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DANS LES MALADIES DE LA PEAU

soit d’elles-mêmes, soit sous l’influence d’un traitement convenable, la faradisation par exemple. C’est une probabilité pour la non-existence d’une névrite.

Groupe p. — Dans les maladies de la peau on rencontre fréquemment l’anesthésie. II y a quinze ans, on aurait regardé ces altérations fonctionnelles comme la conséquence de ia lésion organique cutanée, mais aujourd’hui les progrès de l’anatomie et de la physiologie pathologiques ont changé complètement la question. En effet, depuis les travaux de Brown Séquard (1), de Schiff (2), de Claude Bernard (3), et surtout de Samuel (4), de Muller (5), et de Charcot (6), on sait que les altérations soit des centres, soit des gros troncs nerveux, déterminent des lésions musculaires et cutanées de toutes sortes. On ne saurait juger alors si la lésion de la peau est antérieure à l’anesthésie ou si l’anesthésie a précédé la lésion cutanée. De même il est possible que l’anesthésie soit la cause même de la lésion périphérique. Si cela n’est pas prouvé pour la peau, au moins les expériences de Cl. Bernard semblent le démontrer pour les kératites et ophthalmies consécutives à la section intra-crânienne du trijumeau.

(1) Experimental Eesearches applied to Physioîogy and Pathology. New-York, 1853.

(2) üntersuchungen zur [Physiologie des Nervensystem. Francfurt am Mein, 1855.

(3) Leçons sur le système nerveux, 1857, t. II.

(4) Pie trophischen nerven. Leipzig, 1860.

(5) Beitràge zur Pathol, anatomie und Physiologie dos Rückenmarks. Leipzig’ 1871.

(6) Leçons sur les maladies du système nerveux, 1875, t. I, p. 1-152, cette question y est magistralement traitée tant au point de vue Hstorique qu’au point de vue clinique.

J 52 DES ANESTHÉSIES

Ne pouvant entrer dans tous les détails de ce sujet, nous passerons rapidement en revue les principales anesthésies cutanées de cette sorte, sans juger la question si intéressante de la cause même de l’anesthesie et de l’origine centrale ou périphérique de la maladie cutanee.

Le zona (herpes zoster) est le type parfait des affections cutanées symptomatiques. En effet il est le plus souvent consécutif à une névralgie et apparaît comme un épiphénomène de l’affection nerveuse primitive. On l’a vu se développer à la suite de myélites (1), de névrite (2), de traumatismes des nerfs (3), et dans tous ces cas on a constaté de l’hypéresthésie. Il est probable qu’on aurait souvent trouvé des parties anesthésiques, comme on 1 a constaté dans quelques cas (4). Selon Rendu, ce qui caractériserait l’anesthésie du zona, ce serait sa dissémination par plaques au milieu de zones hypéresthésiques, aussi bien en dehors de la zone éruptive qu’au centre des vésicules. Il a signalé aussi la persistance de l’anesthesie après la cicatrisation de ces mêmes vésicules.

Dans la lèpre, l’anesthésie est antérieure à la maladie ou plutôt elle en est le premier symptôme. Virchow (5) a montré qu’il s’agissait là d’une périnévrite véritable, ainsi

(1) Charcot. Mêm. de la Soc. de Uol., 1865, p. 41. - Baerensprung.

Canstatfs Jahreshericht, 1864, t. IV, p. 128. ^ j

(2) Mongeot. Th. iaaug. Paris, 1867. Recherches sur quelques Roubles de nutrition consécutifs aux affections des nerfs. — Hyhord. Th. maug.

Paris, 1871. Du zona ophthalmique.

* (3; Verneuil. De l’herpès traumatique

{Mém. de la Soc. de Uol., 1873,

^ (4) Rendu. Recherches sur les altérations de la sensibilité (Journ. de dermatologie, t. VI, n» 1, p. 37, et Th. d’agrégat., 1875, p. 106).

(5) Die krankhafte geschtvülze, t. II, p. 215.

dans les maladies de la peau.

que des travaux plus récents semblent le démontrer (1).

Le mal perforant qu’on a, non sans quelque raison, comparé à la lèpre, présente aussi des plaques d’anesthesie qui s’étendent bien au-delà de l’altération cutanée visible (2). A certains égards la sclérodermie et l’acrodynie étudiées plus haut se rapprochent de ces affections.

Quant aux autres altérations de la peau, elles offrent entre elles au point de vue des symptômes subjectifs beaucoup d’analogie. La thermo-anesthésie, plus ou moins profonde, semble être la règle. On la rencontre dans l’eczéma, le psoriasis, le lichen et dans toutes les affections inflammatoires. Il y a là un fait qu’il est bon de rapprocher de la thermo-hypéresthésie qu’entraînent soit la compression, soit l’anhémie des nerfs. La congestion semblerait donc diminuer, et l’anhémie augmenter la sensibilité aux températures. Peut-être la différence tient-elle à la différence qu’il y a entre la masse du sang qu’il faut échauffer, dans l’un ou dans l’autre cas.

Dans ^es affections inflammatoires, la sensibilité tactile est diminuée, mais la plupart du temps il y a hypéralgésie. Il y a néanmoins quelques exceptions. Dans le psoriasis circiné, on trouve de l’analgésie au centre des anneaux, là où la peau est intacte. Ce qu’il y a de particulier, c’est que dans le psoriasis scarlatiniforme, il y a anesthésie sans an^gésie, et que dans le psoriasis guttata il n’y a aucun trouble fonctionnel (3).

^ll Rendu. ioc. cit., p. 32. — Lamblin. Th. iaaug. Pans, 1870.

(2 Poacet. Gaz. hehd., jauv. 1872. - Duplay et Morat. Recherches sur a nature et la pathogénie du mal perforant (Arch. gén. de méd., 1873,

page 257).

(3) Rendu. Loe. cit,, p. 166.

Richet.

CONCLUSIONS

Un autre fait général, c’est que les altérations de la sensibilité ne sont pas en rapport avec 1 etendue des lésions des tissus. Ainsi dans les scrofulides, telles que lupus, où la lésion est extrêmement étendue, il n y apresque aucun trouble fonctionnel, tandis que dans le pitma- L rubra aigu, où on observe à peine quelques petites macules, il y a une analgésie assez détenue. Cela ne paraît-il pas démontrer que le système nerveux centra joue un grand rôle dans la production des maladies cutanées de cette nature ?

Nous pouvons maintenant envisager dans leur ensemble les différentes anesthésies périphériques, car leur etu e, en montrant qu’il n’y a pas d’identité absolue entre elles, nous a cependant appris que leur mécanisme était tressemblable.

En résumé, nous avons deux faits principaux ;

1" Vanesthésie est toujours précédée déune période d hyperesthésie. , , .

2» Les différentes sensibilités peuvent se paralyser tsole-

"^cls deux faits peuvent ainsi rentrer dans le cadre des lois physiologiques formulées dans le chapitre II. En effet, tous les agents excitateurs des nerfs, par cela meme . qu’ils excitent les nerfs, finissent par les épuiser : ils sont donc sont aussi des agents paralysateurs de ces nerfs, et

réciproquement: de sorte que, d’une manière tres-gene-

rale on peut dire qu’une anesthésie périphérique est produite par l’épuisement du nerf, et a toujours été précédée, soit d’une vive douleur, soit des symptômes caractéristiques de l’hypéresthésie. Cette hypéresthésie est extre

mement variable d’intensité et de durée, mais^ elle est constante. Entre la vive et rapide douleur qui suit la section d’un tronc nerveux, et les douleurs prolongées qui résultent de l'anhémie nerveuse, il y a une différence d’intensité, et de durée, partagées de telle sorte que 1 intensité supplée à la durée et la durée à l’intensité.

En second lieu, dire que les sensibilités peuvent se paralyser isolément, cela signifie simplement que lorsque un nerf est paralysé, certains excitants agissent sur lui, quand d’autres sont impuissants. C’est aussi ce que la physiologie enseigne. Un nerf est épuisé par des excitations mécaniques, qui réagit encore aux excitations électriques.

Expliquons ce fait, qui peut paraître obscur. Après la compression élastique et l’anhémie, on ne sent plus les impressions de contact, mais on sent encore des impressions de chaleur. Le nerf n’est donc plus excitable par le contact ; s’il était encore sensible aux excitations tactiles, on aurait des sensations tactiles, l’état des centres nerveux n’ayant pas changé. Il est donc paralysé pour la sensibilité tactile. Mais comme la sensibilité à la chaleur esthypéresthésiée,le moindre contact étant, même à l’état normal, une excitation de chaleur faible, produit, quand il y a de l’hypéresthésie. une sensation de chaleur forte. C’est, à la vérité, une hypothèse : mais cette hypothèse est préférable à une fin de non-recevoir, comme lorsque on rapporte la spécificité des sensations à des modifications ,particulières des troncs nerveux.

Après ces faits fondamentaux, nous pouvons signaler encore certaines propositions qui sont assez générales pour être rapportées de nouveau ici.

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