l'âge de quarante-quatre ans. Cette fièvre fut marquée par une lassitude extrême qui n'était que l'état ordinaire de santé de la malade porté jusqu'à l'abattement le plus complet.
A la suite de cette fièvre, les abcès du col et des joues, qui avaient tous abouti, restèrent fistuleux, l'appétit ne revint point; les règles, qui, de touttemps, n'avaient coulé que pendant deux ou trois jours, et peu abondamment, ne reparurent plus ; leur disparition ne fut suivie d'aucun accident particulier; la malade commença à maigrir, et quoiqu'elle ne toussât point, je la regardai dès lors comme tuberculeusepulmonaire , pensant que l'âge de retour avait été d'avance l'époque marquée de l'invasion tuberculeuse du poumon.
Ce diagnostic fut d'abord controversé; on disait que cette dame était lympatbique et non pas tuberculeuse ; mais incessamment la tuberculisation du poumon se montra avec des caractères tellement avérés qu'on ne put la méconnaître plus longtemps.
La marche de la maladie fut rapide et finit par la mort au bout de quelques mois. Il est vrai que l'on eut recours à la méthode antiphlogistique et dérivative , que l'on applique encore par routine aux maladies tuberculeuses , quoiqu'il soit sans exemple que cette méthode ait jamais guéri un seul tuberculeux. La mort de cette dame à l'âge de retour, par suite de tubercules pulmonaires, est un fait assez commun chez les sujets tuberculeux qui arrivent à cet âge. J'ai perdu cette famille de vue; je ne serais pas étonné d'apprendre un jour que la jeune fille, qui était catarrhale et tuberculeuse depuis son enfance , n'a pu franchir l'époque critique de la puberté , et qu'à cet âge elle a succombé à la consomption tuberculeuse dont elle avait puisé le germe dans le sein de sa mère.
Cet état catarrhal du système muqueux atteint souvent les femmes scrofuleuses à la suite des couches, celles surtout qui veulent essayer de nourrir leurs enfants. Chez celles-ci, les voies digestives sont bientôt frappées d'inertie; il survient une lassitude, un anéantissement qui arrêtent la sécrétion du lait ; les femmes sont obligées de renoncer à des tentatives qu'on n'aurait pas dû leur permettre ; il faut donner une nourrice étrangère à leurs enfants. Dans ces cas on atlribue le sevrage obligé à une maladie accidentelle, tandis que cette maladie n'est que la manifestation d'une impuissance qu'on aurait dû prévoir d'après la complexion de la mère, d'après celle de sa famille.
Dans ces circonstances , la phthisie tuberculeusepulmonaire manque rarement de se manifester; il
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survient une pâleur remarquable, la débilité fait des progrès, l'appétit ne se réveille point, la fièvre de consomption s'allume, le corps dépérit par la maladie et faute de réparation; tout concourt à hâter la marche de la tuberculisatiou pulmonaire et la mort de la malade.
La fièvre muqueuse ouvre donc fréquemment la marche des maladies scrofuleuses ; mais elle n'est pas, pour cela, la cause des maladies qui surviennent à sa suite: autant vaudrait avancer que lophthalmie scrofuleuse est la cause des tubercules que de dire que ceux-ci peuvent être un effet de l'état catarrhal des voies digestives ou aériennes.
Non seulement cette fièvre catarrhale est souvent le mode d'invasion de la scrofule; mais encore elle peut reparaître plusieurs fois pendant le cours des autres maladies scrofuleuses, et dans ces cas on ne peut pas dire qu'il y ait complication de maladies différentes; il n'existe qu'une maladie scrofuleuse de plus.
b. lia fièvre de croissance a beaucoup d'analogie avec la précédente, maissurtoutavecrétatmuqueuxdu canal intestinal. Elle est caractérisée par une lassitude douloureuse des membres , une anorexie portée quel quefois au point que les enfants mangent à peine ; il y a un abattement extrême; les enfants gardent le lit pendant plusieurs mois, pendant deux ou trois ans de suite, et quelquefois pendant plus longtemps; ils éprouvent une somnolence presque continuelle et peu ou point de sommeil. Cet état n'offre que de très faibles rémissions. Pendant qu'il dure, les enfants gran-
dissent beaucoup, et cette croissance est quelquefois très rapide ; quelques uns acquièrent une taille démesurée, qui doit faire craindre les manifestations les plus graves de la scrofule. D'autres fois, au contraire, à la suite de cette fièvre, les enfants restent petits et chétifs comme auparavant, et par la suite leur croissance est arrêtée, ou peu s'en faut.
Cet état fébrile couve souvent d'autres maladies scrofuleuses qui surgissent pendant qu'il existe encore ou qui lui succèdent. C'est cette coïncidence et cette succession des maladies scrofuleuses qui ont fait regarder ces dernières comme une suite de la fièvre de croissance. Il est effectivement vrai qu'elles viennent à sa suite, mais elles n'en sont pas un effet; ces maladies ne sont pas d'une autre nature que la fièvre de croissance ; celle-ci n'est elle-même qu'un état scrofuleux, le premier ou seulement un des premiers par lesquels la scrofule se manifeste. Ce n'est pas autrement qu'on doit entendre les rapports de cause entre la fièvre de croissance et les autres maladies scrofuleuses.
Disons, avant de finir, que cette fièvre exerce, dans quelques cas rares à la vérité, une influence favorable sur la complexion scrofuleuse des enfants, et qu'il en est quelques uns dont la santé e<t notablement fortifiée à la suite de cet état de langueur, d'abattement et de somnolence , dans lequel ils sont restés pendant plusieurs mois , et quelquefois pendant un temps plus long encore.
c. Ces remarques sur la fièvre muqueuseet la fièvre de croissance sont également applicables à la den-
DITKS PATHOLOGIQUES. 2^9
tition. L'évolution des dents n'est pas plus difficile que relie des ongles chez les enfants de bonne complexion. Les orages de la dentition ne donnent point la scrofule; ils en supposent l'existence; ils en sont les signes: c'est la scrofule elle-même qui trouble la nutrition dentaire., comme elle entrave celle des os, celle de tous les organes en général.
d. 11 en est de même des affections vermiueuses avec ou sans fièvre, des engelures, des affections morales tristes, de la jalousie, etc. On accuse souvent tous ces états morbides d'être causes des maladies scrofuleuses , tandis qu'ils ne sont eux-mêmes que des prodromes, que des signes qui annoncent au médecin observateur les manifestations ultérieures de la scrofule.
Réflexions pour faire suite aux articles précédents.
lia manière dont nous venons d'envisager les maladies de l'enfance nous paraît être la plus naturelle; elle n'est cependant ni dans la théorie ni dans la pratique de nos contemporains. Loin de là, si l'on en juge par quelques articles de dictionnaire que j'ai dû parcourir, la médecine des enfants est, de nos jours, trop antiphlogistique, trop débilitante; elle ne considère point la prédisposition, le tempérament des enfants. L'abus que l'on fait des émissions sanguines chez les enfants est une des causes les plus communes des progrès souvent irrémédiables que font les maladies scrofuleuses. Cet abus est encore une cause de scrofule en ce sens qu'il crée des sujets faibles qui n'auront que des enfants scrofuleux.
aÔO DES CAUSES DE LA SCROFULE
En 1 83 1 , au printemps, je fus consulté pour une jeune fille de trois ans qui avait une hypertrophie des deux dernières phalanges du doigt annulaire de la main droite. Aux questions que je fis sur la santé des autres enfants, on me répondit qu'ils n'avaient jamais offert rien de semblable à la maladie sur laquelle on désirait avoir mon avis. Ayant demandé à les voir, on me présenta un garçon de douze ans qui portait au moins son âge sur sa figure, mais qui n'avait guère que la taille et les membres d'un enfant de huit ans. On le disait exempt de maladies scrofuleuses; cependant il avait eu des angines, des bronchites souvent renouvelées ; il avait les amygdales hypertrophiées, la voix voilée ; il était scrofuleuxcatarrhal des voies aériennes depuis dix ans , comme d'autres enfants sont ophthalmiques depuis un assez grand nombre d'années. Il était aussi tuberculeuxpulmonaire, ce dont on ne s'était jamais douté.
Toutes ces maladies , qui s'étaient succédé depuis le premier âge , avaient été regardées comme produites par des causes extérieures , et on les avait traitées en conséquence par des méthodes locales, mais surtout par l'usage le plus abusif des sangsues. Ces erreurs de diagnostic sont très communes dans la pratique des maladies scrofuleuses, parce qu'on abrège trop l'histoire de ces maladies, et qu'on néglige surtout les antécédents et les coïncidences, qui font cependant partie essentielle de leur diagnostic. Ou ne saurait assez éclairer l'origine de ces erreurs; et dût-on nous reprocher de rappeler trop souvent certaines vérités , nous arrêterons néan-
moins encore l'attention des praticiens sur les notions de cause que nous avons déjà mises au jour plusieurs fois dans cette dissertation. Ces notions ne servent pas seulement au diagnostic ; elles conduisent eucore par la voie la plus directe aux indications thérapeutiques. Le cas particulier dont nous venons de donner le sommaire en est un exemple. Cet enfant était né faible; il était arrêté dans son développement corporel; il toussait parce qu'il avait dans les voies aériennes ce que d'autres enfants ont sur les yeux , et probablement aussi parce qu'il avait des tubercules dans le poumon. Les amygdalites, les bronchites , les fausses fluxions de poitrine n'étaient qu'une même maladie : c'était toujours un état catarrhal des voies aériennes d'origine scrofuleuse. On attribuait néanmoins cet état à toutes les causes extérieures qu'on pouvait supposer, sans faire attention qu'on prenait toutes les précautions imaginables, je dirai même trop de précautions contre ces causes, et sans considérer que, depuis dix ans, cet état n'avait offert que des recrudescences et des rémissions alternatives, comme cela arrive souvent pour les ophthalmiesscrofuleuses; qu'il coïncidait avec l'hypertrophie des amygdales, avec de mauvaises dents et un arrêt marqué dedéveloppement ; la persistance seule de cet état de maladie , de ces rémissions et recrudescences alternatives, montrait assez qu'il avait son origine dans la constitution du sujet et non pas dans 1 influence des agents extérieurs. Ce diagnostic était encore confirmé par la santé de la mère, qui avait eu des tubercules cervicaux; par celui de la jeune
sœur, qui, à l'âge de trois ans, avait déjà le système osseux affecté de scrofule , etc. , etc.
lies maladies de cet enfant n'étaient point des angines, des bronchites, comme celles qui surviennent par les transitions brusques de température, ou par quelque autre cause occasionnelle. L'indication n'était pas de remédier aux effets passagers de causes accidentelles qui n'existaient même pas : c'était la constitution faible , catarrhale , tuberculeuse , du jeune malade qu'il fallait combattre par un bon régime alimentaire, par quelques toniques, par des promenades en plein air, en plein midi, par des voyages qui auraient été autrement efficaces que des saignées, que la diète, que !e repos du lit ou de l'appartement, qui n'ont fait qu'ajouter à la faiblesse originaire du sujet et hâter le développement de la tuberculisation pulmonaire à laquelle il a succombé à l'âge de vingt-deux ans.
Ces considérations étiologiques , que l'on devrait regarder comme la source essentielle des indications thérapeutiques, sont pourtant négligées de nos jours. Les praticiens les plus renommés sont encore locnlisateurs, quoiqu'ils se soient aperçus depuis quelque temps des suites trop souvent malheureuses du système de la localisation. La preuve en est dans l'exemple que je viens de citer, et qui peut servir à faire connaître combien peu on tient compte de la complexion de famille dans le traitement des maladies des enfants.
DITES PATHOLOGIQUES. à53
ART. I fi. — Mte la grossesse et tle IViecoif c/êanent flans leurs rapports tle cause avec les maladies scrofuleuses aui peuvent naître à leur occasion.
La grossesse et l'accouchement sont, en général, des fonctions simples et naturelles chez les femmes qui jouissent d'une bonne santé; mais ces deux fonctions sont presque toujours compliquées chez les femmes scrofuleuses et chez celles qui sont fécondées par des hommes scrofuleux, ou qui se trouvent dans quelque autre état de santé nuisible à la génération. (i™ partie, chap. II Delà santé originaire et acquise et des parents ascendants. )
Les accidents qui compliquent la gestation et les couches des femmes scrofuleuses sont comparables à ceux dont nous avons parlé dans l'article que nous avons consacré à la variole, à la rougeole et à la coqueluche , considérées spécialement chez les enfants scrofuleux. Ils constituent, à proprement parler, des signes et non point des causes de scrofule, comme on va le voir par quelques développements dans lesquels nous allons eutrer.
A. De la gmssesse relativement à la marche de la scrofule.
L'invasion de la scrofule n'est pas rare pendant le cours d'une première grossesse. Au mois de mai 1837, nous avons consulté, à l'hôpital Saint-Louis, une femme mère de cinq enfants qui , lors de sa première
grossesse , a été affectée pour la première fois d'ulcères tuberculeux au col et sur la poitrine , et qui a éprouvé le même accident dans les grossesses suivantes.
Une autre femme, mère également de cinq enfants, dont trois étaient déjà morts de maladies scrofuleuses, en avait un quatrième, âgé de neuf ans , qui était tuberculeux et affecté d'une double opbthalmie. Il offrait, en outre, une pâleur de la face qui est particulière aux sujets vermineux. Le cinquième , âgé de douze ans , se portait bien. Cette femme, alors tuberculeuse, l'était depuis sa première grossesse ; auparavant elle " n'avait éprouvé aucun autre signe de scrofule. Il faut dire cependant que depuis sa plus tendre enfance elle était babitnellement sujette à de fortes migraines. J'ai rencontré ces migraines sur un grand nombre de sujets scrofuleux , et plus particulièrement sur les femmes.
Il nous serait sans doute facile de multiplier ici les observations tendant à prouver un fait qui pour nous est incontestable, savoir, que la scrofule a, dans certains cas , manifesté pour la première fois ses effets sous l'influence de la gestation; mais nous avons hâte d'arriver aune autre partie de notre sujet qui offre un très haut degré d'intérêt : nous voulons parler de la grossesse envisagée par rapport aux avortements spontanés qui sont des effets du vice scrofuleux.
B. De Favortement considéré comme un effet et non comme une cause du vice scrofuleux.
Les causes de ces avortements spontanés résident : r dans la santé du père ; a" dans la santé de la mère; 3° dans celle des deux parents ascendants.
A. Le fœtus qui est scrofuleux par son père peut puiser dans le sein de sa mère, alors que celle-ci est bien constituée et suit un régime convenable, des matériaux de réparation qui le nourrissent et le fortifient de manière qu'il arrive plus ou moins sain jusqu'au terme naturel de la grossesse. Mais lorsque la semence de l'homme est d'une espèce trop dégradée, trop dépourvue de qualités prolifiques, ses élément! ne peuvent s'associer d'une manière assez intime aux éléments fournis par la femme pour n'avoir qu'une existence commune et parcourir loutes les phases de la vie fœtale. Alors l'avortement survient quelque bien constitués que puissent être les organes de la mère : ainsi des graines trop détériorées ne peuvent germer dans les meilleures terres.
.)'ai connu un scrofuleux affecté de bec-de-lièvre qui était à peine pubère à l'âge de trente ans, et qui s'est marié quelques années plus tard. Sa femme n'a fait que des fausses couclies, bien qu'elle parût jouir d'une bonne santé.
Je connais une famille qui est scrofuleuse par suite des habitudes incontinentes du perc. La mère a eu cinq fausses couches de suite, toutes à quatre mois et demi , quoiqu'elle fût bien constituée.
Je citerai encore l'exemple d'un homme qui s'est marié ayant presque atteint l'âge de soixante ans, et dont la femme a fait six fausses couches sans porter aucun enfant à terme.
Ainsi voilà trois états de santé bien différents qui altèrent la faculté génératrice de l'homme au point qu'il ne peut plus avoir que des rejetons abortifs. Dans le premier, le père est scrofuleux; dans le second, il est incontinent ; dans le troisième, il est beaucoup trop âgé.
B. Lorsque la mère est scrofuleuse, l'avortement peut ne pas survenir si elle a été fécondée par un homme sain et bien constitué ; mais si sa santé est profondément altérée, il est souvent impossible de l'empêcher, la mère et l'enfant concourant ensemble à le produire. Dans les cas de ce genre, com me dans ceux que nous avons résumés dans l'article précédent, le fœtus est à peine ébauché qu'il est scrofuleux; il n'a point le degré de vitalité ni la force assimilatrice nécessaire à son accroissement, et il a déjà en luimême des causes d'avortement qui sont encore alimentées par les matériaux de nutrition qu'il puise dans les organes utérins ; enfin l'état de faiblesse de ces organes, qui ne leur permet point de supporter le labeur de la gestation jusqu'à son terme naturel, est encore une troisième cause qui, jointe aux deux premières, doit rendre l'avortement très fréquent.
Toutes choses égales d'ailleurs, l'avortement arrive principalement par le fait de la dégradation des organes générateurs de l'homme. Il est plus rare qu'il reconnaisse pour cause une altération analogue
chez la femme. Cette altération peut même exister et la femme être fécondée sainement par un homme sain , tandis que Ion n'observe point qu'une femme saine ait des enfants sains d'un homme qui ne l'est point.
C. Quand l'hérédité a sa source dans la sauté des deux parents ascendants à la fois, l'avortement devient un effet presque inévitable; la grossesse n'est plus qu'une cruelle déception. lies êtres nés de cette alliance meurent , le plus grand nombre , durant la vie fœtale, et ceux qui voient le jour n'ont qu'une existence éphémère et remplie d'infirmités.
.l'ai été témoin , il y a quelques années , d'un avortementqueje n'avais que trop bien prévu. Envoyant le mari de la jeune dame à laquelle ce malheur venait d'arriver, et qui était de faible complexion, je reconnus que lui aussi avait eu une enfance maladive; je reconnus même à son faciès qu'il avait été affecté d'hydrocéphale. Cette union ne pouvait donc offrir aucune chance favorable à la génération ; on ne devait en attendreque des embryons abortifs. Effectivement, il y a eu depuis une nouvelle espérauce de progéniture qui s'est encore évanouie, cette fois au quatrième mois de la gestation.
C'est parce que les avortements ont leur source dans la santé des parents ascendants qu'ils surviennent le plus ordinairement sans causes extérieures. Nous ne regardons pas , en effet, comme des causes d'avortement, comme des causes efficientes les faits les plus simples, les plus ordinaires de la vie domesticpie auxquels on les attribue trop facilement. La nature, après avoir pris soin de la propagation de
notre espèce par les besoins impératifs qu'elle nous a donnés , ne pouvait abandonner son ouvrage jusqu'au point de rendre nos rejetons périssables par les causes les plus légères.
Si un faux pas, une marche forcée, des travaux trop rudes, des fardeaux, des chagrins, un accès de colère, une frayeur, l'abus des plaisirs vénériens, que sais-je? si l'action de lever les bras en haut, de pencher le corps trop en avant, ou trop en arrière, etc., étaient des causes d'avortement, presque toutes les femmes accoucheraient avant terme ; car elles sont généralement exposées à quelqu'une de ces causes. Il y aurait alors plus d'avortements que de grossesses amenées à bien.
Toutes ces causes accidentelles et un plus grand nombre encore, dont nous n'avons pas voulu faire ici rémunération, ont si peu de valeur qu'elles n'en ont, à vrai dire, aucune chez les femmes bien organisées. H y a plus : les auteurs sont remplis d'observations qui prouvent que les remèdes abortifs, qui sont tous des remèdes très violents, ne produisent pas ordinairement les effets qu'on en attend, et que même plusieurs de ces moyens ont déterminé la mort des femmes qui y avaient eu recours, par les accidents qui leur sont propres, sans occasionner l'avortement.
Les avortements de cause interne peuvent se répéter un grand nombre de fois. J'en ai compté trois sur une jeune dame rachitique qui a eu, plus tard, trois enfants dont deux sont morts en bas âge.
J'en ai compté jusqu'à sept sur une autre dame
qui a eu deux enfants scrofuleux quelques années avant de succomber à la phthisie tuberculeuse pulmonaire.
Nous avons eu à l'hôpital Saint-Louis le nommé Duhamel qui portait une ophthalmie double et une tumeur des plus volumineuses dans l'abdomen. L'origine de ces deux maladies se perdait dans la première enfance de notre malade.
Sa mère avait eu cinq enfants scrofuleux, dont trois étaient déjà morts; elle avait fait, en outre, cinq fausses couches, dont une double.
Les avortements spontanés sont fort nombreux; mais pour les reconnaître il faut interroger les antécédents et les coïncidents , deux sources de diagnostic très négligées de nos jours, comme on peut s'en convaincre parla lecture d'un article sur l'avorteinent inséré par feu Désormeaux dans la première édition du Dictiutiuaire de médecine en 2 1 volumes. Cet article contient de bonnes choses, notamment des observations sur les moyens abortifs. Désormeaux fait remarquer avec justesse que l'emploi des plus violents manque souvent son effet, et qu'ils n'occasionnent point toujours l'avortement , alors même qu'ils entraînent la mort de la femme. Mais nulle part Désormeaux ne fait mention de l'espèce d'avortement dont nous nous occupons, quoiqu'elle soit, de nos jours, la plus commune; je dirai même plus commune à elle seule que toutes les autres ensemble. Une pareille lacune dans un travail fait avec autant de soin et par un médecin aussi éclairé que Désormeaux est un des exemples les plus frappants qu'on
puisse citer pour faire connaître quel est, de nos jours, l'esprit de l'enseignement et à quel point on néglige les choses les plus essentielles à connaître. Si Désormeaux eût été moins préoccupé de causes locales, il aurait mieux compris la portée de tontes ces tentatives criminelles d'avorlement procurées par des remèdes abortifs qui ne tuent que rarement les enfants dans le sein de leur mère. 11 aurait vu dans ces faits toute l'insuffisance des causes locales d'avortement qu'il a énumérées; il y aurait vu surtout que dans les familles où les avortements sont fréquents, la cause en est dans la santé du père ou de la mère. L'avorteinent spontané est l'espèce la plus commune et la plus intéressante à étudier. Un avortement de cause locale est un fait isolé et sans valeur dans l'avenir. Une femme avorte , soit pai ce qu'elle a trop couru à cheval, soit parce qu'elle a porté des fardeaux trop lourds, etc. Il suffira le plus souvent d'éviter ces causes à la prochaiue grossesse pour que la femme puisse porter son enfant à terme : il n'en est plus de même dans les casd'avortement spontané. Ici l'avenir est dans le présent. Cet avortement sera suivi de plusieurs autres, à moins qu'on ne comprenne bien la cause qui a produit le premier et qu'on n'y porte remède sous l'inspiration des saines doctrines.
Un avortement spontané bien compris peut éveiller l'attention sur le tempérament scrofuleux de la mère, sur celui du père, et l'on conçoit aisément les conséquences d'un pareil diagnostic pour l'avenir d'une famille.
La scrofule est donc la cause la plus ordinaire des avortements spontanés. En général , quand ces avortements proviennent de la santé de la mère, ils ont été précédés par des maladies scrofuleuses qu'ils aggravent le plus souvent. Quelquefois c'est par un premier avortementque la scrofule donne le premier signe de son existence. Après celui-là arrive une série de phénomènes scrofuleux (au nombre desquels sont plusieurs autres avortements) qui rendent les femmes valétudinaires pour toute leur vie : ce sout des déviations de la colonne vertébrale et du bassin à tous les degrés, des ophfhalmies, des leucorrhées qui passent à l'état chronique, mais surtout des tubercules pulmonaires qui se montrent pour la première fois , et dont la marche est rapidement mortelle , à moins qu'il ne survienne une nouvelle grossesse qui enraie la marche de la tuberculisalion. Tous ces phénomènes scrofuleux, qui succèdent à un ou plusieurs avortements, loin d'en être la suite, ont, au contraire, avec eux une cause commune. Cette manière d'analyser les symptômes des maladies demande du temps , et fait découvrir souvent des résultats beaucoup plus fâcheux qu'on ne s'y attendait. Mais ne vaut-il pas mieux comprendre une position, quelque difficile et même insoluble qu'elle puisse être , que d'agir d'après des notions superficielles de diagnostic qui laissent dans l'inconnu la véritable situation des malades?
De l'accouchement dans ses rapports de cause avec la scrofule.
Nous avons à présenter quelques remarques sur les accouchements laborieux relatives à notre sujet. Il ne doit pas être question ici des accouchements laborieux qui arrivent par la mauvaise position que présente l'enfant au passage, ni de ceuxqui peuvent être occasionnés par un état pléthorique ou par toute autre cause qui ne se rapporte point aux maladies scrofuleuses.
Nous voulons parler seulement des accouchements laborieux qui reconnaissent les mêmes causes que les avortements spontanés; de ceux qui surviennent, ces avortements n'ayant pas eu lieu, quoiqu'il existât plusieurs causes capables de les produire, et qu'ils aient été sur le point d'arriver plusieurs fois pendant la gestation ;
De ceux qui dépendent de causes organiques vitales liées à la constitution du père et de la mère ;
De ceux qui, comme les mauvaises rougeoles, les mauvaises coqueluches , etc. , dépendent d'antécédents scrofuleux ;
De ceux à la suite desquels on voit survenir les mêmes maladies scrofuleuses qu'après les avortements spontanés.
Quand ces accouchements laborieux ont leur origine dans la complexion scrofuleuse de lanière, le travail de l'enfantement se complique de la disposition du fœtus et de celle de la mère. Tout alors con-
court à prolonger l'accouchement et à le rendre plus difficile. Le travail est devenu quelquefois menaçant pour la mère et pour l'enfant au point qu'il faut, de toute nécessité, que l'art achève une opération qui, dans l'ordre naturel , doit avoir lieu toute seule par les efforts simultanés de la mère et de l'enfant.
Cette cause prochaine des accouchements laborieux , qui tient à l'état de débilité de la fibre, n'est pas la seule que je désire signaler.
Il en est une autre , au moins aussi fréquente que la précédente, qui coïncide souvent avec elle, c'est l'hypertrophie des os spongieux du bassin, hypertrophie de même nature que celle des os courts et de l'extrémité des os longs et qui est très commune chez les sujets scrofuleux. Cette hypertrophie est souvent la cause des lenteurs, des interruptions qu'éprouve le travail de l'enfantement. Son diagnostic est des plus importants; car, une fois cette cause reconnue, il n'y a plus à hésiter; il faut délivrer la femme sans attendre aussi longtemps qu'on le fait quelquefois, espérant dans les forces de la nature, qui ne font, au contraire, que s'épuiser contre l'obstacle mécanique qu'elles rencontrent. Dans un cas de ce genre, ce ne fut que le troisième jour du travail que l'on eut recours à l'habileté d'un accoucheur renommé pour terminer l'accouchement par le forceps. On ne s'était même pas aperçu de la cause mécanique dont je parle et sur laquelle je n'eus occasion de me prononcer que quelques mois plus tard.
Les maladies scrofuleuses ne se montrent pas seu-
lement après des grossesses pénibles, des avortemenls répétés, des accouchements laborieux. Les mêmes effets succèdent, en certains cas, à des grossesses, à des accouchements dont la marche n'a point offert de complications. Le trouble passager que ces divers états de santé produisent dans l'économie sert d'occasion au développement des maladies scrofuleuses. Nous avons vu plus haut ces mêmes maladies se montrer également à la suite d'une fièvre exanthématique ou d'une coqueluche bénigne. Il est à peine nécessaire de le répéter en finissant , ces mutations survenues ont toujours leur principe dans une prédisposition, en l'absence de laquelle la grossesse et l'accouchement, loin d'altérer la santé, semblent la fortifier davantage. 11 est même d'observation que les femmes les plus fécondes sont, en général, celles qui se portent le mieux.
La récidive de la scrofule peut arriver à l'occasion d'un premier accouchement qui n'a d'ailleurs offert aucune circonstance fâcheuse.
Nous allons en citer un exemple qui est encore fort curieux sous d'autres rapports.
Le 10 août 1829, entra dans notre hôpital la nommée Marie Duhamel , âgée de trente-neuf ans. Cette femme était restée seule de onze enfants, et avait été elle-même faible et chétive pendant son enfance. Dès l'âge de trois ans , elle avait eu des tubercules ulcérés au côté gauche du col, derrière le grand angle de la mâchoire inférieure. A quatorze ans, ces ulcères tuberculeux se cicatrisent; la sauté se raffermit; l'embonpoint se développe; la malade devient
même robuste. Apparition des règles à seize ans, et cet état louable dure pendant vingt ans,
A trente-sept ans, première grossesse cpii fut des plus pénibles; mais l'accouchement n'offrit d'ailleurs aucune circonstance fâcheuse ; la mère nourrit son cillant pendant onze mois.
A la suite de cette nourriture, Marie Duhamel fut très fatiguée et ne se rétablit point. Bientôt parurent des tubercules cervicaux qui formèrent de grosses tumeurs tuberculeuses, et plus tard des ulcères tuberculeux larges et profonds, avec coïncidence de trajets fistuleux, qui pénétraient profondément daus les parties molles. L'épuisement de la malade arriva |>ar l'abondance de la suppuration , et sa mort fut hâtée par l'apparition d'un érysipèle phlegmoneux, auquel elle succomba le 22 février i83o.
A l'autopsie, le sujet était d'une taille assez élevée, remarquable par une émaciation extrême qui lui donnait les apparences de la caducité; les membres étaient œdématiés, offrant encore les traces des vésicatoires que j'avais fait appliquer aux bras, aux cuisses et aux jambes. Le col était labouré, surtout du côté droit, par de larges ulcérations, dont plusieurs communiquaient ensemble par des trajets fistuleux qui existaient sou > la peau décollée; plusieurs de ces trajets aboutissaient à des tubercules ulcérés.
Les viscères de labdomen étaient généralement décolorés par suite, sans doute, de l'état de dépérissement dans lequel la malade avait succombé. Le mésentère offrait des tubercules en grand nombre; plusieurs étaient gros comme de petits oeufs de poule
et ramollis. La rate, peu consistante et de couleur lie de vin , était farcie de tubercules, les uns à letat de simples granulations, les autres gros comme des pois; quelques uns offraient le volume d'une noisette.
La substance tubulense des reins était seulement injectée; la vessie et les uretères étaient un peu rouges, circonstance pathologique que nous avons cru devoir rapporter à l'action des cantharides , et qui s'explique par la multitude des vésicatoires que nous avions fait appliquer pour combattre l'érysipèle phlegmoneux par lequel la mort est arrivée.
Les tubercules qui existaient dans les régions cervicales, dans le mésentère et dans la rate, élaient de même espèce et n'offraient entre eux aucune autre différence que celle du volume. Nous avons pensé que ces tubercules devaient ressembler à ceux qui avaient existé au côté gauche du col pendant un an et qui avaient disparu à l'approche de la puberté, et qu'ils reconnaissaient tous la même origine. Pour dire toute notre pensée à cet égard, nous ajouterons que les tubercules qui surviennent chez un malade sont toujours d'une nature identique, quelle que soit l'époque de leur manifestation et l'organe dans lequel ils se sont développés.
Une particularité fort remarquable de cette observation, et que nous avons à faire connaître, c'est que cette femme, restée seule de onze enfants, tuberculeuse dès son bas-âge, et qui est morte, à trenteneuf ans, dans le dernier degré d'épuisemeut par la supputation tuberculeuse, n'avait cependant point de tubercules dans les poumons. Nous possédons un
groupe d'observations particulières dans lesquelles la tuberculisation pulmonaire a manqué chez des sujets tuberculeux ; nous analyserons ces observations dans un autre travail.
ART. MV. — De Vérysipèle ttans ses rappord tif cause avec tes tnalaaies scrofwleuses.
La plupart des affections scrofuleuses peuvent se montrer, pour la première fois, à la suite d'un érysipèle. Cette dernière affection survient ensuite très fréquemment pendant le cours de ces maladies; le plus souvent, elle influence leur marche d'une manière favorable; elle peut cependant être une cause de leur terminaison fatale. Nous citerons quelques faits particuliers, pour faire connaître Térysipèle sous ces trois points de vue.
Louis Fleuriet, âgé de vingt-deux ans, portait des tubercules , depuis deux ans environ, de chaque côté du col et dans la région axillaire gauche. A l'âge de dix-sept ans, il avait eu un premier érysipèle de la face; il avait été suivi de plusieurs autres, et 1 invasion de la maladie tuberculeuse avait eu lieu à la suite de l'un de ces érysipèles.
Nous avons vu souvent cet état inflammatoire de la peau précéder également le début de l'ophthalmie scrofuleuse, et celle-ci présente de nombreuses récidives qui étaient, le plus ordinairement , précédées d'une érysipèle de la face.
lia scrofule qui affecte d'une manière plus particulière la peau et le tissu cellulaire sous-jaceut se
montre de même à la suite d'une fièvre érysipélateuse. Ce mode d'invasion est surtout très commun pour le gonflement de la lèvre supérieure, si commun chez les sujets scrofuleux.
Cette espèce de scrofule peut atteindre plusieurs parties de la face, ou même la face en entier; elle en déforme les traits au point de lui donner une certaine ressemblance avec la figure d'un lion, d'où est venu le nom de scrofule léonine qu'on lui a donné. Son invasion est souvent précédée d'érysipèle de la face , et cet érysipèle est encore, plus tard , le phénomène précurseur des recrudescences qu'elle offre dans sa marche. J'ai fait de nombreuses observations de ce genre ; je les ai faites plus particulièrement sur des adolescents des deux sexes et sur de jeunes femmes , chez lesquelles j'ai vu l'état érysipélateux de la face n'offrir que des intermittences ou même des rémissions de courte durée dans le cours de plusieurs années.
Ce que nous venons de dire de la scrofule eellùleuse et cutanée de la lèvre supérieure et de la face est applicable à cette même espèce de scrofule, quelle que soit la région qu'elle affecte.
Voici un fait dans lequel l'hypertrophie indurée de la peau et du tissu cellulaire de la jambe gauche a succédé à un érysipèle. Le nommé Poirrier, âgé de seize ans, avait eu une nécrose du tibia de la jambe gauche; sa marche avait dû être très rapide, car elle avait commencé et fini dans la même année. Lorsque les fistules furent fermées , quelque temps après la sortie de plusieurs esquilles, il survint un
DITES PATHOLOGIQUES. 26g
érysipèle phlegmoueux à la jambe et au pied; le gonflement fut très considérable, et ne diminua guère après que l'érysipèle eut cédé , car il n'était qu'une forme sous laquelle débutait un cas de scrofule celluleuse et cutanée. Peu de temps après, on vit naître sur ce membre, qui avait acquis une forme éléphantine, une nouvelle maladie scrofuleuse sous la forme de pustules. Celles-ci formaient des segments de cercle et ries cercles entiers, au milieu desquels la peau n'offrait d'autre altération que l'augmentation d'épaisseur et l'induration qu'elle avait acquise.
Dans les cas dont nous venons de donner une analyse très succincte , l'hérédité domine comme la cause productive de la scrofule. Poirrier était né d'une mère qui était morLc de tubercules pulmonaires, et Fleuriet avaii perdu son père de la même maladie ; de sorte qu'il n'y a pas même à se demander si les maladies scrofuleuses qui se sont montrées à la suite de l'érysipèle ont pris naissance de cette maladie aiguë. Qui ne sait d'ailleurs que l'érysipèle est une des maladies les plus communes, et qu'il n'est point suivi de scrofule, une fois sur cent ?
Pourquoi donc l'est-il dans quelques cas seulement ? c'est parce que dans ces cas il atteint des sujets originairement scrofuleux chez lesquels la maladie à laquelle ils sont prédisposés se manifeste à son occasion.
Ce que nous venons de dire de l'érysipèle relativement aux tubercules, aux oplithalmies et à la scrofule celluleuse tt cutanée , est applicable aux maladies scrofuleuses en général ; elles peuvent toutes se
montrer à l'occasion d'un érysipèle ; peut-être même peut- on dire sous la forme érysipélateuse. Ce mode d'invasion de la scrofule est en effet si commun qu on pourrait croire qu'il est lui-même une maladie scrofuleuse , comme l'est souvent la coqueluche , qui d'ailleurs a d'autres caractères qui lui sont propres et qui n'appartiennent aucunement à la scrofule.
Non seulement l'érysipèle est souvent le signe précurseur, je dirai même un mode d'invasion de la scrofule, mais encore il survient fréquemment pendant le cours des maladies scrofuleuses ; cette phlegmasie de la peau règne souvent dans mes salles, et cela, probablement, par quelque affinité particulière qu'elle a avec les maladies scrofuleuses, car on l'y remarque, alors qu'elle ne se voit point dans les autres salles de l'hôpital Saint-Louis; et loin que son apparition coïncide avec le développement de nouvelles lésions, elle exerce généralement une influence favorable sur la marche de la scrofule. La fièvre érysipélateuse améliore souvent l'état des scrofuleux; elle anime des engorgements restés stationnaires , faute d'une excitation suffisante ; elle les fait passer de l'état chronique à l'état aigu, et tout le monde sait que l'état aigu est le plus favorable à la terminaison des engorgements, soit qu'il amène leur résolution, soit qu'il provoque leur fonte suppuratoire.
•loseph Leberre , âgé de quinze ans, avait des tubercules dans les régions cervicales ; ils étaient plus nombreux du côté gauche que du côté droit. Il avait aussi des productions de même nature dans l'aisselle gauche ; elles gênaient beaucoup les mouvements du
bras , et l'empêchaient de travailler de son état de menuisier.
Dans le cours du troisième mois de son traitement ioduré , Leberre a eu un érysipèle pblycténoïde de la face qui s'est promené successivement sur le bras droit et puis sur le bras gauche. A la suite de cet érysipèle, les tubercules du col, mais plus encore ceux de l'aisselle, ont diminué de volume, et le malade a pu agir librement de son bras. A la suite de cet érysipèle, un abcès aigu s'est développé dans le creux poplité du côté gauche ; cet abcès a été évidemment critique de la fièvre érysipélateuse : je veux dire que sans cet abcès l'érysipèle aurait probablement continué sa marche sur les autres régions de la peau, et jusqu'à ce qu'il eût parcouru toute la périphérie du corps, comme nous en avons eu beaucoup d'exemples. Il est possible également que cet abcès ait concouru à la résolution que les tubercules du col et ceux de l'aisselle ont éprouvée dans le même temps.
L'exemple suivant prouve encore davantage que le précédent l'influence favorable que la fièvre érysipélateuse peut avoir sur la marche des tubercules. Désiré Cogés, âgé de dix-huit ans, avait eu une fièvre cérébrale dans le cours de sa dixième année; il portait antérieurement des tubercules disséminés dans les régions cervicales. A quinze aus, de nouveaux tubercules se développèrent au côté droit du col. Trois ans plus tard ce jeune homme est entré à l'hôpital Saint-Louis, ayant de nombreux tubercules de chaque côté du col, surtout du côté droit. Ce
l'JI DES CAUSES DE LA SCROFULE
malade était en traitement depuis six semaines, quand il fut pris d'un érysipèle de la face et du cuir chevelu qui dura plus de deux mois , et à la suite duquel le volume des tubercules avait diminué de moitié.
Dans les deux exemples que nous venons de rapporter , l'influence de 1 érysipèle ft'a produit qu'une amélioration notable dans l'état de la maladie. Dans les deux qui vont suivre, cette amélioration est encore plus sensible ; peut-être même l' érysipèle a-t-il déterminé la résolution complète des maladies antérieures.
Gilbert Bricault , âgé de vingt-six ans , entra à l'hôpital Saint-Louis le 21 mai i832.
Ce jeune homme nous dit qu'il avait été faible et chétif dans son enfance. A l'âge de neuf ans , il avait eu une fièvre intermittente tierce qui , au bout de huit mois , devint quarte , nouveau type sous lequel elle dura encore pendant dix mois. Une affection vermineuse concomitante survint ; le malade rendait des vers ascarides lombricoïdes par la bouche et par le fondement , mais surtout par la bouche ; les plus longs avaient de trente à quarante centimètres. Cette affection vermineuse disparut par l'usage du jus de cresson , et la fièvre quarte résista à tous les traitements qu'on mit en usage contre elle , pour disparaître enfin à la suite d'un excès de table.
A quinze ans le malade prit l'état de menuisier, et après deux ans- d'apprentissage il fit son tour de France, jouissant d'une fort bonne santé dont il abusait avec les femmes.
DITFS PATHOLOGIQUES. 2^3
A vingt-cinq ans, parut une première tumeur audessus de la partie moyenne de la clavicule. Quatre mois après, il en parut une seconde qui acquit bientôt le volume d'une noix. Plus tard, il en survint une quatrième devant le lobule de l'oreille droite ; puis enfin une cinquième au-devant de l'éminence tragus de l'oreille gauche.
Ces tumeurs s'ouvrirent spontanément et restèrent fistuleuses. La santé générale se détériora; l'appétit et les forces diminuèrent ; il survint de la toux, des sueurs nocturnes, et le malade maigrit.
Tel était son état , lorsque Bricault se présenta à l'hôpital, Saint-Louis ou il fut soumis au traitement ioduré. Un mois après que ce traitement eut été commencé, il parut un érysipèle de la face, à la suite duquel il se forma dans le creux de l'aisselle droite un abcès énorme qui s'ouvrit spontanément; il survint en même temps une otite purulente et un grand nombre de tumeurs tuberculeuses autour du col et au-devant de l'extrémité sternale des clavicules; quelques unes de ces tumeurs s'ouvrirent d'elles-mêmes , d'autres furent ouvertes avec l'instrument tranchant , d'autres enfin prirent la voie de la résolution, ou peut-être se vidèrent-elles dans celles qui s'étaient ouvertes d'une manière spontanée.
Cette explosion de collections purulentes me parut favorable ; car outre qu'elle n'était accompagnée d'aucune coïncidence fâcheuse, la maladie entratout d'abord en voie de guérison.
Cet érysipèle dura deux mois, pendant lesquels je m'appliquai à tenir le ventre libre par l'usage de
IS
l'eau de Sedlitzet du calomel administrés alternativement. Ces moyens furent continués pendant toute une semaine, après que la fièvre érysipélateuse eut entièrement disparu.
Le traitement ioduré fut repris le i er septembre et fut continué jusqu'au 25 octobre suivant, que le malade sortit guéri de notre hôpital. Je l'ai revu quelques années après: il continuait à se bien porter, et il était établi de son état de menuisier.
Le nommé Renault , âgé de seize ans, était affecté depuis trois ans d'une ophthalmie double, avec coryza pustuleux et formation de croûtes sur la pituitaire; il avait, en outre, depuis un an, une tumeur tuberculeuse du volume d'un œuf de poule, à la partie latérale droite et moyenne du col. Après deux semaines de séjour dans notre hôpital, il fut pris d'un érysipèle de la face et du cuir chevelu. Le volume de la tumeur tuberculeuse du col diminua d'abord de moitié. Quinze jours plus tard, au déclin de rérysipèle,elle se gonfla de nouveau et devint plus volumineuse qu'elle n'était avant la fièvre érysipélateuse ; elle acquit bientôt tous les caractères d'un abcès aigu critique , dans lequel la fluctuation ne tarda pas à se faire sentir. Cette tumeur ayant été ponctionnée, il en sortit un pus blanc , jaunâtre, mais floconneux, et non crémeux comme celui d'un phlegmon ordinaire. Cet abcès resta fistuleux pendant une quinzaine de jours, au bout desquels la tumeur tuberculeuse du col, 1 ophthalmie et le coryza avaient disparu.
Après avoir purgé le malade trois fois à un jour
d'intervalle, je lui fis administrer l'eau minérale iodurée pendant six semaines, au bout desquelles Renault sortit guéri de l'hôpital Saint-Louis. C'était au mois de mai i833 ; nous De lavons pas revu depuis cette époque.
Dans ces deux derniers exemples, les symptômes de la scrofule ont disparu, et l'état général a été assez heureusement amendé pour que les deux malades aient été regardés comme guéris. Leur guérison paraissait d'autant plus admissible, que la fin de la maladie avait été marquée, dans les deux cas, par des suppurations très abondantes, qui sont toujours des phénomènes critiques de bon augure, quand elles coïncident avec le retour des forces et le rétablissement des malades. Il en est de même des sueurs et des hémorrbagies pour quelques unes de ces maladies, et de la diarrhée dans les maladies chroniques en général.
L'érysipèle se termine rarement par la mort des scrofuleux; cette terminaison fatale a eu lieu néanmoins dans quelques cas, par suite de complications incidentes. Dans l'exemple suivant, la mort est survenue par une pleuro-pneumonie et par la phlogose érysipélateuse du canal intestinal.
Lucien Giraud, à t <;é de dix-huit ans,entraà l'hôpital Saint-Louis le 17 juin i83o. Ce jeune homme était né d'un père de faible complexion, qui était mort à quarante ans, après quelques mois de maladie , sans qu'on ait pu nous en dire davantage. Le pèredecelui-ci (l'aïeul de notre malade) était, comme son fils, habituellement mal portant. Du côté mater-
nel, ce jeune homme avait pu puiser de bons éléments d'organisation, car sa mère n'avait jamais été malade. Mais, ainsi que nous l'avons fait observer plusieurs fois, le bon état de santé de la mère ne peut compenser le tempérament faible du père, tandis que cette compensation peut se faire quand c'est du côté paternel que sont la santé et la force.
Giraud avait perdu quatre frères ou sœurs qui étaient nés avant lui; il était le cinquième né, et le premier enfant que ses parents eussent conservé. Il avait une sœur, âgée de dix ans, qui portait des tubercules cervicaux, qu'on avait regardés comme des glandes de croissance.
Quant à notre malade, il avait d'abord été très tourmenté par des engelures , dont les ulcérations étaient difficiles à guérir. A six ans, il avait eu" une première ophthalmie de plusieurs mois de durée, et qui avait ensuite reparu plusieurs fois. A huit ans, il eut des abcès froids à la face postérieure de l'avantbras droit; ils restèrent fistuleux jusqu'à l'âge de douze ans; alors ils parurent se fermer, laissant cependant suinter un peu de pus de temps à autre , surtout dans la saison du printemps. A douze ans, les régions sous-maxillaires et parotidiennes sont comblées de tubercules, qui abcèdent successivement et laissent après eux des ulcères et des fistules de fort longue durée. A dix-sept ans, paraît un abcès à la base du sternum ; il s'ouvre spontanément et laisse après lui un ulcère de l'étendue et de la forme d'une pièce de cinq francs. A son entrée dans nos salles, Giraud avait des tubercules de chaque côté du col,
les uns ulcérés depuis plus ou moins longtemps, d'autres qui étaient encore à l'état de crudité. Les régions malades offraient, en outre, des cicatrices qui avaient détruit, sur plusieurs points, les bulbes de la barbe.
Le 18 juin, ce malade fut mis au traitement ioduré, et dès le second mois de ce traitement, il parut entrer franchement en voie de guérison.
Au commencement de la seconde quinzaine du mois d'octobre , l'ulcération de la poitrine ayant beaucoup diminué d'étendue et de profondeur, les tubercules cervicaux étant en voie de résolution et de cicatrisation, le malade fut pris tout-à-coup de frisson sans aucune cause apparente, et les jours suivants parut un érysipèle à la face, qui acquit bientôt assez d'intensité pour nous inspirer des craintes. Traité par les évacuants , le malade alla mieux du côté du cerveau ; mais bientôt l'aspect gélatiniforme des crachats, leur abondance, leur expuition difficile, l'anxiété de la respiration, l'état du pouls, portèrent notre attention sur les organes respiratoires. Nous ne tardâmes pas à reconnaître une pleuropneumonie évidente, surtout du côté gauche. L'émétique, à la dose de 8 grains par jour, fut administré. Les cuisses , le col et la poitrine furent successivement recouverts d'emplâtres, vésicatoires. Cependant la suppuration des ulcères du col et de la poitrine,qui s'était tarie dès l'origine et avait annoncé la gravité du pronostic, ne reparut pas; la poitrine continua à s'embarrasser de plus en plus, et Giraud succomba, le 3 1 octobre i83o, après une longue et
douloureuse agonie, en proie depuis la veille aux angoisses de la suffocation.
L'autopsie cadavérique fut pratiquée trenteheures après la mort. Le cadavre était d'une taille élevée, portant les traces de six larges vésicatoires. Embonpoint assez marqué; les muscles rouges et bien développés.
Le cerveau semblait présenter un peu d'injection ; il était d'ailleurs très saio, ainsi que ses dépendances.
Le col n'offrait plus les tubercules que l'on remarquait à sa base avant l'invasion de I erysipèle. Nous trouvâmes seulement deux ou trois petits foyers de matière tuberculeuse ramollie le long des muscles steruo-mastoïdiens.
La plèvre gauche, fortement enflammée, contenait un litre et demi d'un liquide roussâtre, mélangé de flocons albumineux. La partie de cette membrane séreuse qui revêt la base de la cavité thoracique était très épaissie par la formation d'une fausse membrane, et présentait une poche ovalaire qui nous parut d'abord un abcès pleurétique ; mais à cause de sa forme assez caractéristique, nous nous décidâmes ensuite à la regarder comme uu kyste tuberculeux ramolli sous l'influence de l'inflammation pneumo-pleurale.
La base des deux poumons était le siège d'une inflammation au premier" degré; du reste il n'y avait aucun tubercule pulmonaire (1).
(l)On me reprochera peut-être de ne pas avoir fait saigner ce malade : je répondrai d'abord que sa vie médicale ne le permettait pas. Je me au'ia en outre abstenu des émissions sanguines, parce que j'ai adopté l'é-
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Le cœur avait son volume ordinaire ; mais le tissu de cet organe était d'une flaccidité remarquable.
Dans l'abdomen , il y avait un épancbement notable de liquide séreux ; la membrane muqueuse offrait des symptômes non équivoques d'une inflammation forte, surtout dans le duodénum et le jéjunum , inflammation que j'ai regardée comme érysipélateuse et de même nature que celle qui avait existé sur les téguments extérieurs pendant la vie.
La rate offrait à son sommet tin large kyste rempli de matière tuberculeuse ramollie, laquelle refoulait la substance splénique sans la pénétrer.
Nous trouvâmes encore plusieurs petits foyers tuberculeux le long des muscles psoas, de même sous les reins, qui étaient fortement injectés : tous ces tubercules abdominaux étaient ramollis. Nous avons pensé qu'avant l'érysipèle, ils devaient être durs comme ceux du col, mais que la fièvre érysipélateuse avait produit, d'une part, la résolution brusque et. métastatique de ces derniers, et que, de l'autre, elle avait imprimé un mouvement intestin de ramollissement à ceux de l'abdomen. La même influence fébrile qui a fait disparaître les premiers a seulement ramolli les seconds.
Ce fait est encore fort remarquable par l'absence de tubercules pulmonaires cbez un sujet scrofuleux âgé de dix-buit ans, chez lequel le début de la tuberculisation a eu lieu à douze ans , et chez lequel
métique à haute dose dans le traitement de la pneumonie et de la pleurésie chez les sujets si'iofuleux. Je me suis presque constamment bien trouvé de son emploi ; ce que peut attester la jeunesse siudieuse qui , depuis vingt ans , suit ma pratique à l'hôpital Saint-Louis.
s'étaient manifestés d'autres signes de scrofule dès les premières années de la vie. Mais l'analyse de cette observation , envisagée sous ce point de vue, appartient à un autre travail. Voici un second exemple dans lequel la mort est arrivée beaucoup plus promptement que dans le premier.
Antoine-Frédéric Ferlin, âgé de vingt-huit ans, entra à l'hôpital Saint-Louis le n mai i85q. Cet homme était affecté d'une tumeur blanche du coude droit, percée de plusieurs orifices fistuleux dont trois formaient des ulcères de l'étendue d'une pièce de deux francs. La peau et le tissu cellulaire sousjacent de tout le membre étaient hypertrophiés et indurés; ce malade portait aussi de gros tubercules et des tumeurs tuberculeuses dans les régions cervicales, dans les aisselles et les aines. Le commencement de cette tuberculisation remontait à plus de quinze ans; la tumeur blanche du coude était d'une date beaucoup plus récente : ce n'était même que depuis deux ans qu'il était survenu des abcès autour de l'articulation huinéro-cubitale. Un grand nombre de tubercules avaient été travaillés par la suppuration. Il y en avait même plusieurs qui étaient ulcérés, quand je vis Ferlin pour la première fois ; j'en ouvris un qui était situé à la face interne et inférieure du coude, il en sortit un demi-verre de pus très clair. On injecta de l'eau iodurée dans le kyste, et l'on commença le traitement ordinaire par l'usage intérieur et externe des préparations iodurées.
Ce traitement était continué avec succès depuis cinq semaines, lorsque notre malade fut pris tout-à-
coup, le i5 juin , sans cause appréciable , d'un érysipèle qui envahit la main , lavant-bras et le bras droit, jusqu'à l'aisselle inclusivement. Il se manifesta d'abord des symptômes caractéristiques de l'état saburral des premières voies, et la fièvre fut très violente. L'état fébrile était même trop intense pour qu'il pût être permis de faire vomir le malade; je donnai donc seulement du petit-lait stibié qui procura d'abondantes évacuations alvines. Néanmoins, le délire survint, avec altération profonde des traits de la face. Cet état alarmant fit des progrès le jour suivant, et la mort arriva le troisième jour, malgré l'emploi des moyens les plus énergiques. C'était le 17 juin 1 832; j'étais alors convalescent d'une atteinte de choléra asiatique que j'avais éprouvée à la fin de l'épidémie; c'est pourquoi l'autopsie cadavérique fut pratiquée par mon interne, le docteur Lembert jeune, qui, dans cette occasion, prodigua les soins les plus dévoués aux malades de mes salles.
Au moment de l'ouverture du corps, on remarqua que toute trace d'érysipèle avait disparu. Le bras atteint de tumeur blanche élait dans le même état qu'avant l'invasion del'érysipèle; la peau ne paraissait pas altérée; le tissu cellulaire sous-cutané de ce membre élait le siège d'une infiltration séreuse générale qui avait existé avant lérysipele , et qu'on n'avait réussi qu'imparfaitement à combattre au moyen d'une compression méthodique.
L'articulation du coude élait très volumineuse et criblée de fistules qui aboutissaient par des trajets
plus ou moins sinueux à des surfaces osseuses cariées. Le tissu cellulaire et les ligaments qui entouraient l'articulation se confondaient sous forme d'une masse homogène, dure, dense et comme lardacée , qui criait sous le scalpel.
L'humérus était soudé avec le cubitus, à angle obtus; l'extrémité supérieure du radius et la partie correspondante de l'humérus étaient usées et cariées; les cartilages avaient disparu.
Les deux côtés du col étaient le siège de tuhercules gros comme des noisettes , enveloppés de kystes fibro muqueux. Les régions inguinales, poplitées et axillaires, étaient le siège de tumeurs semblables: seulement elles y avaient acquis un développement bien plus grand.
Le canal intestinal ne présentait rien à noter ; mais le mésentère était envahi par des tumeurs très volumineuses, formées par des tubercules agrégés et néanmoins parfaitement distincts, dont le volume variait depuis celui d'une lentille jusqu'à celui d'un œuf de pigeon; ces tumeurs ne comprimaient aucun des organes environnants.
Les poumons étaient l'un et l'autre crépitants et libres d'adhérences, si ce n'est à leur sommet, où existaient quelques tubercules miliaires.
La fièvre érysipélateuse ne paraissait pas avoir exercé d'influence d'aucune espèce sur les tubercules sous-cutanés; ils avaient le même volume et la même consistance que du vivant du malade. Ceux du mésentère étaient très consistants, et aucun d'eux n'était ramolli; ils avaient probablement le même degré de
DITES PATHOLOGIQUES. q83
consistance qu'avant l'érysipèle, et n'avaient non plus éprouvé aucun changement de volume.
En résumé, l'érysipèle a de nombreuses affinités avec la scrofule; souvent il précède et accompagne son invasion; il survient fréquemment pendant son cours, et il a généralement une influence favorable sur sa marche. Dans ces diverses circonstances , l'érysipèle offre une durée beaucoup plus longue que lorsqu'il paraît sous toute antre influence ; cette durée n'est pas moindre de six semaines, elle est quelquefois de deux ou trois mois, et elle peut se prolonger pendant un temps beaucoup plus long.
Dans le cours dune fièvre érysipélateuse, les malades scrofuleux,en général, ont plusieurs érysipèles: la face, le cuir chevelu, le tronc, etc., sont successivement affectés; il passe d'une région de la peau à une autre; ce passage n'est pas toujours immédiat : il y a, au contraire, dans quelques cas, une interini>sion que l'on prend pour la terminaison de la maladie ; mais celte terminaison n'arrive le plus ordinairement qu'après que l'érysipèle a parcouru la plupart des régions du corps.
La solution de la fièvre érysipélateuse n'arrive et ne devient complète que lorsque se manifestent des évacuations abondantes, des collections purulentes tuberculeuses ou celluleuses, des diarrhées qui durent plusieurs jours et souvent trois ou quatre semaines, des sueurs excessives et, dans quelques cas fort rares, des hémorrhagies nasales chez les jeunes
gens.
F /apparition de l'érysipèle est pour moi une occa-
284 Des causes de la scrofule
sion de recourir aux évacuants. Je commence quelquefois par l'émétique à dose vomitive , et je fais suivre l'administration de ce médicament enlavape; mais le plus souvent je débute par ce dernier mode d administration, que je continue généralement pendant sept à huit jours. Je le remplace par l'eau de Sedlitz seule, ou étendue de moitié de bouillon aux herbes, par des doses légères de calomel administrées trois ou quatre fois par jour, concurremment avec une boifson des plus simples : de l'hydromel, de l'oxymel, de l'eau d'orge édulcorée avec du sirop tartarique, ou simplement du bouillon aux herbes.
Nous venons de dire que les malades restent souvent dans un état fébrile qui dure plusieurs mois, pendant lesquels il survient plusieurs érysipèles; nous appliquons le même traitement à chacun de ces érysipèles ; la persistance de la maladie ne change point sa nature, l'indication reste la même; c'est pour cela que nous persistons dans notre méthode de traitement et que nous répétons l'usage des laxatifs. Nous délayons les évacuants selon le degré d'intensité de la fièvre ; quand l'état fébrile est aigu et que la soif est vive, nous donnons l'eau de Sedlitz étendue de deux parties de bouillon aux herbes: nous augmentons ensuite la qualité purgative à mesure que la fièvre diminue, que la chaleur de la peau est moins forte et que la soif est moins intense.
Nous nous sommes en général fort bien trouvé de cette méthode de traitement de l'érysipèle; elle prévient les congestions sur le cerveau et sur les viscères contenus dans la poitrine et dans l'abdomen.' Peur
agir dans ce sens avec plus de certitude, on doit tenir les pieds chauds avec des cataplasmes de farine de graine de lin , faiblement saupoudrés de farine de moutarde, qu'on applique à la plante des pieds.
On obtient cet effet dérivatif d'une manière plus efficace encore , à l'aide de ventouses promenées sur la face interne des membres inférieurs , et dans quelques cas, au moyen des vésicatoires volants. Je pense que c'est à cette méthode de traitement, dontlespurgatifs sont la base et les dérivatifs cutanés un accessoire, qu'il faut, attribuer la marche généralement favorable que les maladies scrofulenses ont prise,dans mes salles, sous l'influence de la fièvre érysipélaleuse. Pour profiter complètement de cette influence, j'ai le soin de ne point reprendre trop hâtivement le traitement ioduré que j'ai interrompu dès le début de l'érysipèle , l'état fébrile étant exclusif de ce traitement.
AHT. V. — Ite l'influence tle la syphilis sttr la marche tle la scrofule.
L'infection syphilitique est une des complications les plus fâcheuses que puissent éprouver les sujets scrofuleux. La syphilis présente chez eux une opiniâtreté qui ne lui est pas ordinaire, et les maladies scrofuleuses en éprouvent un accroissement d'intensité qui les rend beaucoup plus graves et plus dangereuses.
L'infection syphilitique doit être envisagée sous trois points de vue différents, suivant qu'elle affecte: 1 des sujets qui sont simplement prédisposés aux
maladies scrofuleuses ; 2° qu'elle se manifeste sur des sujets chez lesquels ces maladies sont déjà confirmées; 3° ou qu'elle détermine la récidive de ces maladies.
i u Nous avons observé plusieurs cas dans lesquels la prédisposition à la scrofule, quoique manifeste antérieurement à l'infection syphilitique, n'a cependant revêtu la forme particulière d'une maladie scrofuleuse qu'à la suite de cette infection.
Un jeune homme , âgé de dix-huit ans, entra à l'hôpital Saint-Louis le il\ août i832. Il était de taille moyenne; il avait les cheveux blonds, les chairs molles , la peau fine , des pustules d'acné sur la figure et sur le front, et le système musculaire était chez lui fort peu développé. Ce jeune homme avait, comme on voit, plusieurs caractères du tempérament lymphatique des auteurs. Les signes qu'il en offrait étaient d'autant plus caractéristiques , qu'il était né d'une mère qui avait succombé à la tuberculisation du poumon , et que son père était mort imbécile , à cinquante-sept ans, notre malade étant alors dans sa onzième année.
Quoique d'un tempérament faihle , ce jeune homme n'avait cependant pas encore souffert d'aucune maladie scrofuleuse; mais à quatorze ans et demi, il contracta une première gouorrhée qui tomba dans les bourses ; trois mois après, le genou se gonfla, et il survint une espèce de gonagre.
A l'âge de seize ans, seconde gonorrhée qui coule très abondamment ; le malade se met en route pour Bordeaux. L'écoulement s'arrête par la fatigue de
la marche, et il survient un rhumatisme général. A dix-huit ans, troisième gonorrhée , qui réveille de la douleur, du gonflement dans les poignets, dans les genoux, dans les pieds, mais plus particulièrement dans l'articulation coxo-fémorale droite. La douleur rapportée dans cette dernière articulation se partageait entre la hanche et le genou , où le malade la ressentait alternativement; le membre pelvien de ce côté était devenu plus long que celui du côté opposé ; le pli de la fesse et le grand troebanter étaient situés plus bas que du côté gauche; la marche était difficile et douloureuse ; le malade toussait ; il manquait d'appétit et de sommeil. Sa troisième gonorrhée existait encore. Il y avait luxation spontanée, imminente du fémur droit. Quoique le sujet fût originairement scrofuleux , nous avons pensé que les antécédents syphilitiques avaient eu une part évidente dans le développement de cette coxalgie. Le traitement ioduré a amendé plusieurs fois la maladie, mais pas assez profondément pour que nous ayons regardé le malade comme en voie de guérison lorsqu'il est sorti de l'hôpital Saint-Louis, après un séjour de quatre mois.
Voici le cas d'un malade qui a éprouvé des signes encore plus formels et plus caractéristiques de scrofule , deux ans après une première infection syphilitique.
Un jeune homme, âgé de vingt-quatre ans, entra à l'hôpital Saint-Louis le a3 septembre 1 83 1, portant un vaste ulcère tuberculeux à l'union du col avec la poitrine.
Ce malade était de petite taille et de faible coraplexion ; il avait perdu sa mère de consomption tuberculeuse des poumons , à 1 âge de vingt-six ans , et son père était présumé syphilitique. Il avait eu des gourmes sur le visage et des tubercules dans les régions cervicales jusqu'à l'âge de douze ans.
A treize ans , il avait éprouvé une pleuro-pneumonie , avec crachement de sang , et depuis cette maladie de poitrine, il était sujet à tousser, plus particulièrement en hiver.
A dix-huit ans, était survenue une sorte de diathèse furonculaire; peu de temps après, ce malade avait contracté une gonorrhée et des chancres à la verge. Deux ans plus tard, une petite tumeur se développa au-devant de l'attache sternale du sterno-mastoïdien ; elle acquit le volume du poing et devint fluctuante; le pus se fit jour au-dehors par une petite ouverture; celle-ci s'ulcéra avec une telle rapidité, qu'elle présenta, en quarante-huit heures, la largeur d'une pièce de cinq francs ; elle avait beaucoup de ressemblance avec une ulcération syphilitique.
C'était néanmoins un ulcère tuberculeux , ou plutôt un gros tubercule ulcéré qui s'était montré chez un sujet tuberculeux de naissance , deux ans après une infection syphilitique, et à la production duquel cette infection nous paraît avoir puissamment aidé. Soumis au traitement ioduré, ce malade a guéri dans l'espace de quatre mois et demi.
2° Dans d'autres cas , beaucoup plus nombreux , nous avons vu des maladies scrofuleuses préexstantes qui étaient restées stationnaires depuis plu-
DITES PATHOI OGiyUtS. 289
sieurs années , se développer avec plus de force et de rapidité, et offrir plus de danger par suite d'une complication syphilitique.
Un jeune homme de vingt- quatre ans entra à l'hôpital Saint-Louis, le 3i mars 1829, portant une tumeur turherculeuse trilobée, du plus gros volume, qui remplissait le côté droit du col. Cette tumeur avait commencé, à l'âge de dix-neuf ans, par un premier tubercule du volume d'une noisette, qui n'avait pris aucun développement pendant deux ans. Au bout de ce terme, la tuberculisation avait marché avec rapidité à la suite d'une maladie vénérienne, et la tumeur avait acquis le volume que nous avons indiqué ci-dessus.
Les tubercules que la syphilis avait mis ainsi en mouvement étaient bien d'origine héréditaire; car la mère de notre malade était morte tuberculeusepulmonaire , et il avait déjà perdu trois frères et trois sœurs de maladies scrofuleuses.
Ce malade , après avoir vu son état amendé très heureusement par le traitement ioduré, est sorti de l'hôpital Saint-Louis; mais il y est rentré, dans le mois d'avril i835, dans un état de tuberculisation très avancé, auquel il n'a pas tardé, à succomber. Nous aurons occasion de le citer de nouveau, lorsque nous traiterons, dans un autre ouvrage, de la marche des tubercules et de leur présence dans le système osseux.
3° Nous avons observé quelques cas de récidive de la scrofule à la suite de la syphilis.
Le nommé Doussiu, âgé de quarante et un ans, entra à l'hôpital Saint -Louis le 12 mars i83s.
QgO DES CAUSES DE LA SCROFULE
La première enfance de cet homme avait été très maladive; il avait eu des éruptions impétigineuses , plusieurs ophthalmies, et des tubercules cervicaux ulcérés qui avaient laissé des cicatrices indélébiles au.col. A l'âge de dix ans , sa santé s'était notablement raffermie,
A dix-huit aus , Doussin avait commencé à connaître les femmes et s'était livré avec excès à ses appétits vénériens.
A vingt-trois ans , il avait eu une blennorrhagie qui avait été supprimée par des remèdes secrets , et à la suppression de laquelle avait succédé un bubon dans l'aine gauche , et trois mois plus tard , un second bubon au-dessous du premier.
A trente-huit ans , récidive de la scrofule, invasion de tubercules de chaque côté du col, hypertrophie du corps thyroïde, qui acquiert le volume d'un œuf de poule; tubercule au-dessus de l'os hyoïde, roulant sous la peau, gros comme une noisette ; tubercule, de la grosseur d'une noix , sur la joue droite au-devant de l'oreille; tubercules ulcérés dans la région sousmaxillaire du même côté. Il y avait, en outre, sur la voûte palatine et le voile du palais une ulcération de deux centimètres de longueur, ayant un centimètre de largeur et trois millimètres de profondeur, des bords taillés à pic et un fond grisâtre; la luette et les amygdales étaient tuméfiées.
Il y a dans ce fait deux sortes d'antécédents : i° les maladies de l'enfance, ayant laissé après elles l'impression du cachet scrofuleux ; 2° les maladies syphilitiques, formant un second ordre de précédents.
DITES PATHOLOGIQUES. Qgi
Lorsque cet homme est entré dans mes salles, il offrait des symptômes de ces deux maladies; savoir:, les tubercules qui faisaient suite aux maladies de l'enfance, et les ulcères du voile du palais qui étaient consécutifs à l'infection syphilitique contractée dix ans auparavant. La diathèsescrofuleuse et vénérienne existaient ensemble; celle-ci nous a paru avoir ranimé celle-là, qu'on aurait pu croire éteinte depuis l'âge de dix ans qu'elle n'avait plus donné aucun signe de sa présence.
J'ai guéri en i83i, à l'hôpital Saint-Louis, un jeune homme , âgé de vingt ans, de tumeurs tuberculeuses du col. Sa guérison s'était soutenue depuis cinq ans, lorsque, en 1 837, il contracta une gonorrhée. Cet écoulement urétral dura pendant plus d'un an.
Dès les premiers mois de cette infection , il survint des générations de nouveaux tubercules, et bientôt il se forma une grosse tumeur tuberculeuse de chaque côté du col. Ces tumeurs abeédèrent plusieurs fois, c'est-à-dire que les tubercules dont elles étaient formées entrèrent en suppuration l'un après l'autre; il en sortit chaque fois une grande quantité de pus, et ensuite la suppuration fut très abondante.
Je remis ce jeune homme au traitement ioduré. Je lui donnai des soins pendant un an et demi , et pendant ce laps de temps , il a fait deux traitements iodurés, de cinq mois chacun, à la suite desquels la plupart des ulcères tuberculeux du col étaient cicatrisés ; mais il en restait plusieurs qui ne l'étaient pas entièrement, et au-dessous desquels on sentait encore des tubercules. La gonorrhée avait reparu pendant
2ga DES CAUSES DE LA SCROFULE
le traitement, et elle durait encore à l'état chronique quand je cessai de voir le malade.
L'époque assez éloignée à laquelle cette récidive est survenue; sa manifestation pendant le cours d'une gonorrhée, me paraissent des circonstances particulières propres à la faire considérer comme une suite de l'infection syphilitique.
L'infection syphilitique des sujets scrofuleux est donc une des complications les plus graves qui puissent survenir. Ces deux maladies réunies semblent recevoir mutuellement une nouvelle force de cette association; elles forment ensemble un état mixte qui jette dans l'économie des racines encore plus profondes que celles de chacune des maladies dont il est composé.
Cet état présente d'ailleurs un aspect qui révèle aussitôt sa double origine. Pour le praticien exercé , ce n'est ni la scrofule ni la syphilis, mais bien ces deux maladies compliquées réciproquement l'une par l'autre.
L'indication à remplir ressort évidemment des deux éléments de maladie qu'on a sous les yeux ; nous avons recours dans ces circonstances aux préparations iodurées, quel que soit l'élément qui domine. Ce traitement spécial n'offre pas , il est vrai , une efficacité constante; mais, outre que nous avons obtenu des guérisons complètes, cet état de maladie a été généralement corrigé d'une manière assez profonde pour que nous puissions avancer que le traitement ioduré est celui qui offre sans contredit le
plus grand nombre d'avantages dans tous les cas de complication de la scrofule par la syphilis.
Ces deux états pathologiques ont encore d'autres rapports de cause que nous ne ferons qu'indiquer ici de la manière la plus abrégée. La maladie vénérienne consécutive revêt quelquefois les formes delà scrofule; c'est au point qu'en 1829 et i83o, nous avons traité , à l'hôpital Saint-Louis , comme scrofuleux des malades qui n'étaient que syphilitiques. Notre erreur n'avait pas été dissipée par la connaissance d'antécédents syphilitiques ; nous ne l'avons reconnue que par la promptitude et la solidité de certaines guérisons qui n'auraient pas été possibles par un seul traitement de trois à quatre mois , si nous avions eu à combattre des maladies de nature scrofuleuse.
Ce dernier élément ne doit cependant pas être tout-à-fait étranger à l'allure scrofuleuse que prennent certaines maladies vénériennes; il est au contraire plus raisonnable de penser que cette allure est l'effet de quelque principe scrofuleux qui a été développé par l'infection syphilitique, et qui, sans cette occasion , n'aurait pas été révélé.
La scrofule, à son tour, emprunte les formes de la syphilis à s'y méprendre. Nous en avons vu des exemples dans lesquels les malades nous assuraient avec sincérité qu'ils n'avaient jamais éprouvé de symptôme primitif d'infection syphilitique. Nous sommes généralement porté à regarder les cas de ce genre comme étant d'origine vénérienne; mais nous devons reconnaître que dans plusieurs cas cette
origine n'a pu être démontrée et n'était même pas probable , les malades n'ayant jamais éprouvé de maladie vénérienne, quelques uns même connaissant à peine de nom cette maladie. Lorsqu'il n'y a pas eu d'infection primitive , nous rapportons l'aspect syphilitique de la scrofule à la santé des parents. (Prem. part. cbap. II, sect. n, art. i.)
La nature scrofuleuse de ces cas particuliers se révèle par la résistance qu'elle oppose au traitement; dans tous les cas, en effet, où la scrofule simule la syphilis, il est besoin d'un traitement de plus longue durée que lorsque c'est la syphilis qui simule la scrofule.
Nous terminerons ici l'histoire des causes dites pathologiques, pour entrer dans celles des causes extérieures et occasionnelles; mais à vrai dire elle est déjà commencée, caries causes pathologiques ne sont elles-mêmes que des causes occasionnelles. Si nous avons admis deux ordres de causes, c'est pour faciliter leur étude , car aucune d'elles n'est pleinement efficiente des maladies scrofuleuses ; elles sont sans doute des occasions favorables à l'invasion et au développement de ces maladies ; mais celles-ci ne reconnaissent, rigoureusement parlant , qu'une seule cause génératrice , l'hérédité; c'est ce dont le lecteur a pu se convaincre en suivant les développements dans lesquels nous sommes entré et ce dont il aura une démonstration plus complète s'il veut bien donner quelque attention à ce qui va suivre.
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