‹ Recherches experimentales comparatives sur l'action du chloral, du chloroforme et de l'ether avec applications practiquesChapitre 51 sur 53 · ET APPLICATIONS · texte numérisé non relu

ET APPLICATIONS

A. L’anesthésie est généralement contre-indiquée quand les malades sont atteints d’affections chroniques du coeur, du poumon et du cerveau. Si les affections des centres nerveux ne se montrent d’ordinaire qu’à un âge avancé, celles du coeur et du poumon s’observent à toutes les périodes de la vie , de sorte qu’un grand nombre de blessés peuvent être privés des bienfaits de la chirurgie, à moins qu’on ne renonce à les endormir, perspective qui fait reculer plus d’un opérateur. Il importe donc de rechercher si tous les anesthésiques exposent aux accidents que l’on a signalés, et si, le cas échéant, un choix judicieux ne diminuerait pas les dangers qui menacent l’opéré.

D’après nos résultats , l’éther fait baisser la pression dans le cœur et diminue le travail de cet organe,

tandis que le chloroforme produit un effet inverse. Par conséquent, lorsqu’une intervention chirurgicale dépendra urgente sur un sujet atteint d’emphysème, d’adhérences pleurales , en un mot d’affections chroniques du poumon dont la conséquence est une dilatation du < oeui droit et de ses orifices, si l’on croit devoir endormir le malade, on l’exposera moins en employant 1 éther, qui dilate le réseau pulmonaire et diminue le travail mécanique du ventricule droit.

Dans les cas d’insuffisance mitrale, avec menaces de congestion pulmonaire par déplétion incomplète de l’oreillette , on devrait choisir le chloroforme parce qu’il resserre les capillaires du poumon et atténue les effets de 1 accumulation du sang dans le coeur gauche.

Il y aurait également lieu de préférer le chloroforme dans les insuffisances aortiques, puisque ces affections produisent, au début, une diminution de la pression artérielle et, plus tard, de la gène dans la circulation pulmonaire.

En un mot; dans les lésions du cœur droit on devra donner la préférence à l’éther ; dans celles du cœur gauche, il y aura lieu de choisir le chloroforme.

S’il y avait simplement atonie du cœur, le chloroforme serait indiqué ; s’il y avait des intermittences, il conviendrait d’employer le chloral. Malheureusement l’administration de ce médicament par la voie veineuse empêchera encore longtemps, sinon toujours.

les chirurgiens de profiter des avantages qu’il présente sous ce rapport.

B. De l’étude de la circulation artérielle, capillaire et veineuse, il résulte que le chloral et l’éther dilatent les petits vaisseaux et augmentent le débit du sang à la périphérie, tandis que le chloroforme produit un resserrement et une diminution de la vitesse du courant sanguin. Par conséquent, le chirurgien trouvera un avantage incontestable à employer le chloroforme lorsqu’il opérera sur des régions où les hémorrhagies en nappe sont à craindre.

G. En étudiant le mécanisme de la mort par l’éther et le chloroforme, on reste convaincu :

1° Qu’au début des inhalations, la mort survient par arrêt réflexe du cœur et de la respiration consécutif à l’irritation des nerfs sensibles des premières voies par les vapeurs anesthésiques ;

2° Que plus tard, quand le chloroforme se répand dans l’appareil circulatoire, la mort arrive par arrêt du cœur ;

3° Et que, si l’anesthésie dure longtemps ou si l’anesthésique est administré à dose massive, il y a empoisonnement, et la mort commence par l’arrêt de la respiration ; le cœur s’arrête quelques minutes ou quelques secondes plus tard.

Tous les cas de mort observés dans la pratique peu-

conclusions générales

vent se rapporter à l’un ou à l’autre de mécanismes.

ces trois

Donc ce vieux précepte, surveiller le cœur quand

on emploie le chloroforme, la respiration quand on

se sert de l’éther comme anesthésiques, n’est pas

rigoureusement vrai à toutes les périodes de Fanesthesie.

Dans la première période, l’attention doit être dirigée a la fois vers le cœur et la respiration, aussi bien avec l’éther qu’avec le chloroforme. On évitera les accidents de cette période, en administrant les anes-

t esiques à doses minimes et sans essayer de surprendre le malade.

Pendant la deuxième phase, c’est-à-dire au moment de 1 introduction de l’anesthésique dans la circulation, on surveillera le cœur, et on redoublera de vigilance si l’on fait usage du chloroforme.

Dans la troisième phase , on surveillera avec soin la respiration, puisque c’est elle qui se suspend la première. Et comme le dénouement de l’intoxication survient plus inopinément pendant l’éthérisation que pendant la chloroformisation, on ferait sagement, à moins d indications spéciales , de préférer le chloroforme à 1 éther lorsque l’opération à entreprendre sera de longue durée ou lorsqu’on pourra prévoir l’obligation d insister sur 1 emploi des anesthésiques.

En cela, nous nous trouvons en désacord avec les

idées qui ont cours parmi les partisans de l’éther; mais il est facile de prouver, en se plaçant sur le terrain de la pratique, que les opérations les plus longues sont pratiquées sans danger dans la grande majorité des cas, en employant le chloroforme.

D. Le chloroforme resserre les vaisseaux de l’encéphale et ralentit la vitesse du cours du sang dans les organes intracrâniens, tandis que l’éther et le chloral dilatent les capillaires et augmentent la vitesse de la circulation encéphalique. Il en résulte que si l’on jugeait utile de pratiquer la trépanation du crâne, on devrait recourir de préférence au chloroforme, dans le cas où il serait nécessaire d’endormir les malades, car cet anesthésique exposera moins que l’éther aux hémorrhagies des méninges et de la substance corticale du cerveau.

L’anesthésie s’accompagne d’un abaissement de la température animale dont la cause réside :

1° Dans une diminution de l’absorption de l’oxygène et des combustions organiques ;

2° Dans l’augmentation du rayonnement par la surface cutanée et pulmonaire.

A temps égal, l’éther n’abaisse pas plus la température que le chloroforme.

Le cillerai semble produire un refroidissement plus considérable que l’éther et le chloroforme, mais il faut attribuer ce résultat au mode d’administration de cet agent (injection dans les veines).

Ges résultats confirment donc encore une fois les réglés de la clinique qui défendent d’opérer les blessés dont la température est basse et dont la fin serait hâtée par l’emploi des anesthésiques.

f L’anesthésie mixte étant jugée aussi funeste que l’anesthésie ordinaire (Sarazin et Poucet, Demarquay). il reste à choisir entre l’éther et le chloroforme, dans le cas ou l’opération laisserait entrevoir quelques chances de succès.

Nous conseillerions le chloroforme dont les effets sont plus prompts et qui, par conséquent, entraînera un abaissement de température moins considérable.

Le 1 étude comparative des effets qu’exercent le chloral, le chloroforme et les formiates alcalins sur la circulation, la respiration et la calorification des mammifères et sur l’excitabilité de la sensitive, il dé- * coule :

1° Que le chloral se décompose en chloroforme et formiates alcalins dans le sang des animaux;

2° Que les effets anesthésiques du chloral sont dus au chloroforme;

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CONCH SIONS G ÉNÈR A LF.S

3° Que les formiates alcalins favorisent mécaniquement leur production en augmentant la a itesse de la circulation et en facilitant ainsi l’imprégnation des éléments nerveux par l’agent anesthésique.

Le chloral produit sûrenent l’anesthésie, sans exposer a la syncope et aux arrêts de la respiration qui surgissent inopinément dans l’emploi de l’éther et du chloroforme. Il est regrettable que les injections veineuses exposent à d’autres complications sérieuses qui éloignent les chirurgiens de l’emploi de cet anesthésique.

Il résulte de l’observation clinique et de l'expérimentation :

1° Que les jeunes sujets sont plus sensibles à l’action de l’éther qu’à l’action du chloroforme ;

2° Que cette plus grande susceptibilité se traduit fréquemment par des arrêts très inquiétants de la respiration ;

3° Que cette susceptibilité est due tout entière à l’âge des sujets.

4° Qu’il convient de préférer le chloroforme à l’éther dans la chirurgie des enfants.

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