‹ Recherches experimentales comparatives sur l'action du chloral, du chloroforme et de l'ether avec applications practiquesChapitre 28 sur 53 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

CAUSES DES MODIFICATIONS IMPRIMÉES A LA TEMPÉRATURE ANIMALE PAR L’ÉTHER LE CHLOROFORME ET LE CHLORAL

On a proposé de nombreuses hypothèses pour expliquer l’abaissement de la température animale à la suite de l’emploi des anesthésiques.

Pour l’éther et le chloroforme, on a invoqué une action sur les centres modérateurs de la calorification, ou le ralentissement de la circulation, ou bien encore la diminution de l’oxygénation du sang et des oxydations organiques (Duméril et Demarquay, Bouisson, Sulzynski, Scheinesson, etc.)1.

M. Vulpian attribue aussi l’abaissement, de la température, dans la chloralisation, à plusieurs causes. Il cite : l’affaiblissement du cœur, la paralysie des petits vaisseaux et le ralentissement de la circulation capillaire qui résulte de ces deux conditions. Il parle encore de « l’affaiblissement des mouvements respiratoires et de la dimi-

1 M. le prof. Bouchard est disposé à faire jouer un certain rôle au pouvoir calorifique de l’éther et du chloroforme ; il verrait, dans la différence du pouvoir calorifique de ces deux agents, la cause du refroidissement plus considérable que l'on attribue à l’emploi de l’éther. (Communication orale )

nution cle l’oxygénation du sang qui s’ensuit ; des modifications subies sous l’influence de la pénétration du chloral, par les divers éléments anatomiques des tissus, et enfin des altérations du fluide sanguin lui-même, altérations qui diminuent peut -être sa réceptivité pour l’oxygène en rendant plus difficiles ses échanges avec la substance organisée extravasculaire 1 . »

M. Offet, dans sa thèse2, reprend l'idée d’un conflit entre le chloral et l’oxygène et suppose que, dans la chloralisation, les globules sanguins se chargent d’une plus petite quantité de gaz comburant. Enfin M. Troquart3 pense que la dilatation vasculaire périphérique qui entraîne nécessairement une grande déperdition de calorique est la cause qui prime toutes les autres.

Les explications n’ont donc pas manqué ; mais l’essen tiel serait de les appuyer de démonstrations rigoureuses. Or, il faut bien l’avouer, ces démonstrations n’ont pas toujours été données. S’il est évident que la dilatation vasculaire phériphérique, le ralentissement de la respiration et de la circulation, le relâchement musculaire doivent fatalement entraîner l’abaissement de la température, on est moins bien fixé sur l’influence que les anesthésiques peuvent exercer sur les phénomènes intimes de la nutrition et sur les échanges pulmonaires.

Au surplus, faut -il attribuer le refroidissement à une seule cause, ou bien faut-il croire que plusieurs concourent simultanément à le produire ?

En Allemagne, on s’est même demandé si l’abaissement

1 Loc. cit.

2 Paris, 1872,

3 Loc. cit.

de température que les expérimentateurs ont toujours obtenu était du réellement au chloroforme et non au décubitus dorsal auquel les animaux étaient condamnés pendant la chloroformisation. Ce doute a été levé par quelques expériences comparatives. On a vu que l’animal simplement fixé en décubitus dorsal perdait 1°,6 en 130 minutes, tandis que l'animal fixé et chloroformé perdait 3°, 29 dans le même temps. On a constaté en outre, qu’un sujet chloroformé se refroidissait, bien qu’on l’eût enveloppé chaudement dans des couvertures1 2.

Partisan d’un ralentissement dans les processus chimiques intra organiques, Scheinesson est arrivé à cette conclusion par un procédé indirect. En effet, cet expérimentateur détermine d’abord la quantité de chaleur qu’un chien à l’état normal cède à un thermomètre de Biiren sprung dans l’unité de temps, et constate ensuite que le même thermomètre accuse une élévation de température moins considérable au contact de la peau d’un chien chloroformé. Il acquiert ainsi la conviction que l'animal, sous le coup de l’anesthésie chloroformique, ne se refroidit pas par excès de rayonnement. Il empêche ensuite aux animaux de perdre delà chaleur par la surface pulmonaire, en les maintenant plongés dans une atmosphère saturée de vapeur d’eau et chauffée à la température du sang. Dans ces conditions de milieu, les animaux chloroformés perdent encore 1,9 en deux heures. Par "voie d’élimination, il conclut que le refroidissement des animaux ne tient pas à un excès dans la déperdition de leur

1 Ueber (las Chlot-oform und seine Anwendilng' in der Chirurgie, m Sanuh-

lung hlinischer Vortrage, etc., de Richard Volkmann.

GAZ EXPIRÉS

calorique, mais à une diminution dans la production de chaleur.

Scheinesson 1 a donc posé les termes du problème sans le résoudre.

Nous nous attacherons particulièrement, dans les deux paragraphes qui vont suivre, à élucider la question des combustions intérieures , en étudiant successivement et comparativement les modifications des gaz de la respiration et des gaz du sang, sur lesquelles on ne possède encore aujourd’hui que quelques renseignements épars.

ARTICLE i

MODIFICATIONS DES GAZ EXPIRÉS SOUS L’iNFLUENCE DES ANESTHÉSIQUES

Peu de temps après la découverte des propriétés anesthésiques de l’éther , Ville et Blandin étudiaient l’influence du nouvel agent sur les échanges gazeux qui s’établissent dans le poumon 2. Ils ont dosé simplement l’acide carbonique contenu dans l’air expiré. Dans les cinq expériences dont ils rapportent les résultats, la proportion d’acide carbonique exhalé s’est accrue pendant l’anesthésie. La durée des inhalations a varié entre deux minutes et demie et quatre minutes.

Deux ans après , MM. Hervier et Saint-Lager publiaient des recherches sur l’ackle carbonique exhalé par les poumons à l’état de santé et de maladie 3. Ces deux expé-

1 Arch. der ïleilkunde. 1869.

2 Modification de la respiration chez les personnes soumises à l'inhalation de l’éther; Comptes rendus de V Acad, des sc., 1847, t. XXIV, p. 1016.

3 Comptes rendus de l’ Acad, des sc., 1819, t, XXVIII, p. 260 et Gazette med. de Lyon , 1849-1850.

'•<> INFLUENCE SUR LA CALORIFIC U’IuN

rimentateurs déclarent, dans le corps de leur Mê.noirc, qu ils ont obtenu avec le chloroforme et l’éther, les mêmes résultats que Ville et Blandin.

Au premier abord, ces résultats se concilient peu avec un abaissement de la température. Déplus, ils manquent d’un élément fort important d’appréciation, la variation dans la quantité d’oxygène.

Voyons le résultat des expériences que nous avons faites sur ce point ‘.

Expérience I. — Un chien est fixé sur la gouttière à expérience. On découvre une des veines jugulaires sur deux ou trois centimètres de longueur.

On recueille les gaz de l’expiration dans un sac de caoutchouc, à l’aide d’une muselière P. Bert et du petit appareil distributeur à soupapes de Tatin.

La température rectale est 39° 1.

On retire la muselière, et l’on injecte lentement, dans la veine jugulaire, un centimètre cube et demi de chloroforme agité dans trois centimètres cubes d’eau. Vive période d’excitation ; aboiements plaintifs presque continuels.

En quinze minutes, la température tombe à 37° 6.

Au bout de vingt minutes, l’animal étant un peu plus calme, on recommence à recueillir les gaz expirés. Cette seconde opération dure dix minutes; au moment où on la termine, la température rectale est 38° 1.

Les gaz de la respiration sont analysés sur la cuve à mercure l’aide de la potasse et de l’acide pyrogallique. Les quantités d’acide' carbonique et d’oxygène pour 100 volumes de gaz sont :

AVANT LE CHLOROFORME APRÈS LE CHLOROFORME

Abaissement moyeu de température : 1% 2.

Expérience IL — Chien détaillé moyenne, en lionne santé. Fixé

1 Tous nos animaux étaient ù jeun quand ils ont été soumis aux anesthésiques.

GAZ EXPIRÉS

sur la gouttière, on lui introduit une canule dans la trachée. Quand le sujet est remis de cette opération , on recueille les gaz expires en rattachant le tube à soupape de Tatin à la canule trachéale. La température rectale est 3 / 0 (5.

Lorsque la provision de gaz est faite, on fait communiquer la trachée avec un grand flacon à deux tubulures au fond duquel on a versé du chloroforme.

Le sujet s’endort difficilement; il finit enfin par devenir insensible. Après un quart d’heure d’anesthésie, la température rectale tombe à 36° 3. On recueille de nouveau les gaz de l’expiration. Quand on met fin à cette opération, la température est descendue à 35°6. La température du laboratoire est 14°. Pression barométrique ; 0™,754.

Les gaz expirés renferment, pour 100 volumes :

AVANT LE CHLOROFORME APRÈS LE CHLOROFORME

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