DANS LES NÉVRALGIES
l’anesthésie d’une région coïncide avec une sorte d’anémie et de cyanose dé cette région ; mais nous nous réservons de traiter cette question, en étudiant les phénomènes de la douleur chez les hystériques.
Des anesthésies liées à des lésions des nerfs, ou à des lésions de la peau.
Parmi ces anesthésies, nous établirons deux groupes. Le premier groupe comprendra les anesthésies liées à la névralgie et à la névrite des gros troncs.
Le second groupe comprendra les anesthésies qui accompagnent les maladies inflammatoires ou chroniques de la peau.
Groupe a. — Nous avons assez insisté sur les rapports entre l’hypéresthésie et l’anesthésie pour qu'il nous soit utile d’y revenir. Nous nous contenterons de remarquer qu’un nerf hypéresthésié est bien plus près d’un nerf anesthésié quen’ens-est un ner-f sain, et qu’il n’y a par conséquent rien d’anormal à voir sur le trajet d’un nerf malade, tantôt de l’hypéresthésie, tantôt de l’insensibilité.
Si l’on admet que la névralgie est une affection sine materiâ, ce qui semble toujours un aveu d’ignorance, la coexistence de l’anesthésie avec de vives douleurs, indiquerq qu’on a affaire non à une névralgie, mais àune névrite. Peut-être, comme l’a bien indiqué mon ami Landouzy (1), arrivera-t-on à distinguer la névralgie de la névrite par l'absence d’atrophie dansles muscles qu’innerve le nerf malade. Mais en tout cas, il est fort difficile parles symptômes
(1) De la sciatique et de l’atrophie musculaire qui peut la compliquer (Arch, gênîde mêd., 1875, p. 303).
1SO DES ANESTHÉSIES
subjectifs de distinguer la névralgie de la névrite. Aussi peut-on, au point de vue symptomatique, les confondre.
C’est Beau (1) qui a le premier signalé l’anesthésie dans les névralgies. Après lui il y eut quelques observations disséminées (2), un travail de Notta (3),' et surtout une thèse intéressante de Hubert Valleroux (4). Hubert admet que dans les névralgies et spécialement dans la névralgie sciatique, il est constant de rencontrer des points anesthésiques. Suivant lui, c’est une règle qui ne souffrirait que très-peu d’exceptions, toutes les fois qu’on explore attentivement la sensibilité. Il a remarqué encore que l’insensibilité cutanée est très-marquée là où la pression est le plus douloureuse. Ce fait, qui paraît invraisemblable, est pourtant en réalité plus commun qu’on ne le pense, et il a, selon nous, une grande importance au point de vue du diagnostic de la cause de la névralgie.
En effet, qu’avons-nous vu jusqu’ici dans les anesthésies nerveuses d’origine périphérique? La sensibilité à la douleur disparait après la sensibilité de contact, et, quelquefois même persiste dans les cas où il j a de l’anesthésie tactile. Au contraire, dans les anesthésies d’origine centrale, le nerf insensible à la douleur est encore sensible au contact.
Un autre point important à noter, c’est la facilité avec laquelle ces anesthésies apparaissent ou disparaissent,
(1) De la névralgie intercostale.
(2) Cf. Lagrelette. De la sciatique, Th. inaug. Paris, 1869.
(3) ArcTi. gên, de mêd. (Mêm. sur les lésions fonctionnelles qui sont sous la dépendance des névralgies'), 1854, t, IV, p. 1.
(4) De la sensibilité cutanée dans la sciatique,Th. inaug. Paris, 1870.