Caséum. — Nous avons presque toujours trouvé , dans
(i) Annah of Philosopher, 1819, j*uv. et avril.
DES MAMMIFERES.
Veslicjueurs filtrées de l’intestin grêle, une matière- inséparable par la chaleur, mais précipitable par le vinaigre distillé et les autres acides , et qui se rapproche vraisemblablement dii caséum.
A. Chiens. — Nous l’avons observée chez les chiens nourris de fibrine , d'albumine liquide, de gélatine, de gluten et de
fromage mou. Généralement parlant , le premier tiers de l'intestin grêle en contenait davantage que les autres portions de ce canal , dans lequel elle allait ensuite en diminuant peu à peu.
B. Chevaux. — Elle s’èst offerte à nous dans l’intestin grêle entier du cheval nourri avec de l’amidon , et de celui qûi l’avait été avec de l’avoine , mais en plus grande quantité chez le premier.
C. Ruminons . — On la trouva dans l’intestin grêle du veau nourri avec du lait et de la brebis nourrie avec de l’avoine et de l’herbe.
Cette matière , que l’on rencontre aussi dans l’estomac et l’intestin grêle des animaux à jeun, paraît être en partie un produit de la sécrétion du canal alimentaire. Mais elle provient sans doute aussi en partie du suc pancréatique , dans lequel nous avons trouvé une matière analogue. Comme elle est moins abondante vers la fin de l’intestin grêle qu’à son origine, et qu’ ordinairement aussi on n’en trouve aucune trace dans le gros intestin , elle paraît être absorbée avec les alimens dissous. Il est très-probable qu’elle joue un rôle important dans l’assimilation des substances alimentaires , dont peut-être détermine-t-elle , par sa jonction avec elles, la conversion en matière animale. De l’analyse du caséum et de l’albumine qu’orit faite Gay-Lussac et Thénard , il résulte que le premier contient plus d’azote, mais moins de carbone , d’hydrogène et d’oxigène , que l’albumine. Si nous admettons un atôme d’azote dans les deux substances , il se trouve, combiné, dans l’albumine, avec huit atomes dfc carbone, sept d’hydrogène et trois d’oxigène, tandis que, dans le caséum , il l’est avec sept de^ carbone, cipq d’hydrogène et un d’oxigène. Si maintenant la matière analogue au caséum qui se trouve contenue dans le canal intestinalçntre en.
3go DE LA DIGESTION
contact avec des alimens dépourvus d’azote , il n’est pas impossible qu’elle se combine avec tout ou partie de leurs élérnens, et qu’elle se convertisse par là en albumine, tandis que le reste de ces alimens non azotés, qui ne concourt point à la formation de l’albumine , se change peut-être en partie en acide acétique, ou en diverses matières excréinen— titielles. Du moins, n’avons-nous trouvé aucune trace de cette matière caséeuse dans les oies nourries de substances non azotées , sur lesquelles nous reviendrons plus loin , tandis que le canal intestinal de ces oiseaux renfermait beaucoup d’acide libre dans toute son étendue et jusqu’à son extrémité. Nous avons observé également que l’amidon disparaissait aussitôt qu’il venait à être dissous par les liquides intestinaux , et qu’alors il ne colorait plus l’iode en bleu. Il se trouvait, dans ce cas, transformé en partie en gomme d’amidon et cnsucre ; mais cette transformation étaitpeut-être liée à celle du caséum en albumine , c’est-à-dire que l’amidon cédait peutêtre quelques atomes de carbone, d’hydrogène et d’oxigène au caséum, connue il arrive probablement lorsque de l’amidon et du gluten donnent naissance à du sucre.
Ces idées, quelque hasardées qu’elles puissent être, acquièrent de la. vraisemblance par les intéressantes observations d’Edwards , qui a constaté que de l’azote est fréquemment absorbé dans l’acte de la respira tibn. Il est possible qu’une partie de l'albumine contenue dans le sang se transforme toujours en caséum, par la respiration, et qu’elle serve ensuite à l’assimilation des alimens non azotés.
4 . Matière préçipitable parle chlorure d’étain. — «'Une matière qui n’est précipitable ni par l’ébullition , ni par les acides, mais qui l’est par le chlorure d’étain, le per-clilorure dé mercure , les sels de plomb et la teinture de noix de galle , a été trouvée dans les liqueitrs filtrées de l’intestin grêle de plusieurs animaux . Cette matière, comme le prouve l analyse du contenu de l’intesfVn grcle du cheval nourri avec de l’avoine , est principalement composée de matière salivaire et d’osmazôme , ou. de substances analogues. Du reste , plusieurs précipités op.fpu être dus aussi à des carbonates et phosphates alcalins»
DES J1 A.\l>Ilf EUES. 3g I
A . Chiens. — Celte matière s’est rencontrée chez les eliiens nourris avec de la fibrine, du fromage mou, du gluten , de la viande et du pain.
B. Chevaux. — On ne put pas , chez eux , constater sa pré* sence par précipitation., attendu qu’il y avait trop d’albumine et de matière caséeuse.
C. Ruminons. — Elle existait dans l’intestin grêle d’uil veau , et daus celui de la brebis qui avait été nourrie avec de la paille et de l’herbe.
Cette matière , que nous avons trouvée aussi chez les animaux qui avaient jeûné pendant long-temps, est ordinaire* ment plus abondante que partout ailleurs dans l’estomac et la partie supérieure de l’intestin grêle , d’où elle va en diminuant peu à peu jusqu’à l’extrémité du gros iutestin. Aussi’ n’est-il pas improbable qu’elle si! trouve absorbée, dans le canal intestinal, en meme temps que les alunens dissous. Peut-être aussi contribue-t-elle à l’assimilation de ces derniers.
5. Matière qui rougit par le chlore. — On trouva presque toujours dans l’intestin grêle une matière qui se colore en rose ou en fleur de pêcher par le chlore , ne prend cette teinte ni par les acides, ni par les sels, et la reçoit rarement du per-chlorure de mercure. Lorsqii’ily avait en même temps qu’elle de l’albumine , ou une matière analogue , précipitable par le chlore , elle se réunissait aux flocoiis développés dans la liqueur. Un excès de chlore détruisait la couleur qu’elle avait acquise. 11 n’est pas certain que cette matière soit la mèmp que celle qui passe dans le récipient quand on distille le contenu des divers estomacs et des autres parties du canal alimentaire , chez les rumiuans , et qui , lorsqu’on l'évapore avec de l’acide hydro— chlorique, annonce sa présence v par la coloration de la liqueur en rouge ; cependant l’identité n’est poiut vraisemblable , car les mêmes liquides stomacaux qui donnaient à la distillation un produit colorablc en rouge par l’acide hydro-chlorique , ne rougissaient pas par le chlore. * \ i f
A. Chiens. — Nous avons trouvé cette matière dansle duodénum et le reste de l'intestin grêle de presque tous les-
t»E LA DIGESTI01*
chiens. Eu général , elle était plus abondante à la partie supérieure du canal qu’à l'inférieure .
B. Chevaux. — Elle s’est offerte dans l’intestin grêle du cheval nourri avec de l’amidon. L’épreuve par le chlore ne fut pointfaite chez le cheval nourri d’avoine.
C. Ruminons. — Nous l’observâmes chez la brebis nourrie de paille .et d’avoine.
Cette matière , que nous n’avons jamais rencontrée dans l’estomac des mammifères, provient très-probablement du suc pancréatique , dans lequel on la trouve également. Comme elle se présenta aussi chez plusieurs chiens dont on avait lié les conduits biliaires , elle ne peut pas provenir de la bile , et comme elle n’est point expulsée avec les excrémens, il faut qu’elle soit absorbée avec les alimens fluidifiés. On peut présumer, en outre , qu’elle contribue jusqu’à un certain point à l’assimilation des substances alimentaires , mais nous ne saurions dire comment. «
6°. Matières solubles dans l’alcool et non dans Veau. — On parvint à extraire du contenu de l’intestin grêle , au moyen de l’alcool , de la graisse , de la stéarine , le principe colorant et la résine de la bile.
A. Chiens. — Une matière graisseuse s’offrit à nous chez le chien nourri de viande et .de pain.
B. Chevaux. — Un cheval nourri d’avoine nous donna une matière résineuse.
C. Ruminons. — La portion insoluble dans l’eau du contenu de l’intestin grêle , chez la brebis nourrie aveç de la paille , ayant été traitée par l’eau , donna , dans la première moitié de cet organe , une résine visqueuse , contenant de la graisse , et dans la seconde moitié , une résine plus consistante , d’un brun foncé. Chez le veau , on obtint une très-grande quantité de stéarine et d’éla'ine , qui provenaient indubitablement du beurre , et auxquelles de la choléstérine se trouvait jointe dans la partie inférieure de l’intestin grêle.
On n’alla point , chez les autres animaux, à la recherche de ces diverses matières provenant de la bile ; mais il n’est guère douteux qu’on ne les eût également rencontrées chez eux.
DES MAMMIFÈRES. 3g3
« 7 0 . Carbonate' «T ammoniaque. — II" y en avait dans le produit de la distillation du contenu de l’intestin grêle , chez la brebis nourrie d’herbe et d’avoine. On ne rechercha point si ce sel était accompagné de carbonate de soude.
8°. Sels obtenus par l’iftcinération du contenu filtré de l’intestin grêle. Voici quelle était à peu près leur quantité proportionnelle ( i désigne la plus petite et 5 la plus grande quantité ) t ' •
Carbonate Phosphate Sulfate Chlorure Carbonate Phosphate alcalin. alcalin. alcalin. alcalin, de chaux, de chaux.
Chien nourri avec
delà fibrine--*. o j- o 4 a
Chien nonrri avec
du fromage.-.*; 3 4 3 4
Cheval nourri avec
de l’avoine- .... 5 5 i 3 a 5 .
Veau nourri avec
du lait. a 4 3 4 1 3
Boeuf - 3 5 3'. t 4
Brebis nourrie avec .• . . ... , •
de l’herbe. o-4 (i) i-3 ,,a 5 i-4 a^ .
Brebis nourrie avec
de la paille j-4 5 a 4 3 * 4
Brebis nourrie avec
de l’avoine a -3 5-3 r-3 » 5 i-3 4-3
L’incinération des liquides stomacaux ne donna du carbonate alcalin que dans un petit nombre de cas, parce que ces liquides contenaient la plupart du temps de l’acide hydro-chlorique libre , et qu’en conséquence il* ne s’y trouvait pas d’acétate alcalin. Au contraire les liquides de l’intestin grêle donnèrent presque généralement du carbonate alcalin à l’incinération , parce qu’après le mélange avec le suc pancréatique , le suc intestinal et la bile , non-seulement tout l’acide hydro-chlorique se trouvait entré en combinaison , mais encore une portion de l’acétate alcalin contenu * dans ces liquides demeurait indécomposée, et se conveitis-
(i) Lorsque nous indiquons deux nombres à la fois, le premier se rapporte à la quantité du sel dans la partie supcrieuie de l’intestin * grêle , et l’autre b celle de ce même sel dans l’inférieure.
! 0n ne les chercha pas.
3?4 DE LA DIGESTION
sait en carbonate par l’action du feu. Le phosphate alcalin ne s o 11 rit pas non plus dans la cendre des liqueurs stomacales; o(i doit donc l’attribuer aux liquides qui s’épanchent dans l’intestin grêle , et qui viennent d’être nommés.
Théorie des fondions de l’ intestin grêle . — Après avoir donné les résultats des observations et des recherches chi 4 iniques que nous avons faites sur les changemens qu’éprouvent les alimens dans l'intestin grêle , nous allons exposer ce que nous pensons au sujet de la fonction que cet organe remplit , comme aussi à l’égard du rôle que le suc mucus intestinal , le suc pancréatique et la bile jouent dans les modifications que les substances ali-* mentaires y éprouvent. < , t ....
Le chyme acide qui passe dans l’intestin grêle , se mêle avec la bile , le suc pancréatique et les liquides sécrétés tant par la membrane muqueuse que par des. .glandes de 1 organe. L<^ bile , sur les fonctions de laquelle- nous revien— drons plus loin , paraît , en vertu de l’irritation qu’elle exerce sur 1 intestin grêle, d’un côté , augmenter la sécrétion des liquides intestinaux , et de l’autre accélérer le mouvement péristaltique. En se mêlant avec les alimens dissous , clic leur imprime une couleur jaune , qui , vers l’eittrémité inferieure de l’intestin , devient peu à peu d’un brun veidatre et dun brun foncé. De plus , elle donne lieu aux changement suivgnsi.dofts le chyme., .b atlfr'h- *' 5
i°. L’acide, hydro-chlorique de ce dernier, qui provient du sua gastrique , s’unit avec la soude- contenue dans la bile, où. cet alcali était jusque-là combiné avec les acides carbonique etacétique. L’acide carbonique dégagé , dont, à la yérité, la quantité doit être peu considérable; est probablement une des causes qui font qu’on trouve presque toujours de petites bulles de gaz dansl intestin grêle. Il est cependant possible qu une partie de ces bulles provienne aussi de la- dé* composition des alimens-, ce quepeut bien avoir lieu chez les animaux nourris d avoine. Si le chyme contient peu ou même point d’acide hydro-chlorique libre , mais seulement de l’acide acétique , ce dernier transforme également le carbonate de soude de la bile en acétate. A la vérité , le
iies mammifères,. 3y5
mélange du chyle et de labile contiendra toujours de l’acide libre , mais la plupart du temps ce sera uniquement de l’acide acétique , sans acide hydro-clilorique , parce que ce dernier précipiterait l’albumine du suc pancréatique.
2°. L’acide libre du chyme précipite le mucus de la bile , à l’état de coagulum. Ce dernier entraîne une graude partie du principe colorant de la bile , car le mucus précipité a une couleur brune. En outre , il se précipite de la choléstérine , puisque nous avons souvent' obtenu une certaine quantité de cetto substance en traitant par l’alcool la portion insoluble , dans l’eau du contenu de l’intestin grêle. L’acide inargarique que nous avons trouvé dans le canal intestinal provenait également de la bile , suivaut toutes les probabilités , et il avait été séparé du carbonate de soude de cette humeur par l’acide hydro-cblbrique. Cotnme on parvenait ordinairement k extraire , de la portion du contenu insoluble dans l’eau , une résine qui se comportait de même que la résine biliaire , nous n’hésitons pas à la considérer comme telle , et à penser que cette dernière contribue à former les excrémcns. On la trouvait à l’état de dissolution lorsque le liquide de la partie inférieure de l’intestin grêle était alcalin , comme dans le cheval à jeun , et les acides en opéraient alors la précipitation. Par conséquent elle est rejetée en totalité ou en grande partie avec les excréinens , et elle paraît être une matière dont le corps cherche à se débarrasser. .. .
Le principe colorant de la bile n’est pas précipité tout entier, comme le prouve la couleur jaune ou brune qu’ont ordinairement les- liqueurs obtenues par la filtration du contenu de l’intestin grêle. Mais il ne paraît point être absorbé dans cet état de dissolution , car la couleur des liquides filtrés devient plus foncée à mesure que les matières descendent dans le canal. Il est donc, de même que la résine, expulsé tout entier avec les excréinens , en partie combiné avec le mucus iutestinal, et en- partie sous la forme fluide.
Les physiologistes admettent assez généralement que le mélange du chyme acide avec la bile détermine la séparation du chyle et sa précipitation sous la forme de
3<)6 DE LA DIGESTlOft
flocons. Mais cette hypothèse est très-certaiuemént fausse.
La circonstance seule de l’absorption du chyle , qui exige qu’il soit fluide , rend tout-à-fait improbable qu’il soit séparé en flocons, c’est-à-dire sous un autre forme que celle de liquide, dans l’endroit même où sa résorption a lieu. En outre, les expériences que nous avons faites sur le mélange du contenu fluide de l’estomac des animaux avec la bile , tant à froid qu’à une chaleur modérée , et dans lesquelles nous avons vu seulement se former des précipités semblables à ceux qui ont lieu lorsqu’oh verse un acide * *
dans labile , combattent cette opinion de la manière la plus formelle. Les prétendus flocons de chyle qu’on rencontre dans l’intestin grêle , ne sont, d’après nos observations , que des flocons de mucus qui , lorsque l’animal a pris de la nourriture , se trouvent réduits en un fluide blanc par suite de l’absorption d’un liquide chyleux. Le canal intestinal n3 peut pas contenir de chyle dans l’état normal ; le'chyle est la portion du contenu liquide de l’intestin grêle qu’absorbent les vaisseaux lymphatiques.
Le suc pancréatique, contenant une très-grande quantité d’albumine , une matière analogue à la caséeuse , et une autre qui a la propriété de rougir par le chlore , contribue très-probablemetat à l’assimilation du chyme dans l’intestin grêle, en ce que ses principes constituans, qui renferment beaucoup d’azote , se mêlent avec ce chyme , et sont absorbés avec la portion qui vient à être complètement fluidifiée. En outre , nous avons vu précédemment que le contenu de l’intestin grêle présente de- moins en moins d’albumine , de matière analogue à la caséeuse et de matière susceptible de rougir par le chlore , à mesure qu’il chemine dans le canal. C’est une preuve évidente que ces matières sont absorbées avec la portion fluidifiée des alimens. On peut encore alléguer , comme circonstance favorable à l’opinion suivant laquelle le suc pancréatique concourt à l’assimilation des substances alimentaires , que le pancréas est beaucoup plus gros chez les animaux qui vivent de végétaux que chez ceux qui se nourrissent de substances animales : si l’on en juge d’après son volume, il doit sécréter
beaucoup plus de suc pancréatique citez les premiers que chez les seconds. Daubenton a fait (i), sur les différences de* grosseur du pancréas chez le chat sauvage et chez le chat apprivoisé , une remarque qui mérite -d’être prise en considération ; il a trouvé que , chez ce dernier , qui mange aussi des substances végétales dans l’état de domesticité , *
la glande est bien plus grosse qu’elle ne l’est chez le chat sauvage , qui ne vit que de viande ; cependant le chat sauvage qu’il avait disséqué surpassait de beaucoup l’autre , pour la taille.
Quant à la liqueur sécrétée par la membrane muqueuse . de l’intestin grêle et par ses glandes , liqueur qui se compose d’un mucus floconneux et fllant, avec un liquide aqueux, et dont la sécrétion est si abondante pendant l’épanchement du chyme , nous pouvons lui attribuer les usages suivons : i°. Elle facilite le glissement de la bouillie alimentaire dans l’intestin grêle pendant *!e mouvement péristaltique, parce qu’elle rend le chyme plus liquide , qu’elle humecte et lubréfle la fac<? interne de l’intestin ; elle aide ainsi à la progression des alimens dissous.
2 °. Le mucus intestinal , qui a la propriété d’absorber l’eau et d’autres liquides , semble servir par-là d’intermédiaire entre les alimens dissous , le suc pancréatique et la bile. C’est pourquoi il se montre plus fluide et plus gonflé pendant la digestion que chez les animaux à jeun, dans lesquels il jouit d’une plus grande consistance.
3°. Comme ce mucus couvre les villosités intestinales, il est probablement aussi l’intermède au moyen duquel l’absorption se fait dans l’intestin grêle.
4°. La portion liquide du fluide intestinal paraît exercer une action dissolvante sur plusieurs restes d’alimens qui ont passé dans l’intestin grêle avec le chyle , et que l’estomac n’avait pas complètement dissous. Aussi remarque-t-on que ces restes diminuent peu à peu de volume, qu’ils se ramollissent en parcourant le canal , et qu’ils finissent même par disparaître .
(i) Boffox , Hist, nat.y t. vi, p. •■»<).
3g8 DE LA DfGESTIOX
5°. Enfin les parties aqueuses du liquide intestinal , principalement les matières animales qu’il contient, sont absorbées, avec les portions dissoutes des alimens , par la membrane muqueuse de l’intestin grêle et ses vaisseaux lymphatiques. De là vient que le mucus acquiert davantage de consistance à mesure qu’il s’avance vers le cæcum. La combinaison du liquide intestinal avec les alimens dissous détermine l’assimilation de ces derniers. On peut alléguer à l’appui de l’a'ction assimilatrice de ce liquide , que la longueur du canal intestinal et le nombre des glandes éparses dans ses parois sont en rapport parfait , dans les diverses familles des mammifères , avec la nature des alimens dont ces animaux se nourrissent. L’intestin grêle est très-court chez les carnivores ; il est plus long chez ceux qui vivent de fruits , de racines sucrées et farineuses , de graines oléagineuses et d’herbes tendres ; il l’est encore davantage chez ceux t^ui se nourrissent de graminées et de feuilles dures.
Le mélange de chyme , de suc intestinal , de mucus intestinal, de bile et de suc pancréatique, acquieVtpeuà peu davantage de consistance à mesure qu’il s’avance dans l’intestin grêle par suite des contractions de la membrane musculaire. Les parties fluides et exprimées de ce mélange sont attirées par la membrane muqueuse , qui s’en imbibe , en quelque sorte comme une éponge , et dont les nombreux vaisseaux lymphatiques opèrent leur absorption. Le mucus intestinal devenu plus consistant , et associé , tant aux restes d’alirnens non dissous , particulièrement ceux qui ne sont pas solubles dans les liquides digestifs , comme les balles d’avoine , les fibres dures des plantes et des bois, les poils et les plumes, qu’avec la graisse , la résine , le principe colorant et le mucus de la bile , constitue le commencement de la bouillie-excrémentitielle. Cette dernière ne commence à être bien prononcée que dans le dernier tiers de l’intestin grêle (i). ' ’
(i) Bcrzelius dit avec beaucoup de justesse ( Gehlen's neues allgemcincs Jburnal fiir Chemic , t. iv, p. ni ) : le canal intestinal est évidemment un crible qui .sépare les alimens dissous des portions non dissoutes , et dans lequel le précipité ou résidu , par lequel sont formés
DES MAMMIFÈRES. 3qq
Du reste il va sans dire que l’intestin grêle ne peut exercer ses fonctions , c’esl-a-dire exécuter son mouvement péristaltique et accomplir sa sécrétion, qu’autant qu’il jouit de la vie et qu’il a des connexions avec tout le reste du corps. On comprend bien aussi que les fonctions de ce viscère sont , comme celles de l’estomac, sous l’influence de la respiration, de la circulation et de l’innervation.
- Nature des restes d’alimens dans le cæcum. — Les restes d’alimens combinés avec le mucus de l’intestin grêle , devenu plus consistant , et avec les diverses parties constituantes de la bile dont l’énumération a été faite plus haut, parviennent peu à peu dans le cæcum , et séjournent pendant quelque temps dans ce réservoir, qu’on peut comparer jusqu’à un certain point à l’estomac. Nous allons faire connaître quelles sont les qualités qu’ils y présentent , et quels sont les résultats des analyses chimiques.
Nature des substances contenue s dans le cæcum.
A. Dans les chiens et les chats. — I. Apres l’ingestion d’alimens simples. — • i°. Le cæcum du chien nourri avec du blanc d’œuf liquide(e;r/>. ix c ) contenait une masse muqueuse, d’un jaune brunâtre, qui était très-riche en albumine. On trouva , dams celui du chien nourri avec du blanc d’œuf durci ( exp. x c ), une bouillie brune et de mauvaise odeur.
2 °. Le cæcum du chien nourri avec de la gélatine (exp. xu*) contenait un mucus jaune-brunâtre. ' » 1
3°. Il y avait dans celui du chien qui avait mangé du beurre (exp.x in € ), une pâte d’uit gris brunâtre , dont on parvint à extraire , par l’alcool , une graisse d’un blanc jaunâtre, semblable au beurre.
4°. Celui du chien nourri avec du fromage blanc offrit une masse brunâtre , presqu’entièrement formée parle papier joseph qui avait servi à contenir le fromage, et dont l’animal avait avalé quelques lambeaux.
5°. Celui d’un chien auquel on avait donné de l’amidon
les excrémcns , est en quelque sorte exprimé du chyle et des matières dissoutes dans ce liquide , par le suc intestinal , qui continuellement sc trouve sécrété et réabsorbé.
DE LA. DIGESTION'
cuit eu abondance (exp. xv*), était rein pli d’une bouillie jaune exhalant l’odeur du gaz acide hydro-sulfurique. Cette masse contenait de l’amidon , puisqu’elle se colora en bleu quand on v versa de la teinture d’iode. L’acide nitrique qu’on y versa, après l’avoir délayée dans de l’eau , indiqua la présence d’une petite quantité d’albumine. Le cæcum d’un autre chien nourri avec de l’amidon cuit (exp. xvn), offrit une bouillie d’un brun verdâtre , que la teinture d’iode ne colora point en bleu. s
6°. Le cæcum du chien nourri avec du gluten (exp. xviii*) contenait une bpuillie brune et excrémentitielle assez uniforme.
II. Apres l’ingestion (Talimens composés. — i°. Il y avait dans le cæcum du chien alimenté avec du lait (exp. xix') , une petite quantité d’une masse de couleur orangée , composée de petits flocons coagulés , et à laquelle se trouvait mêlé » un peu de mucus jaune.
2 °. Le cæcum du chien nourri avec du bœuf cru (exp. xxi") contenait une substance d’un vert noirâtre , qui exhalait une odeur désagréable.
3°. Celui du chien nourri avec du bœuf cuit (exp. xxn*) présenta des excrémens liquides d’un brun jaunâtre. Le cæcum du chat auquel on avait donné du bœuf (exp. xxvui*) contenait une bouillie liquide de mauvaise odeur.
4°. Celui du chien nourri avec du bœuf cuit et du pain blanc (exp. xxm'J offrit des excrémens liquides d’un brun jaunâtre. ,
5®. Celui du chien nourri avec des os (exp. xxiv*) présenta une pâte d’un blanc brunâtre , composée de mucus, de bile et de la matière terreuse des os.
(>*. Nous trouvâmes dans celui du chien nourri avec du pain d’épeautreet du blanc d’œuf liquide (exp. xxv e ), une bouillie excrémentitielle brune et fétide.
7 °. Celui du chien nourri avec du riz cuit et des pommes de terre (exp. xxvi') présenta une bouillie peu consistante et d’un jaune brunâtre , qui ne répandait pas d’odeur fétide. On y trouva aussi des traces de fragmens de pommes de terre ramollies.
8". Le cæcum du chat nourri avec du paiu de seigle et dulait(e:rp. xxvn*) contenait une bouillie liquide , d’un brun jaunâtre, exhalant une odeur désagréable et un peu acide.
B. Dans les chevaux. — G. Amidon. — On trouva dans 1 b cæcum du cheval nourri avec de l'amidon cuit ( exp. xxxi' ) , un liquide trouble , d’un jaune brunâtre pâle , mêlé de mucus et de balles d’avoine , quoique l’animal n’eût mangé que de l’amidon depuis quatre jours. Cette circonstance prouve par conséquent que les restes des alimens séjournent plus longtemps dans le cæcum. La liqueur filtrée ne se colora point en bleu quand on y versa de la teinture d’iode.
2 °. Avoine. — Le cæcum du cheval nourri avec de l’avoine ( exp. xxxii' ) , contenait une masse brune , d’odeur excrémentitielle , composée de liquide, d’un grand nombre de balles d’avoine et de mucus. Le résidu exprimé ne se colorait plus en bleu par l’iode , ce qui prouva que tout l’amidon avait été dissous.
C. Dans les ruminans. — i°. Veau nourri avec du lait {exp. xxxvi'). Le cæcum était rempli d’une masse muqueuse , peu coulante et d’un jaune orangé foncé.
2 °. Brebis nourrie d 'herbe {exp. xxxvi'). On trouva une bouillie épaisse et brune , formée de liquide , de fibres déliées et d’un peu de mucus. V .
3°. Brebis nourrie de paille ( exp. xxxix' ). Le cæcum contenait une bouillie consistante, fétide et d’un brun foncé , composée de fibres ligneuses et d’un liquide brun.
4°. Brebis nourrie avec de Y avoine {exp. xl'). Le cœ- Cum était rempli d’une bouillie liquide , fétide et d’un jaune brun , composée d’un sédiment pulvérulent , fibreux , et d’un liquide jaune-brun. On reconnut en même temps la présence de l’acide hydro-sulfurique.
Résultats des expériences chimiques faites sur les contenus du cæcum. — i°. Acide libre. — Il est remarquable que la plupart des contenus du cæcum renfermaient plus d’acide libre que celui de la portion inférieure de l’intestin grêle. Viridet avait déjà observé (i) , sur des lapins et des
(») Tractatus de primd coctione , p. xjo.
DE r.A DIGESTION
lièvres, que le contenu du cæcum rougissait le tournesol.
A. Chiens et chats. — Nous avons vu le contenu du cæcum rougir la teinture de tournesol chez les animaux suivans : chez les chiens qui avaient été nourris avec du blanc d’œuf durci , du fromage , du blanc d’œuf et du pain blanc , du bœuf cru , du bœuf cuit et du pain blanc , des os , de l'amidon cuit , enfin du riz et des pommes de terre ; chez le chat nourri avec du bœuf cru , et chez celui à qui nous avions donné du pain de seigle et du lait.
La teinture de tournesol ne fut pas sensiblement rougie chez les chiens nourris avec du blanc d’œuf liquide , de la gélatine , du gluten et du lait , non plus que chez un chien à qui l’on avait fait manger des os. Tl paraît donc que c’est principalement lorsque les animaux ont vécu de substances difficiles digérer , qu’on rencontre un acide libre dans le cæcum.
B. Chevaux. — Nous avons observé que le contenu du cæcum des chevaux nourris avec de l’ainidon et de l’avoine , renfermait également un acide libre. La teinture de tournesol fut surtout fortement rougie chez les chevaux nourris d’avoine.
C. Ruminons. — La liqueur filtrée du cæcum ne rougit la teinture' de tournesol que chez le veau nourri avec du lait. Au contraire , chez la brebis qui avait mangé de l’herbe , le contenu de cetinteStin faisait effervescence avec les acides, et celui de la brebis nourrie d’avoine ramenait au bleu la couleur du tournesol - rougi. On trouva du carbonate d’ammoniaque dans les deux produits de la distillation. Mais comme l’alcalinité étaitmoins prononcée dans le cæcum qu’à l’extrémité de l’intestin grêle , et comme le contenu du cæcum de la brebis nourrie d’herbe se montra faiblement
, acide , tandis que celui de la portion inférieure de l’intestin grêle était alcalin , il est vraisemblable que le cæcum des brebis sécrète également un acide , qui neutralise en partie les alcalis.
Nous ne pouvons rien dire de positif sur la nature de l’acide libre qui se rencontre dans le cæcum. Cependant il
paraît que c’est de l’acide acétique, en supposant toute- ' fois qu’un peu d’acide hydro-chlorique ne s’y trouve pas / aussi.
2 °. Albumine. — Cette substance dont üëus n’avions trouvé aucune trace , ou du moins fort peu , dans l’estomac , dont il y avait une certaine quantité dans le duodénum , et qui diminuait ensuite notablement le long de l'intestin grêle , reparut fréquemment en abondance dans le cæcum et le colon. On en obtint une quantité considérable des ■ •liqueurs filtrées du cæcum chez le chien nourri de blancd’œuf liquide et chez celui qui avait mangé de la colle.
On en rencontra aussi 1 un peu dans le cæcum des chiens auxquels on avait donné du fromage et du gluten. Il ne s’en montra point chez les chiens nourris avec du lait et des os. Prout a trouvé également des traces d’albumine dans le contenu du cæcum d’un chien nourri avec de la viande. Nous en avons observé beaucoup aussi dans le cæcum du cheval nourri avec de l’avoine ; mais il y en avait pêu chez celui auquel l’amidon cuit avait servi d’aliment. Elle existait en quantité considérable chez le veau qui avait tété.
Il n’y en avait qu’un peu chez les^brebis nourries avec de la paille et de l’avoine. On n’en' rWftontra pas du tout chez celle qui avait mangé de l’herbe.
3°. Matière précipitable par le chlorure, cf étain. — Nous avons trouvé une matière semblable dans les liqueUrs ob* tenues par la filtration du contenu du cæcum , chez le chien nourri avec du fromage , le cheval qui avait mangé dé l’amidon cuit, et les brebis nourries avec de l’herbe , de la paille et de l’avoine. L’analyse du contenu du cæcum chez le chien nourri d’avoine témoigna que c’était principalement une matière analogue à l’osmazôme et à la matière salivaire.
4*. Matière qui rougit par le chlore , F acide hydrochlorique , V acide nitrique , le chlorure d'étain , le pet— chlorure de mercure, l'acétate de plomb neutre et le hitrate de mercure. — Nous trouvâmes souvent cette matière dans les liqueurs filtrées du cæcum. Elle se distinguait dô là matière susceptible d’être rougie par le chlore , qui erttstàit dans l’intestin grêle, en ce qu’elle prenait aussi une teinte Foitgè
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par l’acidc nitrique et l’acide hydro-chlorique , de même que par les sels métalliques, ce qui n’avait pas lieu pour cette dernière. Peut-être constitue-t-elle une sécrétion particulière du cæcum. Nous l’avons rencontrée dans les chiens nourris de gluten , d’albumine liquide et d’os , dans le cheval nourri d’amidon cuit , dans le veau et dans les brebis. ' 5°. Graisse , principe colorant et résine de la bile. — En traitant par l’alcool la portion insoluble dans l’eau des liqueurs filtrées , on obtint une graisse , chez le chien nourri avec du beurre et chez celui qui avait mangé du bœuf et du pain. Une résine d’un brun verdâtre s’offrit à nous chez le cheval auquel on avait donné de l’avoine. Cette résine entrait en fusion quand on la chauffait et répandait une odeur analogue à celle de la hile r mais en même temps excrémentitielle. On trouva une résine onctueuse et d’un vert brunâtre chez la brebis nourrie avec de la paille. Dans le veau, il y avait de la choléstérine , et probablement aussi de la résine biliaire et du principe colorant de la bile.
6°. Sels. — L’incinération des liqueurs filtrées du cæcum nous procura les sels suivans , dont nous allons indiquer les quantités relatives par des nombres.
CarboaatB^f^oiptate Sulfate Chlorure Carbonate Phoapbafe de de de de de ne
«onde. tonde. soude. sodium. chaux. chaux.
Dans le veau a o a 4 a a
Dans la brebis nourrie d’herbe 4 3 a 5 4 a i
Daus la brebis nourrie de paille 4 5 a 4 a 4
Dans la brebis nourrie d’avoine ' 4 3 3.5 3 3
Ici également , le carbonate -de soude que l’on obtint s’était formé en grande partie aux dépens de l’acétate de soude.
Théorie de la fonction du cæcum. — Le cæcum est sans contredit un réservoir semblable à l’estomac , dans lequel s’accomplit le dernier période de la digestion. Sa ressemblance avec l’estomac est surtout prononcée danslcs animaux qui se nourrissent de substances végétales grossières , les
ruminons, les chevaux , les rongeurs et les pachydermes , chez lesquels il rappelle ce viscère , non pas seulement par sa grandeur et sa capacité , mais même encore par sa forme , tandis qu’il est petit chez les animaux carnassiers, comme les chiens et les chais, ou qu’il manque entièrement chez ceux qui vivent de viandes, de fruits, de racines sucrées et féculentes , tels que les ours , le blaireau et les martes. On peut donc à bon droit le considérer comme une sorte d’estomac, ainsi que l’avait déjà fait Viridet (i). Il se sécrète même, dans cet intestin et dans ses grosses et nombreuses glandes , un liquide acide et dissolvant , qui se mêle aux restes d’alimens difficiles à digérer , lesquels séjournent pendant quelque temps dans le cæcum. Ce liquide paraît contenir aussi un peu d’albumine , que nous avons trouvée chez les chiens, mais surtout en abondance chez les animaux qui.se nourrissent de substances végétales. L’addition de cette albumine contribue peut-être à consommer l’assimilation des alimens dissous par le liquide.
De cette manière , la nature fait un dernier effort dans le cæcum pour tirer des alimens ce qu’ils peuvent contenir encore de dissoluble. C’est entin dans cet organe que le véritable excrément intestinal se produit, sous la forme d’une bouillie molle , brune ou jaune-brunâtre , avec son odeur fécale particulière , provenant d’une huile volatile , qui , suivant toutes les apparences , est sécrétée principalement par le cæcum. La plupart du temps aussi il s’opère , dans ce viscère , une décomposition provoquée par la chaleur , et qu’accompagne un dégagement de gaz acide hydro-sulfurique.
Nature du contenu du reste du gros intestin et du rectum. — Les restes d’alimens , après avoir séjourné pendant
(i) De prima Coctione, p. aïo. Sed de inteslino cotco quidquam dicere prœstat, cum in quibusdam animantibus sit sumnie necessarium , nempé quibus est amplissimum , forsanque vicem alla lus ventriculi gerit ; nam glandulis crassioribus donatur, quorum succus solutione heliotropii rubescil , et solulionc sublimati albescit , suisque sa/ibus acidU <t£ valalilibus prœdilum esl.
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quelque temps dans le cæcum , et s’y être mêlés avec le liquide acide qu’il sécrète , sont poussés peu à peu dans le rectum par la contraction vermiculaire de la tonique musculeuse de cet intestin et du colon. Ils s’y accumulent insensiblement , parce que les sphincters de l’anus s’opposent à leur sortie.
À mesure qu’ils avancent dans le gros intestin , et qu’ils sq rapprochent du rectum, leur consistance augmente , ainsi que leur sécheresse , leur couleur brune et leur odeur excrémentitielle. Les portions des restes d’alimens qui ont été dissoutes par le liquide acide du cæcum, sont absorbées complètement. Durant leur passage , il s’y mêle un peu de mucus sécrété p'ar les glandes du gros intestin. Enfin , les résidus non dissous des alimens restent, avec le mucus intestinal, qui est trèsconsistant , la graisse , la résine , le principe colorant et le mucus de la bile , pour constituer les excrémens proprement ‘ dits. Au reste , la quantité , la consistance et la couleur de ces derniers varient beaucoup suivant la nature des alimens. Ils * finissent par être expulsés de temps en temps du rectum.
Tels sont J en peu de mots , les changemens que les substances subissent dans le gros intestin , et qui vont être démontrés par ce qui nous l'este à dire sur la nature du contenu des diverses portions de ce dernier.
A. Chiens et chats. — Chez ces animaux , le gros intestin est très-court, et ne forme pas de colon , car le cæcum se continue immédiatement avec le rectum, qui descend dans la cavité pelvienne.
I. Apres l'ingestion d’ alimens simples. — i°. Le rectum du chien nourri avec de l’albumine liquide ( exp . ix*j contenait une petite quantité d’excréinens bruns. Le chien qui avait mangé de l’albumine concrète nous offrit aussi peu d’ excrémens , qui présentaient plus de consistance, et qui étaient moulés vers la fin du rectum.
a 0 . Gélatine {exp. xu*). On trouva dans le rectum des excrémens liquides , d’un jaune brunâtre et très-fétides.
3°. Chez le chien nourri avec du beurre {exp. xni*), il y avait plus d’une once d’excrémens - solides, d’un jaune brunâtre et blanchâtre , dont on parvint à extraire , au moyen
DES SUMMIFÈHES. 4°7
«le l’alcool, uue graisse d’un brun jaunâtre, avec un peu de matière animale. Il résulte de là , que quand l’animal mange beaucoup de graisse , une partie de cette substance s’échappe par l’anus.
4°. Le gros intestin d’un chien abondamment nourri d’amidon cuit ( exp. xv e ) était entièrement rempli d’une matière très-consistante , sèche et brune. Cette matière était composée d’amidon non dissous, de bile et de mucus intestinal. Chez un autre chien qui avait également mangé de l’amidon cuit (ex p. xvn') , nous trouvâmes dans le rectum des excrérnens secs , moulés et d’un jaune brunâtre , qui ne coloraient pas la teinture d’iode en bleu.
5°. Le gros intestin du chien nourriavecdu gluten (exp. xvtti') contenait des excrémens bruns et très-solides.
II. Apres l’ingestion d’ulimens composés. — i*. Le rectum du chien nourri avec du lait ( exp. xtx e ) contenait une petite quantité d’excrémens d’un jaune orangé , composés de petits flocons coagulés et de mucus.
a°. Celui du chien nourri avec du bœuf cru (exp. xxi') était rempli d’une masse consistante , moulée , et d’un hrun noirâtre.
3?. Nous trouvâmes dans celui du chien nourri avec du bœuf cuit (exp. xxn e ), des excrémens consistans, secs et d’un brun foncé. Chez le chien qui avait mangé du bœuf cuit (exp. xxtn e ), les excrémens , très-fétides , étaient secs et moulés.
4°. Il y avait, dans le rectum du chien nourri avec des os (exp. xxiv e ), une pâte consistante, d’un blanc grisâtre , tirant sur le noirâtre, dans laquelle on trouva une trèsgrande quantité de phosphate et de carbonate calcaires.
5°. Albumine liquide et pain d’épeautre. — Le rectunadu chien nourri avec ces substances (exp. xxv e ) contenait des excrémens assez liquides et d’un brun foncé.
6°. Celui du chien auquel ou avait donné du riz et des pommes de terre (exp. xxvi e ) offrit une masse consistante , moulée , d’un jaune brun et non fétide.
7 °. Pain do seigle et lait. — Le rectum du chat nourri avec
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ces substances ( exp . xxvn*) contenait des excrémens fétides et assez consistans.
B. Chevaux. — Chez les chevaux nourris d’avoine {exp. xxxu c , xxxm'), les excrémens devenaient graduellement plus consistans et plus moulés depuis le ccecuin jusqu’au rectum, à mesure qu’ils traversaient les courbures du colon.
Ils contenaient, outre le -mucus intestinal consistant et les parties constituantes de la bile , une très-grande quantité de ballesd’avoine, dans lesquelles l’iode n’indiqua pas la présence de l’amidon.
C. Ruminant. — Le gros intestin du veau nourri avec du lait renfermait une bouillie jaune-brunâtre , dans laquelle on apercevait des flocons de mucus. Chez la brebis nourrie avec de l’herbe (exp. xxxvm*) , la portion du long colon qui succédait au cæcum contenait une bouillie épaisse et brune , un peu plus consistante que celle du cæcum ; dans la seconde moitié du colon , cette substance constituait une masse plus solide , qui peu à peu prenait la forme de petits crottins globuleux. De pareils crottins solides furent trouvés dans le rectum. Ils étaient composés de fibres végétales , de flocons muqueux , de plusieurs des principes constituons de la bile , et probablement encore d’autres substances.
Chez la brebis nourrie avec de la paille ( exp . xxxrx* ) , la première portion du colon offrit une masse brune moulée , en boudin et mêlée- de mucus, dont la consistance et la sécheresse allaient toujours en augmentant dans la seconde portion du colon , et qui , dans le rectum , prenait la forme de petites pilules dures.
La première portion du colon de la brebis nourrie avee de l’avoine {exp. xl*) présentait une bouillie brune , contenait beaucoup de fibres végétales , et exhalait une odeur excrémentitielle. Cette masse devenait plus consistante et d’un brun plus foncé en se rapprochant du rectum , dans lequel elle était cependant encore molle.
Résultats des expériences chimiques. — i°. Acidité et alcalinité. — Le contenu du gros intestin était fortement acide chez le chien nourri d’albumine liquide. Il l’était peu
chez celui qui avait mangé de la gélatine. Chez les autres chiens, il se montra neutre. Il rougissait aussi le tournesol chez les chevaux nourris d’avoine. Le même phénomène eut lieu chez la brebis à laquelle on avait donné de la paille. Chez celle qui avait mangé de l’avoine et de l’herbe , le contenu était neutre , et renfermait de l’ammoniaque , neutralisée par de l’acide carbonique en excès.
2°. Albumine. — On trouva une très-grande quantité d'albumine chez le chien nourri avec du blanc d’œuf liquide. Il y en avait un peu moins chez ceux qui avaient mangé de la colle et du gluten. Il n’y en avait pas du tout chez ceux dont le lait et les os avaient formé la nourriture. Beaucoup d’albumine fut trouvée dans le colon d’un cheval nourri d’avoine. On en rencontra fort peu dans celui du veau et dans celui de la brebis nourrie d’avoine. Il n’y en avait pas chez la brebis nourrie d’herbe et de paille.
3°. Matière précipitable par le chlorure cC étain. — On l’observa dans le colon de la brebis qui avait mangé de l’herbe et de la paille. En analysant le contenu du colon du cheval nourri d’avoine, on constata d’une manière pdÜtive la présence d’une matière voisine de l’osinazôme et d’une autre qui se rapproche de la salivaire.
4°. Matière qui se colore en rouge par le chlore , V acide hj'dro-chlorique , V acide nitrique , le pcr-chlorure de mercure , V acétate de plomb neutre et les sels métalliques. — Nous trouvâmes cette matière dans les liqueurs filtrées du rectum des chiens nourris avec le blanc d’œuf liquide , la gélatine , les os et le gluten. Elle ne se rencontra pas chez le cheval nourri d’avoine ; mais elle existait chez les brebis nourries avec de l’herbe , de la paille et de l’avoine.
5°. Matières extraites par V alcool. — Dans le cheval qui avait mangé de l’avoine, l’alcool se chargea d’une substance résineuse, d’un brun verdâtre, exhalantune odeur excrémentitielle. Dans le veau, on trouva des matières analogues à la graisse, à la résine et au principe colorant de la bile.
6°. Acétate A ammoniaque. — Il y en avait dans la liqueur filtrée du rectum de la brebis nourrie avec de l’herbe.
7°. Sels fixes. — On les obtint en incinérant les liqueurs fil-