A BRUXELLES , AU DÉPÔT DE LA LIBRAIRIE MÉDICALE FRANÇAISE
Imprimerie de C. THUAU,
Cloître St. -Benoit, n.
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' PRÉFACE
Cinq années déjà sc sont écoulées depuis la publication .de nos Recherches sur l’absorption (i), ouvrage h la fin duquel nous annonçâmes que nous nous occupions d’expériences sur la digestion. Depuis lors nous avons consacré à l’étude de cette importante fonction tous les momens dont les devoirs de nos places nous permettaient de disposer. Cependant nos travaux ne roulèrent d’abord que sur la digestion des mammifères.
En i8a3, l’Académie des sciences de Paris mit la question suivante au concours
« L’imperfection des procédés d’analyse chimique n’a pas permis jusqu’à présent d’acquérir des notions exactes sur les phénomènes qui se passent dans l’estomac et dans les intestins , durant le travail de la digestion. Les observations et les expériences , même celles qui ont été faites avec le plus de soin , n’ont pu conduire qu’à des connaissances, superficielles sur un sujet qui nom intéresse d’une manière si directe.
(i) Versuche über die TVege auf welchen Substanzen aus dem Magen und Darmkanal ins B lut gelangen. Heidelberg, 1820, traduit en français par Heller, Paris, 1821.
vj PRÉFACE.
» Aujourd’hui que les procédés d’analyse des substances animales ou végétales ont acquis plus de précision, on peut espérer qu’avec des soins convenables on arrivera à des notions importantes sur la digestion.
» En conséquence l’Académie propose , pour sujet du prix de physique de l’année i8a5, de déterminer, par une série d’expériences chimiques et physiologiques, quels sont les phénomènes qui se succèdent dans les organes digestifs , durant l’acte de la digestion.
» Les concurrens rechercheront d’abord les modifications chimiques ou autres que les principes immédiats organiques éprouvent dans les organes digestifs, en s’attachant de préférence à ceux de ces principes qui entrent dans la composition des alimens , tels que la gélatine , l’albumine , le sucre, etc.
» Les recherches seront ensuite dirigées vers les substances alimentaires elles-mêmes , où se trouvent réunis plusieurs principes immédiats , en ayant soin de distinguer ce qui a rapport aux boissons d’avec ce qui regarde les alimens solides.
» Les expériences devront être suivies dans les quatre classes d’animaux vertébrés. »
Jaloux de contribuer autant qu’il était en nous h la solution de ce problème , dont l’Académie reconnaissait l’importance , nous étendîmes nos expériences aux classes des oiseaux , des reptiles et des poissons. Vers la fin de l’année dernière, terme fixé par l’Académie, nous envoyâmes notre travail, qui portait pour épigraphe :
’ PRÉrACB. Vlj
«Le livre du physicien, du physiologiste., du médecin , c’est la nature les qualités nécessaires pour le lire utilement sont la méthode , l’attention, la patience, la pénétration, l’exactitude, la modestie, et surtout l’amour sincère de la vé-
rite. » . •
Nous, ne négligeâmes pas de faire ressortir les difficultés qu’il fallait vaincre pour arriver h une solution complète du problème posé pari’ Académie ; nous allons signaler ici ces difficultés , afin que personne ne puisse s’imaginer que nous avons entrepris inconsidérément un travail sans connaître les obstacles, dont nous aurions à triompher. Elles sont telles qu’on est porté à croire que si l’Académie ellemême y avait consacré plus d’attention, elle aurait renfermé sa question dans dés termes moins étendus. - *
La première difficulté concerne la recherche de la composition et des propriétés des divers liquides qui concourent à la digestion* et qui se mêlent avec les alimens reçus dans le canal intestinal. Sans une connaissance exacte de ces liquides, il est impossible d’acquérir aucune notion positive relativement a l’action qu’ils exercent sur les alimens , et aux altérations que ces derniers subissent par leur mélange avec eux. On pouvait considérer les propriétés de quelques-uns des suc digestifs , l’intestinal et le pancréatique , comme n’ayant point encore été étudiées, et celles des autres, tels que le suc gastrique , la salive pure , au sortir de ses conduits excréteurs , et la bile , comme n’étant pas encore suffisamment connues. Il fallait donc, avant
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tout, faire une analyse exacte de tous les liquides qui concourent k la digestion. Or, il ne suffisait pas de les analyser sur un seul animal , parce qu’il était possible qu’ils présentassent des différences , nonseulement chez les animaux appartenant à des classes différentes, mais encore chez les carnivores et les herbivores d’une même classe, de panière qu’en ne les étudiant que dans une seule espèce, on aurait couru le risque de tirer des conclusions fausses. Quelques-uns de ces liquides, la salive et la bile, étaient faciles à obtenir purs et sans mélange. De grandes difficultés se présentaient, au contraire, par rapport aux sucs gastrique, intestinal et pancréatique , et il a fallu quelquefois créer de nouveaux procédés, afin de nous procurer ces liquides à l’état de pureté. Nous y sommes parvenus pour les sucs gastrique et pancréatique ; mais il nous a été impossible de recueillir le sucintestinal pur. A la vérité, nous avons essayé, sur des chiens, de prévenir l'épanchement de la bile et du suc pancréatique dans le canal intestinal , en liant les conduits cholédoque et pancréatique ; mais nous n’en avons pas été plus avancés , relativement au suc intestinal , parce que le canal s’enflammait k la suite de l’opération, que le suc sécrété par ses parois paraissait très -rouge, et que par conséquent la composition chimique de ce liquide avait changé. Nous avons donc été obligés de nous borner k l’examiner tel qu’on le trouve dans le tube intestinal des animaux a jeun.
Quant k ce qui concerne les altérations que les alimens subissent dans l’estomac et le canal intes-
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tinal , ce genre de recherches présentait aussi de grandes difficultés, les alimens simples, sur la digestion desquels furent faites nos premières expériences, ne possédant pas, pour la plupart, comme on sait, des propriétés assez saillantes pour quil soit facile de les reconnaître , h l’aide des réactifs chimiques, dans les diverses régions du canal alimentaire, lorsqu’ils y sont mêlés avec les sucs digestifs. Nous avions , pour constater la présence du sucre , ,
la propriété qu’il a de fermenter avec la levure , pour distinguer l’amidon , la manière dont il se comporte avec l’iode, et pour caractériser l’albumine , sa coagulabilité par la chaleur. Les graisses étaient faciles aussi a reconnaître; seulement on ne pouvait pas toujours déterminer si elles avaient été apportées du dehors , ou si elles provenaient soit de la bile , soit de quefque autre sécrétion. Mais h quels caractères et par quels réactifs chimiques aurions-nous pu reconnaître la gomme d’une manière précise , dans les diverses portions du canal intestinal ? La plupart des composés organiques azotés présentaient des difficultés encore plus grandes. Il est vrai qu’on reconnaît la gélatine h sa propriété de se prendre en gelée, a son insolubilité dans l’alcool, h sa solubilité dans l’eau, et à sa précipitabilité par le chlore et la teinture de noix de galle. Mais lorsque, dans le canal intestinal d’un animal nourri avec de la gélatine , nous ne trouvions aucune substance susceptible de se prendre en gelée , ce phénomène dépendait-il d’une décomposition de la gélatine, ou seulement de son mélange avec les sucs digestifs? Les précipités produits par le chlore
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et la teinture de noix de galle ne pouvaient pas , en pareil cas, autoriser à admettre l’existence de la gélatine comme un fait certain et positif, puisque les liquides sécrétés par le canal alimentaire donnent lieu à des précipités semblables , en vertu de l’albumine, de la matière salivaire et d’une autre matière, analogue à la caséeuse, qu’ils contiennent. Enfin le gluten, la fibrine, le fromage et l’albumine coagulée ont déjà une si grande ailinité chimique les uns avec les autres , dans leur état ordinaire , qu’il est fort difficile alors de les distinguer; mais lorsqu’ils se trouvent dissous dans les acides du suc gastrique et mêlés avec des liquides animaux de diverses espèces, il parait impossible, dans l’état actuel de l’analyse des substances organiques, de déterminer avec précision s’ils sont altérés ou non, et, dans le premier cas, quel changement ils ont pu subir. Toutes ces difficultés augmentent encore lorsqu’on étudie la digestion des alimens composés, du pain , des pommes de terre , du riz , de l’avoine , de l’qrge, de la viande, des os, etc., et elles se multiplient d’autant plus que les substances alimentaires elles - mêmes sont plus composées , qu’il peut par conséquent y avoir une diversité plus grande dans les réactions des diverses principes constituans des alimens et des sucs digestifs.
Ces remarques nous excuseront , dans l’esprit du lecteur équitable, lorsqu’il nous arrivera, en rapportant plusieurs expériences, de donner seulement des conjectures, en place de conclusions rigoureuses, et quelquefois même de ne hasarder aucune explication conjecturale. Nous avons cherché
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h faire disparaître autant que possible le vague des conclusions, en répétant souvent les expériences analogues , en indiquant avec exactitude toutes les circonstances, même celles qui pouvaient paraître insignifiantes, et en multipliant les analyses des substances contenues dans les diverses portions du canal alimentaire.
A l’égard des sucs digestifs chez les animaux à jeun, et du contenu du canal alimentaire apres qu’ils avaient été nourris de diverses substances , nous avons fait des analyses exactes toutes les fois qu’elles nous ont paru nécessaires. Mais, dans la plupart des cas, lorsque les matières contenues dans les diverses portions du tube digestif, après l’usage d’alimens composés, semblaient elles -mêmes trop composées, ou bien quand elles ne se rencontraient qu’en petite quantité, et qu’il y avait peu k espérer d’une analyse soignée, nous nous eu sommes tenus k la distillation, a l’incinération, k l’action de l’alcool et des acides sur la portion des cendres insoluble dans l’eau , et k celle d’un grand nombre de réactifs sur la portion soluble , dans l’espoir que ces procédés suffiraient pour faire reconnaître la présence ou l’absence des principes les plus importans. Les substances recueillies dans le canal intestinal ont été filtrées, après toutefois les avoir étendues d’eau distillée, lorsqu’elles étaient trop consistantes, circonstance que nous n’avons jamais omis de relater. Le résidu sur le filtre a presque toujours été examiné par le moyen de l’alcool et d’autres réactifs. Quant k la liqueur filtrée, une portion en a cté essayée par les réactifs, une autre distillée, soit
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seule, soit avec un acide , pour y découvrir les acides volatils et l’ammoniaque, une troisième évaporée à siccité et analysée par la voie humide , surtout ' au moyen de l’alcool, une dernière enfin incinérée.
En traitant du chyle, nous nous sommes attachés principalement à indiquer les proportions relatives du caillot et du sérum, tant dans l’état frais que dans l’état sec. A çet effet nous mettions le chyle coagulé dans un entonnoir dont le bec fût incomplètement fermé par un tube de verre , et nous favorisions l’écoulement du sérum en agitant souvent le caillot avec ce tube. Au bout de quelques heures nous déterminions le poids du caillot et du sérum. Souvent les deux poids réunis se trouvaient inférieurs à celui du chyle entier, parce qu’une portion de l’eau s’était évaporée pendant l'expérience. Le caillot et le sérum étaient ensuite desséchés au bain-marie et pesés de nouveau. Souvent aussi on les a soumis de plus h l’analyse , tant par la voie humide que par la voie sèche.
A l’égard des réactifs dont nous nous sommes servis dans nos analyses, l’iode, le chlore, la baryte, le sulfate de fer, le sulfate de cuivre , le per-chlorure de mercure et le proto-nitrate de mercure ont été employés en dissolution presque saturée ; l’acide hy drochlorique, l’acide nitrique, le chlorure d’étain, l’acétate de plomb neutre et le sous -acétate de plomb, dans un état de concentration médiocre ; enfin le perchlorure de fer, dans un, grand état de dilution. Le chlorure d’étain et le sulfate de fer devaient être considérés, a cause du fréquent contact de l’air,
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comme des mélanges de sels à bases d’oxide et d’oxidule.
Les réactions devaient se manifester tantôt plus fortes et tantôt plus faibles , suivant que les liquides intestinaux avaient été ou non étendus d’une quantité variable d’eau avant la filtration, suivant la proportion respective du liquide et du réactif, un excès de l’un ou de l’autre empêchant souvent la réaction d’avoir lieu, etc. Cependant nous nous flattions de pouvoir distinguer, dans un nombre suffisant d’expériences, ce qui dépendait du hasard, de ce qui tenait essentiellement h la nature des liquides. Nous espérions aussi qu’outre les conclusions que nous avons tirées de ces réactions , on en pourrait déduire d’autres encore lorsque la connaissance des matières animales serait plus avancée. C’est dans cette vue , comme aussi pour faire passer fidèlement les expériences sous les yeux du chimiste et du physiologiste, afin qu’ils soient en état de juger nos con- ' clusions, que nous avons joint un si grand nombre de tables à notre travail.
Nous avons procédé de la manière suivante h l’examen des cendres des divers liquides animaux. Après les avoir traitées par l’eau, nous avons cherché dans la dissolution, savoir : le carbonate alcalin par la teinture de tournesol , et par les acides , qui produisent une effervescence ; le sulfate alcalin, par le chlorure acide de barium; le chlorure alcalin, par le nitrate acide d’argent; le phosphate alcalin, en versant du chlorure de calcium dans la liqueur, dissolvant le précipité dans l’acide hydrochlorique, chassant tout l’acide carbonique parl’é-
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bullition , et ajoutant ensuite de l’ammoniaque, qui précipitait le phosphate calcaire, quand il s’en était formé. Quant à la nature de l’alcali , nous l’avons déterminée d’une part au moyen du chlorure de platine , de l’autre , en faisant rougir une partie de la dissolution aqueuse des cendres avec de l’acide sulfurique, dissolvant le résidu dans l’eau, et le faisant cristalliser. La nature des cristaux dévoilait facilement la soude ou la potasse. A l’égard de la portion des cendres insoluble dans l’eau, nous la faisions dissoudre dans l’acide hydro-chlorique. Une partie de cette dissolution était essayée par le sulfocyanure de potassium, pour reconnaître si elle contenait du fer ; une autre était précipitée par l’ammoniaque, puis, après l’avoir filtrée, on y versait de l’oxalate de potasse, et s’il se formait encore un précipité, on filtrait de nouveau, pour verser de la potasse caustique dans la liqueur. Le premier précipité était attribué a du phosphate de chaux contenu dans la cendre (mais avec lequel pouvaient cependant être mêlés du phosphate de magnésie et 'du fer), le second à du carbonate de chaux, et le troisième h de la magnésie.
Durant l’exécution de notre travail ( h la fin de novembre 1824) nous reçûmes le cahier de juillet du Journal de M. Magendie, contenant les résultats que M. Chevreul a obtenus en examinant diverses sortes de bile. Si, d’une part, nous avons été charmés de ce qu’un chimiste aussi versé dans l’art d’analyser les substances organiques, était arrivé aux mêmes résultats que nous , de manière que l’autarité de son nom donnait un puissant appui h beau-
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coup de nos découvertes , d’un autre côté nous ne pûmes d’abord nous empêcher de craindre que l’Académie ne soupçonnât que nous avions été conduits par le travail de M. Chevreul à la connaissance de la choléstérine, de l’acide margarique et de l’acide oléique, ainsi qu'à celle des propriétés particulières du principe colorant de la bile, tant dans la bile ellemême que dans le sang des ictériques.
Cependant nous pouvons assurer que tous ces points avaient déjà été éclaircis par nous, lorsque le travail de M. Chevreul tomba entre nos mains. La présence de la choléstérine dans la bile de bœuf nous était connue dès l’été de l’an i 8 a 3 , et nous pourrions non - seulement invoquer le témoignage d’un grand nombre d’amis à qui nous avons fait part de ce fait, mais encore prouver que nous l’avons communiqué en mai 1824 à la société d’Histoire naturelle et de Médecine de Heidelberg (1). Nous découvrîmes dans l’hiver de i 8 a 3 à 1824 l’action particulière de l'acide nitrique sur le principe colorant de la bile. Au printemps de l’année 1824 nous réussîmes à démontrer la présence de ce principe dans le sérum du chyle et du sang des chiens dont le canal cholédoque avait été lié ; mais ce fiat seulement le 2 septembre que nous eûmes occasion de trouver aussi ce principe colorant dans le sang d’un ictérique, par le moyen de l’acide nitrique.
( 1 ) foeidelb. Jahrb. dèr Literalur. Jahrgang 17. Intelligenzblntt, n" x.
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Quant aux acides margarique et oléique , nous ne les avons trouvés dans la bile de bœuf qu’aux mois de juillet et d’août 1 824, par conséquent après M. Chevreul , mais peu de temps après lui, et avant que son travail fût venu à notre connaissance. La manière très-différente dont nous nous y sommes pris pour retirer l’acide margarique de la bile de bœuf, prouve assez, nous l’espérons, que nous n’avons pas été conduits à cette découverte par des données du dehors. . . ; :
Nous espérons donc que la presque simultanéité des découvertes de M. Chevreul ne fera pas perdre à notre travail de son importance dans l’esprit des savans, car cette çirconstance ne peut que lui être favorable , en attestant son exactitude et sa justesse. ,
Il en est de même pour ce qui regarde l’acide hydro-chlorique libre trouvé dans le suc gastrique des animaux. L’honneur de la première découverte appartient à M. Prout. Mais nous l’avons faite également, sans connaître ses recherches, au mois de février 1824, en distillant diverses liqueurs stomacales, et ce fut seulement un mois après que le mémoire de M. Prout sur cet objet nous parvint.
Enfin nous allons consigner ici quelques remarques sur la nature du sang, que nous avons eu occasion de faire dans le cours, de nos recherches; nous nous réservons de les développer davantage dans un temps plus opportun.
i°. Tous les sangs que nous avons traités par l’éther lui abandonnaient un peu de graisse. Le sérum du sang d’un veau était si laiteux, que par
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le repos il se couvrit d’une couche de crème blanche. 11 suit de lh que le sang ne contient pas de la graisse dans certaines maladies seulement, mais encore dans l’état de santé.
a*. L’éther privé d’alcool coagule sur-le-champ le blanc d’oeuf de poule : il se forme une gelée blanche et translucide, qui absorbe une grande partie de l’éther. Le même réactif ne coagule ni le sérum du sang, ni celui du chyle; les deux liquides deviennent seulement plus diaphanes, parce qu’ils abandonnent h l’éther la graisse qu’ils tenaient en suspension. 11 doit par conséquent y avoir de la différence entre l’albumine de l’œuf de poule d’une part, celle du sang et du chyle de l’autre (i).
3°. Si l’on fait bouillir avec un excès d’alcool du sang battu, dépouillé de sa fibrine, et frais oü coagulé par l’ébullition , si ensuite on filtre la liqueur, il finit par rester sur le filtre une masse presque décolorée , et l’on obtient une décoction d’un brun rougeâtre foncé. Cette liqueur, en se refroidissant , dépose beaucoup de flocons d’un rouge clair, qui lui donnent souvent une apparence gélatineuse , et qui se dessèchent sur le filtre en une masse terreuse d’un brun-rougeâtre clair. Le reste de la liqueur a conservé en grande partie sa couleur, et il donné, quand on l’évapore , une masse d’un brun foncé , qui , après avoir été incinérée , laisse beaucoup d’oxidè de fer.
(i) L’éthcr pur ne coagule pas non plus le lait de vache, et il n'y a que celui qui contient de l’alcool qui produise eet effet.
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La substance qui se précipite pendant le refroidissement 'de l’alcool , qui ne se dissout ni dans l’éther ni dans l’alcool absolu , qui se dissout peu dans l’alcool aqueux a chaud , qui se dissout facilement dans l’acide acétique, en lui donnant une couleur brune, et qui communique à l’eau une couleur rouge-brune , nous paraît être une matière analogue à la gliadine , laquelle a entraîné avec elle un peu de graisse et de matière colorante du sang. Nous présumons que le reste de la dissolution air coolique contient le principe colorant du sang plus pur et dégagé de l’albumine qui paraît jouer le principal rôle dans celui qu’on prépare d’après le procédé de M. Berzelius. Cependant notre principe colorant est plutôt marron que brun, ce qui indique un commencement de décomposition.
4°- Si l’on mêle du sang de bœuf battu et dépouillé de fibrine avec de l’acide hydrochlorique en excès, il se produit d’abord un précipité brun, très-abondant; mais la plus grande partie de ce précipité ( c’est-à-dire l’albumine ) se redissout dans l’excès d’acide , et le principe colorant demeure précipité , engagé dans une combinaison quelconque. Le précipité se dissout aussi dans l’alcool bouillant, à l’exception d’un peu de matière incolore (un reste d’albumine), et la dissolution, lorsqu’elle se refroidit , se prend quelquefois en gelée , par la séparation de la gliadine ou d’une autre matière quelconque.
5". Quand on fait bouillir du sang de bœuf battu avec de l’eau , on obtient un liquide brun rougeâtre.
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6*. Si l’on fait passer un courant de gaz acide hydro-sulfurique h travers du sang de bœuf battu 1 et débarrassé de sa fibrine , une grande quantité de. ce gaz est absorbée , ej le sang prend une couleur verte d’olive sale par réflexion , rouge salé et trouble par transmission. L'action décomposante 4 de l’acide hydro-sulfuiéque aurait-elle assimilé le principe colorant du sang à celui de la bile ? car la dissolution de la bile dans l’alcool présente aussi ces deux sortes de Couleur. La coülèur du sang, altérée de cette manière par l’acide hydrosulfuriqué, ne peut-être ramenée a son état primitif ni par îeS acides ni par les alcalis.
Nous espérons que ces faits mèneront h une connaissance plus exacte du principe colorant du sang: Ici se termine ce que nous avions h dire du plan de notre travail, des difficultés qu’il présentait, et des moyens que nous avons mis en usage pour écarter les obstacles. Parlons maintenant du sort qu’il a éprouve auprès de l’Académie.
La classe des Sciences physiques avait désigné une Commission composée de MM. Magendie, Thénard , Gay-Lussac , Cuvier et Duméril , pour examiner les Mémoires envoyés au concours sur là question relative a la digestion. Le Moniteur du 30 juillet i8a5 nous fit connaître le résultat de l’examen de la Commission , dans les termes suivâné’:
« L’Académie royale des Sciences avait proposé en i8a3 pour sujet de prix qu’elle dévait décerner dans cette séance , < i
» De déterminer, par uïle série d’expériènééfc chimiques et physiologiques , quels sont lé$ pfiê-
*£,. PRÉFACE
n o mènes qui se succèdent dans les organes digestifs dînant l’acte de la digestion.
» Il résulte de l’examen des pièces du concours , qu’aucune d’elles n’a entièrement satisfait aux vues de l’Académie. Toutefois , deux Mémoires portant les numéros de réception i et a , ont été jugés dignes d’être mentionnés honorablement. Les auteurs ont fait un grand nombre d’expériences , et ils ont obtenu des résultats remarquables. D’après ce motif, et en considération des recherches dispendieuses auxquelles les auteurs se sont livrés, I* Académie attribue , à titre d’encouragement, une somme de quinze cents francs pour le Méihoire n°. i j et une pareille somme pour le Mémoire n°. 2. Les auteurs du premier Mémoire sont MM. François Leuret , élève interne de la Maison royale de Charenton, et Louis Lassàigne, préparateur du cours de physique et de chimie a l’Ecole royale d’Alfort. L’auteur du second Mémojre n’a pas fait connaître son nom, et il est invité de déclarer son intention au secrétariat de l’Institut. »
Comme nous ne nous sentions pas le besoin de recevoir des mains de l’Académie des Sciences de Paris un encouragement pour nos travaux littéraires , et que nous n’attachions pas une grande importance à ce que nos noms fussent proclamés , nous refusâmes l’une et l’autre offre dans la lettre suivante : , ,
... « Les juges de notre Mémoire sur la digestion , le résultat d’un travail pénible de plusieurs années, ne l’ayant pas trouvé digne du prix, nous ne pouvons accepter, ni la mention honorable, ni la ré-
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compense de quinze cents francs qu’ils veulent bien nous offrir. Noùs prions donc l’Académie de faire parvenir aussitôt que possible a l’un de nous le rapport critique de la Commission, sur lequel estfondé le jugement , ainsi que de remettre le Mémoire avec l’épigraphe : Le livre du physicien , du physiologiste , du médecin , c’est la nature. C’est pour le moment tout ce que nous demandons de cette célèbre Société. Nous ne tarderons pas h soumettre notre travail au jugement impartial du monde savant. » ( Heidelberg , le a5 juin 1 8a5. )
L’Académie n’a point répondu a la prière , non déplacée sans doute, que nous lui adressions de nous communiquer les motifs sur lesquels le jugement de la Commission était appuyé , et dont nous comptions profiter pour notre, instruction. Elle ne l’a pas fait pour des raisons faciles h deviner. En effet , la Commission n’a point répété les expériences indiquées dans les Mémoires soumis au concours , et c’était cependant ce qu’elle devait faire pour que son jugement eût un certain degré de solidité. Qu’on lise , pour s’en convaincre , le Mémoire de nos compétiteurs, qui est déjà publié (i). Les résultats des expériences de MM. Lcuret et Lassaigne sont , pour la plupart , en contradiction directe avec ceux des nôtres. Si la Commission avait seulement répété quelques-unes des expériences les plus importantes, et pesé les conclusions qui en
(i) Recherches physiologiques et chimiques pour servir à rhistoire de la digestion, par Leuret et Lassaigne, Paris, ïSaSrin-S 0 .
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découlent , elle n’aurait pas pu placer sur la même ligne deux Mémoires qui sont si contradictoires dans leurs résultats. En cet état de choses, il est facile de se mettre dans la position de la Commission appelée a prononcer. Elle parait avoir jugé possible que les résultats de l’un ou de l’autre travail ne fussent pas exacts, c’est pourquoi elle ne voulut pas s’exposer au reproche éventuel d’avoir couronné des ouvrages qui étaient indignes du prix. Mais, d’un autre côté, elle parait avoir pensé aussi que les résultats pouvaient être vrais , et qu’elle encourrait un juste blâme si elle traitait avec dédain des travaux destinés peut-être a agrandir le champ de nos connaissances au sujet d’une fonction aussi importante que la digestion. Qu’y avait-il donc autre chose h faire pour sortir d’embarras , si ce n’est de prendre un terme moyen , c’est-à-dire de partager la valeur du prix entre les concurrens, en y ajoutant une mention honorable , sans couronner aucun travail. Mais, en écoutant ainsi la voix de la prudence, la Commission a oublié que les expériences sur la digestion seraient assurément répétées, que les expérimentateurs décideraient quels étaient ceux des concurrens qui avaient observé bien ou mal , tiré des conclusions exactes ou fausses, et que par conséquent sa décision ne s'accorderait pas avec le jugement prononcé par l’équité.
Il nous serait facile de relever les erreurs contenues dans l’ouvrage de nos compétiteurs , si nous ne craignions pas de faire penser au lecteur que nous sommes inspirés par la partialité ou même par l'animosité. Mais comme, par des motifs qui ne nous
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