‹ Recherches experimentales comparatives sur l'action du chloral, du chloroforme et de l'ether avec applications practiquesChapitre 13 sur 53 · COMPARAISON DES EFFETS DU CHLORAI · texte numérisé non relu

COMPARAISON DES EFFETS DU CHLORAI

DU CHLOROFORME ET DE L’ÉTHER SUR LE CŒUR, A DOSES GRADUELLEMENT TOXIQUES.

Nous nous proposons d’examiner, dans cet article, l’état du cœur au moment où ces trois agents sont introduits dans l’économie à dose suffisante pour entraîner la mort.

§ I. Chloral. — On a parfaitement distingué les accidents cardiaques primitifs et consécutifs qui suivent l’introduction du chloral dans l’économie. M. Troquart insiste beaucoup et avec raison sur cette distinction.

Tous les expérimentateurs, sans exception, ont constaté que les injections brusques de chloral déterminent l'arrêt de la respiration , le ralentissement et 1 arrêt du cœur. Tous ont également observé qu’à doses graduellement toxiques, la respiration se supprime brusquement,

INTOXICATION

lo cœur ralentit de plus en plus ses battements et Unit par s’arrêter en systole, quelquefois 4 ou O minutes après la respiration.

Si nous revenons sur ce point , c'est tout simplement dans le but de placer ces phénomènes à côté de ceux qui sont produits par le chloroforme et l’éther et de mieux préciser peut-être les troubles cardiaques présentés par les mammifères.

Quand on pousse successivement des doses de chloral dans les veines du chien, jusqu’à la mort, le cœur présente d’abord une certaine accoutumance. Au lieu de s’arrêter, comme il le fait souvent à la suite des premières doses, il se ralentit simplement lorsqu’on introduit une nouvelle quantité de chloral dans les vaisseaux. Il arrive un moment où le cœur présente une certaine solidarité avec la respiration. En effet, celle-ci augmente et diminue alternativement d’amplitude, de sorte qu’un tracé, vu dans son ensemble, figure une série d’ondes alternativement dilatées et contractées ; les périodes de contractions finissent même par devenir de véritables périodes d’apnée. Or, on remarque d’une manière générale, que la force du cœur et la pression artérielle augmentent quand l’amplitude des mouvements respiratoires s'accroît, qu’elles diminuent quand l’amplitude de la respiration diminue.

Bientôtla respiration et le cœur demeurent absolument indépendants. La respiration cesse, le cœur continue à se contracter , en ralentissant de plus en plus ses battements (voy. fig. 1 ; 2! et 3'.)

Un chien gros et vigoureux a reçu d’abord 5 grammes de chloral , on lui en donne encore 9 grammes jus-

en i oh u.

p [g, 1 . — Tracés de la respiration et des pulsations carotidiennes dans les dernières phases de V empoisonnement par le chloral (Chien). ( )

1, Ligne d’abscisse marquant les secondes ; 2, Mouvements du thorax un instant

INTOXICATION

qu'à l’instant de sa mort. Après la première dose, le cœur battait 186 fois par minute ; lorsque la respiration se supprime, le pouls est a 90 ", ce chiffre passe a i S, puis tout à coup à 18, 16 et 6 par minute, avant de s’arrêter définitivement (voy. fig. 1; 3' et 3"). Pendant ce grand ralentissement, le cœur peut suppléer au nombre des battements par l’énergie de ses systoles, car nous avons vu la pression artérielle se relever durant cette période et se maintenir un certain temps au-dessus du chiffre où elle était avant le ralentissement, ainsi qu’on peut le constater en comparant les tracés 3' et 3" de la fig. 1 ; mais, avant la mort, la pression baisse rapidement.

Dans l’expérience que nous venons de rappeler , le cœur a battu plus de huit minutes après la suppression de la respiration.

Dans l’intoxication chloralique, le cœur survit donc aux centres respiratoires.

Un fait sur lequel nos prédécesseurs n’ont pas assez insisté, c’est le mode suivant lequel le cœur s’éteint, line meurt pas, comme dans un grand nombre d’empoison nements, par des contractions brusques, petites, précipi tées, mais par affaiblissement, ralentissement et allonge ment des systoles (3", fig. 1). Le tracé delà pulsation du cœur du mammifère empoisonné par le chloral prend de plus en plus les caractères du tracé de la pulsation cardiaque des animaux à sang froid. Le cœur d’un chien s’éteint comme un cœur de grenouille saisi entre les caillerons d’un myographe cardiaque (3"', fig. 1.)

avant l’arrêt de la respiration ; 3. pulsations carotidiennes; 1', 2', 3', même signification, à une période plus avancée de l’intoxication; 1",2", 3", même signification, â une période encore plus avancée de l’intoxication ; 1"'. 2'", 3'", même signification quelques secondes avant la mort; i, i', i", i'", injections de doses de chloral.

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