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EFFETS DU COURANT NERVEUX

Quant aux différentes perceptions, elles ne peuvent tenir au mode d’excitation du nerf, mais à la nature même des centres percepteurs. Ainsi l’excitation du nerf optique produit une sensation lumineuse ; or, la spécificité de cette sensation est due, non au nerf optique, mais aux centres optiques excités.

Nous reviendrons sur ce point dans la seconde partie. Pour le moment, envisageons l’effet d’une excitation simple portant sur un tronc nerveux sensitif.

Trois cas peuvent se présenter :

1® Si le nerf est séparé des centres,"^ il n’y aura aucun effet de produit, à moins qu’il n’y ait des anastomoses telles, que le tronc nerveux sectionné soit encore en rapport avec des troncs nerveux intacts, et qu’il y ait par là conduction de la sensibilité.

2° Si le nerf est en rapport avec la moelle, et que la moelle soit séparée des centres, il n’y aura pas perception; au moins tout nous porte à croire qu’il en est ainsi. Mais, si la moelle est intacte, et si l’excitation est suffisante, il y aura action réflexe. Les nerfs de certains organes, du pharynx, du larynx, de la cornée, du rectum, de la vessie sont três-remarquables à ce point de vue, leur excitation par une cause quelconque produit un réflexe immédiat perçu ou non perçu, et il semble que l’énergie de cette action réflexe, dont le cerveau a plus ou moins conscience, e^qu’il ne peut souvent pas empêcher, soit la cause de la soi-disant spécificité de ses sensations. L’anatomie a démontré formellement que dans tous ces cas, les noyaux d’origine des nerfs sensitifs et des nerfs moteurs étaient très-rapprochés : il n’est donc pas étonnant que l’excitation des premiers détermine l’excitation des seconds.

DE l’engourdissement. 61

D’ailleurs, dans certaines conditions, les nerfs de la sensibilité générale donnent lieu à des réflexes énergiques, par exemple, le spasme dit traumatique, certaines contractures, et cette maladie bizarre qu’on peut provoquer par l’expérimentation, appelée épilepsie spinale. Brown- Séquard, qui a fait sur ce sujet de si belles expériences, a même constaté que dans les régions dites épi-lepto^ènes, là où l’excitation périphérique provoquait par un réflexe immédiat la contracture spasmodique de plusieurs groupes de muscles, il y avait anesthésie (1). C’est assez indiquer que la conduction de la sensibilité n’était pas entravée de la périphérie à la moelle, mais que de la moelle au cerveau la conduction était troublée.

3° Les centres nerveux sont intacts, et le tronc nerveux étant excité, il y a perception.

C’est le cas le plus général, et aussi celui qu’il nous importe le plus de connaître. Il convient d’insister sur quelques particularités, car elle nous donnera l’explication de certains faits délicats et obscurs.

A l’état normal, les sensations qui nous viennent de la périphérie sont presque nulles ; c est un sentiment musculaire trop vague pour être précisé, et même sur l’existence duquel il y aurait lieu d’émettre quelques doutes.

Au contraire, l’excitation d’un tronc nerveux, soit par l’électricité, soit par une contusion, une compression, soit par toute autre cause, nous donne des sensations particulières plus ou moins fortes, selon le degré de l’excitation elle-même.

Lorsque l’excitation est légère, la sensation produite est une sensation d'engourdissement.

(1) Arch. de physiolog., 1869, t. II, p. 430.

g2 de l’engourdissement.

En généra], on croit que l’engourdissement est un phénomène d’anesthésie, mais il me semble qu’il y a là une erreur évidente. L’engourdissement est une sensation de gêne, de pesanteur, de souffrance qu’il est impossible de confondre avec l’insensibilité, puisque on éprouve des sensations pénibles, là où à l’état normal on n’éprouve rien. Quand, par exemple, le nerf cubital n’est pas excité, nous ne sentons rien dans l’avant-bras ; au contraire, que ce même nerf soit légèrement comprimé, nous aurons une sensation de pesanteur, de fatigue, en un mot d’engourdissement qui occupera tout l’avant-bras : or, cette sensation ne peut être attribuée à l’inactivité du nerf, ce n’est pas une diminution, c’est une exagération de fonction.

Ce qui a pu faire regarder àtort l’engourdissement comme un des premiers degrés de l’anesthésie, c’est que souvent il coïncide avec un commencement d’anesthésie tactile, mais il faut faire ici une distinction fondamentale entre la sensibilité générale, et la sensibilité tactile.

La sensibilité générale peut être surexcitée, la sensibilité tactile ne peut pas l’être. Pour le toucher, 1 état normal réalise les meilleures conditions, et pour peu qu’il y ait hyperesthésie du sentiment, il y a diminution de la sensibilité tactile.

Que faut-il en effet pour qu’il y ait une perception tactile exacte et complète ? Deux conditions sont nécessaires, il faut que la transmission soit intacte, c’est-à-dire qu’il n’y ait pas d’anesthésie nerveuse, mais il faut aussi que la transmission ne soit pas exagérée, et qu’il n’y ait pas d’hyperesthésie nerveuse. Dans le dernier cas aussi bien que dans le premier, il y a anesthésie tactile.

DE l’engourdissement. 6S

Éclairons par des faits ce que ces considérations peuvent avoir d’obscur.

Quand on fait l’anémie d’un membre par la compression avec la bande élastique, l’excitation du nerf précède sa paralysie, et l’engourdissement et les fourmillements sont les premiers symptômes de cette excitation. A un moment, il y a une hyperesthésie telle que le moindre contact produit des fourmillements très-désagréables. Chacun a pu observer sur soi des cas analogues. A la période des fourmillements, le moindre contact devient une irritation générale, et la sensation quoique forte est tellement vague, que l’on ne perçoit presque plus rien, en sorte que l’hyperesthésie du nerf est aussi funeste à la perfection de la sensation que son anesthésie.

J’ai vu une femme atteinte d’un cancer dû sein avec adénopathie symptomatique dans l’aisselle. Elle était sujette à des phénomènes bizarres que M. Yerneuil attribua à une rétention lymphatique. Le bras devenait rouge, douloureux, et superficiellement œdématié. Il suffisait de toucher légèrement un point de la peau pour la faire souffrir, et pourtant elle disait qu’elle avait le bras engourdi; et en effet, elle ne sentait pas le contact léger avec netteté, et ne pouvait bien distinguer l’écartement des pointes de l’esthésiomètre; chaque fois qu’on la touchait, c’était, suivant son expression, comme une traînée de feù.

Tout récemment, j’ai vu à la consultation de la Pitié une femme atteinte de névralgie traumatique d’un doigt. Le moindre contact était douloureux, et pourtant elle disait qu’elle ne sentait pas bien, et qu’elle avait le doigt.comme engourdi. N’est-ce pas là un fait évident d’hyperesthésie nerveuse produisant de l’anesthésie tactile ?

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