‹ Recherches expérimentales et cliniques sur la sensibilitéChapitre 119 sur 132 · DE CAUSE CENTRALE · texte numérisé non relu

DE CAUSE CENTRALE

nion de Luys (1) qui en fait le siège du sensorium commun.

Dans le mésocéphale au contraire, la sensibilité esttrèsdéveloppée. Les pédoncules cérébelleux inférieurs moyens et supérieurs sont sensibles : la protubérance annulaire surtout, parait, lorsqu’elle est excitée, produire de vives douleurs. Selon Vulpian, elle serait le siège de la douleur et le centre commun des perceptions douloureuses; Le cri déterminé par la dilacération et les excitations mécaniques de cette portion de l’encéphale, ne serait pas un cri réflexe, mais un cri de douleur, ou plutôt une série de cris et de gémissements plaintifs indiquant une perception douloureuse consciente et prolongée (2).

Quant au bulbe même, il est encore douteux d’après Brown-Séquard (3), que les cordons postérieurs soient sensibles, quoique Longet (4) ait affirmé le contraire, et que Vulpian (5) ait appuyé l’opinion de Longet. Quant aux pyramides antérieures, elles sont peut-être excitables (Vulpian). Les pyramides postérieures sont très-sensibles.

Quoi qu’il en soit, il faut distinguer la substance grise de la substance blanche. La substance grise n’est jamais excitable par les agents mécaniques. C’est un point que Flourens et Longet ont parfaitement mis en lumière. La substance grise ne peut sentir que par l’excitation de la substance blanche ou des nerfs qui sont en rapport

(1) Rechercher sur le syst. nerveux, p. 342.

f2) Vulpian. ieçons sur U syst. nerveux, p. 540.

(3) Journ. de la physiol., 1858, p. 217.

(4) I.0C. cit., p. 377.

(5) Loc. cit.

DE l’excitabilité,

avec elle. Quelques auteurs cependant, Stilling (1), Aladoff(2) et Cyon, par exemple, pensent que la substance grise est directement excitable.

Il en est peut-être autrement de la substance blanche : mais quoique la question paraisse fort simple, elle est loin d’êtreencore éclaircie. En effet la douleur peut tenir à Texcitabilité des racines nerveuses rachidiennes qui traversent la moelle. Les célèbres expériences de Van-Deen (3) avaient semblé décider la question sans appel. Tan-Deen, après avoir coupé les racines postérieures, excitait avec des couvrants faibles les cordons postérieurs, en ayant soin que l’excitation ne fût pas assez forte pour dériver vers les racines antérieures; or, dans ces conditions, il n’y avait ni mouvement ni douleur, et il en conclut que la substance blanche de la moelle n’était pas directement excitable ; ces expériences ont été par différents auteurs, tantôt infirmées (Fick. Engelken), tantôt confirmées, (Guttmann, Mayer, Huizinga). Chauveau (4), en expérimentant sur des solipèdes, a appuyé en partie l’opinion de Van-Deen par des expériences intéressantes. Tl a vu que les cordons antérieurs étaient inexcitables, ce que Van-Deenjadmettait, mais, contrairement à cet auteur, que les cordons postérieurs étaient excitables. Ainsi à l’heure présente la question n’est pas encore résolue.

Toutefois, au point de vue pathologique, cette inexcitabilité de la moelle ne saurait être regardée comme un fait

(1) UntersuQh. uher die fanetionen des Rückenmarks. Iieipzig, i842.

(2) Bull, de VAcad. des sciences de Saint-Pètersbmtrg 1870 t, XV>

(3) Froriep's notizen, 1843, p. 323.

(4) Journ. de Bromn-Séquard, 1861, p. 29.

DES CÈNTRE5 NERVEUX.

avéré. En effet, dans les myélites, soit aiguës, soit chroniques, il y a un cortège terrible de sensations douloureuses. Peut-être la moelle enflammée est-elle excitable quand la moelle saine ne l’est pas? Peut-être l’inflammation porte-t-elle aussi bien sur les racines postérieures que sur les cordons postérieurs? En tout cas, il est certain que dans les myélites, il y a des douleurs intenses, prenant toutes les formes, et plus spécialement laforme fulgurante, comme si des étincelles, des éclairs traversaient un membre, comparables à une secousse électrique plus ou moins violente.

Quant à l'excitabilité du cerveau, elle paraît à peu près nulle. Si, dans l’encéphalite, on rencontre quelquefois des douleurs très-vives, la cause en est probablement dans la méningite qui complique presque toujours les inflammations du cerveau.

La douleur d’origine périphérique a un aspect tout différent.

Deux cas peuvent se présenter selon que l’excitation vient des organes innervés par le grand sympathique, ou des organes innervés par les nerfs rachidiens, en somme des viscères d’une part, et d’autre part de la peau et des membres.

La douleur qui vient du grand sympathique a deux caractères principaux, sa diffusion, et l’anxiété générale qui l’accompagne.

Pour la douleur venant du grand sympathique, nous pourrions prendre de nombreux exemples, la colique hépatique, la colique néphrétique, les plaies du péritoine, de l’intestin, l’angine de poitrine, l’ulcère de l’estomac, les contractions de l’utérus dans l’accouchement,’l’étranglement

DE l’excitabilité.

interne, etc, ; or, dans les douleurs de l’étranglement interne, que nous pouvons considérer comme types de douleurs venant du grand sympathique, la douleur s’irradie à tout l’abdomen. Elle est atroce, déchirante, mais malgré son extrême acuité, il est impossible au malade de préciser l’endroit où il souffre. Tout le ventre est devenu sensible. La peau du ventre même est hypéresthésiée : enfin la douleur monte jusqu’à l’épaule et à la région sternale : en un mot, la douleur de l’intestin est aussi vague que les sensations tactiles perçues par l’intestin, et tout la système ganglionnaire abdominal sensitif semble prendre part à l’irritation d’un seul de ses filets. Ainsi, intensité, irradiation, obscurité de la sensation douloureuse, tels sont les premiers caractères de cette douleur caractères qu’on peut résumer en un seul : la diffusion.

Cette diffusion de la douleur qui vient du grand sympathique se montre très-nettement aussi dans la péricardite. Selon Wertheimer (1), il y aurait deux causes à la douleur, la névralgie phrénique et la douleur résultant de l’inflammation du péricarde. Cette dernière est diffuse, obscure, et s’accompagne d’une grande anxiété précordiale.

Le second caractère, c’est l’anxiété et l’angoisse. Nonseulement le patient souffre, mais il a une sensation indescriptible que l’on ne peut mieux exprimer que par le mot d’angoisse. Il semble, suivant l’expression d’un ancien auteur, que les opérations de la nature soient suspendues. Cette excitation sensitive agit avec une telle énergie sur les centres récepteurs que la sensibilité

(1) Th. de Paris, 1876. De la douleur dans la péricardite.

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