‹ Recherches expérimentales, physiologiques et chimiques, sur la digestion, considérée dans les quatre classes d'animaux vertébrésChapitre 42 sur 57 · C. Le troisième estomac renfermait , dans ses interstices · texte numérisé non relu

C. Le troisième estomac renfermait , dans ses interstices

beaucoup de masses caséeuses, qui rougissaient le tournesol avec plus de force encore que ne faisait la matière précédente.

D. On trouva dans le quatrième estomac environ 4ooo grammes d’un mélange de liquide jaune-pâle avec des masses caséeuses , dont quelqués-unes avaient un pouce et jusqu’à un pouce et demi de diamètre.'

E. Le premier tiers de l’intestin grêle contenait une masse jaune, laiteuse, assez homogène, ayant la consistance de la crème.

F. Le contenu du second tiers de l’intestin grêle était semblable au précédent, mais d’un jaune plus foncé, plus consistant , écumeux et mêlé de flocons muqueux.

G. Celui du dernier tiers de l’intestin grêle était encore plus coulant que le précédent, d’un jaune orangé, muqueux, non écumeux.

H. La masse contenue dans le cæcum était encore plus diffluentc et plus orangée que celle du dernier tiers de l’intestin grêle , et muqueuse. 1 •

/. Le colon contenait une bouillie molle , d’un jaune brunâtre , avec des flocons muqueux. ' • '

Examen de la partie insoluble dans l’eau du contenu de * diverses portions du canal intestinal. — Le contenu de l’estomac et des intestins , à l’exception de celui du second estomac, qui était trop peu considérable pour qu’on s’y arrêtât, fut délayé dans de l’eau , puis filtré. La filtration s’opéra très-lentement, surtout pour les portions provenant des trois divisions de l’intestin grêle. «•

Examen des résidus qui restèrent sur le filtre. — Celui du premier estomac était très-peu considérable. On le laissa sécher sur le filtre , après quoi on le fit bouillir avec de l’alcool. La liqueur alcoolique filtrée était verte. En se refroidissant, elle fut troublée par de la graisse qui s’en sépara, et que l’on recueillit sur un filtre. Le reste de la liqueur, qui était verte , laissa, par l’évaporation, une très-grande quantité d’huile brune et peu coulante , sur laquelle se trouvait une couche mince de résine d’un vert d’émeraude (chlorophylle).

Le résidu du troisième estomac consistait en une matière

DE LA DIGESTIOrr

caséeuse, parfaitement semblable à la suivante , et dont onne poussa pas l’examen plus loin.

Celui du quatrième estomac se composait de masses caséeuses très-solides. On en fit bouillir une partie avec de l’alcool , qui fut ensuite filtré bouillant. De la matière caséeuse resta sur le filtre. La liqueur filtrée devint, après le refroidissement , blanche et très-trouble , ce qui obligea à la filtrer de nouveau. Cette fois , il resta sur le filtre une graisse blanche , qui , redissoute dans l'alcool bouillant , se précipita , par le refroidissement , sous la forme de poudre , et non sous celle de cristaux. L'alcool, séparé de cette graisse au moyen de la filtration, laissa, après avoir été évaporé , un extrait brunclair, translucide, brillant et tenace, qui exhalait l’odeur du beurre. L’eau dissolvait la plus grande partie de cet extrait , en prenant une teinte brune , et la> liqueur précipitait abondamment la teinture de noix de galle , le per-chlorure de mercure et le nitrate de plomb ; elle se troublait par l’acide hydro-chlorique , et n’agissait point sur l’acide nitrique , le per-chlorure de fer, le sulfate de cuivre, l’alun, la teinture de tournesol. La portion non soluble dans l’eau était probablement huileuse , autant que sa petite quantité nous permit d en. juger. v/pu. usiiuxà

Une autre portion du résidu caséeux, du quatrième estomac fut mise en digestion avec de l’eau et du carbonate de baryte , opération dans le cours de laquelle la masse se divisa un peu. La liqueur obtenue ensuite par filtration était incolore i elle avait la propriété, remarquable de se troubler dès la température d’environ 3o degrés , et de redevenir claire çn se refroidissant. Le carbonate de potasse , l’açide sulfurique et, la calcination y indiquant la présence d’une grande abondance de baryte, on y ajouta une égale quantité d’alcool, qui en sépara quelques flocons blancs. La liqueur alcoolique fut précipitée par la teinture de noix de galle et par le carbonate de potasse. En conséquence, elle contenait nonseulement de la matière caséeuse, mais encore de la baryte. Les flocons précipités par l’alcool sc gonflèrent dans l’eau ,. s’aglut Lièrent, et se résolvirent presqu’entièrement, dans l'espace de vingt-quatre heures, en un liquide qui sc trou—

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blait également dès qu’on le chauffait, puis redevenait clair en se refroidissant , et dans lequel l’emploi des moyens indiqués ci— dessus décela la présence de la baryte. Il fut donc impossible d’isoler le caséum pur au moyen du carbonate de baryte , parce que l’acide du coagulum formait un sel soluble avec la baryte (i).

Le résidu du premier tiers de l’intestin grêle était peu abondant , homogène , d’un blanc verdâtre , et couvert d’une couche de graisse blanche. L’alcool , qu’on fit bouillir avec lui , passa d’un jaune pâle à travers le filtre , et abandonna , par le refroidissement, une très-grande quantité de grands flocons. Ceux-ci, recueillis sur un filtre, parurent, après avoir été séchés , sous la forme d’une graisse blanche et pulvérulente , qui ne prit nullement l’aspect 'ame lieux , même après avoir été redissoute dans l’alcool chaud. La liqueur al* coolique filtrée laissa, après l’évaporation, un extrait trouble et jaune , avec des gouttes de graisse d’un brun clair , qui se fi- > gèrent par le refroidissement. L’eau dissolvait l’extrait. La dissolution exhalait une faible adeur animale , et se troublait légèrement par le nitrate de plomb, le per-ehlorure de mercure et la teinture de noix de galle ; les acide? hydro - chimique et nitrique n’y produisaient pas de trouble. , • i ' ; • v*.

Le résidu du second tiers defintestin grêle était, dans l’état humide , homogène , blanc-brunâtre et graisseur; dans l’état sec , jaunâtre et translucide. Bouilli avec de l’alcool , il donna une liqueur d’un jaune pâle , de laquelle se séparèrent , par le refroidissement , des flocons graisseux blancs , beaucoup moins abondans: que ceux du résidu précédent.

Çes flocons, réunis sur un filtre, avaient un aspect terne et graisseux. La liqueur filtrée :fut évaporée 4 elle laissa une masse grasse , jaune et translucide. L’eau laissa, sans y toucher, la plus grande partie de cette masse sous la forme

(1) Une de nos expériences indique aussi U présence de la baryte dans le caséum obtenu par la méthode de Berzelius, c’est-à-dire en faisant digérer avec du carbonate de baryté le précipité produit par l’acide sulfurique versé dans le lait.

DE LA DICESTIOÎT

d’une graisse blanchâtre ; la dissolution aqueuse était trouble, ce qui empêcha d’en bien observer les réactions.

Le résidu du dernier tiers de l’intestin grcle présentait, dans l’état humide, des flocons jaunâtres homogènes, et dans l’état sec, une masse jaune-brunâtre. L’alcool qu’on fit bouillir avec cette masse , était d’un jaune pâle ; par le refroidissement , il déposa autant de flocons graisseux que celui du résidu précédent. Ces flocons , recueillis sur un filtre , se présentèrent sous la forme d’écailles minces et nacrées , qui n’entrèrent pas en fusion au bain-marie , et qui étaient, par conséquent, de la choléstérine. En évaporant la liqueur alcoolique filtrée , on obtint une masse jaune et translucide , dont l’eau laissa la plus grande partie , sans l’attaquer , sous la forme de flocons' graisseux jaunes et opaques. La dissolution aqueuse , peu trouble, se troubla médiocrement par l’acide hydro-chloriquc , l’acide nitrique, le nitrate de plomb, le per-chlorure de mercure et la teinture de noix de galle.

Le résidu du cæcum était une masse tenace , jaune-brunâtre , semblable aux cxcrémcns de l’enfant, et mêlée de mucus et de fibres ligneuses. L’alcool bouillant ne lui enlevait pas sensiblement sa couleur. Il passait à traversée filtre teint en vert-brunâtre, abandonnait, par le refroidissement, autant de flocons graisseux que celui de la seconde portion de l’intestin grêle, consistant également presque tout entiers en choléstérine , et donnait à l’évaporation un extrait brunfoncé , qui , traité par l’eau , laissait une grande quantité de flocons huileux d’un brun foncé.

Le résidu du colon avait le même aspect que le précédent. Sa décoction alcoolique était verte. Elle ne se troublait pas d’une manière sensible par le refroidissement , et laissait , après avoir été évaporée , une masse stéaro - résineuse , brune et onctueuse. Cette masse fut agitée avec de l'alcool; que l’on décanta ensuite. La portion non dissoute était d’un brun verdâtre sale , et grasse au toucher. La liqueur alcoolique laissa , à l’évaporation , un résidu jaune et onctueux au toucher. Ce résidu se dissolvit dans l’eau , à l’exception

de beaucoup de graisse.

D’après ces expériences, l’alcool enleva à la partie des diverse

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contenus qui était restée sur le filtre après le délaiement dans l’eau et la filtration : dans le premier , de la chlorophylle , de la stéarine et de l’huile brune ; dans le quatrième , du suif , une matière animale , et peut-être un peu d’huile ; dans le cinquième , beaucoup de stéarine, une matière animale , et peut-être un peu d’huile ; dans le sixième , de la stéarine et une matière animale ; dans lq septième , de la choléstérine , de la stéarine ( ? ) et une matière animale ; dans le huitième , de la choléstérine , de la stéarine (?) , de la résine biliaire ( ?), du principe colorant de la bile ( ?) et une matière animale ; dans le huitième, de la stéarine (?), de la résine biliaire (?), du principe colorant de la bile (?) et une matière animale.

Peut-être y avait-il aussi de l’acide stéarique , auquel on ne faisait point encore attention à l’époque de ces recherches.

Examen des liqueurs filtrées obtenues après avoir étendu d’eau les divers contenus. — La liqueur filtrée du premier estomac était d’un jaune pâle et claire. Une partie fut essayée par les réactifs ( Voyez la table). L’autre fut distillée au bain-marie , jusqu’à ce qu’il ne restât plus qu’un faible résidu.

Ce dernier consistait : x°. en un coagulum d’un b)anc brunâtre , tirant sur le jaune, qui se gonfla un peu lorsqu’on le mit digérer avec du vinaigre , mais ne se dissolvit qu’en partie , de manière que le vinaigre était troublé fortement par la teinture de noix de galle , et faiblement par le cyanure de fer et de potassium (1) ; a 0 , en un liquide limpide , d'un brun clair , qui rougissait le tournesol avec force , se troublait légèrement par l’acide nitrique , et donnait un précipité abondant parla teinture de noix de galle.

Le produit de la distillation était clair , exhalait une odeur d’empyreume animal , rougissait fortement le tournesol , et ne déterminait cependant pas la coagulation du lait. Celte dernière n’avait pas lieu non plus lorsque l’on faisait chauffer,

(i) Le coagulum que le vinaigre produit dans le lait se dissolvait aussi, par la digestion, dans un excès de vinaigre.

DE LA DIGESTION

avec un peu de lait , le produit de la distillation uni au liquide qui était resté dans la cornue , même quand on mettait un grand excès de celui-ci. Le principe coagulant avaitil été détruit, ou bien était-il passé dans le caillot qui se forma pendant la distillation ?

La liqueur filtrée du troisième estomac , qui était incolore et claire , fut consacrée uniquement à des réactions.

Celle du quatrième estomac était d’un jaune pâle et presque parfaitement claire.

a. Une partie servit à des réactions.

b. Une autre partie fut employée à expérimenter son action coagulante sur le lait. Lorsqu’on mêlait du lait avec une petite quantité de la liqueur filtrée , et qu’on exposait le mélange à une chaleur .modérée , d’environ 36 degrés, il s’opérait rapidement une coagulation complète , de sorte qu’on voyait se former un caillot gélatineux , parfaitement cohérent , tandis qu’il se séparait peu à peu un liquide clair. Cette propriété ne paraît pas tenir uniquement à des acides contenus dans la liqueur ; d’un côté , parce que ces acides s’y trouvent en très-petite quantité , et de l’autre , parce que d’autres acides produisent un coagulum tout-à-fait différent. Si l’on versait dans du lait de l’acide acétique , butyrique ou hydro-chlorique très- étendu , ou un mélange quelconque de ces acides , et qu’on chauffât le tout , on observait à la vérité le phénomène de la coagulation; mais il fallait cependant que la quantité d’acide fût assez considérable , et le coagulum , au lieu d’être cohérent et gélatineux, ne consistait qu’en des grumeaux épais et caséeux.

c. Une troisième portion fut précipitée , au moyen de l’ébullition , par le vinaigre distillé. Le liquide séparé des flocons produisit encore un précipité abondant quand on y ajouta du per-chlorure de mercure. Il contenait donc encore une matière caséeuse. On remarqua aussi que les flocons produits par le vinaigre se redissolvaient , sous l’influence de la chaleur , dans un excès de ce réactif.

d. Une quatrième portion fut distillée au bain-marie.

Il resta dans la cornue un caillot brun-clair et un liquide limpide , d’un brun foncé. Le caillot agit sur le vinaigre

comme celui qu’on avait obtenu du premier estomac. Le liquide rougissait très-fortement le tournesol , et la teinture de noix de galle y faisait naître un précipité fort abondant.

Le produit de la distillation était clair, et rougissait fortement le tournesol , moins toutefois que le liquide resté dans la cornue. Son odeur se rapprochait de celle du lait. Il n’avait pas le pouvoir de coaguler le lait chaud. Lorsqu’on le mêlait avec le liquide resté dans la cornue , pour régénérer en 'quelque sorte la liqueur primitive du quatrième estomac , il fallait une bien plus grande quantité de ce mélange pour opérer la coagulation du lait chaud , et le caillot n’était pas cohérent , mais formé seulement de petits grumeaux caséeux , détachés les uns des autres. Le principe coagulant particulier de la présure avait donc , comme dans la liqueur distillée du premier estomac , disparu après la distillation.

Le produit de la distillation de lâ liqueur filtrée du quatrième estomac fut mêlé avec celui de la liqueur filtrée du premier, et saturé par la digestion avec de l’oxide de plomb. La dissolution obtenue de cette manière parut , à l’évaporation, perdre un peu de son acide, et se changea ainsi en partie en un sel avec excès de base , car le résidu ne se redissolvait qu’en partie dans l’eau , et ce qui demeura insoluble dans ce véhicule, ayant été évaporé et distillé avec de l’acide phosphorique, donna un liquide aqueux et acide, dans lequel, nageaient quelques gouttes d’huile incolore et claire, et qui exhalait une odeur de beurre très-pénétrante. Indépendamment de cet acide butyrique , la liqueur contenait encore de l’acide acétique j mais il n’y avait ni acide hydro-chlorique, ni acide sulfo-cyanique.

e. Une cinquième portion de la liqueur filtrée fut incinérée ( Voy. plus bas).

La liqueur filtrée du premier tiers de l’intestin grêle était d’un jaune pâle , et trouble. (Ce trouble était-il dû à de la graisse ? )

Line partie fut essayée par les réactifs. Le coagulum

288 DE LA DIGESTION

qu’elle donna par l’ébullition , agissait sur le vinaigre de la même manière que celui du premier estomac.

Une autre partie fut incinérée.

La liqueur filtrée du second tiers de l’intestin grêle était claire , et un peu plus jaune que la précédente.

Celle du troisième tiers du même intestin était claire et encore plus jaune.

Celles du cæcum et du colon étaient claires et d’un jaune

Ces quatre dernières liqueurs furent en partie essayées par les réactifs et en partie incinérées.

Incinération des liqueurs filtrées obtenues après avoir délayé le contenu des divers portions du canal alimentaire dans Veau. — On évapora à siccité et l’on incinéra dans un creuset de platine , i°. le produit de la liqueur filtrée du quatrième estomac; 2 °. celui des liqueurs fdtrées des trois portions de l’intestin grêle , mêlées ensemble ; 3°. celui de la liqueur filtrée du cæcum.

Voici quelles furent les réactions de la portion des cendres soluble dans l’eau.

RÉACTIFS

4*. ESTOMAC

INTESTIN GRELE

COKCUM.

Teinture de tournesol rougie. ■ • Acide hydro-

chtnrique à

Légère coloration en bleu.

Légère effervescence.

Coloration médiocre en bleu.

Légère effervescence.

Coloration me diocre en bleu.

Légère effervescence.

Chlorure de calcium, acide hydro-chlorique , ammoniaque. • Chlorure de ba-'

Flocons médiocres.

Grands flocons.

Léger précipité.

Léger précipité.

IVilrate acide-

d'argent

Dissolution de

Grands flocons.

Précipité abondant.

Grands flocons.

Précipité abon dant.

Grands flocons.

Précipité abondant. !

La portion de ces cendres insoluble dans l’eau était bien plus considérable pour les trois divisions réunies de l’intestin

DES MAMMIFÈRES. 38g

grêle. On la fit dissoudre dans l’acide hydro-chlorique. La dissolution fut décomposée par l’ammoniaque, et le précipité ainsi obtenu mis en contact avec un mélange 'de ' cyanure de fer et potassium et de vinaigre pour reconnaître s’il contenait du fer. Les liquides précipités par l’ammoniaque furent filtrés , puis décomposés par l’oxalate de potasse ; enfin on y rechercha la magnésie au moyen de la potasse pure.

INTESTIN GRÊLE

REACTIFS,

Petits flocons,

Quantité médiocre de flocons.

Forte coloration en bleu.

:r. quanle flocons

Ammoniaque • • •

Cyanure de fer et de potassium, (Coloration méavec du vinai- ( diocre en bleu,

gre

Oxalate de

lasse

Potasse, • • •

Coloration médiocre en bleu

Trouble considérable.

Trouble très - lég't-

Trouble léger,

La cendre provenant du quatrième estomac contenait donc beaucoup de chlorure , et médiocrement de phosphate et de carbonate , sans sulfate de potasse (ni de soude) , beaucoup de phosphate calcaire , peu de carbonate de chaux, et un peu d’oxide de fer.

Celles qui provenaient de l’intestin grêle et du cæcum présentaient les mêmes principes constituans. Elles contenaient néanmoins encore un peu de sulfate alcalin. De plus , le phosphate calcaire s’y trouvait en moindre quantité ( celui de soude avait disparu totalement dans la cendre provenant du cæcum ) , et la proportion de carbonate de chaux y était plus considérable.

RÉACTIONS DES LIQUEURS FILTRÉES DU CANAL INTESTINAL

Exp. xxxviii. — Sur deux bœufs qui avaient mangé du foin , de la paille et de l'èpeautre. — Nous avions le désir de faire aussi une expérience pour connaître les changemens que les alimens éprouvent chez les hæufs. Deux de ces animaux furent nourris pendant quelque temps avec du foin, de la paille hachée et de l’èpeautre. On les fit manger pour la dernière fois huit heures avant de les assommer.

A. Le premier estomac contenait :

a. Une grande quantité de gaz qui exhalait une forte odeur d’acide hydro-sulfurique , et' noircissait sur-le-champ le papier imbibé d’acétate de plomb. Ce phénomène fut observé chez les deux bœufs.

b. Une bouillie demi-fluide , composée de foin , de paille et d’épeautre mâchés , et d’un liquide aqueux , pesant plusieurs kilogrammes , qui répaudait une odeur excrémentitielle. On mit cette bouillie dans un linge , pour en exprimer la partie liquide , qui était fort trouble et d’un vert d’olive sale.

Une partie de ce liquide fut soumise à la distillation. Une autre fut passée à travers un filtre. La liqueur filtrée, faiblement trouble , avait une couleur brune-verdâtre foncée. Elle se couvrit durant la nuit d’une pellicule graisseuse et chatoyante. On la divisa en deux portions, dont l’une fut incinérée, et l’autre examinée par les réactifs.

B. Ou trouva , dans le second estomac , une bouillie demifluide , comme celle du premier, et ayant aussi la même couleur, la même odeur. On l’exprima; il ne resta que des brins de paille dans le linge , tandis qu’il passa une liqueur semblable à la précédente.

Cette liqueur fut en partie distillée et en partie filtrée. Le liquide filtré ressemblait à celui qu’on avait obtenu du premier estomac; cependant il était plus trouble. Par le repos , il laissa déposer une portion de la matière qui le troublait. Durant la nuit , il se couvrit également d’une pellicule graisseuse et irisée.

C. 11 n’y avait point de liquide dans le troisième estomac , mais une pâte solide, homogène, d’un vert d’olive foncé ,

DE LA DIGESTION

qui était disposée en couches minces entre les nombreux feuillets du viscère.

Cette pâte fut délayée dans de l’eau , puise» partie distillée et en partie filtrée. Il resta sur le filtre des parcelles de foin , avec un peu de paille. La liqueur filtrée était médiocrement brune et claire.

D. Le quatrième estomac contenait une bouillie molle, peu difiluente , d’un jaune brunâtre , exhalant une odeur analogue à celle des matières qui se trouvaient dans les trois autres estomacs. Ayant été exprimée dans un linge , cette bouillie se partagea : 1". en un marc composé d’une petite quantité de paille , de grains d’épeautre ( dont quelques-uns étaient seulement ramollis, et fournissaient un lait blanc lorsqu’on les écrasait ) , et d’autres fibres d’un jaune brunâtre ; 2". d’un liqilide fort trouble et brun jaunâtre.

Ce dernier fut en partie distillé et en partie filtré. La liqueur filtrée était d’un brun encore plus clair que celle du troisième estomac, et également claire.

E. On retira du duodénum une bouillie d’un brun jaunâtre , semblable à celle du quatrième estomac , même pour l’odeur, mais plus fluide. Cette bouillie, exprimée à travers un linge , laissa un marc qui ressemblait à celui de la bouillie du quatrième estomac, et contenait également des grains d’épeautre entiers, dont on exprimait un liquide lactescent en les écrasant. La liqueur qui traversait le linge ressemblait également à celle provenant de la bouillie du quatrième estomac, et après avoir été filtrée, elle donna un liquide semblable à celui qui provenait de cette dernière , seulement un peu trouble.

Distillation de la liqueur exprimée du quatrième estomac. — Cette liqueur commença à se coaguler dès au-dessous de 81 degrés C., en formant une écume floconneuse, d’un gris sale. La masse se boursouffla considérablement , bien audessous de 1 00 degrés , et déborda les vases , quoique ceuxci fussent de capacité suffisante pour contenir quatre fois autant de liqueur. En introduisant le col de la cornue dans un vaisseau contenant de l’eau de chaux , et plaçant du papier imbibé d’acctate de plomb neutre à l’entrée de cette

DES MAMMIFÈRES. ag3

même cornue , on put se convaincre qu’il se dégageait de l’acide carbonique et de l’acide hydro-sulfurique , au commencement de l'action de la chaleur.

Le produit de la distillation était clair et incolore. 11 avait une odeur désagréable , semblable à celle de tout ce qui se trouvait renfermé dans le premier estomac, ramenait au blanc la teinture de tournesol rougie, faisait effervescence avec l’acide hydro-chlorique , et donnait un précipité blanc abondant par l’acétate de plomb neutre.

Une partie de ce produit fut sursaturée d’acide liydro-chlorique et ensuite évaporée.. Le mélange , en s’échauffant, prit une teinte rosée , et laissa du sel ammoniac coloré en rouge et un peu en jaune. En traitant ce sel par l’alcool, la matière rouge s’y dissolvait de préférence à la jaune. La dissolution alcoolique rouge , décantée de dessus le sel ammoniac décoloré , n’éprouva aucun, changement lorsqu’on y versa de l’acide nitrique , du per-chlorure de fer et de l’acétate de cuivre ; le chlore lui enleva sa couleur ; mêlée à de l’ammoniaque en excès , elle produisit une liqueur jaune , qui reprit la teinte rouge quand on l’eut sursaturée d’acide hydro-chlorique.

Une autre partie du produit de la distillation ayant été saturée d’acide sulfurique , rougit également tandis qu’on l’évapora ; mais sa teinte rouge disparut lorsque la concentration* devint plus grande. La masse saline blanche qui.resta ne communiquait à l’alcool qu’une trace de couleur rouge-jaunâtre.

Afin de découvrir l’acide acétique , on mêla une troisième partie du produit de la distillation avec du carbonate de soude; ou évapora ensuite le tout jusqu’à ce qu’il ne restât plus qu’une petite quantité de liquide ; on nèutralisa alors exactement l’excès de soude , par le moyen de l’acide hydrochlorique , et l’on ajouta du per-chlorure de fer très-étendu d’eau , sans cependant apercevoir , dans ce dernier, la moindre trace d’une coloration plus foncée. On ne reconnut non plus aucun indice d’acide acétique en faisant bouillir la liqueur distillée avec du carbonate de baryte , puis la sursaturaut d’eau de baryte , enfin l’évaporant et traitant le résidu par l’eau , qui n’en dissolvit pas la moindre parcelle.

2Q4 DE LA DIGESTION

Par conséquent, le liquide exprimé du premier estomac développa , lorsqu’on le soumit à l’action de la chaleur , des gaz acide carbonique et acide hydro-sulfurique, beaucoup de carbonate d’ammoniaque , et une matière organique qui , chauffée avec de l’acide hydro-chlorique , prenait une couleur rouge , et qui , mêlée ensuite à de l’ammoniaque , devenait jaune.

Distillation de la liqueur exprimée du second estomac. — Cette liqueur se coagula également fort au-dessous du degré de l’ébullition , en se couvrant d’une écume d’un vert sale. Elle se boursouffla aussi considérablement.

Le produit de la distillation était incolore et clair, à cela près de quelques flocons blancs qui y nageaient. Il avait une odeur désagréable , excrémentitielle et ammoniacale , rougissait fortement le tournesol , faisait une vive effervescence avec les acides , faisait naître un précipité abondant et blanc dans l’acétate de plomb mêlé de vinaigre , ainsi que dans le per-chlorurc de mercure , et n’agissait point sur le chlore.

Ce même produit, sursaturé d’acide hydro-chlorique, t ne prit point une teinte rouge à l’évaporation , et laissa beaucoup de sel ammoniac incolore.

Distillation du contenu du troisième intestin. — Cette pâte consistante , introduite dans une cornue , et rendue plus fluide par l’addition d’une certaine quantité d’eau , écuma beaucoup au bain-marie , et se boursouffla de manière à sontir du vase qui la contenait. Ayant eu recours à un vaisseau d’une plus grande capacité , on obtint une liqueur incolore , troublée par des flocons blancs et peu consistans , qui exhalait une odeur herbacée et désagréablè , ramenait au bleu la teinture de tournesol rougie, ne faisait effervescence aVec l’acide hydro-chlorique qu’à chaud, encore même faiblement, et n’agissait point sur le per-chlorure de fer.

Une partie du produit de la distillation , mêlé à de l’acide hydro-chlorique et évaporé , prit une belle teinte rosée , et laissa du sel ammoniac coloré en rose pâle.

Une autre portion , mise en digestion avec du carbonate de baryte , puis sursaturée un peu avec l’eau de baryte , fut en-

DES MAMMIFERES.

suite exposée à l’air, afin que l’excès de baryte s’en séparât; après quoi on la filtra et on l’évapora. Le faible résidu qu’elle laissa , développa , quand on y versa de l’acide sulfurique étendu d’eau , une matière qui exhalait une odeur aigre et en même temps un peu animale , et produisait des vapeurs à l’approche de l’ammoniaque. La dissolution du sel barytique dans l’eau ne rougissait pas sensiblement le perchlorure de mercure , et se troublait fortement par l’acide sulfurique.

En conséquence le produit de la distillation du contenu du troisième estomac renfermait un peu de carbonate et peutêtre aussi un vestige d’acétate d’ammoniaque. Comme la liqueur exprimée de ce contenu rougissait le tournesol , et que cependant elle fournissait du carbonate d’ammoniaque sous l’influence de la chaleur , il est à présumer qu’elle était fortement sursaturée d’acide carbonique.

Distillation du liquide exprimé du quatrième estomac. — Le produit de cette opération était incolore et troublé par des flocons blancs peu cohérens. Son odeur était encore désagréable , mais moins que celle des trois précédens. Il rougissait faiblement le tournesol r et ne troublait pas le nitrate d’argent.

Une partie de ce produit fut sursaturée d’acide hydrochlorique et évaporée. Il en résulta une coloration en rouge , plus faible que dans les produits de la distillation du contenu des premier et troisième estomacs , et il resta un très-iéger résidu brun-rougeâtre , qui dégagea de l’ammoniaque en abondance par la potasse.

Une autre partie fut bouillie avec du carbonate de baryte, puis filtrée et évaporée. Il resta une pellicule gommeuse , translucide , d’un jaune pâle , qui sentait déjà l’acide butyrique par elle-même , mais qui , lorsqu’on versa dessus de l’acide sulfurique étendu d’eau , répandit une forte odeur d’acides acétique et butyrique réunis. La dissolution de cette pellicule dans l’eau colorait fortement le per-chlorure de fer en rouge, donnait un précipité abondant par l’acide sulfurique , et n’agissait pas sur le nitrate d’argent.

H résulte de là que le produit de la distillation du contenu

DE LA DIGESTION

du quatrième estomac renfermait de l’acide acétique et de l’acide butyrique (sans acide hydro-chlorique ; on n’alla point à la recherche de l’acide sulfo-cyanique ) , que ces acides s’étaient combinés en partie avec l’ammoniaque , et qu’il y avait en outre une certaine quantité de la matière organique qui rougit par l’action de l’acide hydro-chlorique.

fiction des liqueurs filtrées des quatre estomacs et du duodénum sur la bile. — Ces liqueurs furent mêlées à froid avec la bile des mêmes bœufs, dans la proportion à-peu-près d’une partie de bile sur quatre de liqueur.

Les liqueurs du quatrième estomac et du duodénum furent les seules dans lesquelles il se manifesta un léger trouble. On plaça ensuite les mélanges dans un vase contenant de l’eau à la température de- 36 degrés , et l’on chercha à entretenir constamment cette température . Le lendemain on vit que le trouble avait augmenté un peu, phénomène qui d’ailleurs se serait peut-être opéré de lui-même dans les liqueurs filtrées. Il ne se fit pas de précipitation proprement dite.

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(TABLE I

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