DU CHATOUILLEMENT
lement il y éprouve de temps à autre des bouffées de chaleur et des démangeaisons très-vives ; « quelquefois, me dit-il, cela me démange à la jambe que je n’ai plus, et involontairement je porte la main à ma jambe de bois pour la gratter (1). »
Dans d’autres cas, j’ai vu cette sensibilité conservée quand il y avait anesthésie tactile. Ainsi souvent, sur les moignons d’amputés, aux points mêmes où il y a anesthésie tactile, le malade éprouve des chatouillements très-pénibles.
Un autre caractère des sensations de démangeaison et de chatouillement, c’est un certain degré de diffusion ; en cela elles ressemblent encore à la douleur. Le soulagement qu’une révulsion mécanique apporte à une démangeaison n’est pas complet tout d’abord; le point gratté n’est plus excitable, mais tout autour de lui la démangeaison reparaît, insaisissable pour ainsi dire, et renaissant en un point, à mesure qu’elle s’éteint dans un autre.
Enfin nous remarquerons que certaines substances introduites dans le sang peuvent donner des démangeaisons très-vives : ainsi parfois la morphine, l’arsenic (2), la belladone (3), l’aconitine (4). Dans les affections catarrhales des
(1) J’ai en outre retrouvé chez ce malade la sensation particulière que Guêniot {Jaurn. de la physioL, t. lY), a décrite. U lui semblait que sou pied se rapprochait graduellement du moignon (voir aussi Rizet, Gaz, méd ., 1861, p. 293);
(2) Rabuteau. Eîim. de toxicologie, T édit., p. 137.
(3) Schroff. XJeher Belladona, Atropin und Daturin ; Preusa, Vereinszeitung, 1853, n»s 35 et 36.
(4) Gubler. Comment, du Codex, p. 613. — Hiftz. Art. Aconitine du Dict. de méd.
rET DE LA DÉMANGEAISON.
lioies biliaires, dans l’ictère simple, le prurit de la peau est un phénomène constant.
Earl et Wigl, cités par Rabuteau(l), ayant pris 60 centigrammes de ciguë, sentirent leurs jambes fléchir et éprouvèrent une sensation de fourmillement dans la peau. La codéine, à la dose de 15 centigrammes, a donné à Rabuteau (2) des démangeaisons dans les membres et une certaine fatigue musculaire.
Dans un cas d’Evans (3), chez la même personne, trois grossesses ont amené chaque fois un prurit général insupportable.
Dans les affections centrales du système nerveux, ces sensations subjectives sont fort rares ; cependant on les rencontre quelquefois. Dagonet (4) dit que dans l’alcoolisme chronique il y a souvent des démangeaisons intenses, que les malades attribuent à [des poux et à la vermine, une sensation vraie devenant le point de départ d’une idée délirante. Pour ma part, j’en ai vu un cas semblable chez un paralytique général au début. Il croyait être dévoré par les poux. En réalité, il n avait que des démangeaisons intolérables. Selon Brovrn-Séquard (5), Eanémie de la moelle produirait du chatouillement, ce qui est évidemment une des formes de l’hypéresthésie.
Ce n’est pas indifféremment sur tous les points du corps que se porte la démangeaison. Il semble qu’il y ait des lieux d’élection, par exemple le cuir chevelu, le périnée, le
(1) Elém. de thérap., p. 481.
(2) Loc. eit., p. 518.
(3) American Journ. of med. science, CXXXVn, p. 139.
( t) Ann. méd psychol., 1873, t. IX, p. 187.
• (j) Leçons sur le diagnostic des paralysies. Paris, 1865) 2» éàit,. p. 207.