‹ Recherches experimentales comparatives sur l'action du chloral, du chloroforme et de l'ether avec applications practiquesChapitre 32 sur 53 · PAR LES ANESTHÉSIQUES · texte numérisé non relu

PAR LES ANESTHÉSIQUES

On a dit et écrit beaucoup de choses contradictoires sur la coloration du sang veineux et du sang artériel dans l'anesthésie, parce que les observateurs ont apprécié ce caractère dans des conditions très différentes. Quelquesuns, frappés de la coloration noire que peut présenter parfois le sang artériel, ont comparé l’anesthésie à l’asphyxie, sans se douter qu’ils avaient observé un accident de l’anesthésie et non l’anesthésie pure et simple.

M. Cl. Bernard a dit depuis longtemps, dans ses cours, que pendant l’anesthésie le sang reste rutilant et conserve la proportion normale d’oxygène.

M. PaulBert1 a combattu aussi l’hypothèse de l’asphyxie. Il a lait remarquer que le sang noircit pendant la période d’excitation à laquelle se mêlent des troubles respiratoires, puis redevient rutilant avec la période du calme. 11 a fait l’analyse des gaz du sang retiré des artères durant cette période, et il a constaté que l’oxygène y existe en plus grande quantité qu’à l’état normal. Le sang artériel a donné avant l’anesthésie, 7 centimètres cubes, 3 pour 100 d’oxygène, et pendant la période de calme 12 centimètres cubes, 4; une autre fois, la quantité d’oxygène a varié de 15 centimètres cubes, 1 à 18 centimètres cubes.

MM. Mathieu et Urbain2 ont obtenu quelquefois le même résultat que M. Bert et l’ont attribué à la douleur qu’éprouve l’animal pendant les préparatifs de l’expérience. Ils pensent que « la période d’anesthésie, avec résolution musculaire plus ou moins complète, coïncide toujours avec une diminution de la quantité d'oxygène mise en circulation ». Ils rapportent cette diminution de l’oxygène au ralentissement de la respiration. Parlant de l’acide carbonique, ils disent : « On remarquera que la quantité d’acide-carbomque contenu dans le sang artériel, c’est-à-dire non éliminé par suite du ralentissement de la respiration, tend à augmenter pendant le sommeil chloroformique ». Mais ils reconnaissent que « la diminution des combustions consécutives à une anesthésie prolongée, doit faire cesser une telle accumulation ». Ces expérimentateurs ont remarqué aussi que la quantité d'oxygène qui

1 Leçons sur la respiration , p. 139. Paris, 1 870*

2 Des gaz du sang, in Arch. de pfiysiol nor. et pathpl. 1872, p. 582.

GAZ DU SANG

disparaît dans le réseau capillaire est moins considérable pendant l’anesthésie qu’à l’état normal.

On peut rejeter quelques-unes des expériences comparatives de MM. Mathieu et Urbain, celles par exemple qui ont été faites à quinze jours ou trois semaines d’intervalle, à cause de la grande variabilité que présentent les gaz du sang. Quant aux expériences qui ont été faites dans la même journée, elles ont donné des résultats assez différents, surtout en ce qui regarde la quantité d’acide carbonique, pour qu’il soit utile d’en faire de nouvelles.

Enfin MM. Mathieu et Urbain, de même que leurs prédécesseurs, n’ont pas étudié l’influence du chloral et de l’éther.

Avec l’éther et le chloroforme nos résultats ont toujours été identiques. Nous avons obtenu constamment, après l’absorption de ces agents, une augmentation du chiffre absolu de l’oxygène et une diminution du chiffre absolu de l’acide carbonique dans le sang artériel .

Expérience I. — Chien, de taille moyenne, fort bien portant, à jeun1. Il est fixé sur la gouttière de contention, et on lui découvre l’artère carotide.

On puise dans le bout central de ce vaisseau 30 centimètres cubes de sang, qui se mélangent, dans la seringue, à 20 centimètres cubes d’eau récemment bouillie 2.

On prend en même temps la température rectale.

Le chloroforme est ensuite administré en inhalations par les premières voies respiratoires.

Au bout de 47 minutes, la température a baissé de 1° 9. On fait

1 Tous les animaux qui ont servi à nos expériences sur les gaz du sang étaient à jeun.

2 Nous avons toujours fait ce mélange d'eau i rivée de gaz et de sang. Nous le disons ici une fois pour toutes;

loi) INFLUENCE SUR LA CALORIFICATION

alors une nouvelle prise de sang, du même volume et dans les mêmes conditions que la première.

Les gaz extraits des deux prises de sang, à l’aide de la pompe à mercure, sont analysés et fournissent les proportions suivantes, pour 100 volumes de sang :

AVANT LE CHLOROFORME APRÈS LE CHLOROFORME

Expérience II. — Chien de petite taille, bonne santé. On le fixe et on découvre l’artère carotide. Prise de sang artériel de 30 centimètres cubes.

On lui fait respirer le chloroforme. La cornée n’est jamais complètement insensible; pourtant l’animal a failli mourir pendant l’expérience On l’entretient trois quarts d’heure dans une profonde somnolence; puis on retire encore 30 centimètres cubes de sang de la carotide. L’abaissement de la température a été 1° 2.

L’analyse des gaz a donné :

AVANT LE CHLOROFORME APRÈS LE CHLOROFORME

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