‹ Recherches experimentales comparatives sur l'action du chloral, du chloroforme et de l'ether avec applications practiquesChapitre 14 sur 53 · IN HA' AT IONS DH CHLOROFORME · texte numérisé non relu

IN HA' AT IONS DH CHLOROFORME

§ II. Chloroforme. — Que devient le cœur dans l’intoxication chloroformique? 11 règne encore, sur cette question, dans les livres et dans les esprits, une grande confusion, qui tient à ce que l’on a mêlé les faits cliniques et expérimentaux sans tenir compte des conditions dans lesquelles se sont produits les uns et les autres.

Snow1 pense que le chloroforme paralyse l’action du cœur et que les malades succombent à une syncope cardiaque. Cependant, dans quelques cas de mort par le chloroforme observés par Langenbeck, Giraldès, le cœur a continué à battre après la suppression de la respiration. Richardson croit que la mort commence parle cœur, mais que cet organe est le dernier à mourir2.

M.Vulpian dit, à propos de l’administration du chloral: « Ce n’est pas, comme avec le chloroforme, le pouls et la circulation qu’il faut surveiller, mais la respiration », etc. ; d’où on peut conclure que, pour M.Vulpian, la mort sous le chloroforme survient par arrêt du cœur 3.

M. Pen in croit aussi que l’arrêt brusque des mouvements du cœur a toujours été le symptôme initial4.

Kidd5 admet que les accidents chloroformiques sont dus à l’apnée consécutive à une modification de la moelle allongée.

Cl. Bernard6 a vu, dans les animaux à sang chaud la circulation et la respiration s’arrêter presque en même temps, et il ajoute que l’arrêt du cœur, que les chirurgiens

1 On chloroform,, and ether anesthetica, etc. London, 1858.

2 Dictionnaire de med. et de chirur. pratiques, art. Ànesthesie

3 Cours lait à la Faculté de médecine. Paris, 187o.

4 Traité d'anesthésie chirurgicale. 1863.

un chloroform; its administration, Lond.jmed. Remeic. I8bd.

' r, Leçons sur les anesthésiques. Paris, 1875.

INTOXICATION

ont surtout observé chez l’homme, suffit pour expliquer la mort.

Cette courte revue historique démontre que l’on ne sait à quoi s’en tenir sur le rôle du cœur dans le mécanisme de la mort par le chloroforme. De sorte que M. Labbé a parfaitement résumé, à notre avis, l’incertitude qui plane sur ce sujet, dans ces quelques mots : « Tantôt l’agent toxique a tué en arrêtant les mouvements du cœur (syncope), tantôt en empêchant la respiration (asphyxie) h

Évidemment, une semblable confusion ne peut tenir qu’à l’oubli des conditions dans lesquelles les accidents se sont produits. Essayons de le prouver.

Nous avons établi dans l'article précédent que 1 entrée du chloroforme dans les premières voies respiratoires et l’introduction de cet agent dans le milieu sanguin produisaientsdes phénomènes d’excitation qui, s’ils étaient assez vifs, entraînaient le ralentissement et même l’arrêt du cœur. L’action du chloroforme sur les nerfs sensibles des premières voies respiratoires s’accompagne même, comme l’a démontré M. Franck, d’un arrêt de la respiration.

En conséquence, si la mort survient presque aussitôt que le chloroforme est placé au devant des cavités nasales, elle sera précédée de l’arrêt simultané du cœur et de la respiration. Si elle survient quelques instants après, lorsque le chloroforme sera charrié par le courant sanguin, ce sera par syncope cardiaque ou suppression des systoles.

Qu’arrivera -t il à une période plus avancée de la chloroformisation ? Si l’on a soin de suspendre et de reprendre de temps en temps les inhalations trachéales de chlo-

1 Dict. encyclopdd. des sc.méd. Article Chloroforme.

32 INHALATIONS de chloroforme

ro forme, on maintient les animaux pendant longtemps en rtat de résolution musculaire; bien plus, ils se montrent assez longtemps réfractaires à son action toxique. Un moment arrive où il faut insister sur les inhalations pour

1*’ iG. 2. — Dernieres phases de V intoxication pur chloroforrxe (chien). (')

ie

1, V, i" Lignes d’abscisse et secondes; 2, 2\ 2", tracé des mouvements du thorax à des périodes de plus en plus avancées de l’intoxication; 3, 3', 3", tracé des mouvements du flanc, id.; 4, 4’, 4", pression et pulsations artérielles à des périodes de plus eu plus avancées de l’intoxication.

INTOXICATION

amener la mort. Dans ce cas, on observe une accélération toujours croissante du cœur ; malgré cette accélération, la pression artérielle s’abaisse de plus en plus, parce que l’énergie des systoles se modifie dans le même sens (4, tig. 2). Bientôt les contractions du muscle cardiaque, qui sont du reste à peine sensibles (4', fig. 2), deviennent plus rares (nous les avons vues passer de 186 à 126, puis à 42 et à 18 par minute) ; elles sont même séparées les unes des autres par des pauses assez longues (4", fig. 2) ; enfin l’organe finit par entrer au repos.

La respiration présente d’abord quelques phases d’accélération et d’apnée ; vers la fin, elle s’accélère, les mou vements ont peu d’amplitude (2 et 3, fig. 2) ; ils acquièrent même sur le tracé la forme de pulsations artérielles précipitées (2' et 3', fig. 2), puis ils disparaissent à peu près complètement. Je dis à peu près complètement, car ils subsistent encore, quoique très faibles et sont entièrement diaphragmatiques.

La transformation des mouvements respiratoires coïncide avec le ralentissement du cœur. La suppression de la respiration (2" et 3", fig. 2) précède la mort du cœur de deux minutes environ.

Dans l’intoxication chloroformique, le cœur meurt donc le dernier, après s’être considérablement ralenti et affaibli. Par conséquent dans la chloroformisation avancée, la mort s’annoncera par l’arrêt de la respiration;

Nous retrouvons ainsi les trois genres d’accidents observés par les chirurgiens, et nous voyons que chacun survient dans des conditions différentes et déterminées.

L’intoxication chloroformique n’implique pas néces-

INHALA I IONS D’ETHER

sairement une anesthésie de longue durée. Elle est eau sée par l’accumulation de l’anesthésique dans les tissus ; cette saturation arrivera rapidement si l’introduction de l’anesthésique l’emporte notablement sur l’élimination. Elle pourra donc se montrer peu de temps après la période d’excitation, si le chloroforme n’est pas administré avec une sage mesure 1 .

§ III. Ether. — Le chloroforme ayant acquis très promptement la réputation de tuer plus souvent que l’éther, on a négligé d’étudier l’intoxication par ce dernier. Dans la description des anesthésiques, les auteurs confondent l’éther avec le chloroforme ; quand ils les distinguent, c’est simplement pour signaler entre eux une différence de degré. Nous avons déjà signalé entre l’éther etle chloroforme des différences plus sérieuses, nous en indiquerons d’autres ultérieurement. Pour le moment, nous démontrerons que l’intoxication par l’éther a une physionomie spéciale.

Le cœur, en effet, s’arrête bien après la respiration (2', fig. 3), mais au lien de présenter un ralentissement préalable de ses contractions, il bat de plus en plus précipitamment. Par exemple, le nombre des pulsations s’élève de 138 à 144, 174, 186, 192 par minute. Les pulsations sont petites, à peine perceptibles, et s’arrêtent brusquement 35 à 40 secondes après la respiration (c. 2', fig. 3).

De son côté la respiration se précipite ; les mouvements

1 Nous ne parlons pas des morts subites qui sont survenues pendant les premiers temps d’une opération commencée prématuréinent, avant le sommeil confirmé i elles rentrent dans le cas des syncopes par vive excitation d'un nerf sensitif] elles ne sont pas imputables au chloroforme;

INTOXICATION

perdent une grande partie de leur amplitude ; les deux ou trois derniers offrent une pause expiratoire qui con duit en quelque sorte insensiblement à l'arrêt en expiration ( 2 r, fig. 3.)

I'ig. 3. — Respiration et pulsations dans /'empoisonnement p'ir l'éther (chien) (*).

L’empoisonnement par l’éther diffère donc de l’intoxication chloroformique : 1° par la précipitation et l’arrêt brusque du cœur ; 2° par l’arrêt non moins brusque de la respiration peu de temps avant la mort du cœur.

Eu un mot, la scène se dénoue plus inopinément qu’a vec le chloroforme.

D’après cela, il y aurait lieu de conseiller l’emploi du chloroforme préférablement à celui de l’éther dans tou-

( ) i,i’, Lignes d’abscisse et secondes; 2, mouvements respiratoires à une période avancée de l’intoxication; 2, ligne des mouvements respiratoires au moment de la mort (la respiration a disparu, mais le pneumographe a continué i\ enregistrer les pulsations cardiaques; r arrêt de la respiration ; c, arrêt du cœur.

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