‹ Recherches et observations sur les causes des maladies scrofuleusesChapitre 23 sur 36 · DES CAUSES DE IA SCROFULE DITES PATHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

DES CAUSES DE IA SCROFULE DITES PATHOLOGIQUES

On a regardé comme des causes pathologiques de la scrofule certaines maladies qui sont particulières à l'enfance, et à la suite desquelles la scrofule se montre pour la première fois, ou devient plus intense quand elle existait auparavant.

On a considéré de la même manière plusieurs autres maladies qui ne sont pas particulières à cet âge, qui ne sont que des prodromes de la scrofule ou plutôt cette affection elle-même.

On a aussi établi des rapports de cause entre la scrofule et plusieurs états de santé particuliers aux femmes, à l'occasion desquels elle peut se montrer pour la première fois, mais qui ne sauraient la faire naître chez celles qui n'y ont aucune prédisposition native. La scrofule a encore des rapports avec les maladies syphilitiques ; elle en a de plus fréquents avec l'érysipèle; mais tous les rapports qu'elle peut avoir avec ces maladies ne sont que des complications : ils peuvent favoriser son développement, mais il est certain quelle n'en tire jamais son origine.

Ql8 DES CAUSES DE LA SCROFULE

Nous entrerons dans quelques développements sur ces différentes causes pathologiques des auteurs, afin de rattacher à l'esprit de notre ouvrage des faits qu'on a sans doute signalés depuis longtemps, mais en les interprétant de la manière la plus erronée; nous chercherons à les présenter sous leur véritable jour.

En conséquence, nous diviserons en cinq articles principaux les considérations que nous avons à présenter sur cette matière, qui n'est traitée nulle part, quoiqu'elle offre, comme on va le voir, un très haut degré d'intérêt dans la pratique des maladies des enfants.

Dans le premier article , nous traiterons des fièvres exanthématiques, et en particulier de la rougeole et de la variole. En effet, l'invasion de la scrofule a lieu fréquemment à la suite de ces maladies, ou bien celles-ci donnent une nouvelle intensité aux maladies scrofuleuses préexistantes. Nous nous occuperons ensuite de la coqueluche envisagée sous les mêmes points de vue.

Nous parlerons , dans un second article , de plusieurs autres maladies qui ne sont point particulières à l'enfance comme les précédentes, mais qui sont très communes chez les enfants scrofuleux , et qu'on a regardées comme des causes pathologiques de la scrofule. Nous verrons que tontes ces maladies ne sont que les prodromes, les premiers signes de la scrofule elle-même, que ce ne sont que des modes particuliers de son invasion.

Dans un troisième article nous aurons à disserter

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sur la grossesse, l'avortement, l'accouchement, considérés par rapport à l'invasion on au progrès des maladies scrofuleuses.

Nous consacrerons un quatrième article à quelques remarques sur l'érysipèlc considéré dans ses rapports de cause avec les maladies scrofuleuses.

Nous terminerons cet essai sur les causes pathologiques de la scrofule par un cinquième article, dans lequel nous envisagerons l'influence de la syphilis sur la marche des maladies scrofuleuses, et réciproquement l'influence de la scrofule sur la syphilis.

ART. M. — tfes rapports fie cri une ilv la variole, tle la rougeole el tle la cogueluc/te avec les tnatatlies scrofuleuses.

Il arrive souvent que la scrofule paraît pour la première fois à l'occasion de la rougeole, de la variole , de la coqueluche, ou que, existant déjà, elle acquiert heauconp pins d'intensité à la suite de ces maladies.

Les auteurs ont pensé que, dans ces circonstances, il y avait génération accidentelle de la scrofule. La rougeole laisse-t-elle à sa suite une ophlhalmic chronique, une affection catarrhale des bronches; la variole, des tubercules ulcérés, des abcès dans différentes régions du corps : ces accidents sont nés de ces maladies; la rougeole et la variole ont rendu les enfants scrofulcux.

C'est ainsi qu'on rapporte souvent l'origine des maladies scrofuleuses à quelque maladie antérieure, tandis que leur apparition à la suite de cette maladie

n'a d'autre cause qu'une prédisposition héréditaire qu'on a méconnue.

Chez les enfants atteints de cette prédisposition , la marche des fièvres éruptives est rarement simple; elle s'accompagne, au contraire, d'épiphénomènes plus on moins nombreux cpii la perpétuent à l'état de complications jusqu'à ce qu'enfin elle s'efface par l'apparition de quelque maladie scrofuleuse.

Les complications dont nous parlons sont toutes de même nature , quelques apparences diverses qu'elles puissent offrir. Ainsi , soit qu'il surgisse des ophthalmies, soit que des tubercules, des abcès se manifestent dans les différentes régions du corps, etc., c'est toujours la scrofule qui s'est développée à l'occasion d'une fièvre exanthématique.

Si nous envisagions les maladies de l'enfance sons ce nouveau point de vue , nous verrions que ces maladies sont généralement bénignes chez les enfant6 bien constitués, et que les complications , et trop souvent les suites mortelles qu'elles présentent, sont des effets de la santé originaire des enfants. Faisons l'application de ces idées à quelques maladies en particulier.

A. De la variole relativement a la scrofule.

La variole laisse souvent après elle des signes de scrofule, tels que des ophtbalmies, des tubercules, etc.: qui se montrent pour la première fois à l'occasion de cette fièvre éruptive.

En 1829, nous avions à l'hôpital Saint-Louis le

nommé Aujard , âgé de seize ans ; il était atteint dîme ophthalmie palpébrale double depuis 1 âge de cinq ans, à la suite delà variole; il portait aussi des tubercules cervicaux qui étaient restés stationnaires depuis onze ans, tandis que l'ophthalmie avait offert une recrudescence très vive, cbaque année, au printemps.

Le père de ce jeune malade, âgé de quarante ans, d'une constitution peu forte, souffrant quelquefois de la poitrine, était affecté dune ophthalmie palpé brale double depuis qu'il avait eu la petite-vérole dans son enfance.

Quelques années plus tard, nous avons observé le cas d'un scrofuleux tuberculeux à la troisième génération , qui était resté, nous dit-il , noué, petit , bossu, bancal, pendant trois ans, de cinq à huit ans, à la suite d'une variole confluente. Cet homme avait eu une première invasion de tubercules sous-cutanés à douze ans, et une seconde â vingt-deux ans. Il est mort â l'âge de vingt- quatre ans , tuberculeux-pulmonaire au plus haut degré.

J'ai vu des scrofuleux chez lesquels la variole a été de mauvaise nature, comme elle l'avait été chez leurs frères et sœurs ; d'autres qui en sont morts, comme cela était déjà arrivé dans leur famille. J'ai vu deux sœurs tuberculeuses-pulmonaires mourir toutes deux des suites de la variole , à l'âge de dix-huit ans environ. Leur frère mourut quelques années plus tard, âgé de vingt-quatre ans , de phthisie tuberculeusepulmonaire.

La variole est mauvaise dans certaines familles ,

comme elle l'est pendant le cours de certaines épidémies ; dans le premier cas, sa marche fatale prend naissance de la constitution originelle des individus , tandis que, dans le second, elle a sa source dans la prédisposition acquise par l'influence du génie épidémique.

Nous avons perdu plusieurs malades scrofuleux de la variole confluente qu'ils avaient contractée dans l'hôpital. Le nommé Pallet, âgé de quatorze ans , affecté de tumeurs tuberculeuses de chaque côté du col et dans la région axillaire droite, était en voie de guérison, quand il fut pris de la variole, le i4 avril 1 83a. Cetle fièvre éruptive marcha avec une grande intensité, accompagnée de phénomènes cérébraux et d'une angine tonsillaire, et se termina par la mort, le sixième jour. Quelques heures avant son dernier moment , le malade rendit par la bouche uue grande quantité d'un pus fétide provenant d'un abcès des amygdales, qui s'était rompu spontanément. Les tumeurs tuberculeuses que ce malade portait dans les régions cervicales avaient disparu pendant le cours de |a fièvre vaiioleuse. L'abcès des amygdales était peut-être métastatique; peut-être encore la variole n'a-t-elle été confluente, compliquée et mortelle qu'à raison de l'état tuberculeux du sujet.

Ce ne sont pas seulement les varioles conflutntes et compliquées qui occasionnent la mort des scrofuleux; nous en avons perdu deux qui n'avaient eu qu'une variole en apparence des plus simples.

Eve, âgé de vingt-deux ans, de petite stature, de constitution grêle, offrait une hypertrophie générale

des os courts et de l'extrémité des os longs. Ce malade était, en outre, affecté de carie du radius droit, et portait sur la peau des traces nombreuses des abcès froids qu'il avait eus quelques années auparavant. 11 mourut de la variole, dans le mois de février i83o , sans que cette fièvre exantbématique eût présenté aucun signe qui nous fît présager la mort. Le nommé Joly, âgé de dix-sept ans , étant affecté de tumeur blanche du pied gauche, fut pris delà variole; à la suite de cette maladie, survinrent une péritonite tuberculeuse et une ascite aiguë , qui amenèrent la mort dans le courant du mois de novembre i833.

Nous avons cependant traité avec succès plusieurs de nos malades scrofuleux atteints de varioles confluenles et adynamiques.

Le nommé Fauché, âgé de seize ans, affecté de tumeur blanche ulcérée du pied droit et de tubercules cervicaux.

Saussenet, âgé de dix-sept ans, ayant des tumeurs tuberculeuses ulcérées au côté droit du col, au-dessous de la clavicule gauche , et quelques tubercules isolés dans la région latérale gauche du col.

Ces deux malades scrofuleux furent pris en même temps de la variole, au mois de septembre 1 83 1 .

Chez Fauché, le début fut cholériforme ; la fièvre de suppuration fut très forte, accompagnée d'un ptyalisme fort abondant qui épuisait le malade. 11 survint également un épiphora. Le malade tomba dans un accablement extrême ; l'ulcère du pied devint noir et fongueux. Sous l'influence de l'adminis-

tration des toniques intérieurs et de l'application des vésicatoires volants parut un abcès" critique au-dessous de l'oreille droite, sur la partie latérale du col; il acquit lentement le volume du poing , et abcéda au bout du sixième septénaire.

Cbez Saussenet , l'invasion de la variole fut plus franchement inflammatoire. Comme dans le cas précédent, l'éruption de pustules fut confluente : il y eut des pustules sur la langue.

La troisième période, celle de suppuration , fut marquée par des symptômes cérébraux, qui furent contenus par des laxatifs et par des vésicatoires promenés sur les membres inférieurs.

Des pustules nombreuses, développées dans le cuir chevelu, firent tomber les cheveux , et furent suivies de plusieurs abcès que je regardai comme critiques.

Les ulcères scrofuleux devinrent noirs, mous, saignants , comme nous l'avions observé daus le cas précédent. On les ranima en les saupoudrant fortement avec de la poudre de quinquina rouge , et plus tard ils 'furent amenés à une cicatrisation complète par la solution iodurée concentrée.

Ces deux malades scrofuleux ont éprouvé une amélioration sensible de leur état à la suite de la variole, quoique celle-ci ait offert pendant son cours des symptômes alarmants d'adynamie, peut-être même de gangrène.

Nous avons eu d'autres exemples d'amélioration des symptômes de la scrofule à la suite de la variole, cette fièvre éruplive n'ayant guère été modifiée daus sa marche par les précédents scrofuleux.

ft. De la rougeole relativement à la scrofule.

La rougeole est également une cause occasionnelle de l'invasion des maladies scrofuleuses et de la mort des scrofuleux. Les exemples en sont encore beaucoup plus communs que pour la variole, celle-ci étant fort rare relativement à la rougeole. On ne pourrait compter le nombre des enfants chez lesquels 1 invasion de la scrofule a lieu à la suite de la rougeole, et ceux chez lesquels la rougeole se termine par la mort, à raison de maladies scrofuleuses préexistantes, ou seulement à cause de la prédisposition native à la scrofule.

Dans tous les cas de ce genre, on reconnaît facilement que des suites aussi fâcheuses sont nées du tempérament du sujet, et non pas de la fièvre exanthématique. On en acquiert la certitude en faisant l'analyse des antécédents et des coïncidences , de la manière dons nous en avons donné le conseil en plusieurs occasions.

Au mois de février i<S4i, une dame me consulta pour sa fille, qui était âgée de neuf ans et demi. Cette enfant avait une opbthalmiepalpébralede l'œil droit, une otorrhée du même côté, et des tumeurs tuberculeuses de chaque côté du col. Ces trois maladies existaient depuis dix-huit mois que celte jeune fille avait eu la rougeole. Leur réunion annonçait que la scrofule avait jeté de profondes rai ines chez celte enfant, et cependant la mère était fort tranquille sur la santé de sa fille. Mais sa sécurité a été bien cruellement détrompée; car elle l'a perdue un an plus

tard d'une fièvre continue. On m'a dit dans sa famille que c'était d'une fièvre typhoïde ; mais on abuse tant de nos jours de cette maladie, on la voit si souvent là où elle n'est pas , qu'il pourrait bien se faire que, dans ce cas , on eût pris pour une fièvre typhoïde une fièvre catarrhale,de même nature que l'ophthalmie et l'otorrhée que la rougeole avait laissées après elle. On conçoit qu'une pareille erreur de diagnostic aurait pu entraîner des conséquences graves pour le traitement.

Au mois de juin i834, on conduisit à ma consultation une jeune fille de neuf ans qui avait des tubercules cervicaux. Ceux du côté gauche étaient la plupart ulcérés avec altération profonde de la peau. Ces tubercules avaient été envahis par la suppuration , ainsi que le tissu cutané qui les recouvrait, à la suite d'une mauvaise rougeole que cette enfant avait eue un an auparavant.

En t835 , un fabricant de Reims m'a consulté pour sa fille, âfée de neuf ans, affectée de scrofule cutanée du côté droit du col et de la partie supérieure correspondante de la poitrine. La peau était décollée dans une grande étendue; elle offraitune ulcération ovoïde d'un pouce de longueur, et un grand nombre de petits pertuis fistuleux. Cette jeune fille portait encore des marques d'anciennes ophthalmies ; elle avait l'é paule droite beaucoup plus forte que la gauche. La scrofule cutanée s'était développée à la suite d'une rougeole, et avait été regardée comme un effet de cette fièvre éruptive. Le père de cette enfant était un homme de petite stature , âgé de trente-sept ans, qui

avait eu des ophthalmies jusqu'à l'âge de onze ans , et qui était de faible complexion. Cet homme avait eu une sœur très racbitique, qui avait été valétudinaire toute sa vie et qui était moite à l'âge de trente -deux ans sans jamais avoir été réglée.

La jeune malade pour laquelle j'ai été consulté ressemble beaucoup à la sœur de son père, et se tient déjà tout-à-lait comme elle, c'est du moins ce que m'ont dit ses parents.

Dans ce cas , le père est beaucoup moins affecté que ne l'était sa sœur, il engendre néanmoins des enfants qui sont presque aussi scrofuleux qu'elle. En le questionnant légèrement, on ne .'aurait point qu'il a eu dans son enfance des ophthalmies, comme sa fille en a eu à son tour; mais surtout la santé de sa sœur resterait ignorée , et l'on ne pourrait acquérir aucune idée de l'origine héréditaire des maladies de son enfant, qu'on a toujours attribuées à des causes extérieures, et finalement à une fièvre éruptive, qui peut bien avoir développé la prédisposition , mais qui, certainement, n'a pas rendu cette jeune bile scrofiilcnse.

Nous allons rapporter l'observation de deux frères, dont la complexion était restée fort délicate à la suite de la rougeole. On verra, en outre, que l'un d'eux, l'aîné, avait perdu l'œil droit à la suite de cette fièvre éruptive.

Dans le mois de janvier i83g, une dame de Versailles vint me consulter pour ses deux fils, qui étaient tous deux de faible constitution, ce qu'elle

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attribuait à la rougeole qu'ils avaient eue tous les deux, en même temps, dix ans auparavant.

L'aîné, âgé de vingt et un ans, était de petite taille et d'une maigreur extrême; son teint était pâle, jaune; il avait perdu l'appétit et le sommeil; il était tourmenté par une céphalalgie habituelle et des tintements d'oreilles; il avait la voix très basse et très faible; il ne pouvait supporter aucune fatigue d'esprit ni de corps ; il était frappé d'une telle inertie, qu'il éprouvait une répugnance invincible pour tout mouvement. On pouvait à peine obtenir de lui qu'il se promenât pendant une demi-heure dans son jardin. 11 avait un staphylôme des plus gros sur la cornée de l'oeil droit qui était entièrement perdu , et l'œil gauche était très faible.

Sou frère, âgé de dix-neuf ans, qui était également de petite taille et de faible complexion, était affecté d'une carie fistulense des trois dernières vraies côtes gauches.

On accusait la rougeole de l'état très fâcheux que présentait la santé de ces deux jeunes gens; mais cette fièvre éruptive avait seulement favorisé le développement d'une prédisposition, qui ne devenait cpie trop évidente lorsqu'on consultait les antécédents. En effet, ces deux jeunes gens étaient les restes bien faibles d'une progéniture de six enfants, tous issus d'un père qui avait succombé à la consomption tuberculeuse du poumon. Leur mère était aussi de complexion très délicate; mais elle n'avait point de parents tuberculeux-pulmonaires dans sa famille.

C'était donc surtout de leur père que ces enfants

tiraient leur mauvaise santé; et c'était bien à tort qu'on en accusait la rougeole, qui, nous le répétons, avait été l'occasion de son développement.

L'exemple suivant, encore mieux que ceux qui précèdent, est très propre à donner une idée de l'influence fatale qu'exerce l'hérédité sur la marche de la rougeole chez les sujets scrofuleux.

II y a une dizaine d'années, je commençai le traitement d'une jeune demoiselle âgée de cinq ans et demi, et qui était déjà affectée de deux tumeurs blanches.

L'une de ces tumeurs blanches avait son siège au pied gauche , dont la face dorsale et le bord interne étaient percés de quatre orifices fistuleux. L'autre tumeur existait sur le genou correspondant, et offrait trois orifices fistuleux, dont l'un était situé au quart inférieur et interne de la cuisse. Il existait aussi plusieurs ulcères tuberculeux et des tubercules à l'état de crudité au côté droit du col et derrière le menton.

Cette enfant était née très petite, très faible; elle avait les cheveux noirs, la peau brune; elle était d'une extrême maigreur, et n'avait jamais eu un appétit réglé. La scrofule avait débuté chez elle par des tubercules cervicaux , et successivement avaient paru la tumeur blanche du pied gauche et celle du genou.

La mère de cette jeune fille offrait, au premier aspect, les signes d'une tnberculalion pulmonaire très avancée, et le commencement de sa maladie remontait aux premières années de l'enfance. Elle avait eu, à l'âge de cinq ans, une mauvaise rou-

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geôle dont elle avait failli mourir, et elle était restée maladive à la suite de cette fièvre exanthématique. Lors de la puberté, elle avait éprouvé des symptômes de chlorose, et, depuis cette époque, elle avait été sujette à des crachements de sang; elle n'avait pris aucun embonpoint, et avait toujours été menstruée d'une manière irrégulière et incomplète.

Elle s'était mariée à dix-huit ans , étant à peine pubère ; elle avait eu une fille au bout d'un an de mariage, et, à la suite de cette première couche, elle était restée valétudinaire pendant sept ans. Elle perdit ce premier enfant de la rougeole à cinq ans, à l'âge où elle avait été elle-nlême à toute extrémité par suite de cette maladie.

Huit ans après, elle eut une seconde fille qui a vécu, et qui fait le sujet de cette observation. Elle eut ensuite Uhe troisième grossesse qui n'arriva pas à terhie , et deux ans plus tard elle accoucha d'une troisième fille.

Celle-ci fut atteinte de la rougeole à quatre ahs, et elle en mourut comme sa sœur aînée

La seconde fille dont nous avons déjà parlé j et qui était en traitement depuis un an j contracta la même fièvre éruptive à six ans et demi; elle la gagna de sa sœur cadette qui était déjà arrivée au deuxième septénaire de sa maladie , pendant lequel elle succomba.

Notre jeune malade eut une rougeole assez ordinaire ; mais la convalescence se prolongea pendant plusieurs semaines; les yeux étaient un peu rouges; les glandes de Méibomius sécrétaient un peu trop de

mucus j et les cils étaient collés ensemble. Il y avait de la douleur à la gorge et une toux opiniâtre , qiii nous faisaient craindre des générations de tubercules dans la poitrine. C'est pour cela qu'après avoir purgé trois fois cette jeune fille, je me hâtai de reprendre le traitement ioduré afin de congédier les accidents dont la poitrine était menacée. Le mal de gorge et la toux qui l'accompagnait ne résistèrent point au-delà de quinze jours de ce traitement, que je continuai ensuite pour achever la guérison des tumeurs blanches el des tubercules cervicaux; celle-ci arriva effectivement trois mois plus tard.

Il y a maintenant huit ans que cette demoiselle est guérie. Soit père , que j'ai vu tout récemment , m'a dit qu'elle avait toujours joui depuis d'une bonne santé. Elle a présentement quinze ans et demi; elle est bien formée j elle est réglée depuis six mois j et d'un naturel très gai. La scrofule n'a laissé que des traces légères sur le pied et le genou gauches ; mais son empreinte est plus apparente au côté droit du col et derrière le menton.

La mère de cette demoiselle est morte dans le dernier degré de la consomption tuberculeuse, dans le mois de mars 1837, ne laissant après elle, de trois filles qu'elle avait eues, que celle dont je Viens de rapporter l'observation.

L'influence de l'hérédité est trdp évidente dans ce fait, pour qu'il soit besoin de la faire remarquer. Les trois sœurs ont eu la rougeole à peu près à l'âge où leur mère avait été atteinte de la même maladie d'une manière si grave, qu'on avait dû craindre

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pour sa vie , et que depuis elle n'avait jamais joui d'une bonne santé.

De ces trois sœurs, deux sont mortes de la rougeole. Chez la troisième , la convalescence de cette fièvre exanthématique s'est prolongée, pendant plusieurs semaines, avec des phénomènes d'affection catarrhale, qui nous ont fait craindre la génération de tubercules pulmonaires , et cette crainte était d'autant mieux fondée, que notre jeune malade avait déjà des tubercules cervicaux et deux tumeurs blanches fistuleuses.

La mort de ces deux jeunes filles occasionnée par la rougeole n'est pas, à proprement parler, un accident ; elle a été une suite nécessaire de leur organisation; elles sont mortes d'une maladie , à laquelle leur mère n'avait échappé qu'avec peine , et à la suite de laquelle elle était restée valétudinaire pour toute sa vie. Nous attribuons dans ce cas une telle influence à l'hérédité, que nous osons à peine regarder la troisième fille comme sauvée , quoiqu'elle jouisse dune bonne santé depuis huit ans, et qu'elle ait franchi sans aucun accident l'époque critique de la puberté.

Que de réflexions nous aurions à faire sur le mariage de cette dame! La phthisie pulmonaire a éclaté chez elle avant l'âge de puberté; nous pourrions même dire à l'âge de cinq ans, à l'occasion de la rougeole ; la prédisposition à cette fatale maladie avait arrêté sa croissance ; elle était d'une délicatesse extrême , hémoptoïque : le sort de ses enfants était écrit d'avance. Cependant elle se marie dans cet état, et sa progéniture, dont nous venons de tracer l'histoire

médicale, prouve encore une fois que les parents tuberculeux ont non seulement des enfants qui leur ressemblent, mais que ceux-ci sont encore plus profondément affectés que les parents dont ils proviennent.

Les deux enfants qui sont morts de la rougeole n'auraient sans doute pas succombé à cette maladie, si commune aux enfants qu'ils en sont presque tous atteints, s'ils n'avaient porté en eux-mêmes une prédisposition morbide qui complique et rend plus graves toutes les maladies de l'enfance.

Si ces deux enfants eussent éebappé à la rougeole comme leur mère , elles auraient probablement éprouvé comme elle toutes les phases de la phthisie tuberculeuse; peut-être même qu'avant la manifestation de cette phthisie, elles auraient eu, comme leur sœur, des tubercules sous-cutanés et des caries scrofuleuses.

Dans l'exemple suivant, nous verrons encore la rougeole laisser après elle une toux de longue durée; cette toux éprouve enfin une rémission assez profonde que nous aurions pu regarder comme une guérison , si une expérience trop souvent répétée ne nous avait appris que les récidives sont fort à craindre dans tous les cas de ce genre.

Le nommé Gachet, âgé de vingt-deux ans, né d'une mère tuberculeuse-pulmonaire, était rachitique et très petit de taille; il était en traitement pour un vaste abcès froid dans la région coxale, lorsqu'il lut pris de la rougeole. Cette fièvre exanthématique fut assez bénigne, elie laissa cependant après elle une toux qui persista pendant longtemps; et le malade

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toussait encore au bout d'un an, quand il fut admis à l'hospice de Bicêtre^ en i832.

Il y avait à craindre la génération de tubercules pulmonaires, la mère de Gachet ayant succombé à cette maladie; un an plus tard, nos craintes ne s'étaient pourtant pas réalisées. Notre ancien malade ne toussait même plus et nous parut assez bien portant. Mais, quelque satisfaisant que fût l'état de santé dont il jouissait lorsqu'il est venu nous voir à l'hôpital Saint-Louis, il y a dix ans \ il est plus que probable qu'il finira par la consomption pulmonaire si mêine il n'y a déjà succombé. Toutefois Gachet aûfd dû au traitement ioduré plusieurs années d'une santé passable , tandis qu'il serait mort infaillible^ ment et depuis plus de douze ans de son abcès coxal s'il eût été traité de toute autre manière.

La toux est fort à considérer à la suite de la rougeole chez les sujets scrofuleux, parce qu'elle e9t or dinairement le signe de l'invasion tuberculeuse du poumon. Cette invasion peutavoir lieu d'une manière brusque , la tuberculisation peut marcher à l'état aigu et devenir mortelle en quelques semaines. Les cas de ce genre sont trop souvent méconnus et regardés comme des pneumonies consécutives qïii ont occasionné la mort.

Les faits de tuberculisation lente des poumons après la rougeole, sont beaucoup plus communs qu'on ne pense. C'est ce que les auteurs ont appelé plithisie pulmonaire exanthématique.

En lisant attentivement les observations publiées par Portai sur cette espèce de phthisie , il devient

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évident que les malades qui en ont été atteints et qui en sont morts étaient phthisiques antérieurement à la fièvre efcanthématique; et que ceux qui ont guéri n'avaient d'autre maladie qu'une pneumonie , qu'un catarrhe chronique qui se sont terminés par résolution, parce qu'il n'existait pas de prédisposition aux tubercules pulmonaires.

La rougeole exerce, dans certains cas, une influence favorable sur la marche des maladies scrofuleuses.Au mois d'août 18.37, nous avons observé à la consultation de l'hôpital Saint -Louis, le cas d'une jeune fille de sept ans et demi, chez laquelle des abcès tuberculeux qu'elle avait à chaque bras, avaient pris une bonne marche à la suite de la rougeole, et chez laquelle aussi la santé générale était meilleure depuis cette fièvre éruptive.

Les améliorations de ce genre sont de bon augure, elles permettent d'espérer une purification plus complète de la puberté; mais il est très rare que 1 influence de la rougeole et celle de la puberlé réunies produisent autre chose qu'une rémission plus ou moins profonde et durable des maladies scrofuleuses.

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