GO2 21,33 CO
Résidu 3,00 Résidu 78,15
Le sujet meurt quelques minutes après la seconde prise de sang ; il résiste moins bien au chloral qu’un sujet dont la moelle est intacte.
Si on compare les résultats de cette expérience à ceux de l’expérience précédente, on constate que la diminution du rapport ---dans le sang, chez l’animal chloralisé, est indépendante des modifications delà ventilation pulmonaire. La diminution absolue de la quantité d’acide carbonique et l’augmentation relative de la quantité d’oxygène dans le sang artériel sont donc bien des effets qui appartiennent aux anesthésiques.
En rapprochant les chiffres de l’oxygène dans les produits de l’expiration et dans les gaz du sang artéri 1, on est frappé de voir que l’augmentation de l’oxygène dans le sang artériel des animaux endormis par les anesthésiques coïncide avec une diminution dans l’absorption de ce gaz au niveau de la surface pulmonaire. Ce fait ne peut
tuiiir qu a un ralentissement des oxydations dans le réseau capillaire général.
Effectivement, si l’on extrait les gaz du sang veineux avant et pendant l’éthérisation, on constate que l’acide caibonique est en proportion moins considérable au moment de l’anesthésie.
Dans un premier cas, nous avons trouvé 51,33 d’acide carbonique dans le sang veineux, à l’état normal, et 4.>,^3 seulement, après 55 minutes d’éthérisation ayant entraîné un abaissement de température de 1°,1. Dans un second cas, il y avait 48,5 d’acide carbonique à l’état normal et 33,50 pendant l’éthérisation. Celle-ci avait duré 35 minutes et avait déterminé un abaissement de température de 1°,4.
La combustion du carbone diminuant dans le réseau capillaire général, il en résulte une économie d’oxygène, et il faut croire que celle-ci surpasse le ralentissement qu’éprouve l’absorption de ce gaz dans le poumon, puisque l’oxygène s’accumule dans le sang artériel, en dépit des modifications que subissent les échanges pulmonaires.
Si l’on songe que, d’une part la combustion du carbone diminue dans le réseau général et que d’autre part l’absorption du principe comburant est ralentie, on s’explique très bien que le chiffre de l’acide carbonique baisse dans les produits de l’exhalation pulmonaire et dans le sang.
Ainsi toutes les modifications que nous signalons dans ces deux derniers paragraphes s’enchaînent parfaitement et s’expliquent les unes par les autres.
Le ralentissement des combustions organiques, chez les animaux qui ont franchi la période d’excitation de Fanes-
INTERPRETATION thésie, n’est plus maintenant une hypothèse ou une simple induction; il nous paraît nettement ressortir de l’étude simultanée et comparative des gaz de la respiration et des gaz du sang.
La diminution de l’oxygénation du sang et des oxydations organiques n’est assurément pas la seule cause du refroidissement dans l’anesthésie ; autrement l’abaissement de la température serait en rapport avec la diminution de l’acide carbonique. Or, on est loin d’observer cette relation. Sur tel animal on notera un abaissememnt total de la température de 1°, 9 avec une diminution de 0, 80 0/0 dans l’acide carbonique du sang artériel, tandis que, sur tel autre on notera seulement un refroidis sement de 0° 8 avec une diminution de 11,87 0/0 dans l’acide carbonique du sang. Tel animal se refroidira de 20, 9 et ne rejettera par le poumon que 0,09 0/0 d’acide carbonique de moins qu’à l’état normal, tandis que tel autre se refroidira de 2°, 7 en rejetant 1,54 0/0 d’acide carbonique de moins par la surface pulmonaire.
Ces modifications jouent néanmoins un rôle fort important dans la production du refroidissement, ainsi que Scheinesson l’a démontré pour le chloroforme.
Les causes accessoires ont une importance variable suivant les anesthésiques. Tel est le cas du rayonnement par la surface cutanée que l’on a invoqué souvent. Si l’agent producteur du sommeil entraîne une forte dilatation du système capillaire général (chloral, éther), une quantité plus considérable de sang viendra se refroidir au contact de l’atmosphère ambiante et des corps extérieurs. Si, au contraire, l’agent anesthésique s’accompagne d’un resserment des capillaires cutanés (chloroforme), la masse du
sang abandonnera moins de chaleur aux corps extérieurs au sujet.
Nous citerons encore l’inégalité delà perte de chaleur que les sujets éprouveront du côté de la surface pulmonaire par la vaporisation de l’agent anesthésique. Le chloral étant peu volatil ne s’éliminera presque pas par la surface pulmonaire et ne soustraira pas à cette surface une grande quantité de calorique pour passer à l’état de vapeur. 11 en sera autrement de l’éther et du chloroforme; • et ces deux corps ayant un pouvoir calorifique différent, il est certain que l’éther absorbera plus de chaleur que le chloroforme en s’échappant de la profondeur du poumon.
Nous ne parlerons pas de l’influence de la résolution musculaire que beaucoup d’auteurs mettent en avant avec raison, parce que c’est en grande partie à elle que nous attribuons la diminution de l’CO8 que nous regardons comme une cause principale.
Nous conclurons donc de la manière suivante :
1° L’anesthésie s’accompagne d’un abaissement de la température animale.
2° Get abaissement est la résultante de plusieurs causes, savoir : une cause principale, constante pour tous les anesthésiques, qui est la diminution de l’absorption de l’oxygène et delà production de l’acide carbonique; des causes secondaires, telles que l’augmentation du rayonnement par la surface du corps et par l’exhalation pulmonaire, qui varient avec les anesthésiques.