CARNOT
A Re
Pancréas. — La partie horizontale est complètement transformée en un caillot, ayant encore la lobulation superficielle de la glande. À la coupe, on ne reconnaît plus trace de glande : tout est rouge.
La partie verticale est, dans sa moitié supérieure, transformée en caillot : le reste est infiltré de sang dans les espaces interlobulaires ; à la section, quelques lobules seuls sont reconnaissables ; le reste est constitué par du sang coagulé.
Duodénum rempli de sang, seulement au-dessous de l’ampoule de Vater. Quelques taches graisseuses à la surface du pancréas.
Un ensemencement de sang, fait au milieu du pancréas vertical donne une culture de coli avec quelques grands bâtonnets à bouts carrés. L’urine recueillie dans la vessie ne contient pas de sucre.
L'EXAMEN HISTOLOGIQUE de ce cas montre des lésions extrêmement curieuses et complexes sur lesquelles nous reviendrons après étude plus approfondie.
La plus grande partie de la glande est remplie de sang. Ce sang est infiltré partout, entre les lobules, les acini, entre les cellules. On a, somme toute, les lésions histologiques de la pancréatite hémorrhagique, précédemment décrites.
La trame conjonctive est gonflée et présente à son intérieur une série de cryptes qui lui donnent l'aspect d’une coupe pinceautée. Cette lésion est plus spéciale encore et vraiment caractéristique au point où le tissu conjonctif normal est plus compact (vaisseaux, espaces interlobulaires, enveloppe de la glande, etc.).
Autour des vaisseaux surtout, le tissu Conjonctif normal donne l’apparence d'énormes bandes de sclérose tellement épaisses que les scléroses péri-artérielles observées jusqu’à présent par nous, sont infimes par comparaison. Ce tissu paraît, du reste, extrêmement pauvre en cellules, comme un tissu conjonctif adulte. Il est pourtant inadmissible que cette sclérose se soit développée en un jour, inadmissible également qu'elle ait préexisté dans la glande reconnue normale lors de l'opération. Ou voit, du reste, le plus souvent, des alvéoles au sein du tissu conjonctif, vides, comme pinceautées. Il s’agit bien évidemment ici, non pas d’une sclérose nouvelle ou ancienne, mais d'un gonflement extraordinaire des fibres conjonctives normales. Les alvéoles sont probablement remplies d’un liquide qui les distend: il en résulte un épaississement atteignant plus de dix fois la valeur de la trame conjonctive préexistante. ;
Une preuve en est fournie par la lumière des artères qui parfois, est extrémement réduite, à forme de sablier, le tissu conjonctif gonflé faisant hernie au milieu de chacune des faces et les deux bords étant accolés. Ce tissu conjonctif péri-artériel est, lui aussi, bourré d’alvéoles, distendues par un liquide, Il est extrêmement pauvre en cellules.
Un certain nombre de points représentent une infiltration de petites cellules rondes, n'ayant nullement l’apparence glandulaire, probablement une accumulation de lymphocytes.
En résumé : Glande infiltrée partout de sang : les acini et les cellules glandulaires ne sont, nulle part, reconnaissables, Par places, accumulation de cellules rondes, sous forme de petits nodules. Distension énorme et dissociation du tissu conjonctif normal qui paraît ainsi décuplé de volume et creusé d’alvéoles, surtout autour des vaisseaux.
Expérience ne 139.— Papaïne (dose moyenne: injection canaliculaire) ; 5 Jours.— Disparition d'une grande partie de la glande.—Infiltration de leucocytes.—Sclérose jeune.—Gonflement considérable des fibres conjonctives.
Chienne cauiche. Le 24 janvier, injection dans le canal de Wirsung de papaine (environ 0,10, dans 13 cc. d’eau).
La glande apparaît aussitôt piquetée de points rouges : elle présente immédiatement les altérations que l’on voit d'habitude sur les glandes mal conservées. Ces lésions, difficiles à décrire, sont très nettes. Nous ne les avons pas observées avec d’autres injections.
On injecte également dans le foie 5 centimètres cubes de la solution par piqère intra-parenchymateuse.
La chienne est sacrifiée le 29 janvier (5° jour).
AuTopsie. — Le pancréas est adhérent à l’épiploon. Il est extraordinairement dur sur toute son étendue.
Points hémorrhagiques vers le duodénum. Ganglions enflammés, rouges, gros au bord supérieur du pancréas.
Foie extrêmement mou, congestionné, ne se laissant même pas couper franchement au couteau, la partie injectée apparaît plus molle, granuleuse, altérée, avec un point blanc cicatriciel au niveau de la piqûre. Pas de péritonite. Autres organes sains.
Traces de sucre appréciables dans l'urine de la vessie. Au milieu du pancréas, une culture prélevée donne du coli (infection ascendante).
EXAMEN HISTOLOGIQUE. — Le pancréas est extrêmement malade. On y retrouve les mêmes altérations que dans le cas précédent, mais en proportions différentes ; l'hémorrhagie glandulaire n’est plus marquée que par une légère infiltration d'hématies à une certaine distance des vaisseaux. Les fibres conjonctives sont très augmentées de largeur et sont distendues, probablement, par un liquide ; l’intérieur de ce tissu scléreux est tapissé d’aréoles vides.
En grand nombre, les cellules glandulaires ont subi la dégénérescence graisseuse. Elles sont remplacées par une infiltration très serrée de leucocytes (lymphocytes, polynucléaires en petit nombre, mononucléaires). Un grand nombre de cellules conjonctives nouvelles poussent des prolongements au loin; entre elles apparaissent les fibres d’un tissu conjonctif nouveau. Sur plusieurs points, les cellules glandulaires subsistent. Elles sont en prolifération cellulaire et nucléaire ; on trouve un certain nombre d’entre elles à plusieurs noyaux. Les acini sont séparés
par des cellules conjonctives.