‹ Recherches et observations sur les causes des maladies scrofuleusesChapitre 26 sur 36 · DE LA SCROFULE ENDÉMIQUE. Q · texte numérisé non relu

DE LA SCROFULE ENDÉMIQUE. Q

la preuve au premier aspect de l'espèce humaine comparée à elle-même , selon les grandes divisions du globe , selon les divisions particulières de l'Europe, et même en comparant les populations de diverses provinces d'un état en particulier ; ainsi, en France, le physique des habitants du nord diffère beaucoup de celui des habitants du midi; il y a aussi des différences profondes à des distances beaucoup moins éloignées; il y en a entre un Angevin et un Bas-Breton , entre un Tourangeau et un Périgourdin , etc. , etc. Chacune de ces provinces donne un tempérament, une physionomie particulière à ses habitants. Et telle est l'origine des besoins , des industries, des mœurs, des costumes, des divertissements particuliers à nos anciennes provinces.

Ces observations, qu'il serait facile de multiplier (quelquefois même dans les limites d'un département de la Frauce), peuvent donner une idée tle la relation nécessaire de notre organisation avec la nature des lieux dans lesquels nous sommes nés , et de celle qui doit exister par conséquent entre la nature de ces lieux et les maladies auxquelles l'espèce humaine est plus' particulièrement sujette. On arrive ainsi aux maladies endémiques, à celles qui sont particulières à certains pays.

Rien n'est donc mieux démontré que la cause endémique des maladies. Mais quelle est cette cause relativement à la scrofule? c'est, je crois, ce qu'on ignore, quelles que soient sur ce point les assertions des auteurs, qui, comme nous le verrons, ne sont que des faits généraux mal observés.

ag8 DE LA SCROFULE

Ht T. M. — Met* cause entlétniQue tte la scrofule, Quelle Qu'elle soit, n'a aucune Qualité particntlière évidente.

Qu'est-ce que l'endémie relativement à la scrofule ? En d'autres termes, quelle est la nature générale des lieux dans lesquels les maladies scrofuleuses régnent d'une manière endémique? On trouve dans les auteurs une réponse à cette question, qui est pourtant insoluble dans l'état actuel des connaissances.

Dirons-nous avec les pathologistes qui , à défaut d'observations, traitent des causes des maladies d'après des idées préconçues, que la cause endémique delà scrofule, c'est l'humidité? Les faits les plus nombreux, les plus généraux, détruisent cette assertion. La scrofule est souvent endémique dans des lieux très élevés , très secs, et elle ne l'est point dans certains pays qui sont très humides.

Elle est endémique en Espagne , mais plus particulièrement à Madrid, dont la population, entachée de scrofule, est citée par son défaut de taille; et cependant le plateau des Gastilles est très élevé ; il est situé à trois cents toises au-dessus du niveau de la mer; il éprouve souvent des disettes d'eau, et l'insolation y est des plus faciles et des plus intenses par l'absence d'ombrages et de lieux boisés.

La scrofule est très commune en Suède, mais elle l'est plus particulièrement dans la province de Scanie, la plus fertile, la plus agréablement située du royaume

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et où l'on ne pourrait certainement en accuser l'humidité, ni aucune autre cause appréciable. Cette observation m'a été communiquée par M. le professeur Retzius, dansle mois deseptembrei 836, époque à laquelle je lui fis part de mes idées surles causes des maladies scrofuleuses et des doutes que j'avais conçus relativement à la cause unique , l'humidité, à laquelle on rapporte généralement les maladies scrofuleuses endémiques. M. le professeur Retzius m'assura qu'il avait aussi les mêmes doutes que moi sur ce point de doctrine , et qu'en Suède on avait renoncé à donner aucune raison particulière de la scrofule endémique.

Je demandai au savant professeur de Stockholm si la scrofule en Suède était la même qu'eu France ; il me répondit affirmativement.

La ville de Nice , située à l'abri des vents du nord, dans une atmosphère maritime , à l'exposition du midi , a néanmoins une population entachée de scrofules; j'ai même recueilli des renseignements d'après lesquels le séjour de cette ville serait loin d'être aussi favorable aux tuberculeux que le prometsa renommée.

A Utelle , village situé dansle comté de Nice, on trouve des scrofuleux et des goitreux en assez grand nombre, bien que ce village soit exposé au midi et sur une montagne élevée. Les eaux de source y sont de bonne qualité ; on ne fait point usage des eaux de neige; mais il est vrai de dire que le peuple en général est misérable et se nourrit mal. Les châtaignes, les pommes de terre , les fruits et les légumes secs, les choux , le pain de seigle , la farine de mais et les différentes espèces de fromages forment la base prin-

3oo de i,\ scnoFrx.E

cipale de la nourriture. (Foniim;, Voyage dans les

Alpes maritimes.)

En France, nous avons Reims et la campagne des environs qui ne sont pas humides, car il n'y a cjue fort peu de végétation, et cependant la scrofule y est endémique et populaire au plus haut degré que l'on connaisse.

Dans l'Orléanais, où la scrofule agit plus particulièrement sur le système osseux, le pays n'offre point d'humidité.

La ville de Montpellier, située sur une hauteur, halayée par les vents, compte néanmoins beaucoup de scrofuleux parmi ses habitants. Je le tiens d'un médecin qui, étant tuberculeux-pulmonaire, est allé habiter cette ville, où il a résidé pendant un an sans éprouver aucune amélioration de son état.

Près de la Méditerranée, dans la région des oliviers, au milieu du département de l'Hérault et de la riante vallée de Montagnac , le petit village de Cazouls compte beaucoup de scrofuleux, et dans le nombre quelques goitreux. Là le mal paraît provenir de l'hérédité seule , et nullement de l'air ou des lieux; car le climat est venteux , le sol est sec presque toute l'année; la température moyenne est, en été, de 3o degrés du thermomètre centigrade, et en hiver, de 9. En outre , toutes les communes circonvoisines , tant celles de la plaine que celledescoteaux, sont exemptes de scrofule. Quant au traitement adopté dans cette malheureuse localité, il est des plus curieux ; il consiste uniquement en vésicatoires et cautères!! ( /Vote communiquée.)

Ainsi voilà des lieux fort éloignés les uns des autres, dont aucuu n'est humide, qui ont tous une nature particulière, et qui ont pourtant cela de commun , de compter un grand nombre de scrofuleux , au point que la scrofule y est endémique.

Maintenant, si nous étudions la scrofule dans les pays qui sont très humides , nous verrons qu'elle n'y est pas répandue aussi nécessairement , ni surtout d'une manière aussi générale que si l'humidité était la cause particulière de l'endémie scrofuleuse.

Lepecq delà Clôture nous a fait connaître l'atmosphère très humide et les maladies aiguës catarrhales qui régnent endémiquement à Rouen. Cet excellent observateur n'y a point compris la scrofule.

La Bretagne est un pays généralement humide; la scrofule n'y est cependant pas, à beaucoup près, endémique ; si elle règne avec ce caractère dans quelques localités de cette province , ce n'est pas précisément dans celles qui sont le plus humides; il n'en est aucune où cette maladie soit aussi commune, aussi intense qu'elle l'est parmi les populations de la Champagne pouilleuse.

La scrofule est endémique dans des lieux qui ne se ressemblent sous aucun autre rapport que par la maladie qui leur est commune. Elle est endémique dans plusieurs parties de l'Italie et de l'Angleterre, deux pays, deux nations séparées par dix degrés de latitude , et qui diffèrent par le régime considéré sous tous les rapports , à ce point qu'on a de la peine à comprendre qu'un Anglais et qu'un Italien puissent avoir la même santé.

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C'est principalement dans les Pyrénées que l'on rencontre les contrastesles plus frappants dans les qualités des lieux où la scrofule règne endémiquement.

Prenons pour exempleunvillagesituésur les bords de l'Adour. Cette rivière est de niveau avec les chauraièresbâties sur ses rives. L'eau coule en abondance autour des habitations et dans les jardins, où règne une verdure des plus pittoresques. Les habitants de cette localité sont écrouelîeux ; ils sont goitreux , rabougris, rachitiques, d'une intelligence très bornée, et très souvent idiots.

Ce fait semble, au premier aperçu, confirmer l'opinion de ceux qui considèrent l'humidité comme la cause de la scrofule endémique, d'autant mieux que si 1 on examine les chaumières bâties un peu plus loin du rivage, quelques mètres seulement audessus du niveau de la rivière, on voit qu'elles offrent déjà une plus belle population sous tous les rapports. Cela est sensible pour tout le monde , et établit une ligne de démarcation tellement tranchée que les habitants d'en haut ne s'allient point avec ceux d'en bas , qu'ils regardent comme d'une nature inférieure à la leur. A mesure qu'on s'élève davantage, la population devient encore plus belle; mais à une plus grande hauteur, au-dessus du niveau de la rivière, dans un pays sec et pur, un tait inattendu frappe tout-à-coup l'attention de l'observateur : les montagnards de la cime sont scrofuleux. Ainsi donc on retrouve l'endémie scrofuleuse dans des lieux tout-àfait différents de ceux qui sont situés au bord de la rivière et de niveau avec elle.

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fies conlrastes que l'on observe souvent dans les Pyrénées à de petites distances, et que nous avons fait remarquer dans beaucoup d'autres pays où la scrofule règne endémiquement, ne permettent donc point de présenter l'humiditéni aucune autre cause locale comme la cause génératrice de l'endémie scroa fuleuse.

J'ai communiqué, il y a quinze ans, dans mes leçons cliniques à l'hôpital Saint-Louis, le projet dune carte des scrofuleux de la France. Elle ferait voir la dissemblance infinie qui existe entre des localités dans lesquelles la scrofule règne endémiquement, et l'impossibilité de saisir rien autre chose de commun entre ces localités que d'avoir une population scrofuleuse.

Pour exécuter ce projet, il faudrait faire plusieurs voyages scientifiques, afin d'étudier la nature physique des lieux dont les habitants sont généralement scrofuleux , et les rapports de cause et d'effet qui peuvent exister entre la nature du sol et les maladies qu'on y observe plus particulièrement. 11 n'y a pas d'autre manière d'étudier sérieusement la question de l'endémie ; j'ai toujours regretté de ne pouvoir consacrer à cette investigation le temps qu'elle demanderait , car j'ai la conviction intime que les résultats en seraient immenses, d'après tout ce que j'ai appris dans mes relations avec les malades scrofuleux de l'étranger et de la province que j'ai vus à Paris.

Et s'il était besoin d'exciter le zèle des observateurs , je leur dirais que le sujet que je signale à leurs

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investigations n'est pas de ceux qui sont seulement rares et curieux , mais qu il est surtout intéressant à cause du grand nombre de scrofuleux qui existent , et qui est tel qu'on pourrait, ainsi que nous l'avons dit dans notre Introduction, les regardera justetitre, comme formant une variété fort commune de l'espèce humaine.

C'est faute de posséder ces documents recueillis à leur origine que je ne puis traiter de l'endémie relativement à la scrofule avec des moyens de démonstration aussi complets, aussi concluants que ceux dont j'ai disposé pour établir mes idées sur l'origine le plus souvent héréditaire des maladies scrofuleuses.

Lorsque j'ai exposé les caractères de l'hérédité, j'ai parlé d'après des faits que j'ai observés en grand nombre et qui, repassant chaque jour sous mesjyeux, m'ont permis de généraliser mes idées chaque jour davantage par l'acquisition de faits semblables et tellement saillants qu'on ne saurait les contester.

11 n'en est plus de même pour l'endémie. Je vois bien qu'on l'a attribuée trop légèrement à une seule cause, l'humidité, d'après quelques observations incomplètes, et qu'on ne s'en est plus occupé; je vois bien que l'endémie scrofuleuse n'a pas une cause unique et aussi facile à saisir; que cette cause ne peut être constatée dans des localités où Ion observe l'endémie scrofuleuse, tandis qu'elle existe manifestement dans d'autres où la population n'a pourtant pas à souffrir de cette endémie. Mais sur ces deux points , mes observations sont trop bornées relati-

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vement à l'étendue que compte le sujet ; j'afassez vu pour frapper d'erreur la doctrine des écoles, mais pas assez pour édifier une histoire nouvelle de la scrofule endémique.

On a eu , daus tous les temps, sur l'endémie en général, des idées qui ne sont point applicables à la scrofule. Pour le prouver, choisissons un exemple bien connu de cause endémique, les marais Pontins. Les habitants de ces marais sont moissonnés par des fièvres intermittentes de mauvais caractère ; le voyageur les traverse à la bâte , en ayant soin de ne pas s'endormir pendant le trajet , parce que l'expérience a appris que ceux qui s'y arrêtent quelque temps, ou qui s'endorment en les traversant, y contractent la maladie endémique.

Dans ce cas , la cause el les effets sont permanents ; en voici un autre de même nature dans lequel la cause et les effets n'ont été que passagers.

Lorsqu'on creusa le canal de l'Ourcq , il y a plus de trente ans , les travaux de terrassement occasionnèrent une endémie passagère qui donna lieu à une épidémie de fièvres intermittentes; la maladie épidémique atteiguit généralement la population des pays limitrophes du canal, ainsi que les ouvriers des différents départements qui y travaillaient. Elle n'épargna point les personnes chargées de la direction des travaux, quoique le plus grand nombre rentrât, par précaution, le soir dans Paris. Parmi les médecins qui eurent mission d'aller reconnaître l'épidémie et de soigner les malades , il y en eut plusieurs qui

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payèrent aussi leur tribut à l'épidémie , et qui furent atteints de fièvre intermittente.

Dans les deux exemples que nous venons de citer, on voit que l'endémie n'atteint pas seulement les habitants , mais encore les hommes qui campent dans le pays, ceux qui le fréquentent journellement, ceuxlà mêmes qui ne font qu'y passer; dans tous ces cas, elle agit, sinon d'une manière égale, du moins de la même manière, car elle produit la même espèce de maladie , et il n'y a de différence que dans le degré d'intensité.

Les choses ne se passent pas de la même manière pour la scrofule. Les effets de l'endémie ne s'observent que sur des individus nés sur les lieux ; un homme originairement bien constitué ne devient point scrofuleux en allant habiter un pays où la scrofule règne endémiquement ; on doit même douter que sa postérité au premier degré soit scrofuluse ; elle ne le deviendrait qu'après plusieurs générations, en commençant par les enfants les plus faibles , et dans une progression plus ou moins rapide qui serait subordonnée aux influences locales au milieu desquelles elle vivrait avec la population de l'endroit et surtout aux alliances qu'elle contracterait avec cette population.

Je connais plusieurs personnes qui ont rempli de hautes fonctions dans les départements du Nord, de la Marne et de l'Aube , où la scrofule endémique est très généralement répandue , et qui n'y ont point contracté cette maladie, ni eux ni leurs enfants, quoiqu'elles y aient fait un séjour de plusieurs années.

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Il y a encore une remarque très importante à faire sur les deux exemples d'endémie que nous venons de citer, savoir : que dans les deux cas, l'humidité a produit des fièvres intermittentes et non point des maladies scrofuleuses. Nous pourrions trouver un très grand nombre de faits semblables qui abondent surtout en Hollande, et desquels il résulterait que ce sont des fièvres intermittentes qu'on observe plus particulièrement dans les localités humides. Nous verrions que lorsque l'humidité est putride , c'est-àdire chargée d'émanations végétales ou animales , elle produit alors des fièvres de mauvais caractère , letyphus,la dysenterie, des fièvres pernicieuses, etc., mais point de scrofule.

Ces observations générales, qui sont dans la science depuis longtemps, n'auraient-elles pas dû empêcher les auteurs d'attribuer la scrofule endémique à une cause qui produit si souvent des endémies de toute autre nature, et qui n'existe point dans beaucoup de localités dont les habitants sont généralement scrofuleux?

Enfin plusieurs dissertations qu'on a publiées, de nos jours, sur l'antagonisme des fièvres paludéennes et des tubercules, servent encore à prouver surabondamment que l'humidité n'engendre point l'état tuberculeux.

D'après ce qui précède, il est, je crois, de toute évidence que c'est à tort qu'on a admis l'humidité comme la cause unique de cette espèce d'endémie ; que la scrofule règne endémiquement dans des provinces très étendues dans lesquelles il n'y a point d'humi-

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dite, dans lesquelles il y a même sécheresse; qu'il y a des lieux très humides où l'on n'observe point la scrofule endémique; que cette dernière maladie ne sévit pas toujours également sur tous les habitants d'un pays qui vivent sous des influences communes, et qu'enfin la cause de la scrofule endémique, quelle qu'elle soit, n'a aucune qualité particulière évidente.

AMtT. MM, — Mte t'entlémie scrofutewse gtrotiwite par l'importation, tte ta acrofttte.

Peut-être approcherons-nous davantage de la connaissance des causes de la scrofule endémique en suivant une autre marche que celle de nos devanciers ; c'est pourquoi, au lieu de chercher ces causes dans la nature des localités, nous importerons la scrofule dans les lieux les plus sains, habités par les plus belles populations , et nous n'hésitons pas à affirmer qu'elle y prendra racine , qu'elle y croîtra , qu'elle se multipliera parmi les habitants, en raison du nombre de germes que nous y aurons semés , et que, dans un temps donné, nous aurons créé une endémie scrofuleuse.

Peut-être que ce mode d'importation que nous venons d'employer par supposition, et au moyen duquel nous pourrions multiplier les populations scrofuleuses à volonté , n'est pas autre que celui selon lequel se sont formées la plupart des endémies qui existent aujourd'hui, et dont, à tort , on a cherché la cause prochaine dans certaines qualités de l'air, des eaux , des lieux.

Lorsqu'un homme entre dans une famille et qu'il

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y apporte la scrofule qui n'y avait pas existé jusqu'alors , n'est-ce pas une véritable importation ? Pourquoi la scrofule ne serait-elle pas importée en certains lieux comme elle peut l'être dans une famille?

C'est probablement par cette voie que la scrofule est devenue très commune dans la ville de Nice ; cette maladie y aura été importée par le grand nombre de tuberculeux-pulmonaires qu'on y a envoyés depuis longtemps. On ne saurait attribuer à aucune autre cause cette espèce d'endémie scrofuleuse dans une ville dont l'exposition a toujours été jugée comme très favorable à la guérison des phlhisiques.

Lorsque l'Espagne revint du Nouveau - Monde chargée de trésors , ses armées victorieuses importèrent chez elle la syphilis , maladie contagieuse , maladie héréditaire qui lui a été bien autrement funeste que la conquête ne lui a été utile. C'est depuis l'importation de la syphilis en Espagne, depuis que cette maladie a jeté de profondes racines dans la Péninsule, que la scrofule est devenue populaire dans ce pays , et que le caractère national a perdu de son énergie. La cachexie syphilitique, et par suite la cachexie scrofuleuse, ont fait des progrès d'autant plus rapides en Espagne que la maladie vénérienne y est généralement négligée, ou qu'elle n'y est traitée que par des remèdes trop peu actifs pour la guérir radicalement.

L'importation des maladies héréditaires serait donc le plus grand fléau qui pût affliger une nation , un fléau bien autrement funeste qu'une épidémie des

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plus meurtrières. Celle-ci passe après les causes occultes qui l'ont produite; elle ravive souvent les populations, dont elle émonde les êtres faibles et valétudinaires; au lieu que les maladies héréditaires, une fois implantées dans un pays, s'y multiplient parmi ses habitants, dans une progression qui peut aller jusqu'à envahir la population en général.

Cette dernière proposition est vraie à ce point par rapport aux maladies scrofuleuses, que dans plu^ sieurs grandes villes que je pourrais citer , je doute que l'on puisse trouver un vingtième de la population indigène depuis trois ou quatre générations, qui soit exempt de maladies scrofuleuses. Les habitantgy sont tous scrofuleux ; ceux-là mêmes qui ne le paraissent point le sont bien souvent , car ils engendrent des enfants qui le sont.

J'appris un jour, dans la société , le mariage d'un jeune homme de la province, que j'avais traité, plusieurs années auparavant, de diverses maladies scrofuleuses; quoiqu'il fût guéri, je ne lui aurais certainement pas donné le conseil de se marier. Une dame qui avait annoncé ce mariage faisait des réflexions fort justes sur la santé présumée de ce jeune homme. Une autre dame, dont le père a occupé un des premiers emplois dans l'administration de la ville natale des deux futurs, répondait à ces observations qu'il était plus que probable que le jeune homme ferait sur sa femme les mêmes découvertes que celle-ci sur la santé de son mari. Cette dame ajoutait que la maladie scrofuleuse était si généralement répandue parmi les habitants de cette ville , qu'elle atteignait

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même les enfants de l'âge le plus tendre , et que l'on rencontrait souvent dans les rues des enfants de quatre à cinq ans avec des jambes de bois; d'autres qui étaient manchots par suite de l'amputation d'un bras. On dit pourtant des choses pareilles dans la société sans que personne s'en émeuve davantage que de la question la plus indifférente; quelquefois même on s'égaie sur des infirmités qui présentent en perspective un avenir rempli de souffrances.

Nous finissons ce chapitre par une observation générale quirésumeranos idées sur l'innocuité de l'endémie chez les hommes bien constitués, et sur son origine par importation. Nous avons dit plus haut qu'un individu sainement organisé ne deviendrait point scrofuleux en allant habiter un pays où la scrofule règne endémiquement; que ses descendants, au premier degré, ne naîtraient point avec cette maladie , et qu'elle ne serait engendrée dans sa famille qu'après plusieurs générations. De même des parents nés dans des communes où la scrofule règne endémiquement, s'ils sont affectés de cette maladie, n'en garantissent pas leurs enfants en émigrant dans des lieux mieux exposés et plus sains ; au contraire , ils importent la maladie avec eux , comme on a souvent occasion de l'observer sur des familles de la province qui viennent habiter Paris; ce n'est qu'après plusieurs générations que cette émigration porte ses fruits , et seulement dans les cas où les enfants ont de bonnes nourrices, une bonne éducation corporelle, et lorsque les mariages sont faits avec discer-

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nement. A Paris, ces familles sont trop peu nombreuses relativement à la population de la capitale pour y importer l'endémie scrofuleuse ; mais on conçoit qu'il n'en faut pas un grand nombre transportées dans de petites localités pour que la population y devienne généralement scrofuleuse.

Quoique la scrofule soit très commune à Paris , on ne peut cependant pas dire qu'elle y soit endémique. Ce ne sont ni les qualités de l'air ni celles du sol, mais bien plutôt la vie déréglée et de privations qu'on y mené qui rend compte de sa fréquence. Les causes nombreuses qui rendent la vie misérable dégradent les générations, et la souche une fois atteinte, elles le sont successivement dans une progression pour ainsi dire mathématique ; dès la troisième génération , la scrofule se montre sur des enfants dont les aïeux sont venus à Paris pleins de force et de santé , et à partir de ce moment elle s'y perpétue, comme nous l'avons fait observer si souvent , jusqu'à l'extinction de la famille.

ART. III. — Ou traitement antipMogistiqne des maladies vénériennes considéré comme cause tir scrofule endémique.

Plusieurs auteurs, avons-nous dit plus haut, pensent que la scrofule est très commune en Espagne, parce que la maladie vénérienne y est fort négligée, et qu'on ne Vy traite que par des remèdes trop faibles pour la guérir radicalement.

Cette observation générale a une grande portée ;

elle devrait désabuser les praticiens qui , de nos jours, préconisent des méthodes de traitement à peu près négatives, et qui nient l'efficacité du mercure contre les maladies vénériennes. Ce sont surtout des médecins militaires qui renoncent aux préparations inercurielles , et qui les rejettent pour traiter la syphilis par les antiphlogistiques ; c'est une des conséquences déplorables de la doctrine dangereuse de l'irritation.

Cette méthode de traitement, qui est d'une application facile, aurait pris, depuis longtemps, la place de toutes les autres si elle était réellement efficace; les préventions les plus fortes, les plus opiniâtres, n'auraient pas résisté à l'évidence des faits. Loin de là, elle n'a aujourd'hui que peu de partisans , et pour mon compte, je déclare avec impartialité que la méthode antiphlogistique m'a donné de nombreuses occasions de traiter des syphilides consécutives , et que je la regarde comme un mode d'inoculation de la cachexie vénérienne. Ne doit-on poiut craindre que les militaires, rentrant dans leurs foyers avec cette fâcheuse prédisposition, n'y répandent la syphilis, et par suite la scrofule héréditaire ?

Des effets aussi malheureux ne seraient point à redouter si les maladies vénériennes étaient traitées méthodiquement par les préparations mcrcurielles ; mais, ainsi que tous les grands remèdes, le mercure a toujours eu des adversaires qui ont cherché à faire prévaloir d'autres méthodes de traitement : ce sont en général des praticiens prévenus qui ne voient que

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les effets fâcheux produits par l'administration routinière, abusive, de ce remède. Sous ce rapport, il en est du mercure comme de la saignée, du kina et de 1 emétique ; comme des purgatifs , des caustiques et de tous les procédés opératoires, qui sont les grands leviers de la thérapeutique , ceux avec lesquels il y a un art de guérir, mais avec lesquels on ne guérit point quand on ignore les règles pratiques de leur administration.

Les controverses qu'on élève sur la vertu antisyphilitique du mercure ne sont que des querelles réchauffées qui s'éteindront, encore une fois, devant la puissance des faits, devant l'efficacité des préparations mercurielles dans la maladie vénérienne. Il n'en est pas moins pénible de voir l'expérience de nos devanciers être mise en question sur ce point; car il est certain qu'elle nous apprend à guérir la syphilis parle mercure, et qu'en le niant on jette les praticiens dans une incertitude qui les décourage , qui leur fait adopter des méthodes de traitement modifiées, des méthodes mixtes qui ne sont plus assez spéciales, qui ne guérissent point la syphilis, et qui exposent les malades syphilitiques à avoir une postérité scrofuleuse.

ART. JfV. — ne t'enitémie scrofwMeu.se parie tléfawt tte croisement ttes races.

Autrefois les routes royales étaient à peu près les seules voies de communication qu'il y eût en France; elles n'étaient établies que sur une portion du territoire , et leur entretien était généralement négligé.

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Les routes de second ordre et les chemins vicinaux n'existaient que d'une manière très incomplète; les relations des villages entre eux, celles des bourgs et même des petites villes, n'avaient lieu le plus généralement que par des sentiers de tolérance, par lesquels on ne pouvait passer qu'à pied.

On conçoit qu'un tel état des voies de communication devait rendre les déplacements fort difficiles et par cela même fort rares. Aussi peut-on se rappeler le temps où l'on ne voyageait presque point en France : le voyage de Paris faisait remarquer un habitant d'Orléans ; un villageois était étranger à quelques lieues de son clocher. Ajoutons que les villages limitrophes vivaient souvent dans une mésintelligence qui était très facile à irriter, et qui amenait parfois des rixes sanglantes entre les jeunes gens. Ces causes réunies contribuaient à maintenir chaque population isolée dans les limites traditionnelles et souvent contestées de sa circonscription.

Faute de relations au-dehors, les habitants se mariaient entre eux ; on se faisait même un point d'honneur de trouver une fille dans son village, et l'on regardait comme étrange qu'un jeune homme allât en demander une ailleurs. Les filles qui quittaient le sol natal pour aller s'établir dans un autre endroit étaient regardées comme de mauvaise défaite et comme ayaut pris leur parti faute de mieux.

Que résultait-il de pareilles habitudes? C'est que les populations se mariaient entre elles, qu'elles se mariaient même entre parents , et que certains villages avaient fini par ne plus former, si l'on peut dire,

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qu'une seule famille. De là l'affaiblissement des races, qui passaient, après un certain nombre de générations successives, à l'état scrofuleux, et la scrofule une fois implantée dans la population , elle s'y propageait d'elle-même par la génération. Il n'est pas douteux que telle est l'origine de plusieurs endémies dont on ne peut retrouver aujourd'hui le point de départ, ni reconnaître la cause dans les circonstances physiques et géographiques des lieux.

De nos jours encore, il est un grand nombre de localités où les coutumes relatives au mariage sont favorables au développement de la scrofule endémique, et dans lesquelles les hommes négligent pour eux-mêmes les précautions qu'ils ne manquent pas de prendre pour les animaux et les végétaux dont ils ont le soin de croiser les races, afin que leurs défauts, leurs excès se compensent et s'entre-détruisent.

Ces hommes incultes qui s'allient ainsi sans discernement et sans aucun soin de l'avenir de leur race, n'ignorent cependant point que les productions de la terre dégénèrent à la troisième génération : aussi ne manquent-ils jamais d'aller chercher au loin du blé de semence , afin de croiser les qualités et d'avoir ainsi une suite non interrompue de bonnes récoltes ; ils font de même pour l'accouplement de leurs bestiaux. Mais ce qui les regarde personnellement, ce qui intéresse leurs enfants est à leurs yeux d'une considération trop secondaire pour fixer leur attention. Les intérêts matériels les absorbent ; ils ont une influence inexorable sur leurs déterminations : aussi

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lorsqu'il s'agit de leur état île santé, sont-ils d'une insouciance qui semble tenir du fatalisme.

Fies mêmes observations peuvent être faites dans la société. On y voit beaucoup de familles qui s'allient entre elles; ces alliances se forment d'après des considérations qui priment toutes celles que nous avons présentées, et qu'on ne devrait cependant jamais omettre lorsqu'il s'agit d'assurer le bonheur des époux et la santé de leurs enfants : les parents concluent ces alliances quoi qu'on puisse leur dire, et quoique, de temps immémorial, il soit d'observation que les familles ne peuvent se conserver saines et vigoureuses en s alliant entre elles.

Buffon remarque, avec raison, que la loi qui interdit le mariage entre parents est une loi naturelle plutôt qu'une loi politique. Cette remarque renferme uu conseil que personne peut-être n'a jamais suivi , quoique tout le monde, à peu près, lise Buffon; elle n'a peut-être pas empêché une seule fois la conclusion d'une alliance entre parents , lorsque cette alliance était concertée d'après certaines sollicitudes auxquelles la santé n'avait eu aucune part.

Les habitants de plusieurs villes de la France et de l'étranger, les montagnards, des classes presque entières de la société fournissent un grand nombre de faits qui prouvent à quel point les races se détériorent par le défaut de croisement du sang.

Alexandre Bodin, dans sa statistique du département du Nord, dit que les habitants de Lille ont des progénitures scrofuleuses quand ils se marient entre

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eux, et qu'il n'en est pas de même quand les mariages

se font avec des étrangers.

A Orléans, les alliances entre les habitants, et même entre parents, sont très communes. Je ne vois point d'autre cause à laquelle on puisse, avec quelque raison, rapporter la fréquence de la' scrofule dans cette grande ville.

Les maladies scrofuleuses sont très communes parmi les montagnards. Cette espèce d'endémie ne peut être attribuée qu'à l'habitude où ils sont de s'allier entre eux, et de ne pas croiser leur sang assez souvent avec celui des habitants de la plaine. Ni la salubrité des lieux, ni la nourriture qui est généralement suffisante, ni la vie assez heureuse que mènent les habitants de l'Auvergne, des Cévennes, des Pyrénées et des Alpes, ne peuvent les garantir des atteintes fréquentes du vice scrofuleux, qu'on ne peut rapporter en définitive qu'à la cause dont nous parlons.

Dans l'île de Jersey, les familles nobles ne s'allient qu'entre elles, et l'on a remarqué qu'elles s'éteignent par les progrès de la maladie scrofuleuse.

De même en Espagne, la grandesse se mésallie rarement, et l'on sait que les grands d'Espagne sont très sujets au rachitisme ; ils sont généralement de petite taille; on compte parmi eux beaucoup de bègues; il règne dans leurs familles une grande mortalité. J'ai connu un personnage de ce pays qui était rachitique ; il avait eu cinq enfants de deux lits, et il ne lui restait plus qu'une fille, âgée de douze ans, qui était rachitique comme lui; les quatre autres en-

ENDÉMIQUE. 3lg

fatlts avaient succombé en bas âge aux atteintes du vice scrofuleux.

La noblesse de tous les pays a beaucoup souffert , dans sa constitution physique , de ces alliances formées dans un cercle trop restreint. Le plus grand nombre des observations que nous avons rapportées au sujet de la généralité de la scrofule dans la famille et de la santé des parents qui engendrent des enfants scrofuleux a été recueilli dans des familles titrées.

Les races nobles, en s'alliant entre elles exclusivement, ont dégénéré d'abord par le défaut de croisement du sang, puis parce que, déjà affaiblies par une suite trop longue de générations, elles ont donné naissance à des enfants scrofuleux, et que la scrofule, une fois implantée dans les familles, a été nécessairement transmise par voie d'hérédité, et en faisant de nouveaux progrès à chaque génération.

Les juifs, épàrs dans l'univers, ne se marient qu'entreeux; c'est pour cette raison que leur race, primitivement si belle, a évidemment dégénéré, et qu'elle est aujourd'hui moissonnée par les maladies scrofuleuses. On peut même prévoir, comme une conséquence naturelle des lois de l'hérédité, qu'elle s'éteindra , un jour , par le progrès de ces maladies.

On ne saurait donc trop insister sur la nécessité du croisement des races, afin de tarir une des sources de la scrofule endémique. Ce n'est que par des croisements successifs que l'on parviendra à la faire disparaître et à fortifier les populations qui en ont souffert depuis longtemps.

Il ressort des développements dans lesquels nons sommes entré que l'endémie scrofuleuse peut provenir de causes tout-à-fait étrangères à la siluation topographique des contrées où elle règne : telles sont la voie de l'importation, des méthodes trompeuses de traitement des maladies vénériennes , le défant de croisement des races, etc.; mais, nous le répétons en terminant, elle n'est l'effet nécessaire d'aucune qualité évidente de l'air ni des lieux.

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