EXCITANTS PHYSIQUES
et l’électricité, leur action sur les nerfs a été si longuement étudiée que nous ne pouvons entreprendre même d’en donner un résumé. Aussi nous bornerons-nous à citer quelques faits spéciaux aux nerfs sensitifs.
Il est possible que la lumière agisse sur des nerfs sensitifs autres que le nerf optique, et ce serait un sujet bien intéressant d’expériences. Mais jusqu’ici c’est une question qui n’a pas même été effleurée.
La chaleur et le froid ont une action évidente sur les nerfs sensibles comme sur les nerfs moteurs, et si on plonge, d’après le procédé de Türck, des grenouilles décapitées dans de l’eau qu’on refroidit ou qu’on échauffe, les réflexes obtenus témoignent de la sensibilité.
Cependant la sensibilité à la chaleur semble s’exercer par des nerfs distincts des nerfs tactiles (1), et j’ai souvent fait une expérience qui confirme le fait. Si, sur une grenouille empoisonnée parla strychnine, on approche de la peau un corps en ignition, on peut décomposer et détruire la peau sans provoquer de réflexes, pourvu qu’on ait soin de ne pas donner de sensation de contact. Sur le nerf sciatique on a les mêmes résultats, et rien n’est plus curieux que de voirie plus léger effleurement de la membrane interdigitale produire un tétanos généralisé, tandis que le nerf qui conduit cette impression peut être entièrement détruit par le fer rouge sans provoquer le moindre réflexe.
Heinzmann (2) s’est demandé si les faits mis en lumière par Afanasief et Rosenthal pour le nerf moteur, pourraient s’appliquer au nerf sensitif. Des changements de
(1) Voyez le chapitre II de la seconde Partie.
(2) Ueber die Wirkung allmâliger aenderungen auf die Empftndunganerven {Arch. de Pflüger, p. 1872, t. VI, p. 222.
température très-lents peuvent arriver au point de détruire le nerf, sans qu’il y ait une seule contraction, pourvu que l’élévation ou l’abaissement de températurfe se fassent avec une extrême lenteur. En expérimentant sur des grenouilles, Heinzmann a vérifié l’exactitude de ce fait pour les nerfs sensibles. Des grenouilles décapitées ou intactes pouvaient être soit cuites, soit congelées, sans réaction et sans réflexe. Si la température croissait ou décroissait de moins de 1[200 à li250 de degré par seconde, il y avait des effets sensitifs produits. Malheureusement les expériences de Heinzmann sur les animaux supérieurs et sur l’homme ne sont pas suffisantes.
Tous ces faits sont confirmatifs de ce que du Bois-Reymond et Pflüger nous ont appris sur l’excitation et l’excitabilité des nerfs ; et ce sont deux lois très-importantes que je me permettrais volontiers de traduire dans un langage plus clair que celui de ces savants physiologistes,
1° Tout changement d’état dans un nerf est un excitant de ce nerf.
2® Pour qu’un changement d’état excite un nerf, il faut qu’il soit brusque, un changement d’état graduel ne produisant aucun effet.
Il est très-probable que ces lois s’appliquent aussi bien au nerf sensitif qu’au nerf moteur, et à ce titre, nous devions les rappeler ici.
L’électricité estl’excitantnerveuxpar excellence ; et pour connaître son mode d’action, ce n’est pas la pénurie des documents qui est un obstacle. Peu de sujets ont été l’objet d’autant de travaux.
L’électricité peut agir de deux manières différentes selon la nature des courants.
44 excitation électrique.
L’électricité de la pile aune action très-complexe. Selon Matteucci (l),si ce courant est très-fort, il J a sensation au moment de la clôture, sensation qui dure quelque temps
après la clôture,tant que lecircuit est établi, et sensation au
moirieqt de la rupture. Quand le courant est inverse, la sensation est plus vive à la clôture, quand le courant est direct, plus vive à la rupture. Longet (2) admet que la douleur se montre au début du passage des courants direct et inverse, à l’interruption du courant inverse, et, le circuit étant fermé, pendant les premiers moments du passage continu de l’un ou de l’autre courant.
Longet et Matteucci admettent encore que l’excitation d’un nerf mixte donne des résultats différents de l’excitation d’un nerf uniquement moteur, mais cette remarque a été combattue par Rousseau (3) et Claude Bernard (4). Cl Bernard a montré en outre (5) que selon qu’une grenouille est vivace ou épuisée, il y avait contraction à la clôture ou à la rupture ; si ce nerf est intact, il y a contraction à la clôture du courant.
Mais il est toujours difficile de savoir si la sensibilité est
éveillée ou non, à moins qu’on n’expérimente sur l’homme.
Valentin (6) a pris la sensibilité de la langue comme point de comparaison avec l’irritabilité électrique des muscles
(1) Leçons sur les phénomènes physiques des corps vivants. Paris, 1847,
^’VSRousseau, Lesare, Martin-Magron. Afém. delà Soc de Biolog.,
1857, p. 22S. Verneuil. Rapport sur ce Mémoire. Ibid., p. 247. Lesure, Th. inaug. Paris, 1857.
(3) Traité de physiologie, S" édit., III, p. 188.
(4) Leçons sur le système nerveux, I, p. 166.
(5) Loc. du, p. 192.
(6) Zeitschrift fur Biologie, IX, p. 93.
de la grenouille, et il a vu qu’avec le courant de pile on n’éprouvait pas la plus légère sensation, quand déjà les muscles de la grenouille réagissaient très-nettement.
Pour le passage d’un courant d’induction il n’en serait pas ainsi, et les courants d’induction agiraient mieux sur la sensibilité que les courants de pile.
En tout cas, nous savons depuis les recherches de du Bois-Reymond et surtout de Pflûger que lorsque un nerf est excité directement par un courant de pile, le nerf est polarisé dans l’un et dans l’autre sens. Cette polarisation est ce qu’on appelle l’électrotonus du nerf, et paraît se produire aussi bien pour le nerf sensitif que pour le nerf moteur. L’excitabilité du nerf est diminuée du côté du pôle positif (anélectrotonus) et augmentée du. côté du pôle négatif (catélecfrotonus). Chauveau (1) avec beaucoup d’auteurs (2) a remarqué que, dans le cas de courants continus assez forts pour être perçus, la douleur était toujours beaucoup plus vive du côté du pôle négatif.
Enfin, d’après du Bois-Reymond, si on |ait passer par le nerf un courant très-faible, et qu’on augmente lentement la force du courant, on arrivera à pouvoir détruire le nerf sans qu’il y ait de réaction sensitive (?).
Pour expliquer ces différents phénomènes, du Bois admet que les molécules nerveuses sont composées d’une infinité de petits éléments électro-moteurs dont chacun est constitué par deux molécules dipolaires. Dans l’électrotonus, la disposition de ces éléments électriques prend un
(1) Journal de la physiologie, 1859, t. Il, p. 495.
(2) màrtin Magron et Pernet. Influence de la polarisation dans Vélectrisation du système nerveux {Comptes-rendus de VAcad. des sciences, 1860, p. 580).