ARTICLE III INTERPRÉTATION
L existence du fait est prouvée; les conditions de sa production déterminées; reste à en chercher le mécanisme. Sur ce point, nous sommes encore réduit aux hypothèses. Examinons.
? Ije cœur est k°rs cle cause. L’arrêt de la respiration n est pas la conséquence d’une syncope, puisque dans les trois cas de M. Tripier, dans le cas de M. Marduel et dans celui de M. Dron, le cœur a continué de battre apres 1 immobilisation des parois thoraciques ; on a simplement observé un affaiblissement de ses contractions
DIFFÉRENCES SUR les JEUNES SUJETS 16/
qui, parfois, s’est traduit par la disparition des pulsations de l'artère radiale.
Dans les expériences q> e nous avons faites avec M. L. Tripier, le cœur a toujours survécu à l’arrêt de la respiration.
S’agirait-il d’une asphyxie par privation d’air ou d’une asphyxie par obstacle mécanique à la circulation de l’air dans les bronches? L’idée d’une asphyxie par privation d’air doit être mise immédiatement de côté, puisque toutes les précautions étaient prises, sur les jeunes enfants, pour éviter cette complication. Le bonnet à éthérisation était rapproché insensiblement, et toujours on ménageait à l’air un accès suffisant. L’hypothèse d’une asphyxie par obstacle mécanique à la circulation de l’air dans les bronches présente, au premier abord, plus de vraisemblance, attendu que dans deux des observations rapportées par M. Tripier, les enfants ont rejeté un liquide glaireux par la bouche. Mais la présence de ces mucosités n’est pas signalée dans les autres observations. Nous ne les avons jamais trouvées en quantité appréciable dans les bronches de jeunes chats que nous avons éthérisés jusqu’à la mort. Quand elles existent, elles sont peu abondantes ; par conséquent elles seraient incapables par leur volume d’anéantir les échanges pulmonaires. En outre, leurs caractères physiques dissipent tous les soupçons; en effet, ces mucosités sont filantes, non spumeuses, ce qui démontre qu’elles ne viennent pas du poumon.
Au surplus, les enfants ne sont pas cyanosés au début de l’accident; les signes de l’asphyxie se montrent plus tard, quand la respiration a été suspendue un certain temps.
Il faut chercher ailleurs. On arrive ainsi par voie
ETIiER ET CHLOROFORME
d’élimination à examiner l’influence que le système ner veux central exerce sur les phénomènes mécaniques de la respiration.
O11 doit écarter l’influence de l’excitation des nerfs sensitifs des premières voies, caries arrêts respiratoires dont nous parlons n’ont pas suivi immédiatement le contact des vapeurs d’éther avec les régions où se ramifie le trijumeau. Ces arrêts surviennent lorsqu’une assez grande quantité d’éther a pénétré dans la circulation; de sorte que les idées se reportent vers le bulbe rachidien, et l’on se demande si l’éther, chez les jeunes sujets, ne suspendrait pas rapidement l’influence du centre respiratoire
M. Cl. Bernard, à qui \I. L. Tripier a fait part de ses observations, comparait ces arrêts à ceux qui succèdent à une galvanisation du bulbe ou du bout central des pneumogastriques.
En résumé, nous voudrions voir dans ces accidents le résultat d’une intoxication rapide par l’éther. On se souvient du reste que dans l’intoxication par cet agent les phénomènes se déroulent bien comme dans les observations que nous avons rapportées (voyez première partie, chap. I, art. ni) .
Mais pourquoi les jeunes sujets sont-ils plus sensibles aux effets de l’éther que les adultes? Probablement parce que l’absorption par les éléments anatomiques est plus active chez les premiers que chez les seconds.
Pourquoi enfin, sont-ils plus sensibles à l’éther qu’au chloroforme ? Nous ne nous chargeons pas pour le moment de l’expliquer ; néanmoins cette différence nous semble bien démontrée, et nous estimons que l’on fera sagement de s’en préoccuper dans la pratique chirurgicale.