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DES SUBSTANCES SOLIDES

Quoi qu’il en soit, il paraît bien prouvé que si cette absorption existe, elle est tellement minime que l’on ne doit pas en tenir compte au point de vue des effets généraux produits sur l’ensemble de l’organisme. Que dire pourtant de l’expérience journalière et si ancienne des médecins et des chirurgiens qui emploient avec avantage le laudanum et les baumes composés pour apaiser la douleur? Il nous semble que l’explication est moins difficile qu’on le croit généralement. Ainsi que nous le disions plus haut, il y a une absorption générale, c’est-à-dire le passage dans la circulation de substances appliquées soit sur la muqueuse pulmonaire, soit sur la muqueuse intestinale, soit sous le derme. Mais il y a aussi une absorption locale, qu’il conviendrait d’appeler plutôt une imbîbitîon. Les éléments anatomiques se combinent avec la substance qui les attaque et qui agit sur eux, mais ne les traverse pas. Pour prendre une comparaison qui rendra cette différence plus claire, l’absorption générale pourra être comparée au passage d’une solution sucrée à travers une membrane animale, l’absorption locale à l’imbibition d’une mèche de coton qui plonge dans l’alcool.

Cette distinction étant bien admise et nettement démontrée, nous voyons comment certaines substances liquides non volatiles peuvent agir localement sur la sensibilité, sans être entraînées dans la circulation générale. Ainsi, sans qu’on puisse invoquer comme unique explication, la mise à l’abri de l’air le laudanum, d’après la pratique invétérée des médecins, calmerait les douleurs des phlegmons et des arthrites, mais sans produire d’anesthésie proprement dite. Au contraire le baume de conicine (1) semblerait avoir des propriétés anesthésiques.

CONCLUSIONS

Une personne ayant fait des frictions avec ce baume eut une insensibilité des doigts qui avaient été en contact avec la conicine. Une coupure accidentelle ne fut pas ressentie. En cessant les frictions, l’anesthésie disparut, pour revenir quand on les recommença. Romberg a signalé des cas d’anesthésie des bras chez les lessiveuses, dont la peau touche sans cesse des solutions caustiques. Par un contact prolongé avec le mercure on a signalé des paralysies sensitives (2). Manouvriez (3) a remarqué, qu’à côté de l’intoxication saturnine générale et indirecte par les absorptions digestive et pulmonaire, il existe une intoxication saturnine locale et directe par absorption cutanée. Cette absorption cutanée est une véritable imbibition des tissus, et à la paralysie musculaire se joint l’anesthésie de la peau. Le bras et la main qui étaient en contact direct avec le plomb "étaient toujours plus malades que du côté opposé. Selon Villard, l’essence de hachisch, appliquée localement, serait hypoalgésique (4) ; tandis que l’essence de menthe (5) et la saponine (fl) seraient des anesthésiques locaux.

Résumons cette discussion sur les anesthésiques locaux. Nous sommes amenés à conclure :

(1) Gubler. Journ. de thêrap., 1875, t, II, p. 242.

(2) Foot. Paralysie sensitive par contact avec le biiodure de mercure [Dublin Journ, of med. science, sept. 1873).

(3) Arch, de physiologie norm. et pathol., 1870, t. Illj p. 408, et Th. inaug. Paris, 1872. Voir sur ce sujet : Drouet. Th. inaug., Paris, 1875, et Ladrat [Arch. de mêd,, déc. 1859);

(4) Villard. Th. inaug. Paris, 1872, p. 35.

(5) Delioux de Savignac. Union mêd:, t. XVII, p. 557.

(6) Kohler. Berlin Klin. Wochensblatt, 1873.

générales.

l» Que l’oxygène de l’air est un agent d’irritation, et que dans une plaie simple c’est à son action chimique qu’est due la douleur ; que l’indication est donc formelle, et qu’il faut soustraire les plaies au contact de l’air ;

2° Que cette action s’exerce non-seulement sur les plaies, mais sur la peau intacte ;

3» Qu’à côté de l’absorption générale, il y a une absorption locale ou mieux une imbibition, ce qui explique comment l’action thérapeutique d’un médicament, appliqué sur la peau, peut être localisée à la région qu’il touche ;

4“ Que toutes les substances volatiles agissant sur le nerf peuvent être regardées comme des anesthésiques locaux ;

5» Que le premier degré de l’anesthésie périphérique est l’hyperesthésie, et qu’il n’y a que des limites indécises entre une substance anesthésique et une substance caustique.

D’une manière très-générale, on peut donc dire qu’il y a des substances agissant sur les nerfs, et d’autres substances n’agissant pas sur eux. Les substances inactives sont celles qui n’ont que des affinités chimiques faibles, comme l’azote, l’hydrogène et même l’acide carbonique. Au contraire, les substances chimiques actives, changent la constitution du tissu nerveux et produisent une hyperesthésie, qui, lorsque le nerf est détruit, devient de 1 anesthésie. De fait, il y a des corps dont l’activité chimique n’est pas capable de produire eette anesthésie finale, et qui paraissent ne pouvoir produire que l’hyperesthésie du début; mais cela ne prouve pas que leur mode d’action soit différent.

Des anesthésies périphériques, autres que celles de la

H8 BE l'anesthésie locale

peau, produites par des substances toxiques, nous n’avons presque rien à dire.

Chez les ouvriers qui travaillent à la vulcanisation du caoutchouc et manient le sulfure de carbone, l’insensibilité de la cornée a été signalée par plusieurs auteurs, et en premier lieu par Bergeron et Lévy (1), qui ont fait sur des chiens et des lapins des expériences confirmatives à cet égard. On ne peut expliquer cette anesthésie par un empoisonnement central. En effet, l’anesthésie de la cornée est celle qui survient en dernier lieu, et il est dit par Bergeron et Lévy, dans les expériences qu’ils firent sur les animaux, que la sensibilité cutanée disparaissait bien après celle de la cornée et reparaissait avant elle. C’est le contraire de tout ce qu’on voit pour les agents anesthésiques. N’est-il pas très-probable que le sulfure de carbone, qui est très-volatil, agit localement sur la conjonctive et la cornée oculaires et détermine leur paralysie sensitive, sans qu’il y ait dans ces deux membranes de lésion apparente ?

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